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rtsées que des jcunos giMis, et on a roiiiarqué que des animaux très-vieux ptiuvaient supporter, snns être fort incomniodi^s, des doses qui tuaient rapidement de jeunes individus de la luème espèce.
ARSÉNIEUX (acide). Voy. Arsenic.
AUSÉNIQUE (acide). Voy. Arpenic.
AKSfiNITE de cuivre. Voy. Ciivbe (sels). AKSÉNITE DE POTASSE. Voy. Potasse ASBESTE. Yoy. Amiante. ASPAIIAGINE. — Cette substance, trouvée d'abord dans le suc des tij^es d'asperges, jiar Vauquelin et .M. Robiquet, a été rencontrée dans d'autres jiarlies de végétaux; sa présence a été démontrée dans les racines de guimauve, de consoude et les pommes de terre. On l'oljtient par la concentration du suc ou de l'infusion aqm'usu de ces parties de plantes.
ASPHALTE {bitume de Judée ; karnbé de Sodome: baume de momie). — Cette substance est connue de temps immémorial sur les bords du lac de Judée, ou lac Asphallique. Elle se porte continuellement à la surfaire il"s eaux de ce lac , et elle est poussée par le vent dans les anses et les golfes, oij on la recueille. On cite à la surface des mers un grand nombre de lieux où le bitume se trouve de la même manière.
Les anciens Egyptiens ont employé l'asphalte de Judée pour embaumer les corps, et en faire ce que nous nommons aujourd'hui des momies ; toutes les parties du cadavre en étaient pénétrées, toutes les cavités en étaient remplies. 11 paraît qu'ils se sont servis aussi de bitume, mais sans qu'on puisse dire iiositivement de quelle espèce, pour les constructions, et l'on assure que les murs de Babylone étaient construits en briques cimentées par du bitume fondu.
Aujourd'hui, le princijial usage de l'asphalte est pour la confection de la couleur 3u'on nomme momie, parce que la matière ont on se sert a été quelquefois extraite des cadavres embaumés tirés d'Egypte, et que l'on a cru être de meilleure qualité. On le fait aussi entrer dans des vernis noirs, et (juelquefois dans la cire à cacheter noire.
ASSA FOETIDA.— On l'extrait, par incision, de la racine du fcrulaassa fœlida. Quand elle vient d'être desséchée, cette gomme-résine est d'un jaune clair, mais avec le tem|is elle se rembrunit. Elle se compose de grains jaunes, brun clair et blancs, agglomérés en une masse. Elle a une odeur et une saveur fortes, très-désagréables, se raye sous l'ongle et se ramollit dans la main.
L'assa fœtida est très-employé en médecine. Il doit son efticacité <"i l'huile volatile ft à la résine qu'elle contient. Dès qu'il a perdu son odeur en vieillisant, il est sans action. Aux Indes on a l'haijitude de fiolter les plats avec cette gomme-résine pour éjiicer les mets (1).
(1) L'otleur si agréable du cilrnn était bien en exécraliim cliez la plupart des pi-uples anciens! (;'est bien lu cas d'appliquer le dicton [lupidain- : iju il ne faut pas disputer des yoùls el des couleur-..
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Dans l'Amérique du nord, les chasseurs ont recoiuiu depuis longtemps que l'odeur de l'assa fœtida produit sur les renards une espèce de paralysie qui leur ôte l'usage de toutes leurs facultés. Lorsque les chasseurs font une battue, ils sont armés de brandons en résine dans laquelle on a fait dissoudre de l'assa fœtida. La fumée qui s'exhale de leurs toiches, fortement imprégnée de l'odeur de cette substance, suiiit pour (Mer aux renards jusqu'à la volonté de s'enfuir.
ASTÉRIE. — On a|ipe!le ainsi une étoile blanch.Ure à six rayons, que l'on remarque sur (]uelques variétés de corindon. Elle s'observe par réilexion, et aussi par ri'fraetion, lorsqu'on place la pierre enire l'œil et une vive lumière. Ce phénomène est un fail dont on n'a pas d'explication, seulement on remarque qu'il est en ra[iporl symétrique avec la l'orme des cristaux dans lesquels on l'observe. L'éioile ne se jirésente en ell'ét xjue dans les cristaux qui sont taillés perpendiculairement à l'axe, surtout lorsqu'ils le sont en cdjochon ; chacun des rayons corres|iond à une arête culminante du rliomboèdre, qui est la forme primitive du coiindon; trois rayons correspondent au sommet supérieur, et les trois autres au sommet inférieur. Il y a des cristaux de corindon qui n'olfrent qu'une partie de ce phénomène; ce sont des cristaux naturels à sonimets rhomboédriques, dont les arêtes culminantes sont un |ieu arrondies; chacune de ces arêtes présente alors une ligne brillante, d'un éclat fort analogue à celui que l'on reconnaît dans l'étoile en question. Il résulte de là qu'on fieiit soupçonner que trois des rayons de l'rtûile appartiennent au sommet tourné vers l'observateur, et les trois autres au sommet opposé, vu à travers la pierre. Lorsque cette pierre est taillée en boule, on voit les rayons d'ua sommet se prolonger jusqu'à l'autre, de sorte que les lignes lumineuses se présentent comme des côtes sur la partie de la boule qui correspond à un prisme hexaèdre jjlacé entre ces deux souunets.
Il est nécessaire de faire remarquer que le phénomène ne se laisse bien apercevoir que sur les variétés de corindon dont la transparence est un peu troublée; on le reconnaît plus cotumunément dans les variétés bleues, connues dans le commerce sous le nom de saphir, que dans les variéiés rouges, connues sous le nom de rubis; et, en elfet, ce sont les variétés bleues qui sont plus sujettes à devenir laiteuses.
On observe aussi un phénomène analogue dans le grenat; on aiterçoit alors une étoile très-vive à trois ou six rayons, quatre ou huil. Voy. Saphir.
ATMO.MÈTKE. Voy. Évaporation.
ATMOSPHÈRE. — L'atiiioqihère est cette couche de corps gazeux qui entoure la surface du globe. Les substances qui la composent n'ont pas assez de cohésion pour prendre la forme soUde ou liquide, et, par leur réunion avec le caloiiipie , elles résistent à l'aciion de la pesanteur el des autres forces nié;ai)iques qui cherchent ;i leur donner da-
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vantago do consistance. Elles no sont rm*)nuos que par l'attraction do la masse terrostre , sans laquollo elles so ri-^piiidraient à i'iniini dans l'espace. C'est ce i[ui fait qu'elles sont plus denses que partout ailleurs à la surlaco do la terre , où l'attraction agit arec plus d'énergie , et que leur densité diminue à mesure ([u'elles s'élèvent , de manière qu'elles se terminent enlin parun espace vide.
Les rocherclies de Faraday ont mis hors de doute que les suhslances gjueuses, comme celles qui sont liquides , ont une face horizontale <i un degré do ténuité qui varie pour chaque corps à chaque température. Ainsi, par exemple , dans un espace clos contenant do l'acide sulfurique , du mercure et autres substances peu volatiles, conjointement avec de l'air, les vapeurs de ces corps no s'élèvent que jusqu'à une certaine hauteur audessus de la surface du liquide ; ce dont on peut facilement se convaincre au moyen de réactifs que l'on tient à des hauteurs dillerentes. Que, dans un long vase cylindrique, on suspende des feuilles d'or à diverses hauteurs sur du mercure, et qu'ensuite on laisse l'appareil en repos , les feuilles s'amalgament jusqu'à une certaine hauteur, mais point au-dessus , et cet etl'et n'a lieu à zéro que très-près de la surface du métal , tandis qu'à -f 10 degrés il se manifeste à une couple de pouces de hauteur, et qu'à -f 20 degrés il atteint déjà jusqu'à dix pouces. Il suit donc de là que les corps évaporés, qui font partie de l'atmosphère, ne s'élèvent pas aussi liaut que l'air proprement dit , et que leur surface horizontale se maintient bien audessous de celle de ce dernier.
Pendant longtemps on a été partagé sur la question des limites de l'atmosphère. Laplace avait bien cherché à démontrer, par les lois de la gravitation , qu'elle ne peut point s'étendre à l'infini , mais c'est à Wol- Jaston que nous devons les arguments les plus concluants contre cette hypothèse. Si l'univers était rempli d'un air atmosphérique excessivement rare , chacun des corps qu'il contient devrait en condenser autour de lui une quantité proi)orlionnelle à sa masse et à sa force d'attraction , do manière que, dans notre système planétaire, le Soleil, Jupiter et Saturne devraient être entourés d'atmosphères beaucoup plus considérables que celle de la Terre. Mais, en observant le passage de Vénus devant le disque du Soleil, WoUaston n'a pu apercevoir aucune trace de la réfraction qui aurait dû avoir lieu , si ce dernier astre était réellement entouré d'une enveloppe gazeuse , augmentant peu à peu do densité. Les observations des éclipses des satellites de Jupiter prouvent suffisamment aussi que Jupiter n'est point entouré d'une atmosphère; d'oiiil résulte quo l'atmosphère est une particularité propre à la Terre , et que , par conséquent , elle doit avoir des limites bien tranchées.
On peut calculer la hauteur de l'atmosphère d'après l'état du baromètre et les lois connues de la condensation. Sa hauteur moyenne est estimée à environ 9 lieues géot, DicTigNN. DE Chimie.
gmphîqucs ; sa forme est sphéroïdale, connue celle du globe terrestre; mais le diamèiro (jui passe par son équatour est beaucoup plus grand , proportionnellement à son axo, (jue celui de In Terre , parce que l'échaullr-. meut do la [lartie moyenne du globe r;u'clia l'air en cet endroit, et forme entre les tropiques un courant ascendant que les pôles alimentent en quantité égale à celle de l'air qu'il entraîne.
L'atmos|ihère de la terre a, comme la mer, un tlux et un retlux, qui sont produits par l'influence du soleil, et principalement de la june, mais (ju'on ne peut cependant point apercevoir avec le baromètre, parce que la colonne d'air qui s'élève est soutenue par la force attractive de la lune. Entre les tropiques, elle a en même temps un flux et reflux journaliers, qui agissent sur le baromètre. Tous les -jours, à partir de quatre heures du matin, l'air devient do plus en plus pesant, et reste ainsi jusque vers midi; alors il redevient peu à peu plus léger jusqu'à quatre heures après midi, recommence ensuite ci augmenter de pesanteur jusqu'à* dix heures du soir, reste dans cet état.jusque vers minuit, et redevient enfin plus léger jusqu'à quatre heures du matin. Cependant les diminutions ne sont, pendant la nuit, que la moitié de ce qu'elles sont dans le jour. Suivant toutes les probabilités, ce phénomène dépend de réchauffement inégal de l'atmosphère , qui entretient un courant ascendant continuel d'air échauffé au-dessus des parties de la terre recevant le plus de chaleur. C'est ce qui arrive dans le jour, entre dix et quatre heures, temps durant lequel l'atmosphère doit se refroidir en même temps dans la région opposée de la terre, où il fait nuit.
Les substances dont l'atmosphère est composée peuvent être très-variées, et différer les unes des autres d'un grand nombre de manières diverses. Ses parties constituantes principales sont cependant au nombre de quatre seulement : le gaz nitrogène, le gaz oxygène, le gaz aqueux et le gaz acide carbonique, dont les deux premiers sont si peu variables, qu'on peut à bon droit les considérercomme y existant dans une proportion fix.e et constante. On a recueilli de l'air à plusieurs milliers de toises au-dessus de la surface du globe, dans des ascensions aérostatiques ; on en a pris sur de hautes montagnes, dans des vallées, sous la ligne, au voisinage du pôle, et partout sa composition a paru la môme. Alais la quantité de gaz aqueux qui s'y trouve contenue est extrêmement variable, suivant la température de l'air, et suivant que la surface de la terre contient plus ou moins d'humidité. Quant à celle du gaz acide carbonique, elle change en raison des saisons, et suivant que les animaux, les plantes et la combustion développent plus ou moins de ce gaz. L'air atnios|iliérique est composé de 78 ,V»» parties de gaz nitrogène, 21 de gaz oxygène et environ ,,Vf de gaz acide carbonique, le tout évalué en volumes.
■ Chaque pouce cube d'air atmosphérique
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pèse, terme moyen, 0,V681 grains, ou un j^pu iKOinsd'undemi-urniii. i'.ir conséqiicnl, l'air est au delà de 770 fois plus léger que l'eau, et la suriace de la lerrre est pressée jjar lui avec autant de force qu'elle léserait si elle se trouvait couverle d'une couche de mercure liante de 76 centimètres , ou 28 i)ouces et ^ de ligne. C'est à cette pression de l'air .qu'est dû le phénomène que les anciens expliquaient par l'horreur du vide. Elle est cause en effet que de l'eau ou du mercure qu'on renferme dans une bouteille renversée s'y maintient lorsque l'ouverture du vase est assez étroite, ou qu'on l'enfonce ,3u-dessous de la surface d'un liquide; mais 'si le vase est assez haut pour que la colonne d'eau ou de mercure qu'il renferme pèse .plus qu'une pareille colonne d'air de la iiauleur de l'atmosphère entière, cette colonne s'abaisse jusqu'à ce qu'elle fasse équilibre a la pesanteur rivale de l'atmosphère. Que, par exemple, ou remplisse de mercure un îube de verre long de 30 pouces, ([u'on le Renverse sur-le-champ, et qu'on plonge sou $xlrémité inférieure dans une cuve à merîîure, le métal y descend jusqu'à 28 ]ioufcés ^ dfi ligne, et laisse un vide d'un pouce ;et xV de ligne. Telle est l'origine du barojnètre, instrument à l'aide duqiu;! on déterlûine les variations de la pression atmosphérique i)ar celles de la hauteur d'une colonne de mercure.
Chaque pied carré de la surface de la terre porte, à 76 centimètres ou 3-j6,9 ligues de hauteur baroruétrique , un poids de 2216|- livres, qui, à chaque ligne dont le |jarumètre monte ou baisse, change d'environ 6,3793 livres, ou à peu près 6 fj.
Si l'on déteiniine les principes constituants de l'air atmosphérique eu poids, on trouve que leurs quauiilés relatives sont les suivantes : gaz nitrogène, 73,35; gaz oxygène, 23,32; gaz aqueux (calculé d'après la capacité de l'air pour l'eau à la température rnoyenne de -f- 10 degrés), 1,03; gaz acide carbonique, 0,10.. La i>ressiûn que chacun de ces gaz exerce pour sa part, à 76 centimètres ou 336,9 lignes de hauteur barométrique, sur la colonne de mercure, correspond aux hauteurs suivantes du baromètre :
cenlimèt. lignes.
Le gaz nitrogène. . . 57,4180 ou ioi,5!i79a Le gaz oxygène. . . . 17,7^3^ ou 78,50308 Le gaz aqueux. . . . 0.78^28 ou 5,47007 Legaz acide carboiiiq. 0,0700 ou 0,53000
70,0000 536,90000 Le pouvoir réfringent absolu de l'air est de 0,0003891712, et ion évalue son pouvoir relatif à 1,000. Sa chaleur spécilique, comparée à celle d'un poids égal d'eau, est de 0,2669. Quand il s.e rarélie, sa capacité [lour la chaleur augmente dans une proportion qu'on ne connaît point encore, mais qui cependant,- d'après ce qu'on a iiu en juger jusipi'ici, ne paraît point être proportionnebe à sa raréfaction.
L'air est extrêmement élastique. On peut
Je comprimer à tel point qiie les instruments •les plus forts n'aient plus la puissance de le retenir, sans qu'il perde pour cela son élas-.ticité et sa forme do gaz. Il est également très-raréliable; dans ce cas, son élasticité, ou plutôt sa force d'expansion, se comporte en raison inverse de son volunie, c'est-àcbre que sa faculté de s'étendre augmente dans la même proportion que son volume diminue par la compression, ou diminue dans la même proportion qu'il se dilate (lois .de Mariottej. L'instrument à l'aide iluquel on mesure les changements que l'air éjjrouve dans sa densité, porte le nom de manomètre. .Une machine pneumatique, au contraire, est un instrument qui sert à retirer l'air de vaisseaux convenablement disposés à cet effet. -On ne peut toutefois )»as produire un vide •parfait avec le secours de gettc machine, qui ne parvient qu'à raréher beaucoup l'air. L'extrémité supérieure du tube d'un baromètre ofl're un vide pai-fait : on est dans l'usage de l'ap])eler vide de Torricelli, en l'honneur de *elui qui a inventé le baromètre.
La chaleur depuis zéro jusqu'à -{■ 100 degrés dilate l'air d'un peu plus du tiers do .son volume, de manière que 100 pouces cubes d'air à zéro dont on porte la tempéra- Jure à -f 100 degrés, occupent 137,5 pouces 4:ubes. Lu d'autres termes, l'air se dilate à «ha |ue degré du thermomètre d'environ .0,00375 du volume qu'il occupe ù zéro", et cette dilatation est parfaitement égale à tous les degrés ; ce qui a lieu également, d'après les expériences de Humphry Davy, lorsque J'air est comprimé ou rarélié. L'air échauffé et dilaté devient plus léger, gagne les régions élevées, et se trouve rcinpJacé par de l'air plus froid et plus dense, aussi longtemps que î'échaulfement dure, ce qui entretient un courant ascendant au-dessus de l'endroit ichaulfé.
La température de l'atmosphère est plus élevée près de terre que partout ailleurs, parce que l'air étant diaphane ne peut point décomposer les rayons lumineux, ni par conséquent être échaulfé par eux, avant que le calorique s'en soit séparé à la surface opaque du globe. Lue fois qu'il est devenu chaud de cette manière, il s'élève, mais en se mêlant peu à peu avec celui des régions supérieures qui est plus froid et qui le refroidit. Voil'i pourquoi on trouve l'atmosphère d'autant plus froide qu'on s'y élève davantage, do manière quà quelques milliers de toises audessus de la surface de la terre, la température est fort inférieure au degré nécessaire pour entretenir la congélation, mémo dans les étés les plus chauds. Cet elfet doit avoir lieu jusque sous l'équateur, quoiqu'à une élévation bien jilus considéiable en cet endroit, ou à une certaine hauteur, la température est aussi basse qu'aux pôles , au-dessus des régions qui ont encore une certaiu(ï densité. De là vient aussi que la neige ne fond point au sommet des hautes montagnes , celles même qui sont sous la ligne; ces mon-" tagues représentent en petit ues régions oft le cbmat et les productions sont semblable^
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A re fiuo la iinUiro lions oH'ro eu grand depuis 1 (''iiunlour jii<(iiraux pCiles.
QikiikI 011 cli.tuirc des coi'iis rondiiisdhh's &A\)> l'iiir jusqu'il un cprtuiu dogi'i5, ils s'cufl.'Uniiii'ul et brAlont, plu''noniènc duraitl lequel l'air ponl son j:;az oxyt;èiin, et do raz(ite reste, mais ordiuairciiieiit iiuMé avee des [produits de la comliustioii, et désormais iiicapahlç d'alimenter relle-ei. Dans l;i combustion, l'air, éeliautré et dépouillé do son gaz o\fgéne, forme un eonrant ascendant, et il est eontiiuiellcmont remplacé en-dessous jiar de l'air plus froid; snns cette circonstdiice, In combustion s'arrêterait au bout de linéiques instants, c'est-à-dire lorsque le gaz oxygène, entourant immédiatement les corps coinnustililes, serait- consumé. A'oilà pourquoi le feu brûle mal, s'éteint même tout h fait, dans les foyers oCi l'air écbaulTé et devenu plus riche en azote éjn-ouve de la difficulté pour s'élever et faire place h de l'air pins froid, qui contienne encore son oxygène. Auconti'aire, plus le courant est fort, jilus l'air se renouvelle rapidement autour du corps en combustion, et plus ce coi-ps doit brûler avec violence, plus il doit consumer à chaque instant d'oxygène. De là vient qu'en souillant avec force on peut ac- CDÎtre le renouvellement de l'air, à te! [loint ■que le corps qui brûle soit mis en contact, dans un temps donné, avec aut<int d'oxygène que si la combustion avait lieu au milieu du gaz oxygène pur. C'est ce qui fait que la chaleur est accrue dans nos foyers par les soufflets, dans nos fourneaux par un courant d'a'ir, et que l'art de construire les cheminées et les poêles consiste principalement à les disposer de manière que l'air échauffé puisse s'élever avec autant de liberté et de rapidité que possible.
Les corps brûlent avec ou sans flamme; ce dernier cas est celui des corps qui ne sont pas susceptibles de se volatiliser. Le premier a lieu lorsqu'à une haute température les corps di''gagent des molécid'-. gazeuses. La flamme n'est autre chose que ce gaz qui brûle. La différence entre un corps qui ne fait que rougir en iirûlant et un autre qui donne de la flaiume, consiste donc en ce que c'est, dans le premier cas, un corps fixe qui brûle, tandis que, dans le second, c'est seulement un gaz dégagé. Voilà pourquoi le charbon et le fer, par exemple , brûlent sans flamme ; mais le zinc, qui est un métal vol itil, brûle avec flamme, parce que ce n'est point sa portion fondue ou liquide qui brûle, mais celle que la chaleur a convertie en gaz.
Lorsque du charbon brûle à unehaute température dans un courant d'air incomplet, il donne lui-même une [letite flamme bleue, ou, s'il est en grandes masses , une faible flamme d'un rouge clair. Cet clfet tient à ce que le charbon , lorsque le gaz oxygène y afilue en petite quantité, se convertit en un gaz combustible, le gaz oxyde carbonique, qui [iroduit de la flamme en brûlant. Les gaz qui brûlent d'eux-mêmes dimnent des flammes légères, isolées. La flamme of-
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fre souvent des teintes difTérenfes : celle du zinc et du' phosiihorc est blanche, celle du soui're bleue, ccll-e du cuivra verte, etc.
Suivant la différence des corps, la flamme qu'ils donnent en brûlant est plus ou moins lumineuse, et celte faculté éi'lairante n'est |»oint en (iroporlion de la faculté édiautlaiite. Lorsque les matières qui se forment pendant la combuslioii restent smis forme gazeuse dans la flamme, celle-ci ne réjiand qu'une lumière faible, comme, par exemple, celle du ga/, hydrr)gène, du gaz oxyde carbonique et de l'alcool; mais si l'on ajoute pendant la combustion un corps solide que la flamme puisse fa're rougir, re corps continue à être lumineux, tant qu'il reste rouge dans la flamme. Voilà [lourquoi le zinc et le phosphore jetlent une lumière si vive, parce que leur combustion s'accompagne de la formation d'oxyde de zinc et d'acide pliospliorique, qui gardent la forme solide et deviennent rouges.
Lorsqu'on cliaiilTe un corps solide , par exemple, un fil de platine, dans la flamme dli gaz hydro,i;ènc, qui ne jette [ircsque pas d'éclat, elle devient beaucoup plus bimineuso qu'elle ne l'est par elle-même. Si la fl nume du gaz oléfiant et de nos bougies ou lampes éclaire tant, c'est qu'au premier contact des gaz combustibles avec l'air, le gaz olélmnt qu'ils contiennent ne brûle qu'en partie, et dépose d;ms la flamme une (jortion de son carbone qui y rougit, jusqu'à ce qu'arrivée au bord de la flamme, elle se metie en con tact avec l'air et entre en combustion. La preuve que cette explication est exacte, c'est que quand on plonge un cor, is froid, par exempleunelaine de couteau, danslaflamme, le caibone précipite s'atlaclie à sa surface, oiî il formé ce qu'on ajipelle du noir de fumée.
Cette explication si simple de l'inégalité dans la faculté édairanie de la flamme avait échappé lotalemciit aux physiciens, lorsque Davy la lit connaître, il n y a pas longtem|,s, dans un mémoire fort intéressant sur la nature de la llanmie.
Il est difhcile .le déterufiner avec quelque précision quelle est Tint, n-ité de l,i chaleur de la flamme. Becquerel a cru trouver, en comparant les diverses ait' rations de l'aiguille magiiéti(|ue. peieiant l'éi liauffement d'une pane tiieri'ioéleciriquedans la flamme d'une lampe à es, rit-d^-vin, que la chaleur était de 1330 degrés thermomélriques au liord externe- de cette flamme, de 11)80 degrés dans la flamme môme, et de 780 degrés )irès i!u bout de la mèche, au milieu de la flamme.
Quand l'air ne se renouvelle plus autour d'un coips en combustion, et que l'oxygène est consumé entièrement, ce corjis s'éteint; mais comme la chaleur de sa masse ne se dissi[)e point avec la même rapidité, il continue encore à s'en écliapjier une grande quantité de substances volatiles, qui forment une colonne ascendante de fumée. Celte
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fumée , qui produisait auparavant la flamme, prend feu de nouveau à l'approche de fair, pourvu que le corps éteint ait conservé encore sa température, ou lorsqu'on approclie de lui un corps eu ignition. Qu'on souffle une chandelle, par exemple, la mèche est tellement refioidie par la violence du courant d'air, que le gaz ne peut plus brûler; mais la mèche continue à être rouge et à exhaler les gaz combustibles sous la forme de fumée, de manière que si l'on tient une chandelle allumée à quelque distance audessus d'une mèche ainsi fumante, le gaz s'enflamme, et la flamme semble descendre de la chandelle allumée à celle qui avait été soufflée. Si la mèche a cessé d'être rouge, la fumée, qui se forme alors à une basse température, n'est plus susceptible de prendre feu , et consiste principalement en eau , huile empyreumaticiue et vinaigre, tandis qu'à une chaleur plus considérable le carbone aurait décomposé ces corps, avec lesquels il aurait formé du gaz oxyde carbonique, des gaz carbures d'hydrogène et un peu d'acide carbonique.
Tout ce qui empoche l'air d'arriver à la surface d'un corps en combustion éteint celui-ci. Nous nous servons de l'eau pour éteindre le feu, tant parce qu'elle recouvre la surface des corps qui brûlent, que parce qu'elle les refroidit. Si on l'emploie mêlée d'argile, d'ocre, de sel, de vitriol ou de substances analogues , ces substances restent après la vaporisation de l'eau, et contribuent à empêcher que le corps brûlé ne s'enflamme de nouveau. Aussi a-t-on proposé , pour éteindre le feu , diverses substances qui peuvent être de quelque utilité dans les petits incendies , mais qui manquent leur but dans les grands. Les expériences que l'on a faites avec ces substances , même en Suède, sur des maisons enduites de goudron et remplies de paille et de corps gras, n'ont fait qu éblouir et tromper les si>ectateurs ; car ces cor[)s brûlent bien avec une flamme éclatante, mais ils répandent moins de chaleur, et sont tout aussi faciles à éteindre avec de l'eau qu'avec les mélanges vantés pour éteindre le leu. Lorsque, dans un incendie, la température est fort élevée, et la masse en combustion assez considérable pour que l'eau avec laquelle on cherche à l'éteindre ne puisse pas relroidir la place sur laquelle elle tombe, la violence du feu s'en trouve accrue; car le charbon brûle aux dépens de l'oxygène contenu dans l'eau, et le gaz hydrogène, qui se dégage en même temps que du gaz oxyde carbonique, brûle avec une flamme élevée et p;\le, qui éclate avec violence, comme on le voit souvent dans les incendies de grands bâtiments. En pareil cas, les pompes ne sont il'aucun secours. Le gaz acide suîlureux éteint le feu très-promplement; c'est pourquoi lorsque le feu prend dans une cheminée, on peut souvent réussir à l'éteindre eu faisant brûler du soufre dans le foyer.
Lorsque de l'air est renfermé dans un endroit où se trouvent, soit des corps organisés,
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soit des débris de ces corps, son oxygène est "'consumé peu à peu pendant la décomposition lente qu'il subit, et le nitrogène reste seul ou mêlé avec les émanations gazeuses de ces corps. Si l'on introduit une chandelle allumée dans l'endroit, elle s'éteint, et les hommes commeles animaux y péiissent sur-le-champ, sans pouvoir être rappelés à la vie. Le terreau noir est composé de débris de plantes et d'animaux, mêlés avec une plus ou moins grande quantité de substances terreuses : c'est ce qui fait qu'il se décompose très-promptement à l'air. L'air des caves qui n'ont point de soupiraux, ou qui sont demeurées longtemps fermées, est peu propre à la respiration, et quelquefois si mauvais, que les hommes y périssent de suite. De là résultent souvent des malheurs, surtout dans les mines. 11 arrive quelquefois qu'on rencontre dans ces dernières le gaz acide carbonique en proportion extraordinaire, allant jusqu'à 0,07 ; ce qui fait que l'air y exerce une influence trèsfàclifeuse sur la santé des ouvriers, quoiqu'ayant d'ailleurs une composition régulière. Quand la quantité d'acide carbonique contenu dans l'air s'élève jusqu'à 9 pour cent du volume de ce dernier, ildevient sufl'ocant, parce qu'alors l'air inspiré contient autant de gaz acide carbonique qu'en renferme ordinairement l'air expiré.
On a été longtemps dans l'incertitude si l'air atmosphérique est une combinaison chimique d'oxygène et d'azote, ou seulement un mélange de ces gaz, et l'on a voulu conclure des faibles variations de sa composition fondamentale, que c'était une combinaison chimique, un oxyde d'azote. L'une des principales raisons qui ont été alléguées en faveur de cette hypothèse, c'est que si le gaz oxy« gène était plus pesant que le gaz azote, il se précipiterait dans les temps de calme parfait, et qu'alors la région inférieure de l'atnîo- .sphère en contiendrait davantage. Mais cette conclusion est dénuée de tout fondement; car les gaz se mêlent ensemble de la même manière que fout les liqui'des, et le mélange est parfaitement proportionnel sur tous les points, sans que la pesanteur puisse le détruire dans l'état de repos absolu. Ainsi, quelque long temps qu'on laisse en repos un mélange d'alcool et li'eau, ces deux corps ne se séparent jamais l'un de l'autre.
C'est pourquoi, lorsqu'on dégage une certaine quantité, par exemple, de gaz hydrogène dans l'air atmosphérique, ce gaz commence bien par s'élever, mais en s'élevant il se mêle peu à i)eu avec l'air dans lequel il finit par être uniformément répandu. La même chose arrive au gaz acide carbonique et au gaz oxygène, qui tombent d'abord, mais qui se répandent ensuite de tous les côtés. Une bouteille ouverte, qu'on remplit de gaz oxygène et qu'on laisse tranquille, devrait rester pleine de ce gaz, qui est plus pesant que l'air; cependant, au bout de deux heures, elle n'en contient pas davantage qu'il n'y en a dans l'air de la chambre. De môme, une bouteille renversée devrait conserverie gaz hydrogène qu'on y introduit; mais quel-
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qiies heures après ce gaz a lotalciuent dis- • paru.
Los gaz ont une corlaiiio tendance à so niiMer ensemble, qni fait qu'ils mettent peu de lem|>s à se péncMrer niuluellemeni, et à so rt^pandrc les uns dans les autres, comme dans (les espaces vides. Ce phénomène a iHé la source de plusieurs erreurs dans l'appréciation d'exix'rienees chimiques exécutées au moyen des vaisseaux poreux, par exemple, en terre ou en grès, |)arce que l'air contenu dans les pores de ces vaisseaux établit une communication entre celui du dehors et celui du dedans. Qu'on remplisse une vessie de bœuf sèche d'oxygène, et qu'on la laisse sus|)endue pendant vingt-quatre heures, on trouve, au bovit de ce temps, que le gaz qu'elle contient n'est guère plus riche en oxygène que l'air ambiant, parce que celui-ci s'est mêlé avec l'oxygène à travers les pores de la membrane.
Des physiciens très-recoramandables ont voulu prouver que l'air atmosphérique est un oxyde d'azote. Ils se fondaient principalement sur ce qu'il est composé , d'une ma'nière à peu près exacte, de quatre mesures d'azote et d'une d'oxygène, et qu'en conséquence il contient moitié autant de gaz oxygène que le gaz oxyde nitrique. Mais s'il en était ainsi, l'air atndosphérique nous offrirait le premier exemple connu d'un simple mélange ayant absolument les mômes propriétés qu'une combinaison chimique composée des mêmes éléments. En effet, un mélange artificiel de quatre parties d'azote et une d'oxygène ne ditfère point de l'air atmosphérique quant à ses propriétés physiques et chimiques; et ce qui prouve clairement que ce mélange n'est point une combinaison chimique, c'est qu'aucun changement, ni dans le volume, ni dans la température, ne l'accompagne au moment où on le fait. Comme, en outre, le gaz oxyde d'azote se convertit en acide nilreux aux dépens de l'air, il résulterait de là qu'un oxyde plus élevé, et contenant davantage d'oxygène, aurait le pouvoir, sans la coopération d'aucun corps étranger, de réduire un degré inférieur d'oxydation du môme radical, cas dont la chimie n'otîre aucun exemple.
L'air atmosphérique n'est donc point un oxyde d'azote gazeux, mais un simple mélange de gaz d'azote et de gaz oxygène.
S'il n'était composé (jue d'oxygène, les animaux y périraient promptement, par l'oxydation excessive du sang dans leurs poumons, et la moindre imprudence commise avec le feu incendierait bientôt la plus grande partie de la surface du globe. Au reste, nous ignorons comment se répare le gaz oxygène consommé sans cesse dans toutes les opérations chimiques, organiques et inorganiques. Nous ne connaissons pas un seul acte de d'ésoxygénation qui soit assez grand et assez général pour remettre en liberté tout l'oxygène qui so combine à chaque instant, et pour entretenir les proportions qui ne varient jamais entre les deux gaz. La solution de ce problèine est de la plus haute impor-
tance ])Our la théorie cliimiqujc; çeut-étre est-c(! un secri't (|u'aveo le tem|)s nous parviendrons K dérober à la nature, qui, dans un si grand nombre de cas, aime à s'entourer de mystère.
On a cru [lendant longtemps que les [liantes exposées aux rayons solaires décomposaient l'eau dans leurs humeurs, et dégageaient l'oxygène sous forme de gaz ; mai$ cotte hypothèse est fausse, et la composition do l'air reste la môme, été comme hiver. Si l'on voulait avoir recours ;> l'hypotlièse dont j'ai déjà parlé , qui suppose l'air répandu dans l'univers entier, à un degré infini de raréfaction , pour en conclure que l'atmosphère terrestre se renouvelle sans cesse, le problème en question no devien rait pas plus clair pour cela, puisque nous ne voyons pas 1.1 quantité de l'oxygène combiné et des corps oxydés augmenter d'une manière sensible à la surface de la terre.
Prévost a calculé que l'oxygène consommé parles ôtres organisés de la'terre pendant un siècle no s'élève pas h plus do ,V,^ ae toute la niasse en poids de celui qui est contenu dans l'atmosphère, et que par conséquent elle n'est point appréciable à l'eudioraètre. Que cela soit, ou non, car on ne peut démontrer l'exactitude de pareils calculs , ce qu'il y a de certain, c'est que l'histoire ne nous a transmis aucune circonstance qui puisse nous conduire à présumer que l'atmosphère contenait autrefois plus d'oxygène qu'elle n'en renferme aujourd'hui.
L'atmosphère communique une teinte bleue au ciel. Cette couleur appartient vraisemblablement à l'air, et, suivant toutes les probabilités, elle est si faible qu'on ne l'aperçoit que quand l'air se trouve en masse. Si l'air était parfaitement transparent , le ciel paraîtrait noir, nos regards |)longeraient dans une obscurité indescrii)tible, et la lumière du jour frapperait notre terre '•d'une manière fort inégale ; au lieu que, les rayons lumineux étant rétléchis par l'atmosphère, contribuent à rendre la lumière plus vive, et à la distribuer avec plus d'uniformité. La couleur propre de l'air paraît ôtro le bleu foncé. Lorsqu'on contemple le ciel du sommet d'une haute monlagne, il jiarait d'autant plus foncé qu'on s'élève davantage, parce iju'alors l'atmosphère devient plus basse, et que l'espace obscur qui l'entoure rend sa couleur plus sombre. Le passage de la couleur du ciel du bleu foncé au bleu clair, et entin presqu'au blanc , tient aux vapeurs acjueuses qui, nageant dans l'air, sont éclairées par le soleil, et réfléchissent sa lumière. Plus ces vajieurs sont abondantes dans l'atmosphère, plus aussi elle paraît blanche, et vice versa. C'est ce qui explique pourquoi elle a une teinte plus claire le matin et le soir, et une teinte plus foncée tant à midi que pendant la nuit, surtout en hiver.
L'art de trouver la quantité do gaz oxygène contenu dans l'air, [lorte le nom d'eudiométrie. On a cru pendant longtemps que la quantité d'oxygène contenue dans l'air atmosphérique était sujette à varier, et que
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l'air pouvait être, d'après cela, plus ou moins nuisible h la santé. Mais il a été reconnu que la c-mpdsition île l'iitra^splière eu plein air demeure (oujouis la même; d'oii il suit, par conséquent , (pie cette Iijpotlièse est fausse. Les substanci-s qui rendent l'air nuisible à lit santé, et sus{ eptible d'attirer des maladies aux hommes et aux animaux, s'y trouvent sous la forme de vaneurs, et influent si peu snr la quantité d'oxygène qu'il cou ient, que-]'atmos[ihère fétide des cadavres, soit à l'air libre, soit djns des chambres non hermétii[uement closes, a paru en contenir tout autant que la plus pute. Ces substances ne sont mêlées à l'air qu'en quantités extrêmement faible-, et elles y sont vaporisées de la même manière que le phosphoie l'e-t dans le gaz hydrogène ou le gaz azote, sans changer sa nature. On ne peut point les découvrir par l'eudiométrie, quoiqu'on ait appris dans ces temps modernes à les détruire , et à prévenir ainsi leur funeste influence sur la santé.
ATOMES. — La question des atomes a donné lieu à de grands débats en chimie. Nous emprunterons aux éloquentes Leçons sur la philosophie chimique, par M. Dumas, ce que nous avons à dire sur cette matière tant controversée, et nous le laisserons parler lui-même.
« La facilité avec laquelle tous les phénomènes de l'analyse quantitative ont été expliqués ou prévus en [lartant du principe de l'existence des atomes, a fait adopter généralement les vues de Dalton ; mais la base même de ces vues n'a point été démontrée. Quelques personnes ont voulu, il est vrai, présenter les. phénomènes chimiques comme offrant à leur tour une démonstration de la réalité des atomes; c'était faire un cercle vicieux, et leur argumentation est demeurée sans autorité.
« Pour expliquer les lois de la chimie quantitative, est-il indispensable, au surplus, de recourir à la supposition des atomes "? Est-il nécessaire d'admettre l'insécabilitô des particules matérielles entre lesquelles se passent les actions chimiques ? A cette question je répondrai ici sans hésiter : Non, cela n'est pas nécessaire ; non, parmi tous les faits de la chimie, il n'en est aucuu
S[ui oblige à supposer que la matière soit ôrmée de particules insécables; il n'en est aucun qui donne quel, pie certitude, ou même seulement quelque jirobabilité touchant l'insécabilité des particules.
« Sup[;ose7. que les actions cliimiques ne pxiissent s'exeicer qu'c.ilre des musses d'un certain ordre, divisibles, si l'on veut, par des forces d'une autre nature, peu imi)orte : tous les phénomènes de la chimie s'expliquent avec une facilité non mo us grande que si l'on admeltait l'indivisibilité comme propriété essentielle de ces masses. En ell'et, qu'elles soient, si l'on veut, susceiitibles d'être découpées à l'iolini par des foi ces eu dehors de la chimie, qu'importe pour l'explication des faits dépendant de cet'c science? No coDfjDit-on pas également bien la juxta-
position de ces particules, leur séparation, leurs remplacements mutuels? Toutes les conce|tio'!'î des chimistes ne subsistent-elles pas dans 1. ur intégrité, indépendamment de cette divisibilité ultérieure?
« Ainsi donc, jias d'incertitude possible^la chimie seule n'a pas la vertu de nousf éclairer sur l'existence des atomes. Mais si, d'autres considérations peuvent l'établir, le rapprochement fait par M. Dalton acquerra peut-être une grande probabililé, et deviendra capable de servir de point de départ aux plus sublimes découvertes que l'homme eût osé se promeltre dans l'étude de la nature.
« On se flattera peut-être alors, et non sans raison, fie parvenir un jour à fouiller les entrailles des corps, de mettre à nu la nature de leurs organes, de reconnaître les mouvements des petits systèmes qui les constituent. On croira possible de soumettre ces mouveruents moléculaires au calcul , comme Newton l'a fait pour les corps célestes. Alors les réactions des corps, dans des circonstances données, se prédiront comme l'arrivée d'une éclipse, et toutes les propriétés des diverses sortes de matière ressortiront du calcul. Mais, d'ici là, quel chemin à faire, que de travaux à exécuter, que d'efforts il reste à tenter aux chimistes , aux physiciens, aux géomètres !
« Or, voyons ; est-il une base solide sur laquelle refiose l'existence des atomes ? Une seule démonstration en a été proposée dans les temps modeines. Elle est vraiment expérimentale, et mérite une discussion trèsattentive.
« On sait que l'air est un corps, qu'à mesure que l'on s'éloigne de la terre il se dilate davantage, et l'on peut faire le raisonnement suivant : Si la matière de l'air est formée d'atomes, ceux-ci pourront éprouver un écartement considérable, mais limité ; à une certaine distance de la terre, il s'établira un équilibre entre la terre et les atomes les plus éloignés , et l'atmosphère ne pourra s'étendre indéfiniment.
« Si, au contraire, la matière de l'air est divisible à l'infi.n, e le se réfjandra dans l'espace, et elle ira se condenser autour de tous les globes, au moins de tous ceux de notre système, comme elle l'est autour de la terre.
« Alors la lune aura son atmosphère. Au premier abord, cet astre parait très-propre à nous donner la solution de la difficulté. Il est de beaucoup le plus voisin de nous, et l'on peut croire, au premier aperçu, que les moyens que possède l'astronomie vont s'y appliquer sans nul obstacle. Mais si l'on essaie de s'en rendre compte pai le calcul, on revient bientôt de c. tte opinion. En etfet, pour exercer des actions égales, il faut que les ma^ses soient dans le rapport des carrés des distances, ou que les distances soient comme les racines carrées des masses. Or on sait que la masse de la terre est beaucoup plus considérable que celle de la lune. On conçoit donc que pour trouver l'air dans notre atmosphère au môme état où il serait, à la surface do la lune, il faudrait se traus ;
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porter à uno fort {jronilo dislaiico du coiifro'. do liolri' globe. Si vous offccliie/ le calnd, vous trouve/ que la m.'isso de la Iiino ne pourrait coudoustu' à sa surface qu'une atlUdsplière légale eu densité ;i celle cpii existerait i» onvii'ou '2000 lieues do la toi re.
« Maintenant, je vous le demande, romuiciit apprc'cier lapréseiiee d'une atniosi)hèro aussi dilatée? Los phénomènes do l'ét'raetioiV oiïriraient seuls le moyen de la reconnaître. Or la réfraction qu'ello ()roduiiait serait tout à fait insensible h nos insiruments astrono- Hiiqucs. Si doue ceux-ci no nous fournissent aucune indication d'atmosphère autour delà lune, la question qui nous occupe n'en est pas pour cela résolue.
« Mais il est évident. que la question pourrail èiro retournée. Puisque la faible masse do la lune ne nous permet pas de reconnaître à sa suiface, avec les instruments dont nous pouvons disposer, uno atmosphère analogue à la nôtre, clierclions à reti'ouver autour d'un astre plus dense l'atmosphère de la terre que l'on supposerait lancée dans les «spaces. Le soleil, dont la masse énorme vaut tant de fois celle de notre globe, parait éminemment propre à nous fournir la solution cherchée.
« A la surface du soleil, la force d'attraction est immense, tellement que si les choses s'y passaient comme sur la terre, la densité de l'air condensé aulour de cet astre ne serait pas moindre que celle du mercure, en -supposant, il est vrai, que son état gazeux fut conservé. En un mot, iiour trouver le point de l'espace où l'air do cotte atmosphère aurait la densité de celui que nous respirons et dont la réfraction est si sensible à nos lunettes, il faudrait s'écarter da soleil à une distance égale à 575 fois le rayon de la terre. . Tout si3 réduit donc à trouver un cor|)S ([ui passe derrière le soleil, et que l'on soit forcé do voir au travers de l'espace occupé par cette atmosphère supposée. Si celle-ci existe, la marche apiiarente du corps sera retardée , de (quantités très-mesurables. Or telle est précisément la condition où l'on se trouve, en observant le passage au méridien doMor- . cure et de Vénus, quelques jours avant et quelques jours après la conjonction. Alors, en eifet, les rayons lumineux, rotléchis par la planète, passant auprès du soleil avant d'arviver jusqu'à nous, sont obligés do traverser l'espace qu'occuperait l'atmosphère solaire. 11 ne reste donc plus qu'à consulter l'expérience pour verilier s'ils sont effectivement réfractés. Eh bien, l'observation a prononcé. Le 31 mars 1805, M. Vidal, de Toulouse, a observé, sans but particulier, mais très-soigneusement, l'instant du passagt^ de Mercure au méridien, lorsqu'il se présentait derrière le soleil et dans le voisinage de cet astre: le 30 mai de la mémo année, il a pareillement observé le passage de Vénus dans les mêmes circonstances. Deiiuis lors, Wollaslon et Katar, dans l'espoir d'éclaircir ce point de philosophie naturelle, ont aussi observé Vénus à peu do distance de sa conjonction; et les observations faites dans le mois de mai 1821,
par CPS savants, comme celles do M. Vidal laites, seize ans aiqiaravaiit, nous font voir un accord pai-fait entr(( le moment du passage observé et le moment calculé, sans tnnii' compte (r;uu'uiie rétraction. A'iisi donc point d'atmosphère solaire ; ainsi celle de la terre (li,Mueure limit('e.
« Dirait-oii que l'inti-nsité cxtrèmo de la chalern-du soleil s'oppose h la conileiisulion d'inH> atmosphère aussi dense que bi notr(^? Soutiendrait-on que la dilatation produite fiar la haute temiiératuie de cet astre atténue les elfets de l'attraction de sa masse, quelque forte qu'ello soit, au point de les rendre insensibles poumons? En bien, il serait facile de trouver un exemple capable tie fournir une démonstration à l'nbri do cette objection.
« .Tii|nter est 128l) fois aussi gros que notre globe ; il est cinq fois aussi éloigné (pae nous du foyer de notre système planéiaire; sa masse exerce donc une force altractivo bien plus forte que celle de la terre, et sa température doit être bien plus basse. Là devrait donc se trouver, par ces deux motifs, une atmosphère incomparnbleiiient plus dense que celle qui nous environne. Or les mouvements des satellites do Juiùtor nous apparaissent tels qu'ils doivent ètrb, et sans modification qu'on puisse attribuer à luie réfraction produit? par l'air do la planè'e ; l'absence de tout fluide réfringent sensible autour de Jui>iter semble démontrée.
« Toute contestation est donc impossible. "Notre atmosphère ne se ré|)and point indéllniment dans l'espace ; elle s'arrête à uno certaine limite.
« WoUaston regarde donc comme chose prouvée que la matière qui constitue l'air ne peut se subdiviser à l'infini. Mais cette conséquence est-elle etroctiviîinent nécessaire ? Il est permis d'en douter. L'ex[)ansibilité indéfinie de notre air n'est possiljle ([u'aut mt qui! conserve toujours son état gazeux.
Mais si l'on admet que l'air puisse devei:ir liquide ou solide dans les dernières régions de l'atmosphère, no voyez-vous pas que, par cola seul , tout l'écliafaudage des raisonne monts précédents s'écroule de lui-même?
« En effet, à une tenipérature voisine de 0", le mercure il'ost-il pas dépourvu do la propriété d'émettre des vapeurs, et ne devient-il pas incapable de blanchir l'or que l'on maintient mémo très-près tle sa surface pendant des années entières? Qui peut assurer que dans les confins do notre atmosphère l'oxygèno et l'azote ne sont pas des liquides ou des solides aussi ijien dépourvus de tension que le mercure lui-même l'est à zéro et au-dessous?
« Vous hésitez, je le vois; vos préjugés so révoltent à voir admettre la possibilité de la liquéfaction de l'air dans les hautes régions, sachant qu'un froid de 100" au-dessous do zéro est impuissant pour la produire. Mais qu'est-ce qu'un froid de 100" au-dessous de zéro, et quelle idée imparfaite nous aurions des effets de la chaleur, si nous ne connaissions pas lo moyen do pro'luiro des térapé-
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ratures supérieures à celle de l'eau bouillante ? Quand on pourra produire un froid de 1500 ou 2000 degrés au-dessous de zéro, si jamais on y parvient, les effets vjue nous regardons comme impossibles s'obtiendront sans peine, soyez-en convaincus ; en y réfléchissant, vous ne serez plus si éloignés d'admettre avec moi q^u'il est probable que l'air liquéfié ou solidilié aux extrémités de l'atmosphèreyreproduit les phénomènes que l'eau nous montre dans les régions qui nous sont accessibles. Et pourquoi n'en serait-il pas de ce fluide comme de l'eau que nous voyons près du sol faire partie de l'air sous la forme^d'un véritable gaz, et qui, dans les nuages ordinaires prend l'état de vapeur vésiculaire ou d'eau liquide, ou même celui d'eau solide, dans les nuées neigeuses ? Ainsi pour produire de l'air liquide ou de l'air neigeux, comparables du reste à cet acide carbonique liquide et neigeux que M. Thilorier forme si facilement, il suffit d'admettre un abaissement très-considérable de température dans les couches extrêmes de l'atmosphère. Avant de repousser ces conceptions, vous les examinerez avec l'attention qu'elles méritent, si j'ajoute que l'existence de ce grand froid et la liquéfaction de l'air qui en doit résulter sont des vues admises par le plus illustre géomètre de notre âge, car M. Poisson.
« Vous pourriez donc concevoir, comme une condition de l'état actuel de notre atmosphère, comme la cause de son étendue limitée, la liquéfaction de ses éléments à. une certaine distance de la terre ; il en résulterait une couche de vapeur vésiculaire, qui en formerait l'enveloppe, et où. viendrait s'anéantir l'expausibilité indéûuie propre aux substances gazeuses.
'< L'abaissement excessif de température nécessaire pour produire la liquéfaction ou même la congélation de l'air extrêmement raréfié, qui se rencontre aux extrêmes régions de l'atmosphère, est regardé par M. Poisson comme un phénomène nécessaire, indispensable môme, pour que r.atmosphère puisse se terminer.
« Sans enti er ici, sur ce sujet, dans des détails qui nous écarteraient de notre but, je fais remarquer que le froid intense, qui est nécessaire pour liquéfier l'air dans ces régions élevées, n'exprime nullement la température qu'y prendrait un thermomètre.
Cnlui-ci, recevant la chaleur rayonnante de notre planète et des astres, tirerait de cette source une masse de chaleur qui détruirait bientôt l'effet frigorifique produit par le contact d'un fluide aussi rare que doit l'être l'air liquéfié à une pression aussi faible que celle des dernières couches de l'air. La température apparente de ces couches seraitdonc peu différente de celle qu'on observerait audebors de l'atmosphère, c'est-à-dire de la température de l'espace que M. Poisson regarde comme très-peu inférieure à zéro.
« Ainsi nous dirons à Wollaston : Vous
avez bien établi l'absence d'atmosphère au-
. tour du soleil et de Jupiter, i^ais vous n'a-
vez rien trouvé qui soit applicable à la qucs tion des atomes. Que la matière soit divisible à l'infini, que sa division s'arrête à un certain terme, il n'importe : vos observations s'expliqueront sans difficulté sérieuse dans l'un et l'autre système.
^« Ainsi l'existence des atomes n'est démontrée ni par les phénomènes de la chimie quantitative, ni par les phénomènes observables dans les espaces célestes. Voyons dès lors comment l'idée d'atomes s'est introduite dans la science. Voyons surtout comment on tire parti de cette idée dans les applications que l'on en fait à la chimie, et dans quelles bornes il faut la renfermer.
« Ici nous sommes forcé de sortir un peu du domaine delà chimie, dont je ne m'éloigne qu'à regret, pour faire une rapide excursion dans celui de la philosophie pure.
« Lapremière notion desatomes date d'environ-500 ans avant l'ère chrétienne. Vers cette époque, s'était formée en Grèce, à Elée, une école philosophique bien connue sous le nom d'Ecole éléatique. Elle faisait sur la nature le raisonnement suivant.
« La matière existe ; tout ce qui existe est matière. Mais faites disparaître la matière, que restera-t-il ? Ah ! qui peut le concevoir î Ce sera le néant, direz-vous,levide, l'espace. Alors le néant existera. Or, s'il existe, c'est un être, c'est une matière, et la matière n'aura pas disparu. Le néant n'existe donc pas. Mais si le néant n'existe pas, la matière est partout, il n'y a pas de vide.
« C'était, comme vous le voyez, un jeu de mots roulant sur le mot némit, que l'on no voulait admettre qu'à condition d'en faire un être et un être matériel. Prenant le raisonnement au sérieux, les disciples de l'Ecole éléatique en développaient sans hésitation tontes les conséquences.
Puisqu'il n'y a pas de vide, disaient-ils, l'univers ne forme qu'un seul être homogène, qu'une masse continue. Le mouvement est donc impossible; car où loger un corps qui se déplacerait, tout l'espace étant rempli. Par conséquent, ajoutaient-ils, l'univers est immobile, immuable. Les êtres organisés ne peuvent pas naître, ils ne peuvent pas croître, ils ne peuvent pas mourir ni se décomposer.
« Ainsi, vous le voyez, il faut admettre l'existence du vide, dont la nature échappe à notre conception, par la raison même que sa . définition repose sur des idées négatives, ou bien rejeter complètement le témoignagedes sens.
« En pareil cas, un philosophe est capable' de tout : aussi l'Ecole éléatique professaitelle gravement que l'univers était homogène, qu'il était continu, qu'il n'y avait aucun mouvement; que les animaux et les plantes ne naissaient pas, ne vivaient pas, n engendraient pas, ne mouraient pas.
« Qu'il y ait eu des gens qui se soient révoltés contre leurs raisonnements, en face de telles conséquences, cela ne vous surprendra pas. Aussi bientôt vit-on Leucippe s'élever contre eux, et, tenant le témoignage
dos sens pour quelque cliose, essayor de rtîlablir l'existence du vide. Mais en les couiluittanl h si bon droit, il faut convenir qu'il employait de singuliers arguments, et ((tu! s^s expériences méritent (rt>tro rai)pelëes comme oiTrant un contraste curieux entre IcMr prodigieux défaut do précision et l'extrùme importance des conclusions qu'il en tirait.
« C'est ainsi qu'il prétendait qu'un vase plein de cendres pouvait recevoir autant d'eau que s'il eût été vide. Quefaisait-il donc de l'eau dont la cendre prenait la place? La ditl'érence des quantités de liquide nécessaires dans les deux cas était pourtant facile à reconnaître. Je ne sais si nous argumentons beaucoup mieux qu'alors, mais on conviendra du moins que l'art d'expérimenter a fait quelques progrès depuis Leucippe.
« Il apportait encore à l'appui de sa doctrine une autre démonstration expérimentale non moins rcniaripiable. C'était la compression qu'il cr(jyait observer sur le vin renfermé dans une outre soumise à un violent effort. 11 ne s'apercevait pas que l'outre était extensible et que le vin qu'il s'imaginait voir comprimé dans le point où la pression avait lieu était simplement refoulé dans les autres parties de l'outre.
« Il invoquait enfin, et cette fois avec quelque apparence de raison du moins, les phénomènes de la nutrition des êtres organisés. Leur développement démontre en effet la réalité d'un espace où il |)uisse se produire : car la matière que ces êtres s'approprient ne peut se transporter, se mouvoir, qu'autant qu'on admet des espaces vides entre leurs propres particules.
« En un mot, le mouvement dont l'existence ne peut être contestée, à moins de se laisser aveugler par des sophismes, lui fournissait des arguments sans réplique.
« ^uoi qu'd en soit, Leuci|)[ie regardait la matière comme une éponge dont les grains isolés nagent dans le vide. Ces grains sont solides, pleins, impénétrables, infiniment petits. Tous les corps que nous connaissons sont ainsi formés de vide et de plein. Avec l'élément matériel, ou l'élément du plein, avec le néant, l'espace ou le vide, et avec le mouvement, Leucippe constitue le monde.
Les grains qui le composent dilfèrent de figure, ce qui entraîne et explique la dissemblance des diverses sortes do matière que nous observons. D'ailleurs, il admet qu'en variant seulement d'ordre et de disposition, ces éléments matériels peuvent produire des corps tout différents. C'est en quelque sorte une prévision de l'isomérie des chimistes modernes, qui s'est offerte à Leucippe, qui pour développer sa pensée se sert d'une comparaison fort nette. Il assimile les éléments identiques en nombre et en nature, mais diversement groupés et produisant ainsi de^ matières différentes, à des lettres qui, en variant leur assemblage, peuvent également bien fournir une comédie ou uno tragédie. Enlin, il se rend nettement compte do la coiûoositiou et de la décomposition des corps,
et il admet que, nés do l'agrégation des particuhis matérielles, ils se détruisent par \& dissociation de ces mêmes particules.
« I-es Eléatcs, argumentant de la divisibilité infinie do la matière, mettaient donc en corUradKîtion les sons et la raison, ot se trouvaient conduits à nier le vide et le mouvement. Leucippe avait cherché h démontrer l'éternité du mouvement, principal attribut des éléments matériels, et rexistonce du vide. Il avait cherché à mettre en évidence et à faire adopter les principales conséquences auxquelles ces notions l'avaient amené; mais Leucippe se bornait à admettre lo mouvement, les éléments matériels et le vide, sans se prononcer sur la divisibilité de la matière et sur sa durée.
« Démocrite l'Abdéritain, si connu parmi les philosophes do l'antiquité, est allé plus loin que Leucippe ; il s'est chargé de combattre cette divisibilité, et il a considéré nettement la matière comme n'étant pas divisible à l'infini. Si la matière pouvait être divisée à l'infini, dit-il, on arriverait à des particules sans étendue; des particules sans étendue ne sauraient produire des corps doués d'étendue ; la matière doit donc sa diviser en parties limitées qui aient de l'étendue. Ce sont ces parties qu'il nomme atomes, et c'est Démocrite qui a créé ce mot, maintenant si souvent employé dans l'étude de la chimie. S'agit-il de la durée de la matière, il se fonde sur l'éternité du temps pour établir que tout n'a pas été créé.
« Pour lui, le vide est donc éternel et occupe un espace infini; les atomes sont éternels comme l'espace, ils sont inaltérables, et leur nombre est infini : la figure et l'étendue constituent leur essence.
« Les idées de Démocrite sur la constitution des corps sont grandes et élevées; mais il eut le tort d'ap|)]iquer à la morale et à la psychologie les idées dont il s'était pénétré en méilitant ses théories atomistiques. Il voulut voir aussi dans l'àme un assemblage périssable d'atomes, une agrégation qui se dissolvait à la mort; il admettait môme deux âmes ou deux divisions de l'dme par individu; l'âme intelligente dans la poitrine; l'âme vivante et sensible par tout le corps.
« Tout porte à croire qu'il n'admettait pas l'existence de Dieu, car, en vérité, l'on ne saurait accorder ce nom aux êtres qui, selon lui, voltigent autour de la terre et qu'il regarde comme des fantômes, des simulacres, (les êtres aériens d'une prodigieuse gran dour. Leur organisation ressemble à la nôtre, mais ils périssent difficilement ; il y en a do bons, il y en a de méchanis. Ces êtres nous envoient leurs images dans nos songes.
« Voilà à quoi se réduit la divinité aux yeux de Démocrite qui, ainsi que tous les anciens atomistes, se trouvait conduit par l'atoraismeaux idées du matérialisme le plus complet.
« La théorie atomique a puisé un complément dans les doctrines d'Epicure; car à la figure et à l'étendue admises avant lui dans les atomes il ajoute uno troisième propriété,
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cejle de là pesanteur. L'un des écrits où ce philosoplie a ex|)os6 ses id(''es avec le plus de détails est demeuré Inngtomps perdu et a été letrouvé dans les fouilles d'Herculanum.
« Cet Duvrage a servi de base au f.-imeux poënic (!e Lucrèce. Là vous trouverez les idées d'Epicure développées, embellies par l'harmonie du langage , et étendues avec toute la hardiesse d'un esprit poétique. Lucrèce admet le vide, les atomes et le mouvement. Les atomes, dans une perpétuelle agitation, se précipitent de haut en bas dans le vide. Mais leur chute n'est pas exactement perpendii'ulaire; elle présente une déclinaison faible et variable, qui joue un grand rôle dans la cosmogonie de Lucrèce. Avec des atomes qui tlotlent dans l'espace, avec un mouvement qui les anime, avec un peu de hasard qui les fait marcher obliquement, Lucrèce IMtit, en eifet, le monde tout entier et dans tous ses détails. Ces atomes se présentent les uns aux autres d'une manière assez heureuse pour s'accrocher ; leur forme s'y prête, car leur figure joue ici le plus grand rôle. Les divers corps de la nature iirennent naissance; les petites masses engendrent des masses jilus grandes |iar leur réunion, et tout l'univers se trouve formé, la terre ainsi que tous les astres, les corps bruts aussi bien que les êtres organisés. De cetti! manière, toute ci'éation s'est faite par cas fortuit.
« Les iilées atomiques en restèrent h peu près à ce point jusqu'à une époque licaucoup plus voisine de la nôtre. Elles étaient pour ainsi dii'c, oubliées lorsque s'éleva entre Descartes et Gassendi, il y a maintenant deux siècles, une discussion remarquable qui ramena les espri.ts à ces questions. C'était au temps où Galilée combattait la physique scolastique par ses découvertes , et la foudroyait avec ses nouvelles et admirables expériences. Descartes voulait refaire le roman de la nature more anliquo. Regardant l'étendue connue divisible à l'inlini , applitjuant à la matière le môme principe, il rejetait l'existence des atomes et bâtissait son système sans les admettre. Gassendi, tout au contraire, l'adversaire le plus constant de Deseartes et son digne adversaire, Gassendi compose l'univers d'atomes. Mais ceux-ci ne s'accrochent pas comme dans l'imagination d'Epicure et de Lucrèce : ils ne se louchent uième pas. Maintenus à distance par des forces qui les dominent, ils laissent entre eux beaucoup do vide, et leur assemblage ne présente que peu de jdein. Ainsi, Gassendi, perfectionnant l'image que l'on se faisait des atomes et de leurs rapports mutuels, l'a rapprochée do cell^ que nous en faisons aujourd'hui, en admettant des forces qui tiennent les atomes en équilibre et des espaces qui les séparent et cpii sont beaucoup plus étendus que les atomes eux-mômes.
« Si jusque-là Gassendi demeure dans le vrai, ou du moins ne s'écarte pas des idées les plus vraisemblal)les, bientôt il s'éloigne dfs hypothèses raisonnables et tombe dans ces écarts qui ont si souvent et non sans rai-
son exposé lés partisans des atomes aux dédains ries esprits exacts et positifs. 11 forme,' en effet, la lumière d'atomes ronds ; ce sont des atomes particuliers qui font le froid, le chaud, les odeurs, les saveurs ; le son luimême est formé d'atomes. Toutes ces erreurs reconnues et condamnées par les physiciens qui lui succédèrent entraînèrent dans un commun naufra;j,e ce qui pouvait être utile et vrai dans le fond de ses idées.
n Les atomes , il y a moins de cent ans,' revinrent sur l'eau sous une forme qui lit grand bruit en Allemagne. Je veux parler de \\o\i et de sa théorie des monades. Les monades de Wolf ne sont autre chose que des atomes, mais des atomes, doués, il faut en convenir, de propriétés très-extraordinaires. Son système fut discuté en Prusse avec une grande vivacité, et y occupa tellement les espiits que l'Académie de Berlin jugea convenable de proposer, en 1746, un prix pour la meilleure dissertation sur les monades. L'issue du concouis académique fut fiiçheuso ]iour elles et pour Wolf : on couronna un de ses adversaires.
« Les monades vous offrent le plus bel exemple de l'abus du système atomiriue. Il n'est pas d'absurdité où l'on ne puisse arriver avec des atomes à qui l'on prête des propriétés de fantaisie. Rien de plus dangereux qu'une notion aussi vague, quand, dégagée' de.lout ]ioint d'appui expérimental, elle s'empare d'une imagination active et déréglée et surtout quand on ne recule pas devant son application à l'étude des phénomènes psychologiques.
« Adressez-vous à Wolf, et demandez-lui ce que sont ses monades ; il vous répondra que ses monades sont des espèces d'atomes , inais des atomes d'une telle nature qu'il va les melire à l'abri de l'argument déduit delà divisibilité infinie de la matière. En effet, ce ne sont pas des atomes doués d'étendue, ce. ne sont [las non plus des points sans étendue. Qu'est-ce-donc, direz-vous ? Ce sont, répond-il sérieusement, des substances qitasi-ctrndnes. Avec cette définition bâtarde, à laquelle vous ne vous attendiez guère, Wolf se croit tiré de tout embarras et placé sur un terrain inexpugnable.
« En ce qui concerne le mouvement, il ne veut non plus blesser personne. Ses monades ne se meuvent pas ; elles ne sont pourtant pas immobiles; mais elles ont en elles lu raison suffisante du mouvement.
« Voilà comme à l'aide d'une quasi-étendue et d'une raison suffisante du mouvement l'auteur de la théorie des monades croyait aplanir toutes les difficultés ^u'on opposait aux systèmes atomiques.
« Avec lui, tout est monade. Dieu est une monade. Nous sommes des monades, et nos idées aussi. Les monailes se pressent-elles devant nous dans l'espace, elles deviennent obscures ; nous n'avons plus d'idées nettes. Mais s'écartent-elles, elles s'éclaircissent, la lumière se fait dans nos idées, et nos conceptions deviennent justes et précises.
K Ce système ne satisfit personne, malgré
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ces cxprilii'iiH iiojiislo-inilioii. Wolf eut beau clu'rdier ^ (Hl iic'r ses inoiiades pdiir combivttfo li> jiigomciil nc;uléini(|(U' , il l'iil actuv- |)l('', et il n'est resté do ses tiiôories (|u"imi oiisrigiipiuenl liistoriquo (jui nous uioiitro les ti;ingeis auxquels s'cxpuso celui qui veut expliquer la nature a priori.
' « Presqu'en uK^nie temps parut en Suède im honnue fort sini;;ulier, qui eul aussi le mallieurd'érrin^ des choses (étranges sur les atonies. C'est le fameux S\vedeni)org, né ?i Stockholm on KiHO. Il se distingua d'abord dans la eLdture des lettres et de la poésie, et obtint de fort bonne heure des succès brillants dans cette carrière. Dès r.lge de vingt ans, il publia ses Cdrminn iiusccllanea ; et à ■trente ans son mérite déjà connu et apprécié lui valut des tilres de noblesse. Quand on sait avec quelle réserve cette laveur était accordée en Suède, on voit combien il fallait que sou talent filt estimé pour lui mériter un toi honneur.
« Vers l'âge de quarante ans, quittant les muses pour les sciences, il publia ses traités métallurgiques, qui sont dos ouvrages clas- .siques, dignes d'occuper une place entre le traité d'Agricola et les meilleurs de ceux que l'on ait faits de nos jours. 11 en existe une édition très-belle en trois volinue^ infolio et qui a maintenant un siècle de date, ce qui lui donne un vif intérêt en ce qui touche l'histoise des arts métallurgiques. Jusque-là les travaux de Swedenborg, poétiques ou scientifiques , brillant tour à tour par l'imagination ou jiar les faits, olfraient les uns et les autres le genre de mérite qui leur convenait. Mais bientôt des idées trop abstraites s'emparent de son esprit, et il met au jour son Prodronms pri)icipiorurti, où sont consignées ses idées sur la théorie atomique. Toutefois, comme s'il craignait de se com::^romettre, cet ouvrage paraît sans nom d'auteur.
i< 11 admet dans les atomes une forme généralement sphérique ; mais il les conçoit associés de manière à constituer de petites masses diversement ligurées. C'estdonc de lui qu'est venue la première idée de créer ainsi des cubes, des tétraèdes, des pyramides, et les différentes formes cristallines, par des assemblages de sphères : et c'est une idée qui depuis a été renouvelée par des savants très-distingués, et en particulier par 'Wollaston.
« Dans les solides, suivant Swedenborg, les atomes se touchent. Mais il y a nécessairement entre eux des intervalles vides en raison de la courbure de f'urs surfaces. Plus écartés dans les liquides, les atomes se tiennent à distance et laissent entre eux des espaces plus grands. Dans ces espaces vides i! introduit d'autres atomes dont la forme se prête à les remplir. Ce ne sont plus des sphères ; ce sont des particules terminées par des surfaces courbes concaves et disposées de manière à imiter une sorte de coin.
« Avec cela il entre dans un détail que l'on n'avait jamais abordé. L'eau est formée de sphères et de molécules interposées dans
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leurs interstices. En so désagrégeant au loiul de la mer, ci's dernières prennent un nouvel arrangciiKMil d'où résulte le sel marin. Les angles s(ilid(\s que nuifernient ces particules intersticielles constituent l'acide que l'on [leut en extraire, et ee sont elles qui libérées constituent l'acide chloihydi ique.
« Avec toutes ces hypothèses, il a la prétention de domier thr'ori(|U(!nient, comme proviinant de calculs basés sur les principes (pi'il a(hiiet, des formes cristallines et des densités semblables à celles ipii fournit l'observation. A voir l'accord de ses résultats calculés avec Ci ux de l'c^xjtérience, on voirait volontiers qu'il y a quelque chose de fondé dans son système. Mais remarquez que ce sont tout simplement des conditions qu'il s'était posées et auxquelles il a satisfait dans ses spéculations. S'il avait tenté d'ajipli(fuer ses raisonnements à d'autres cas(|UG ceux qu'il avait pris pour ])oint de départ, il n'aurait pas manqué d'arriver à des conséquences toutes ditférentes des données expérimentales.
« Observez cette tendance de son esprit qui l'arrache aux études {)récises pour le jeter dans les idées spéculatives : elle continue toujours à se manifester. Ses conceptions, à mesure qu'il avance, sont de plus en ])lus éloignées des faits ; et au Prodronms rerumnatHralium succède le Prodronms philosophiœ ratiocinanlis ilontle titre s'explii|ue, au besoin, jsar celui des divisions de l'ouvrage, qui sont intitulées de inptiito el causa puali creotioiiis, et encore de mcchanismo operaCionis animœ et corporis.En appliquant son esprit à de telles méditations, il fait si bien qu'arrivé à l'Age d'environ 54 ans il devient illuminé, s'imagine recevoir la visite de Dieu et se trouver en communication avec les anges. 11 prétend que dans ces entievues mystéiituses des secrets cachés jusque-là dans le sein de la divinité lui sont dévoilés ; il abandonne les sciences, et publie divers ouvrages mystiques , d'ans lesquels vous trouverez, entre autres choses fort curieuses, une description détaillée du paradis, tel qu'il s'est offert à l'esprit égaré du pauvre vision^ naire. Bref, il n'a pas laissé de devenir , après sa mort, chef d'une secte particulière, cjui compte, il est vrai, bien jieu de membres, et qui est connue eu Angleterre sous le nom de nouvelle Eglise de Jérusalem.
u Selon Swendenborg, on ne meurt pas, on se transforme ; c'est une espèce do métempsycose. Au surplus, si vous voulez prendre une idée de sa doctrine mystique, consultez un de nos modernes romanciers, qui a con- «acré l'un de ses ouvrages à l'exposition et à la personnification des dogmes des swedenborgiens.
« Après Swedenborg, Le Sage de Genève, en publiant son Essai de chimie mécanique, ouvrage d'ailleurs fort rare, car il n'a pas été mis dans le commerce, a mis au jour le dernier écrit que je connaisse qui ait pour objet d'établir un système atomique indépendamment de l'expérience. Le Sage, du reste, était devenu prodigieusement distrait el
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absordé par ces idées ; tant s'est montrée fatale l'influence des méditations sur les atomes à ceux qui s'y sont jetés imprudemment et sans frein expérimental 1
« Tel était l'état des choses, à l'époque où furent reconnues les proportions chimiques, et où Dalton, s'appuyant sur elles, lit revivre les atomes.
« Lorsque M. Gay-Lussac fit connaître sa belle loi sur les combinaisons des gaz, le premier volume de la Philosophie chimique de Dalton avait seul j)aru. On devait s'attendre à la trouver adoptée et développée dans ]e second : car c'était une bonne fortune rare pour un inventeur. Eh bien, pas du tout. Dalton la repousse avec une sorte de dédain. 11 en fait l'objet d'une note, comme s'il s'agissait du fait le plus insignifiant.
« Si, dit-il, cette loi est vraie, c'est une « traduction de la mienne, et une traduction « moins générale. Vous ne pouvez envisager « que les gaz, quand j'embrasse tous les « corps. Vous nommer volume ce que j'ap- « pelle atome; voilà d'ailleurs la seule diffé- « rence. » C'est ce que M. Gay-Lussac avait lui-même bien déclaré. « Mais, ajoute Dal- « ton, vous n'avez qu'à lire mon premier ti volume, et vous y verrez que/e« atomes des i( gaz sont Ions sphérkjues , et que le vo- « lume des sphères, quoique le même pour cha- « que gaz, tarie d'un gaz à l'autre. Votre loi « ne saurait donc être exacte. »
« Et, au fait, Dalton s'appuie sur toutes les analyses connues et incorrectes de ce temps pour montra que les gaz ne se combinent pas en rajiport simple, que seulement les rapiwrts ordinaires de la loi des proportions multiples se font reconnaître dans leurs combinaisons ; et Dalton n'a jamais, que je sache, fait connaître son adhésion à la loi de M. Gay-Lussac, tant les idées préconçues les pliis hypothétiques sur la forme et le groupement des molécules matérielles finissent par acquérir la force et l'empire de la réalité la plus claire. Pourtant les idées de>L Gay- Lussac étaient basées sur des épreuves précises, dont il était facile à tout le monde, à Dalton comme à tout autre, de vérifier l'exactitude.
« Mais si Dalton, fort de ses hypothèses, niait cette belle loi de la nature, il s'est trouvé d'un autre côté bien des chimistes, qui, en l'admettant, s'en sont fait une base pour se précipiter dans d'autres hypothèses. Double écueil que la sagesse de l'inventeur avait su légalement éviter.
« En effet, la plupart des chimistes qui se sont essayés aux spéculations de la théorie atomique, de même que quelques physiciens qui ont examiné ce sujet, ont cru pouvoir admettre, sans risque trop grave, que, dans les gaz , les atomes sont placés à d'égales distances, et qu'à volume égal il y en a par conséquent le môme nombre dans deux gaz différents.
« Ceci, disait-on, paraîtra hors de doute, si l'on se rappelle que les gaz sont tous éga- 'ement compressibles, égalmnent dilatables,
et queleurscombinaisonssefonteu volumes
simples. Pourquoi les variations qu'éprouve un gaz dans son volume par les changements de pression ou de température sont-elles indépendantes de sa nature "? Pourquoi cette identité dans les effets produits parles forces physiques, sur tous les différents corps gazeux , identité qui n'existe plus pour les corps solides et liquides "? Ce ne peut être que le résultat d'un même mode de constitution, propre à toutes lesmatières gazeuses. Il faut donc que leurs atomes soient placés à la môme distance, cjuand les circonstances sont les mômes: car comment concevoir autrement la similitude de leur constitution ? Enfin, les observations de M. Gay-Lussac, en établissant que dans l'énoncé des lois des combinaisons entre gaz on pouvait substi-, tuerie mot volume au mol atome, semblaient donner aux considérations précédentes le plus haut degré de probabilité.
« La physique et la chimie paraissaient donc conduire également à cette même conséquence. Mais si les gaz renferment le même nombre d'atomes à volume égal, il faut jjourtant s'expliquer : car 1 volume de chlore et 1 volume d'hydrogène en font 2 d'acide chlorhydrique ; 1 volume d'azote et 1 volume d'oxygène en font 2 de bi-oxyde d'azote. Par conséquent, il faut que l'atome du chlore et celui de l'hydrogène puissent se couper en deux, pour donner naissance aux deux atomes de gaz chlorhydrique. Il faut de même que l'atome d'éftote et l'atome d'oxygène se coupent en deux, pour former les deux atomes de bi-oxyde d'azote. Une multitude de composés gazeux nous forcerait à reconnaître des divisions analogues dans les atomes de leurs éléments.
« C'est aussi ce que j'ai admis, il y a dix ans (1), quand j'ai commencé à écrire sur ces questions, en ayant d'ailleurs bien soin d'expliquer en quel sens j'entendais alors le mot atome ; et je n'oserais citer ici mon opinion sur ces matières, si je n'avais été pris à partie par un chimiste anglais à ce sujet.
« Comment, dit-il, M. Dumas nous de- « mande de partager le chlore et l'hydro- « gène en atomes, c'est-à-dire en petites amasses indivisibles, insécables; puis, « quand à grand'peine je me suis représenté « de telles masses, il ajoute : Maintenant « voulez-vous faire de l'acide chlorhydrique"? « Alors, coupez en deux ces masses inséca- « blés ! ! !
« Puis, quand vous aurez coupé ces ato- « mes , prenez la moitié d'un atome de « chlore et la moitié d'un atome d'hydro- « gène, soudez-les, et vous ferez un atome « d'acide chlorhydrique.
;< Si c'est là votre recette, ajoute le chi- « misfe anglais, permettez que je vous ré- « ponde pai' un petit apologue.
« Je trouve dans Lewis l'histoire d'un de'u'mon qui enlève une jeune dame, et qui, « pour gagner ses bonnes grâces, s'engage « à exécuter ses trois premiers ordres. « Mon- « trez-moi, lui dit-elle, le plus sincère de
(1)M. Dumas professait ceci en 1836.'
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« tous les amants. » Cela fut fait h l'instant. « Biou , monsieur , continue-t-elle , mais « montrez -m'en un ]ilus siueèro maintc- « naiif? » Le d('mun lut déconcerté.
« Mais que serail-il ari'ivé si la dame eiit « été entre les lUiiins de celui qui peut nous « montrer un atome, puis le couper en ileux? « Celui-là n'aurait éprouvé aiu'un embarras « sans doute h faire paraître l'amant le i)lus « sincère, puis un plus sincère encore. »
« M. Grillins n'a pas compris que j'avais pris soin de distinguer des atomes rckitifs aux forces physiques et des atomes relatifs aux forces chimiques ; c'est-à-dire des masses insécables pour les premières, et d'autres masses insécables pour les secondes. Il est donc possible de couper avec les unes ce qui résiste aux autres. Dans le cas du chlore et de l'hydrogène, la chimie coupait les atomes que la physique ne pouvait pas couper. Voilà tout.
« Quelques personnes ont voulu éviter ces distinctions et ont imaginé de restreindre Ja règle générale aux gaz simples. Ceux-ci, dit-on, sont tous comparables entre eux, et ne le sont plus avec les gaz composés : eux seuls renferment le même nombre d'atomes à volumes égaux.
« Voici ce qui en résulterait : C'est qu'en prenant la densité de l'oxygène pour 100, celle des autres gaz simples donnerait leur poids atomique, et l'on aurait ainsi :
Oxygène 100
Hydrogène 6,2i
Azote 88,5
Clilore 221,3
« La densité de la vapeur du brome et de celle de l'iode conduirait de même aux nombres suivants :
Brome 489,1
Iode 789,7
« Ces atomes, ainsi établis, satisfont nonseulement à la règle d'où ils découlent, mais encore à toutes les convenances de la chimie. Aussi tout le monde les admet-il ; aussi a-t-on pensé que cette règle, en quelque sorte devinée, devenait un axiome incontesté en présence d'un tel accord. Voyons donc si en effet son application ne peut donner lieu à aucune contestation.
« Dans l'ammomiaque on trouve 3 volumes d'hydrogène pour 1 volume d'azote. Or l'hydrogène phosphore lui ressemble beaucoup. Ce sont deux composés correspondants de deux corps simples dont les propriétés chimiques présentent la plus grande analogie; ce sont deux gaz susceptibles de iouer le rôle de base, et qui renferment l'hydrogène au même état de condensation. On devait donc admettre que dans l'hydrogène phosphore l'azote de l'ammomiaque se trouvait remplacé par le phosphore, volume pour volume; on devait croire que pour 3 volumes d'hydrogène il y avait un volume de phosphore gazeux : auquel cas, la densité de la vapeur du phosphore eût été exprimée, eu la rapportant à celle de l'oxygène prise
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égale à 100, par le nombre 19G. Mais l'expérience donne 392, c'est-à-dire le double.
« L'jirsenic va nous conduire à une observatiiiu toute |),MrciIlo. H est absolument dans le même cas. Car eu partant de l'hydrogène arséniqué, et le comparant à l'ammoniaipie, on trouvera 470 pour la densité de la vapeur d'arsenic, tandis que la densité de sa vapeur observée donnerait le nond)re 9'i0.
« Ainsi donc point (h; milieu : il faut nu renoncer aux plus belles analogies do la chimie, et à des lois que nous discuterons tout à l'heure et qui sont pleines d'inlérèt, ou convenir qu'à volume égal le phos|iliore, l'arsenic et l'azote ne contiennent pas le môme nombre d'atomes.
« On fera peut-être (juclques difficultés , en s'appuyant sur la nature problématique do l'azote. Des chimistes très-distingués , et M. Herzélius en particulier, ont en effet présenté des considérations qui tendraient à faire envisager ce gaz comme un corps composé. Mais que dire dans le cas de l'oxygène et du soufre ? Ne sont-ce pas des corps qui se ressemblent en tous points, et bien connus tous les deux ? Et cependant , si , partant de la composition de l'eau qui renferme 2 volumes d'hydrogène et 1 volume d'oxygène, vous dites que l'hydrogène sulfuré doit contenir aussi 2 volumes d'hydrogène et 1 volume de vapeur de soufre , vous trouverez jiour la densité du soufre en vapeur 201, en prenant 100 pour celle de l'oxygène. Or l'expérience fait voir qu'elle est réellement représentée par 603. D'oii l'on voit qu'ici le poids atomique déduit de la règle, qui ferait admettre des nombres égaux d'atomes dans les corps simples gazeux, à volumes égaux, est triple de celui qu'auraient fait adopter les analogies si frappantes que le soufre et l'oxygène présentent dans leurs combinaisoi/s avec l'hydrogène ou les métaux.
« Il ne peut donc rester aucun doute à ce sujet : la conséquence que l'on pouvait se permettre de tirer des densités des quatre corps simples naturellement gazeux et des densités observées dans le brome et l'iode en vapeur se trouve ouvertement et incontestablement démentie par les observations dont le phosphore, l'arsenic et le soufre ont été l'objet. Ainsi , il faut le déclarer nettement : les gaz, même quand ils sont simples, ne renferment pas, à volume égal , le même nombre d'atomes, du moins le môme nombre d'atomes chimiques.
« Vous remarquerez que , dans les trois exemples qui nous ont servi à le prouver, les atomes chimiques semblent s'être groupés ; qu'ainsi les particules gazeuses de I)liosphore ou d'arsenic en contiennent deux fois autant que celles d'azote ; que les particules gazeuses du soufre renferment trois fois autant d'atomes chimiques , qu'il y en a dans les particules du gaz oxygène. Vous direz donc à l'égard de ces corps que l'action chimique produit une division plus grande que l'action de la chaleur, et vous ne pourrez rien afiirmer de plus.
« Je dois vous faire ol)servcr que le cou-
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ATO
i'JÛ
traire paraissait d'aljord avoir lieu à l'égard du mercure. Co métal cnastidie des composés que 1 ou a tout lieu de regarder cormne analogues à ceux du [ilouib ou de l'argent. L'oxyde rouge de mercure devrait donc renfermer 1 v'jlurne de mercure uni îi 1 volume d'oxygcnc , ainsi tjue l'a depuis longtemps sui>|iosé M. (ia.-Lussac. Par >uite, Toxygùne étant 100 , un aurait 1264 pour Je poids atomi(iue du mercure. Or l'expérience donne 632 pour la densité de la vapeur de ce métal. D-uis le cas actuel , la chaleur diviserait donc les particules du corps plus que l'action cliimique , et il faudrait dire que les atomes chimiques du mercure se divisent en deux pour constituer les particules du mercure gazeux.
« Mais tout porte à croire que c'est aux formules généralement admises et données par M. Ber/élius ([u'il faut s'en iirendre et non point à la densité de la vapeur du mercure , s'il y a là une anomalie aussi choquante. En elîet, il y a toute apparence que le véritable atome du mercur.' est représenté par 632 , comme l'indique la densité de sa vapeur; et que si le mercure est analogue à l'argent , ce que je suis lo:n de nier , c'est l'atome de l'argent qu'il faut modilier et réduire à moitié , ainsi que les observations de M. Hose l'ont conduit à le laire.
« Ainsi , en admettant (pie la chimie ait quelque moyen de détinir les poids atomiques , on peut dire qu'en iirenant des volumes égaux de gaz, on a tantôt le même nombre d'atomes chimiques, tantùHe double ou le triple de ce nombre , mais jamais moins. En conséquence , on ne peut éviter de convenir que la considération îles gaz ne nous apprend rien d'absolu à ce sujet.
« Que l'on admette, si l'on veut , dans les gaz des groupes moléculaires ou des groupes atomiques en nombres égaux , à volume égal, on contentera tout le monde ; mais on ne donnera rien d'utile à personne jusqu'à présent. Ce ne sera après tout qu'une hypothèse , et sur ce sujet l'on n'en a déjà que trop fait.
« lîésumons les faits. Les gaz sont tous égabment compressibles; ils sont de même également dilatables. Ils se combinent en rapports constants , et simples en volumes : la contraction qu'ils éprouvent en se combinant est nulle ou de nature à s'exjirimer par un rapport simple. Voilà des propositions qu'on peut énoncer en toute conliance, parce qu'elles ne sont que l'expression des résultats de l'expérience.
« Si on veut aller plus loin, ou peut ajouter que les gaz paraissent formés de groupes moléculaires plus ou iiinins condensés , que ces groupes contiendraient tantôt un même nombre de ces autres groupes qui constituent les atomes chimiques, tantôt un nombre double ou triple. Car on doit supposer non -seulement que les atomes physiques des gaz sont ues réunions de masses petites, . distinctes les unes des autres , mais qu'il en est encore de môme des atomes chimiuues.
« \'oilà où nous en sommes su." ce point , et si maintenant j'ajoute qu'au lieu de creu ser plus à fond ces hypothèses il vaudrait biin mieux chercher des bases certaines pour appuyer des théories plus solides, vous serez très-|)robablement de mon avis. Vous jienserez (comme moi), sans nul doute, qu'il serajilus rationne! e! plus utile de s'attacher à déteruiiner lesdensilés des vapeurs qui nous sont inconnues i)ar les méthodes que nous jiossédons , quand elles |ieuvent s'y appliquer , ou bien d'imaginer de nouvelles méthodes pour les cas où celles-ci sont inapplicables, sans dédaigner la recherche des densités des corps composés: car, bien que moins utiles en apparence, elles nous apprennent néanmoins des lois de condensation d'un très-haut intérêt. A'oilà, sans contredit , la seule direction profitable pour les esfirits qui veulent s'occuper de ces questions ; voilà la seule voie qui puisse actuellement mener à éclaircir nos vues sur ces matières.
« N'allez pas vous imaginer en effet que je nie l'importance des découvertes faites sur les gaz ou les vapeurs. Je me borne à dire que le sujet n'est point achevé, et que par suite il a été jus(pi'ici im,.ossible d'établir aucune loi absolue, mais que l'on a trouvé seulement des rapports variables quoique toujours simples.
« C'est il y a bientôt vingt ans que la théorie atomique eut son beau moment. On croyait alursàl'eftieacité des notions puisées dans les considérations relatives au gaz, et MM. Petit et Dulong tirent connaître une loi qui, pouvant embrasser tous les cor|)S, et particulièrement les corps solides, semblait destinée à com. 1er le vide que ne pouvaient remplir les notions précédentes, à l'égard des corps fixes ou trop difficiles à volatiliser. Mais malheureusement cette loi nouvelle appliquée à la détermination ' des atomes chimiques va nous otîrir non moins d'exceptions que la loi de l'égalité du nombre d'atomes, à volume gazeux égal. EUe consiste à dire que, |iour échauller d'un degré un atome de chaque corjis simple, il faut une égale quantité de chaleur.
« Les quantités de chaleur nécessaires pour échauller d'un degré les diÛ'érents corps, pris à poids égaux, varient suivant leur nature ; ce dont il est facile de s'assurer par l'expérience. Si, par exemple, vous prenez un kilogiammc d'eau à 20° et un kilogramme d'eau à 10 , après le mélange, vous trouverez dans la masse une température qui sera réellement la moyenne des températures observées auparavant dans chacune des parties, et vous aurez ainsi deux kilogrammes .d'eau à 15". Mais au lieu d'opérer sur deux masses d'une même nature, prenez-en deux de nature diilereule ; prenez, si vous voulez, un kilogramme d'eau à 14.°, et un kilogramme de mercure à 100°. La température moyenne serait 57°. Eh bien , ce ne sera point celle que vous remarquerez dans les deux kilogrammes mélangés ; bien foin cle lii, le thermomètre y indiquera seulemeyt
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17'. Ainsi lo morcuro perd 8.'V', qnîinci l'paii en |j;.i^ne 3 ; ainsi une mûuic (|u;inlité do clKilt'ur proiliiit sur des nuisscs c^tçalos do nu'ici;io et d'oau des varialion.s de toinpéraliire qui sont dans lo rappoi-l do 8.'{ îi 3. l'ai- ions6(]uent, io mt-i-curi! n'c'\i,Lj;('ra, pour s'ôcliautlor d'un certain numhro do (ioj^r(''S, que les yj ou Io ,', do la (luantili^ do ciialeur (pli fora suijir J\ l'oau la niômo l'Iévation de température. Ce nombre ,-i est eo qu(' l'on appelle la chaleur npécifique du mercure, ou sa capacité |) ^ur la chidoiu'.
■ « Si vous clierchoz ai-nsi les chaleurs spécirupies des divers corps sim|iles, vous trouverez des nombres très-ditl'érents, qui ne vous [laraîtront assujettis à aucune loi. Mais au lieu de comparei' les corps simples sous le moine poids, pronez-en de poids proportionnels h leurs poids atomiques ; prenez, par exemple, 201 parties de soulre, 33<J parties de l'or, 11 't3 iiarlies de platine, et vous trouverez qu'en prenant d'égales quantités de chaleur ces corps éprouveront un égal changement de température.
« Uien de ])lus facile que de vérilier ce fait, en connaissant les cbaleuis sjjécitiqucs obtenues à l'aide des moyens dont la physique permet de disposer. Elles nous font connaître d'une manière relative les quantités de chaleur absorbées par un môme poids des ditférents corps, pour subir une même variation de temfiérature. Multiplions-les par les poids atomiques : nous aurons l'expression relative des quantités de chaleur absorbées par des poids qui représentent le mémo nombre d'atomes ; ce qui donnera par conséquent les rapports des quantités de chaleur prises par les atomes eux-mêmes, j:)our une égale élévation de température.
« Evidemment, cette vérification ne peut se faire qu'avec dos poids atomiques admis déjà sur d'autres bases. Mais la loi une fois établie, on pourra s'en servir pour déterminer des poids d'atomes que d'autres considérations ne i)ermettraient pas de fixer. En elfet, puisque le produit du poids atomique par la chaleur spécifique devra toujouis donner un nombre constant et connu, il suffira de diviser ce nombre constant par la chaleur spécifirpie pour avoir le poids atomique.
« Voici du reste le tableau des poids d'atomes déduits des chaleurs spécifiques observées par MM. Dulong et Petit. V^ous voyez que le produît des poids atomiques jiar les capacités pour la chaleur est toujours environ 37, 5, de sorte qu'en supposant que la loi fi)t vraie, il suffirait de diviser ce nombre par la capacité calorique d'un corps simple pour en avoir le poids atomique.
Capacités pour la chaleur.
Bismiuli, 0,0288 Plomb, 0,0295
Or, 0,0298
l'Iaiine, 0,0314
Et;iin, 0,05t4
Argt^^ul, 0,0557
Zinc, 0,0927
Tellure, 0,0912
Poids Produits de la capaciié
aloinii|. par le poids alomique.
401 ÔG,57
fluivro, 0,0919
I^ickol, 0,1055
Frr, 0,1100
Coljall, 0,1198
Soulre, 0,1880
« Mais les particules matérielles aux(pielles cette loi s'applitpie sont-elles les mAinos que les atomes chimiipu's? c'est là maintenant ce qu'il faut voir.
« Considérons d'abord les gaz élémentaires. Nous n'y trouverons matière h aucune objection. La rapacité jiour la chaleur de l'oxygène, de l'azote et de l'hydrogène, a été déterminée par M. Dulong, et il s'est assuré ([u'À volumes égaux elle était la même pour ces trois gaz. En leur appliquant la loi de MM. Petit et Dulong, on serait donc conduit à y reconnaître un nombre égal d'atomes à volume égal ; ce qui s'accorde îi la fois avec les vues de la chimie, et la sufiposition anciennement faite sur la constiiution des corps gazeux.
« Prenons ensuite le soufre, dont la densité à l'état gazeux nous a oil'ert une anomalie si inattendue. La chaleur spécifique du soufre, ainsi que vous le voyez dans le tableau, conduit au poids atomique 201, qui est précisément celui que tous les chimistes ont adopté. Ici par conséquent se manifeste une opposition inévitable entre la théorie qui supposerait un même nombre d'atomes dans des volumes égaux de corps simples gazeux, et celle qui supposerait à ces atomes une même capacité pour la chaleur.
L'adoption de l'une nécessite le rejet de l'autre, puisque l'atome du soufre donné par la vapeur serait égal à 603 et qu'il n'est que 201, quand on le prend par les chaleurs spécifiques. Mais nous avons déjà fait le sacrifice de la première hypothèse comme moyen de nous donner les atomes de la chimie. La seconde nous mène à choisir pour le soufre l'atome déduit des considérations fournies par la chimie elle-mêmCi Jusque-là rien de mieux.
« Mais si, remontant le tableau, nous passons au cobalt, nous rencontrons alors un poids d'atome qui n'est que les \ de celui que la chimie exige. EU'ectivemont, com|)aré avec le fer, le nickel, le zinc, etc., le cobalt est l'un des corps dont l'atome chimique est le mieux lixé par ses analogies. Il faut que les composés du cobalt soient représentés par dos formules semblables à celles des coin|)Osés coirespondants de nickel , de 2ine, etc. 11 faut par conséquent que l'atome de cobalt pèse 300 : autrement cette conlition ne pourrait être remplie. Mais la chaleur siiécifique du cobalt donnerait 2h6 , c'est-à-dire les deux tiers du nombre précédent. A l'égard do ce métal, voilà donc la règle tirée des capacités pour la chaleur qui se trouve elle-même en défaut.
« Si cette exception était la seule, peutêtre quelques personnes seraient-elles portées à attribuer cotte anomalie à la présence de quelques impuretés dans le cobalt sur lequel on a opéré pour en chercher la chaleur spécifique, et à croire qu'il so trouvait com-
ATO
ATO
biné avec une ceHaine quantité de caroone, q>ii aurait changé complètement les résultats. Je dois dire même que tel est mon avis, le cobalt employé provenant de la distillation de l'oxalate, et le carbone ayant une chaleur spécifique si forte, qu'une qu;intité très-faible de ce corps sulhrait pour modifier tout à fait la chaleur spécifique du cobalt.
« Mais nous allons trouver un exemple qui, je le crois, ne laisse plus rien à répliquer, dans le tellure, lequel, comparé au soufre , s'en rapproche de toutes les manières sous le point de vue chimique, et s'en éloigne tout à fait sous le point de vue des capacités pour la chaleur. Car tandis que, pour représenter les combinaisons correspondantes que forment le soufre et le tellure, il faut prendre 802 pour le poids atomique de ce dernier corps, sa chaleur spécifique lui en assignerait un qui pèserait seulement 401, c'est-à-dire moitié moins.
« Enfin j'arrive à l'argent, et je vois que pour satisfaire à la loi des capacités caloriliques il faudrait lui donner 076 pour poids atomique , nombre qui est encore moitié trop faible, car les chimistes ont adopté généralement 1352.
« En vous rappelant la réduction à moitié que la densité de la vapeur du mercure semble exiger dans le poids atomique admis pour ce métal, vous allez peut-être dire : Eh bien, il est tout simple que la chaleur spécifique de l'argent réclame pour son poids atomique une pareille réduction. Car les poids atomiques des deux métaux étant ainsi l'un et l'autre pareillement réduits, leurs combinaisons ne cesseront pas d'être d'accord. Mais alors, prenez-y garde, car la chaleur spécifique du mercure, celle :jue lui assignent les expériences qui méritent le plus de confiance s'accorde sensiblement avec le poids atomique ordinaire que les chimistes ont jusqu'ici adopté pour ce métal.
« Conséquemment, pour fixer les poids atomiques du mercure et de l'argent, admettra-t-on la chaleur spécifique du premier? Celle du second ne vaudra rien; et alors il en sera de même de la densité de la vapeur du mercure. Voudia-t-on s'appuyer sur la chaleur spécifique de l'argent, ce qui permettra d'invoquer pour le mercure la densité de sa vapeur? on sera forcé de repousser la chaleur spécifique de ce dernier métal. Ainsi, duus l'un et l'autre cas, il faudra rejeter une des données fournies par les chaleurs spécifiques. Avouons que l'état liquide du mercure peut rendre sa chaleur spécifique tout autre que celle qu'il aurait à l'état solide.
« Rappelons que la capacité calorifique du tellure ne conduit pas plus à son atome chimique que la densité de la vapeur du soufre à l'atome chimique de celui-ci. En face de ce fait , il faut nécessairement conclure en disant que, si les densités des corps simples, à l'état gazeux, ne j>euvent pas nous fournir leurs atomes chimiques, leurs chaleurs spécifiques ne sauraient non plus nous l'enseigner d'une manière absolue.
« Me demanderez-YOUS comment je con-
çois les v^^rticules matérielles qui ont la même capacité pour la chaleur? Je vous répondrai que dans l'état actuel il est impossible de rien affirmer de précis sur cette question. Que si Ton veut se laisser aller aux suppositions, on sera disposé à penser que la chaleur s[i<5cifique se rapporte aux vrais atomes, aux dernières particules des corps. Ceci admis , l'on conçoit très-bien comment les atomes chimiques pourront être ex[)rimés par des nombres quelquefois égaux à ceux qui représenteraient ces dernières particules, et d'autres fo"is par des nombres plus forts ou plus petits, selon l'unité adoptée.
« Pour me faire facilement comprendre, je supposerai pour un moment qu'il y ait, par exemple, dans un atome chimique de soufre, de cuivre, de zinc, etc., 1000 atomes du dernier ordre ; qu'il y en ait 2000 dans un atome chimique de tellure et 250 dans un atome chimique de carbone. Supposons d'ailleurs que les atomes chimiques du soufre, du fer, du cuivre, du zinc, soient exprimés chacun par le même nombre que l'atome vrai, déduit de la capacité calorifique ; ne faudra -t- il pas que l'atome chimique du tellure, qui renfermera deux fois plus do véritables atomes que ceux des corps précédents, soit représenté par un poids double ? Le poids atomique des chimistes ne sera donc plus alors égal au poids tiré de la chaleur spécifique : il sera exprimé par un double. L'atome chimique du carbone, au contraire, pèsera quatre fois moins.
« L'exemple du tellure et du soufre paraît tout ë fait concluant en particulier pour permettre do croire à des arrangements de cette nature.
« Au surplus, il reste beaucoup à faire sur ces matières. Avant de bâtir avec quelque confiance un système sur ce terrain, il faut qu'un grand nombre d'expériences précises soient venues l'éclairer. C'est ainsi qu'il serait de la plus haute importance d'étudier les corps composés sous le rapport de leurs capacités pour la chaleur; car il ne faut pas s'imaginer que la relation des capacités calorifiques aux poids d'atomes n'existe que pour les corps simples : elle se retrouve aussi dans les composés du même ordre. On aurait donc tort d'y chercher une preuve do k'justesse de l'idée que nous nous faisons des corps qui nous paraissent élémentaires, et l'on peut dire que la capacité de leurs atomes chimiques tend vers l'égalité, parce que ce sont des corps du même ordre, et sans que la simplicité de leur composition en découle nécessairement.
« Jetez les yeux sur le tableau oii sont écrits les résultats de M. Neumann sur la chaleur spécifique d'un certain nombre de carbonates et de sulfates. Vous y voyez que les carbonates de chaux, de baryte, de strontiane, de protoxyde de fer, de zinc et do magnésie, doivent avoir à nombre égal d'atomes des capacités pour la chaleur égales; car les produits de leurs poids atomiques par leur capacité à poids égal donnent tou-
ATO
jours îi pou près lo nu>me nombre, ol iumUCl'ùrcnt (1110 (le qiiantiti's (|iii, sans anciiii duiilc, (loivont iMro atlrihuécs auv erreurs il'e\|u'riences (ju'il est iiiii)ossil)l(! d'éviter dans (lesrecherclu's si délicates. Lessnii'atcs dr baryte, de sti'ouliaue , do cliauK , do pltiinb, dninienl lieu d(î taire une sendilable remarque. Eu multipliant leurs imids atoluiijues par leurs chaleurs spéciliques, on obtient pour tous environ 155.
Produits Capacili'S Poids de lacapacilé pour la chaleur, aloiuiq. par le puiJs aloniii|UR.
Carbonate de cliau.v, 0,2011 632 120,2
(';;iri>oiialeiiol>aryte, 0,108!) 1251 152,9
CarlKMiale ddiT, 0,1810 7Ui 130,0
Carlmnale .le plomb, 0,0810 1608 135,0
Carboiiale de zinc, 0,1712 779 153,3
Carbonate de slroii-
tiane, 0,1445 923 133,2
Carbonate double de
chaux, Magnésie, 0,2161 1167 126,1
Moyenne 131,4
Sulfate de baryte, 0,1068 1458 155,7
Snlfate de chaux, 0,1854 857 158,9
Sullale de stronliane, 0,1300 1148 149,2
Sulfate de plomb, 0,0830 1895 151,3
Moyenne 154,6
« Pour les autres corps composés, nous manquons de données assez précises pour nous permettre de faire de semblables comparaisons. Cependant ce sont des ()oints qui sont du plus haut intérêt pour la philosophie do la chimie. Déterminez donc un giaud notubre de chaleurs spécifiques, et certainement leur discussion attentive jettera la plus vive lumière sur cet important sujet.
« Dans l'élat actuel des choses, il paraît assez vraisemblable que l'égale capacité pour la chaleur appartient aux vrais alomes , mais que la chimie met en mouvement des groupes de ceux-ci, dans lesquels lo nombre des atomes varie suivant la nature dos corps, quoique toujours en rapport siiuple, et que d'ailleurs il ne faut pas s'attendre à retrouver constamment dans des volumes égaux de gaz un nombre égal des plus petites pavticules matérielles, ni même un nombre égal des groupes de ces particules sur lesquels la chimie opère.
« Voici donc, relativement à l'état pré.sent do nos connaissances , la conséquence la plus probable à laquelle on arrive, ce me semble, en essayant de rendre compte de la constitution intime des corps. La matière est formée d'atomes. Los clialeurs spécifiques nous enseignent les poids relatifs des atomes des diverses sortes. La chimie opère sur des groupes d'atomes de matières. Ce sont ces groupes qui, en s'unissantdans différents rapports, produisent les combinaisons en suivant la loi des proportions multi[)los; ce sont eux dont lo déplacement mutuel donne lieu do remarquer la règle des équivalents dans les réactions. Knliu la convei;sion on gaz ou en vapeur crée encore d'au- DiCTioNN. UE Chimie,
très groupes moléculaires, dont dépendent les lois observées par M. day-Lussac.
« Ainsi les densités h l'élat gazeux et les chaleurs spécili(|nes sont loin de nous suffire |»)iir fixer le pdids des atomes chimifjues, et ne saur/lient d'ailleurs s'applifpior à tous les corps. Cherchons, s'il est possitde, une méthode plus sûre et plus générale. Or il en est uiu! troisième du(! à M. Mitseherlich, et dont la |iremière base a été signalée par M. (^ay-Lussac.
« M. Gay-Lussac observa, il y a déjh longtemps , qu'un cristal d'alun h base de notasse, transporté dans une dissolution d'alun à base d'ammonia([ue , y grossissait, sans que sa forme se modifiât, et pouvait ainsi se recouvrir de couches alternatives des dons aluns , en conservant sa régularité et son type cristallin. Cette expérience fut ensuite répétée par M. Beudant , qui remarqua pareillement d'autres faits analogues
« Dans ces derniers temps , M. Mitseherlich approfondit ces observations, et précisa les conditions dans lesquelles deux substances peuvent se substituer l'une à l'autre dans un cristal , sans en altérer la forme. 11 fit voir qu'elle n'avait lieu qu'entre les corps dont la forme cristalline est la même, ou du moins ne diffère que par de légères modifications dans les angles. Il établit de plus que tous les sels, et, en général, tous les composés , qui se correspondent par leur composition , qui se représentent par des formules atoiuiques similaires, sont susceptibles de cette substitution mutuelle dans un même cristal , jirécisément parce que leurs cristaux appartiennent au même type; propriété qu'il a désignée sous le nom d'isomorphisme.
« Comme le nom l'indique , les corps isomorphes sont donc ceux qui cristallisent de la môme manière, et qui par suite sont capables de se mêler ou do se superposer dans un cristal sans en changer la forme. Comme conséquence do ces observations, M. Mitseherlich a admis qu'en général les corps isomorphes devaient être formés d'un même noiubre d'atoiues unis de la même manière.
« A l'aide de celte loi, rien de plus facile que de déterminer les poids atomiques d'un grand nombre de corfis simples. 11 no s'agit que de fixer une unité , en quoique sorte , c'est-à-dire une formule qui serve de point de départ. Tout le reste s'en déduit ensuite immédiatement.
« Admettez, par exemple, que la chalemspécifique du fer vous donne son poids atomique , qui sera 339. Pour satisfaire à ce poids d'atome, il faudra que le protoxyde de fer ait pour formule FcO, et le peroxyde , Fe'0\ Le manganèse, l'un dos corps qiii se rapproche le plus du fer par ses propriétés , aura son atome doublement fi se par l'isomorphisme.Carson protoxyde étant isomorphe avec celui du fer, et son sesquiuxyde avec le peroxyde de 1er, il faudra assigner h ces doux oxydes les furnmles MnO etMn'O', qui conduisent l'une et l'autre au nombre
ATO
346 , comme poids de l'atome de manga-
« Mais les conséquences déduites de l'isomorphisme et basées sur le poids atomique adopté pour le fer ne vont pas s'arrêter là : il s'en laut de beaucoup.
« D'abord, comme le bioxyde de cuivre, les protoxydes de nickel, de cobalt , de zinc, de radmium, etc., sont isomorphes avec les protoxydes de manganèse et de fer, leurs métaux ont leurs atomes fixés en même temps que celui du manganèse. Il en est de même pour le chrome , laluminium, le glucinium , etc., cai- leurs oxydes sont isomorphes avec les sesquioxydes de fer et de manganèse.
« Mais , de plus , voilà les formules des composés oxygénés du manganèse arrêtées, de la manière suivante :
MnO pour le proloxyde.
MirO' pour le sesquioxyde.
MnO* pour le bioxyde.
MiiO' pour l'acide raang.inique.
Mu^O', pour l'acide pennanganique.
« Et les formules de ces deux acides vont nous servir à reconnaître les atomes d'autres corps simples. L'acide maugauique , en raison de l'isomorphisme des sels qu'il forme avec les sul:ates , les séléniales, les chromâtes, etc., nous donne le moyen d'en déduire les poids atomiques du soufre, du sélénium, du tellure, du chrome, etc. L'acide peimanganique, étant de même isomor|)he avec l'acide perchlorique , nous appiendi a à connaître le poids atomique du chlore , et par suite ceux de ses isomorphes , tels que le fluor, le brome , etc. De telle sorte que de cette manière presque tous les corps de la chimie se rattacheront l'un à l'autre.
« L'application de l'isomorphisme à la reciicrche des poids d'atomes se fait donc avec la plus grande facilité. Vient-on ensuite à se servir des atomes ainsi établis, on trouve qu'ils satisfont très -bien aux besoins de la chimie. Avec eux , on réunit tous les corps qui se ressemblent chimiquement, ceux qui peuvent se remplacer, et qui cristallisent de la même manière aux angles près, et on leur assigne des formules qui rappellent toutes ces propriétés.
« En résumé, l'étude des densités des gaz ou des vapeurs , des chaleurs spécifiques , des formes cristallines, fournissent, quand on fait intervenir l'idée d'atomes , des notions du plus haut intérêt, quoique encore incomplètes. Par cela seul , on peut le dire, l'existence des atomes a paru très-probable, et peut-être s'est-on trop pressé de l'admettre, si on entend le mot atome à la manière des auciens.
« Mais comment définir leur nombre , mémo relatif, dans les volumes gazeux, leurs poids dans les masses soumises aux expériences de capaiùlés calorifiques , les rapfiorts suivant lesquels ils outu réunis dans es crislaux ? En un mot, quelle confiance méritent les poids atomiques adoptés et la ïnarchc suivie pour les déterminer ?
« Voici ma réponse. S'agit-il de la chimie, prenez l'isomorphisme : il rend sensible.^ mille notions pleines d'intérêt. Que l'aire ensuite des autres propriétés physiques des corps, telles que les densités à l'état gazeux et les chaleurs spécifiques ? Il faut en faire des caractères dont on pouna tirer parfois un parti fort avantageux, mais dont il ne faut pas oublier que la valeur n'a rien d'absolu. Il faut y voir des caractères dont l'importance peut varier, comme on le remarque souvent dans ceux qui servent à classer les êtres organisés. Ainsi, par exemple, posezmoi celte comparaison : dans les animaux la couleur du sang est très-importante. Pourtant les annelides ont le sang rouge , et ils ne se rapprochent que des familles dans lesquelles le sang est blanc. Le nombre et la position des mamelles sont aussi certainement très-importanls. Irez -vous toutefois placer la chauve-souris à côté de l'homme , parce qu'elle lui ressemble sous ce rapi)ort? Eh bien , serait-il impossible que les trois grands caractères dont il s'agit eussent des valeurs diU'érentes selon les familles des cui'iis simples? C'est ce que l'avenir et l'ex-. périeuce peuvent seuls nous apprendre.
« Je terminerai par une dernière considération , par celle qui, si j'en étais le maître, se graverait le plus profondément dans vos esprits.
« Nous pouvons dire d'une manière certaine combien il faut de tel ou tel acide pour équilibrer chimi(iuement 501 parties d'acide sulfurique , combien il faut de telle ou telle base pour équilibrer 590 parties de potasse. « Mais quand on a voulu étendre ce genre de calcul à la chimie entière, ou n'a jiu le faire sans abandonner la voie de l'expérience, qui ne suffisait plus lorsqu'il a fallu comparer entre eux les composés binaires , et par suite les éléments eux-mêmes.
« Combien faut-il de sulfure de plomb ['Our équivaloir une quantité connue de chlorure de soufre, d'eau ou d'oxyde de carbone? Ce sont là des questions auxquelles on a d'abord répondu par des analogies , par de simples analogies plus ou moins contestables.
« Tant que les tables atomiques ont été formées ainsi en partie d'après les lois de Wenzel et de Richter, et en grande partie par de simples tâtonnements, elles ont laissé bieu des doutes dans les meilleurs esprits.
« C'est pour sortir de celte situation que l'on a essayé de tirer les poids atomiques do la densité des corps élémentaires de leur chaleur spécifique. En effet, si les poids atomiques des éléments étaient donnés, ciux des composés en découleraient nécessairement. L'inverse n'est [as également vrai ; on le conçoit, et c'est pourtant cette marche inverse qu'on avait été d'abord obligé de prendre.
« Il est certain que la densité des gaz ne donne pas leur pouls atnruique ; il est probable que kl capacité calorifique des corps ne la donne pas non plus ;' les équivalents des acides , bases ou sels, ne peuvent nous faire connaître les atomes élémentaires; et