‹ Dictionnaire de chimie et de minéralogieChapitre 87 sur 354 · I5\) COT · texte numérisé non relu

I5\) COT

vers la fin de septembre. On si^pare le duvet des iiraines au moyeu de deux cylindres cannelés, disposés horizontalement, l'un audessus de l'autre, et assez rapprochés pour que le coton seul puisse passer. Les graines tombent du côté opposé. C'est ici que l'art des machines vient très à propos au secours de l'industrie. L'Indien, encore réduit à ses liras, emploie toute une journée pour éplucher 500 ii;rarames.de coton. Aux Etats-Unis, une machine, mise en mouvement par un cheval et dirigée par trois ouvriers, lournit, chaque jour ,. jusqu'à 450 kilogrammes de coton épluché. C'est en 1793 qu'un Américain, nommé Whhney, inventa la machine à éplucher.

Le coton est blanc, jaune ou rougeàtre ; ses fibres sont plus ou moins longues, fortes et soyeuses. Suivant ces qualités, on distingue les cotons longue soie et les colons courte soie. Les Etats-Unis produisent les plus beaux cotons longue soie et courte soie. Le Brésil ne fournit que des cotons longue soie , la plupart fort estimés. L'Inde et le Levant donnent des uns et des autres.

En général, on doit préférer les espèces qui sont les plus pures, les plus nettes; car lorsque le coton est malpropre, rempli d'ordures ou gAté par l'humidité, il se file mal, donne un iJéchet considérable, se blanchit difiicilement et prend mal la teinture.

Les filaments velus du coton sont des tubes creux , cylindriques , dans l'état de croissance; mais ils s'aplatissent plus ou moins lorsque la laine mûrit et quelle devient sèche. Ils sont fermés aux deux extrémités. Ils ap|)araissent , sous le microscope , comme des espèces de rubans irréguliers, tordus sur eux-mêmes ; dans la partie jilato de ces rubans, la transparence est parfaite, et l'on remarque de chaque côté une lisière semblable à un ourlet. Leur diamètre aplati varie, selon la qualité, de 1^55' à 1/110" de millimètre.

Le lin a une structure bien différente : ses filaments isolés sont des tubes creux, cylindriques, rigides, ouverts par les deux bouts, dunt la surface est lisse comme celle d'un tube de verre, mais présentant quelques traces noires, irr4gulières, et parfois des intersections opaques, qui semblent des cloisons assez inégalement placées. Leur diamètre est d'environ ijW à 1/80" de millimètre.

Longtemps on a admis, et quelques personnes admettent encore, sur l'autoiité de Leuwenhoeck, que les fibrilles du coton sont triangulaires et à angles tranchants : voilà pourquoi, dit-on, les étotïos de coton les plus fines sont plus dures sur la peau que celles du lin, et pourquoi la charpie de coton enflamme les plaies. Ces opuiions n'ont aucun fondement. Les filaments rubaués du coton sont mille ibis plus flexibles ([ue les tubes du lin ; et si la charpie de coton nu peut être substituée sans inconvénient à celle du hn, cela provient tout simplement de ce que les rubans fermés du coton, remplis d'une substance organisatrice qu'aucun lavage ne peut enlever, n'aspirent point le sang ou le pus, ainsi que le font les tubes du

COt i60

lin, qui sont ouverts et que le rouissa;;,o a vidés de tous les sucs qui étaient susceptibles de les obstruer.

Le coton a remplacé le lin et le chanvre dans la plujiart de leurs emplois, et surtout dans la confection des vêtements. C'est principalement en France, en Angleterre, aux Etats-Unis , qu'il est devenu un des plus importants objets de fabrication et de commerce. Sa culture , les transactions auxquelles il donne lieu, l'art de le filer, ceux de le tisser, de l'imprimer, de le teindre, occupent des millions d'agriculteurs, de négociants, de manufacturiers, de marins et d'ouvriers. Ce n'est cependant que dans la seconde moitié du dernier siècle que l'emploi de cette jirécieuse substance a commencé à prendre parmi nous cette prodigieuse extension dont les annales du commerce n'offrent aucun autre exemple.

Ce furent les Vénitiens et les Génois, d'après M. Aikin, qui, dans le commencement du xiv siècle , importèrent les premières balles de coton en Angleterre. Mais, à cette époque, le coton ne servait exclusivement qu'à faire des mèches de chandelles. En Ii30, quelques tisserands des comtés de Chesler el de Lancastre s'avisèrent de le faire servir à la fabrication d't'tofles' grossières, à l'instar des fulaines llamaudL'S. Ce coup d'essai, qui réussit à merveille, décida quelques armateurs de Bristol et de Londres à diriger leurs navires vers le Levant, pour y prendre des chai'gements de coton. Henri VIII et Edouard VI favorisèrent cette branche d'industrie; et déjà, en 1652, les métiers à tisser et à filer le coton étaient très-répandus dans les petites paroisses, et occupaient un grand nombre d'agriculteurs lorsque les travaux de la campagne étaient interrompus. Cette fabrication a lait de tels progrès, grâce aux admirables inventions mécaniques de Harsreaves, de Peel, d'Arkwright, de Wyatt, de Crom])ton et de quelques autres, que ni l'extrême modicité des salaires dans l'Inde, ni la supériorité que ses habitants avaient acquise depuis longues années dans le travail du coton , n'ont pu mettre ces peuples à même de lutter avec avantage contre ceux qui leur achètent le coton brut, et" qui,a|)rès lui avoir fait parcourir environ 800 myriamèties, le leur renvoient en tissus.

L'invention des filatures mécaniques a prodigieusement étendu l'emploi du coton. Quoique l'Auglelerre en employât plus que les autres nations européennes, elle n'en importait pas plus de 2,000,000 de kilogrammes, jusqu'à la lin du xviii" siècle ; en 1833, SOQ importation fut de 151,803,000 kilogrammes. Aujourd'hui, les manufactures anglaises consomment à elles seules plus.de la moitié du coton qui se produit dans le monde entier. On a calculé que le coton fUé annuellement en Angleterre ferait 203,775 fois le tour du globe. D'après les supputations de Mac-Culloch.la valeur tolale des produits des diverses manufactures de coton est de 850,000,000 fi\ On estime à 900,000 le nombre d'ouvriers qu'emploie cette industrie. En 1838, on, a

COT

COT

iee

impopté en France 81,200,000 kiloR. de coton; lo iiomhru (i'ouvrit'is employés dans les lilalures est d'environ t ouvrier sur V'J Lroclies, soit 70,000 poui' loule In I''r'aiii'e.

COl'ON POUDKK (pyroxyle). —La découverte du coton poudre, ainionei'e (Ui 18'iG, jiar M. Sciicenbein, lit une grande sensalion dans le monde savant et ()olili(iue , connue l)arnii les ditlérentes classes de la population et à l'étranger.

L'auteur lit d'abord un secret de cette d(^converte ; mais , au moment même où elle fut annoncée en France, M. Dumas et M. l'elouze, rapi)elant les observations de M. Braconnot sur la xyloidiiK! , la composition de celte substance indi(iué(î par M. Pelouze , les propriétés d'iullanmialion rapide de composés ( papier et tissus a oliques ) auxcjuels on attribuait la même composition , mirent sur la voie des cbimistes , (pii préparèrent bientôt des produits doués d'une vive combustibilité. M. Morel , le premier, essaya avec succès, dans les armes à feu, le colon azotique qu'il avait fabriqué lui - même. M. lvnop|) indiqua une amélioration importante : l'emploi de l'acide sulfurique uni à l'acide azotique , mélange qui attaque l>ien moins le coton et donne une plus grande quantité de produits que l'acide azotique employé seul ; ce dernier acide est d'ailleurs plus dispendieux. Avant la jtublication de M. Knopp, M. Morel avait signalé, dans une note déposée sous cachet à l'Institut, l'utilité de ce mélange.

Enlin, chacun apportant son tribut, la découverte mystérieuse se trouva bientôt connu.e de tous, puis décrite à l'Académie des scieuces, plus complète, sans doute, que la nremière l'ois. Les travaux du conseil de salubrité et les expériences du comité d'artilleiie annoncèrent, peu de temps après, les dangers qui accompagnent la préparation et l'emploi du coton poudre ; ils indiquèrent , en outre , les précautions à prendre pour les éviter , et firent présager quelque désavantage en raison du prix de revient et des eliets brisants sur les armes , dans la substitution de ce nouveau produit à la poudre de guerre et de chasse. Les diverses observations faites laissent même douteuse encore l'utilité de son application aux exploitations des mines et des carrières. Quant a son ap})lication essayée dans les machines dites explosives, pour développer de la force mécanique , tout porte à croire qu'on doit y renoncer définitivement.

Le coton et le papier azotiques, d'après les analyses de M. Pelouze, peuvent être considérés comme formés de deux équivalents de cellulose, qui ont perdu trois équivalents d'eau , en se combinant avec 5 équivalents d'acide azotique , constituant sans doute un com[)Osé double.

Ce composé explosif peut se transformer complètement en gaz à la température qui l'enll imme, c'est-à-dire de 173 à 180°. L'oxygène de l'acide , brûlant tout le corps de la matière organique , fornierait en volume , kH duivde de carbone, â d'acide carbonique,

10 d'azote et 31 do vapeur d'eau. Il s'engendre sans doute des |iroduits plus coni|)lexes et variabh's, mais, en tout cas, il ne resto dans les armes convenablement chargées ni charbon, in acide, lors(iue, toutefois, la matière première organique se (îompose exclusivement (le colon cardé , préparé avec un mélange d'acides purs, et bien lavé.

Le coton azotique pur est insoluble dans l'eau , l'alcool et l'acide acéti({ue ; à peine soluble dans l'étlier hydrique pur; plus so-f lubie dans le ménn; liquide contenant quel- (jues centièmes d'alcool ; soluble en fadjles proi>ortions (1 î à 2 pour 100) dans l'étlier acéticjue pur ; o fois plus soluble lorsqu'il a été préparé avec de l'acide azotique contenant de l'acide azoteux ; dans ce dernier cas , le coton azotique est plus ou moins désagrégé et plus lentement combustible.

Diverses autres propriétés ont peu d'intérêt , mais il est fort important de faire observer que sous la même dénomination de pyroxyle ou jiyroxyline , on distingue |)ar- Ibis dès produits doués de propriétés explosives très-difïérenles, bien qu'ils contiennent les mêmes principes élémentaires en proportions égales ; et , chose très-digne de remarque, ceux qui font explosion à la plus basse température présentent le plus faible pouvoir bahstique et ont le plus d'action destructive sur les armes par la vapeur d'acide hypoazotique qu'ils engendrent : ce sont, en un mot, ceux qui occasionnent lo plus d'accidents lors de leur préparation et de leur emploi.

Les causes de ces différences très-grandes semblent résider dans les différences de cohésion des substances organiques employées : ainsi le coton formé de tubes minces , ayant une cohésion uniforme , offrant le maximum de surface h l'action de l'acide comme ii la propagation du feu, donne, lorsqu'il est exempt d'altérations , les meilleurs produits , les seuls qu'il soit prudent d'employer pour iCS armes à feu (tout en réduisant les charges au quart environ du poids de la charge de poudre). Le coton altéré des vieux linges , le lin et le chanvre usés , à plus forte raison le papieotqui offre plus de variations dans son épaisseur et dans l'altération des libres qui le comjiosent, sont parfois inllamuiables a une plus basse température : ainsi le [iapier a/otique épais , récemment préparé et restant un peu acide après le lavage , peut détonner à 110" ; c'est le |)roduit qui a le plus brisé d'armes tout en lançant moins loin les projectiles, par la raison, sans doute, que sa décomposition commence dans l'arme , à une température moins élevée , dégage d'abord des vapeurs liypoazotiques, et se termine quelquefois presque instantanément.

Le pyroxam ( amidon azotique ), plus inflammable encore, (à 100°), est tellement instable lorsqu'il a été saturé complètement d'acide azotique , qu'il se décompose spontani'-ment à la temiiérature ordinaire , donnant d'abon;lanti;s vapeurs rutilantes d'acide

COT

ÎCOT

liypoazotique et produisant même une détonation.

Le pyroxam s'altère plus rapidement encore dans l'air humide : le dégagement des gaz soulève bientôt la masse qui devient pâteuse, puis sirupeuse et graduellement plus acide et soJuble dans l'eau; desséchée alors elle n'est plus explosible, et se dissout en très-grandes proportions dans l'alcool anhydre.

Tous les produits pyroxyliques sont d'ailleurs d'autant moins stables et plus inflammables qu'ils sont plus récents, surtout s'ils retiennent un excès d'acide faute de lavages suffisants.

Ainsi le maximum d'instabilité se rencontre dans le produit ( amidon azotique ) dont .a base organique a le moins de cohésion et dont l'agrégation est la plus irrégulière, puisque chaque couche concentrique de tous les granules possède plusieurs degrés de cohésion; en effet, l'amidon azotique, dissous dans son poids d'élher acétique et réduit par l'évaporation en lamelles diaphanes dont la cohésion est homogène , est stable à l'air et ne s'enflamme plus à 100" ; le môme é'.her ne dissout que 3 centièmes de papier azotique.

Fabrication du coton poudre, du papier azotique , du pyroxam. — La préparation du coton poudre est très-simple, mais elle exige beaucoup de précautions, et d'autant plus qu'on opère sur de plus grandes masses.

On prépare d'avance, pour qu'il se puisse refroidir, un mélange d'acide azotique, monohydraté, 1 équivalent (63) avec 1 équivalent d'acide sulfurique concentré. Le liquide doit présenter un volume suffisant pour que tout le coton y soit immergé : si une certaine quantité de coton, seulement imprégnée d'acide, était laissée en dehors du mélange , la combinaison échautferait surtout les tilaments mauvais conducteurs du calorique et non immergés, au point de décomposer l'acide azotique, de répandre des vapeurs rutilantes dangereuses à respirer, et même d'occasionner une déflagration.

Au bout de 15 à 20 minutes d'immersion, on peut retirer la matière filamenteuse en la pressant avec des spatules de verre ou de grès. On la plonge alors, pour la laver, dans un grand excès d'eau , puis on presse alternativement et l'on réitère les lavages dans de nouvelle eau, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus la moindre trace d'acidité ; enfin, on soumet le coton à une dernière pression qui élimine la plus grande partie de l'eau, et l'on termine l'opération par la dessiccation. Le coton peut alors servir immédiatement à charger les armes ; toutefois il devient sensiblement plus stable et de meilleure qualité au bout de quelques jours.

La préparation du papier azotique est absolument la même que celle du coton azotique, mais elle exige plus de précautions, alin d'éviter que les feuilles ou lanières de papier ne soient déchirées et réduites en oâte durant les lavages.

Pour obtenir du pyroxam (amidon ou fécule azoti(pie), produit explosif découvert par M. Vrig, et dont la composition se confond avec celle du coton azotique, il faut ' dessécher la fécule dans le vide, à la tempér.iture de 125°, afin d'rnlever l'eau d'hydratation ; on la laisse refroidir en vases clos et S'cs, puis on la délaye dans 15 fois son poids du mélange d'acides sulfurique et azotique ; on laisse réagir pendant 6 heures, temps après lequel on lave à épuisement dans l'eau ; enfin on fait dessécher.

Application du coton poudre dans les armes à feu, te tirage des roches et le pansement des plaies. — On doit employer, pour la charge des fusils de chasse, au lieu de 3 gr., 20 de poudre ordinaire, le quart Sf^ulement de coton azotique, c'est-à-dire 8 décigrammes.

Dans im fusil de munition, 2 grammes de coton azotique produisent sur une balle pesant 2o grammes, sensiblement les mêmes etfets que 8 gr., 9 de poudre de guerre. Il paraît ([u'à mesure que les charges augmentent dans des armes plus volumineuses, les différences de force impulsive entre la poudre et le pyroxyle diminuent. Ces différences, en tout cas, ne sont pas eu rapport avec les voluines des gaz, puisque 1 kilogr. de poudre développe de 450 à 500 litres de gaz, et que le coton poudre en produit de 600 à 800 litres (à 0° et 0"',76 de pression). On ne )iourrait donc comprendre la plus grande force de ces derniers, sans supposer que leur température s'élevât beaucoup plus par la presque instantanéité de la combustion.

Les avantages que présente le colon azotique, comparativement avec la poudre, sont de rendre les transports moins coûteux, de n'éprouver aucune altération par un excès d'humidité ou même par une immersion accidentelle dans l'eau, d'éviter la crasse dans les armes ; enfin, de faire moins écarter les charges à petit plomb.

Il est douteux que ces avantages puissent contre-balancer le prix plus élevé (9fr. au lieu de 1 fr. 50 le kilogr.), et surtout l'effet brisant sur les armes, pour peu que la préparation soit défectueuse ou que l'on exagère les charges.

La propriété que possède le coton poudre, de détonner par le choc, avait fait espérer qu'il serait propre à confectionner des amorces fulminantes ; mais cette application n'a pu jusqu'à présent i éussir aux habiles armuriers qui en ont fait l'essai. Les effets du papier azotique sont irréguliers et généralement plus énergiques sur l'arme, qu'ils détériorent, que sur le projectile qu'on veut lancer ; ces inconvénients, d'autant plus graves que le papier est plus épais, et dont nous avons ci-dessus indiqué les causes, doivent faire rejeter son emploi pour les armes à feu.

Les expériences de MM. Combes et Flandin, relatives au tirage des roches dans les m. nés et les carr.ères, ont été favorables à l'emploi du coton' poudre, dont la force explosive s'est montrée environ quatre fois

COT

COU

l)lus grande que cehc des piniilros de mine; mais le prix de revient jusciirici t^laiil à peu près sexiuplo, eette application mèuie ne semble |ias devoir Ctre éconoiiiiquc.

On parviendi'a sans doute .^ rendie moins dispendieuse la préparation en extiayant une |)lus faraude iiartie du ii(iuitle acide par une pression énergique, pression (|ue l'on pourrait exercer sur une eouclie épaisse d'un mètre, par exenijile, dans des vases cylindriques en grès, nnniis d'un faux fond perméable, jous lequel un ajutage iieniiettrait do faire le vide ; un disque en grès, percé de ()elits trous et placé sur la masse du coton, répartirait également la pression de l'air atmosphérique ; celui-ci, passant entin entre les lib.iles du coton précipiterait la sortie du li({tiide acide.

Le mélange acide écoulé ainsi directement, serait rentlu apte à servir en y ajoutant assez d'acide sulfurique pour neulraliser l'etïet de l'cju enlevée au colon. Afin de pouvoir ajouter ainsi deux ou tnjis fois de l'acide sulfurique, il conviendrait d'en employer seulement un demi-équivalent dans le [)rennei' mélange, ou 25 pour 63.

On pourrait compléter l'effet de l'appareil extracteur en faisant passer, à l'aide de la môme pression, graduellement de l'eau sur Je coton azotique; mettant à paît les premiers liquides pour les décomposer par le carbonate de chaux, on éliminerait ainsi l'acide sulfurique à l'état de sulfate de chaux. ; l'azotate de chaux décomposé ensuite par le sulfate de soude donnerait de l'azotate de soude par la concentration du liquide.

M. Combes est parvenu à diminuer de plus des deux tiers le prix du pyroxyle, en employant ce produit mélangé avec 8 dixièmes d'azotate de potasse ou 7 dixièmes d'azotate de soude : la température plus haute, développée par la déflagration de ces mélanges, compense le moindre volume des gaz, et l'effet balistique reste sensiblement le même que celui d'un poids égal de pyroxyle pur.

M. Maynard de Boston vient de faire une application curieuse du pyroxyle obtenu dans des conditions, indiquées par M. Gandin, qui le rendent soluble dans l'élher. Il désigne cette solution agglutinative sous le nom de coUodion. Voici comment il la prépare : le colon est plongé dans un mélange d'acide sulfurique, 3 parties avec 2 parties d'azotate de potasse ; on laisse réagir durant 15 minutes, puis on lave et l'on sèche comme à l'ordinaire.

Le produit dissous incomplètement dans l'éther contenant G à 8 centièmes d'alcool, forme un liquide sirupeux, que l'on conserve en vases bi.n clos ; étendu à plusieurs couches sur la peau, il forme, en laissant évaiorer l'éther, une pellicule imperméable très-adhésive, résistant à l'eau et à l'alcool ; il offre ainsi un moyen, utilisé déjà en Amérique, pour couvrir ou réunir dos [ilaies, fem|)la(;ant les tafi'etas adhésifs dits d'Angleterre.

La pellicule qu'on obtient sur une lame

de verre s'enlèvo et brûle moins vivement (|ue le coton poudre h tirer ou pyroxyle pur. Le collodion peut si'rvir à imprégner des tissus qu'il rend iinpcrniéables et susce[)tiblos de remplacer les taffetas cirés et divers tissus enduits de caoutchouc.

Ces nouveaux tissus sont exempts d'odeur désugré.ible; mais leur prix plus élevé ne permettra probablement pas de les subslituer d.ms le plus grand nombre des cas aux produits imprégnés de caoutchouc. On pouria toutefois en faire usage pour couvrir certaines plaies, en collant sur la peau les bords (Je ces tissus à l'aide de la solution adhésive.

Essais du coton poudre. — Si l'on craignait qu'un mélange de coton ordinaire n'eût été ajouté au colon azotique, on s'en assurerait sans peine en metfaht sous le microscope un petit échantillon imprégné d'une solution d'iode, et ajoutant une goutte d'acide sulfurique : le coton azoti(piP, très-lentement attaqué, conservera la coloration jaune communiquée par l'iode, coloration qui deviendra môme plus intense; tandis que les fibrilles du colon ordinaire seraient, dans ce cas, désagrégées pb;s vite, et prendraient, avant de se dissoudre, une vive coloration violctie.

Un moyen simple de distinguer le coton azotique du coton usuel, consiste h le frotter dans l'obscurité : le premier, suivant l'observation de M. Gaiffe, devient lumineux, tindis que le deuxième reste sombre.

Cmise probable des accidents de détonations à froid. — Les observations que M. Payen a faites sur la décomposition spontanée de la fécule azotique (pyroxam), peuvent expliquer les détonations arrivées dans des barils pleins de chanvre azotique, préparé à "Vincennes, si l'on considère que certains chanvres , d'après une curieuse remarque de M. Malagutti, contiennent de l'amidon (ou peut-être de la cellulose aussi peu agrégée) . En effet, il suffit de quelques fibres de chanvre amylacé renfermant du pyroxam, pour que l'altération de ce dernier, au milieu d'une masse peu conductrice, puisse élever la température à 100% terme auquel le pyroxam détonne avec flamme et peut allumer touie la masse.

COULEURS VEGETALES. — Les plantes vivantes sont parées des plus belles couleurs. Des nuanci s de vert , variées à l'infini, ornent les tètes des arbres et couvrent les prés. Les couleurs de la plupart des corolles sont belles, et rivalisent avec les couleurs de l'arcen-ciel par leur éclat et leur pureté. En outre, les plantes logent dans leur intérieur des matières colorantes, que l'on parvient à extraire par voie d'art et à fixer sur des étoffes de laine, de soie, de coton et de lin. La connaissance de ces matières colorantes et des méthodes qu'on emploie pour les extraire et les fixer , constitue ïart de la teinture , art qui s'occupe en général de phénomènes puri nient chimiques, mais souvent frès-compliqués. ■ '■ ■

11 serait impossible d'appliquer aux ma-

COU

cou

tières colorantes végétales des caractères chimiques communs à toutes. Les propriétés suivantes sont les seules qui appartiennent à toutes : 1° elles sont colorées; 2° ces couleurs sonfdéfruites, sans retour, parle chlore, et ordinairement en peu de temps par la lumière du soleil , ou par une température élevée, mais insuffisante pour les cbarhonner ou les brûler. L'acide sulfureux blanchit aussi la majeure partie des couleurs végétales ; mais ce phénomène repose sur la formation d'une combinaison incolore entre la matière colorante et l'acide, et il suffit de décomposer cette combinaison pour mettre la matière colorante en liberté. La division des matières colorantes , suivant leurs propriétés générales , en matières extractives , résineuses, etc., ne conduit pas à ime base dé classiticotion qui soit a;)plicable dans tous les cas ; car il y a beaucoup de matières colorantes d'une nature tellement particulière, qu'il serait impossible de les réunir à d'autres. Nous rangerons donc dans une même classe les matières colorées de la môme manière. § I". — Matières colorantes rouges.

La garance (1) est la racine du rtibia tinctorum , qu'on cultive dans l'Asie Mineure et dans plusieurs pays de l'Europe. La garance du Levant est la meilleure. On en sépare les filaments et l'épiderme, substances qui reçoivent le nom de garance nulle; on en enlève également la moelle, et on clierche à obtenir seul le ligneux de la racine , qu'on pile et qu'on introduit dans des tonnes, pour le verser dans le commerce sous le nom de garance véritable. La garance du Levant est connue sous le nom de lizzari ou d'alizari. La racine de garance contient une matière colorante rouge, qui donne des teintes très-belles et très-solides. Plusieurs chimistes en ont étudié les propriétés ; mais sa nature véritable n'a été déterminée que par Robiquet et Collin. Ces chimistes l'ont appelée ulizarine, nom tiré de celui qu'on donne dans le commerce à la racine du Levant.

Si l'on nourrit des animaux , pendant un certain esjmce de temps, avec des substances mêlées de garance, leurs os deviennent d'un rouge foncé clans toute la masse; leur urine prend une couleur jaune, rougeàtre et donne par l'ammoniaque un précipité rouge de phosphate calcique ; le lait des vaches soumises à ce traitement devient également rouge. La coloration de ces substances lient, d'une part, à la grande solubilité de la matière colorante de la garance dans les liqueurs albumineuses du coips, et, de l'autre part, à son alunite plus grande encore pour le phosphate calcique , qui est coloré en rouge lorsqu'il se dépose, pendant la reproduction des os. Si l'animal cesse de manger de la garance, la couleur des os disparait au bout d'un certain temps.

La garance donne une des couleurs les plus

(1) De varantia, nom qu'on donnait, .iii moyen âge, ;i la racine de cette plante, et qui signifie couleur rouge. Dans toutes les langues, le nom de celte plante rappelle l'usage qu'on en faisait. Elle est originaire de l'Asie moyenne et de l'Europe méridionale.

solides; on l'emploie à la teinture en rouge ordinaire, en rouge d'Andrinople , en violet et en brun. Elle sert également h la préparation des laques de garance. Pour préparer de la laque de garance, on introduit 100 parties de garance, préalablement macérée dans l'eau froide, dans un sac de toile, et on l'y pétrit avec de l'eau chaude, jusqu'à ce que celle-ci ne dissolve plus rien ; 60 parties de la racine restent sans se dissoudre. On fait bouillir la liqueur rouge dans une chaudière d'étain, on la mêle avec une dissolution de 50 parties d'alun pur, et on la laisse refroidir; la laque de garance, d'un rouge foncé, se dépose. Si l'on ajoute à la liqueur décantée une dissolution de carbonate alcalin, il se précipite une laque de couleur [ilus claire , et à chaque nouvelle addition d'alcali on obtient une laque d'un rouge plus clair, en sorte qu'en recueillant les précipités à différentes époques de la précipitation , on obtient des laques de diverses nuances. Ces précipités consistent en matière colorante rouge plus ou, moins saturée d'alumine.

Le carthame (pétales du carthamus tinctorius) contient une des couleurs rouges les plus belies. — Le carthame est cultivé dans le midi de l'Europe et dans le nord de l'Afrique, et le meilleur nous arrive de l'Egypte. On assure que les fleurs de carthame , qui viennent d'être cueillies, sont pilées et comprimées, lavées avec de l'eau salée et séchées à l'ombre. Le carthame contient un extrait jaune, qui, mêlé avec la matière colorante rouge, allère l'éclat de cette dernière; comme cet extrait est soluble dans l'^au , on s'en débarrasse en lavant le carthame à grande eau, jusqu'à ce que celle-ci ne soit plus colorée en jaune.

La couleur rouge du carthame est très-facilement détruite et blanchie par la lumière solaire. Etendue sur de la porcelaine ou du papier, et séchée, elle prend peu à peu une couleur jaune et de l'éclat métallique, 'et à la On elle devient verte à la surface. Broyée avec de l'eau et du talc en poudre fine , elle donne un mélange rose, qui , introduit dans de petits vases de porcelaine et séché, constitue le rouge de lard ordinaire.

Vorcanette est la racine de Vanchusa titictoria. Cette racine , et surtout sa pellicule corticale , renferme un , principe colorant rouge, insoluble dans l'eau, que l'on obtient à l'état de pureté, selon John , en réduisant en poudre fine l'écorce de la racine , extrayant le ]jrincipe colorant par l'éther et dislUlant celui-ci. La matière colorante reste à l'état de pureté , sous forme d'une masse d'un rouge foncé, à cassure résineuse, d'une densité égale ou peu supérieure à celle do l'eau. On peut aussi l'obtenir et à meilleur compte , en épuisant la racine d'abord jiar l'eau pure, puis par l'eau tenant en dissolution un peu de carbonate potassique ou sodique ; on obtient aussi une liqueur de couleur foncée tirant sur le rouge bleu, d'où la matière colorante peut être précipitée par un acide. Le principe rouge de l'orcanette ne s'altère pas à l'air.

COU

Dans lesi)liarmacies on emploie l'orranollo pour colorer ou roiif^o !;i |)omin,i(l(^ |in\ir les lèvres, et eu f;(''U(^r,il les huiles el la grniss(^

l.e bois de san(til roiif/c {ptwrocdrpiis snnfn/nius) coutiiMil uu |iriuei|H' rou^e nppelé sanliiline , (]ui (^st iusoluble daus l'eau et que l'on peut extraire du hois ilo santal en traitant celui-ci jiar l'alcool.

Le bois de santal est employé par les pharmaciens pour colorer en rouge les dissolutions spiritueuses.

Bois de Brésil et de Fcruamhouc. — Le premier est tiré du cœsulpitiu sapan (ou du cœs. crista et du cœs. vesica); le second, ùncœsalfina echinata. Ces espèces de bois sont le ligneux de grands arbres, (jui est surtout riche en matière colorante dans les parties situées le plus près de la moelle. Elles contiennent une matière coloranie rouge trèssensible h l'action des a^^ents chimiques et très-aliérablo, qui est colorée en jaune par les acides, et en violet }iar les alcalis , et que .es rayons solaires blanchissent promptement.

Le bois de Fernambouc et le bois de Brésil sont fréquemment employés à la teinture du ooton et du lin , quoique les couleurs ainsi obtenues aient peu de solidité. On se sert aussi de ce bois pour préparer l'encre rouge.

Le bois de campéche est la jiartie ligneuse ile Vhœmatoxylon campechianum , arbre qui croit en Amérique. Ce bois a beaucoup d'analogie avec le bois de Brésil et de Fernambouc ; mais sa composition immédiate est niieux connue, grâce à un travail étendu de Chevreul.

Le bois de campéche n'est employé, pour ainsi dire , qu'en teinture , principalement dans la teinture eu noir ; rarement on l'administre comme médicament astringent et fortihant. On en fait aussi entrei dans la composition de l'encre.

Orseille.. — On donne ce nom à une matière colorante que l'on prépare avec ditférentes espèces de lichen , princiiialement avec le lichen roccella, le lichen parcllus , le lichen tartarcus , le lichen deustus , le lichen dealbatus. Ces diverses esjièces de lichen ne contiennent point de matière colorante; celle-ci est totalement produite pendant le traitement qu'on leur fait subir, et elle se forme aux dépens de certains principes , sous l'inlluence simultanée et prolongée de l'air el de l'ammoniaque. Cette réaction remarquable des lichens propres à donner de la matière colorante , n'a été reconnue que dans ces dernières années.

La véritable orseille se prépaie aux îles Canaries avec du lichen roccella. On sèche le lichen, on le moud, et on le réduit avec de l'urine en une pâte qui, abandoimée à ellemême, entre en [mtrélaction et dégage de l'ammoniaque qui dissout la matière colorante. Quelquefois on y ajoute de la chaux. En France, on prépare un produit analogue avec du lichen parelhis et du lichen dealbatus, qu'on traite par l'urine et la chaux ; en Angleterre on se procure une couleur semblable en introduisant le lichen tartareus dans de l'ammoniaque caustique faible, ob-

tenue en distillant l'urine pourrie avec do la chaux ; cette couleur est appelée cudbear, nom tiré de celui de son inventeur TM^ftôeri/j Gordon. Eu Allemagne, on a donné le nom de /)c»-.</(> ,\ une coideur aiialogut; aux précédentes qu'on prépare avec du lichen tartareus, de la chaux et de l'urine; mais, selon Hernd)stadt, le produit qu'on vend sous le même nom n'est fort souvent qu'un mélange de bois de l?résil moulu avec de l'urine pourrie. Ordinairement ces matièies colorantes s'introduisent encore humides dans des toiuies où elles se dessèchent peu à peu ; elles se présentent alors sous forme d'une masse terreuse, d'un violet foncé, qui tombe facilement en poudre. Après avoir été conservée pendant plusieurs années, la matière colorante de cette substance est complètement détruite ; néanmoins on croit iju'ello est meilleure au bout d'un an que lorsqu'elle est toute fraîche.

On extrait la matière colorante de l'orseillo par l'eau et l'alcool, ou, plus complètement par l'ammoniaque.

L'orseille fournissant une teinte peu solide, on ne l'emiiloie ordinairement qu'en combinaison avec d'autres matières colorantes.

Le chica est un principe colorant rouge, qui sert en Amérique à plusieurs tribus indiennes à .teindre la peau en rouge. On l'extrait du biçfnonia chica, dont on fait bouillir les feuilles avec de l'eau ; la décoction décantée laisse déposer, en se refroidissant, une matière rouge, qu'on ramasse et qu'où réunit en jiains. Les sauvages mêlent cette matière colorante avec la graisse du crocodile [crocodilus acAitus), et se frottent ia peau avec ce mélange.

§ IL — Matières colorantes jaunes.

Les matières colorantes jaunes sont beaucoup moins connues que les matières colorantes rouges. Les plus remarquables scjnt celles contenues dans l'écorcede quercitron, le bois jaune et la gaude.

Le quercitron est l'écorce du quercus tinetoria, débarrassée de son épidémie brun. Ce quercus est originaire de l'Amérique septentrionale.

Le quercitron contient beaucoup de tannin et une matière colorante jaune, susceptible d'être extraite par l'eau, qui donne, après l'évaporation à siccité , une quantité d'extrait égale à 8 pour 100 du poids de l'écorce. Le tannin de quercitron appartient à l'espèce qui colore l'oxyde ferrique en vert. Sa présence est très-nuisible à la beauté de la couleur jaune, parce qu'il est précipité par les mêmes réactifs que la matière colorante elle-même, et qu'il lui donne une teinte brunâtre. Pour obtenir la niatière colorante jaune exempte de tannin, on introduit dans l'infusion de quercitron de la vessie de bœuf, gontlée, découpée el privée de toutes les matières solubles dans l'eau froide; le tannin se combine alors avec la substance de la vessie. On peut aussi le précipiter par uuii solution de colle de poisson.

COU

cou

Dans les ateliers de teinture, on précipite le tannin du quercitron en ajoutant une solution de gélatine à la décoction ou au mélange d'eau et de quercitron, qui constitue le bain de teinture ; on obtient ainsi un jaune plus tendre et plus brillant, surtout si l'on n'élève pas beaucoup la température du bain. Le quercitron est très-employé en teinture, où il fournit de belles couleurs jaunes, olives, grises, etc.

Le bois jaune est celui du tnorus tinctoria. Chevreul 3^ a découvert une matière colorante jaune incristallisable , qu'il appelle viorin, et qui se dépose de l'infusion concentrée et refroidie du bois jaune.

Le bois jaune est employé en teinture.

La gaude ou vaude {reseda luteola) est une plante dont toutes les parties donnent à l'eau avec laquelle on la fait bouillir une couleur jaune. Une décoction étendue est d'un jaune "légèrement verdàtre. Les acides rendent cette couleur plus pAle ; les alcalis, le sel marin et le sel ammoniac lui donnent plus d'intensité, et i)roduisent lies précipités jaune foncé, lorsqu'on les dissout eu quantité suftîsante dans la décoction.

La gaude est employée par les teinturiers, et les couleurs qu'elle fournit ont en général plus de solidité que celles obtenues par le quercitron et le bois jaune. On se sert aussi de la gaude, ainsi que des deux colorants précédents, pour préparer une couleur : qu'on emploie en peinture, et qu'on obtient . en introduisant dans une décoction de substance colorante, dans laquelle on a dissous : de J'alun , de jietites portions de craie en ■ poudre Une, jusqu'à ce que tonte la couleur I jaunesoit précipitée. La couleuraune nuance ' plus vive lorsqu'on a préalablement préci- ' pité le tannin contenu dans les décoctions ' de bois jaune et de quercitron.

' Le rocou est une matière colorante de consistance pâteuse et d'une odeur particulière très- prononcée, qui recouvre les graines du rocouyer {bixa orellana), renfermées elles-mêmes dans des capsules.

Pour l'obtenir on sépare les graines de la capsule, on les broie sous l'eau chaude, et, après les avoir laissées tremper pendant plusieurs semaines, on sépare la liqueur des parties solides, en la faisant passer à travers un tamis.

On emploie le rocou dans la teinture en soie et en coton ; mais il fournit une couleur très-peu solide.

Le curcuma [terra mérita) est la racine de Vamomum curcuma , qui contient une matière colorante jaune , peu soluble dans l'eau, plus soluble dans l'alcool. Cette matière colorante est colorée en rouge brun par les alcalis, qui la dissolvent en grande quantité. C'est sur cette coloration en rouge brun qu'est fondé l'emploi du curcuma comme réactif, pour reconnaître la présence d'un alcali ; on emploie à cet effet du papier trempé dans une décoction ou teinture de curcuma, et séché.

La couleur de curcuma, employée comme réactif, peut facilement induire en erreur.

Le curcuma est employé dans la teinture de la laine et de la, soie. On s'en sert dans les pharmacies pour colorer certaines préparations , et quelquefois on l'emploie au môme usage dans les cuisines.

Dans l'art de la teinture, on emploie plusieurs autres matières colorantes jaunes, j»ar exemple, la sarrette [serratula tinctoria) , dont la décoction teint la laine en jaune verdàtre fugace, mais donne de belles nuances jaunes, lorsque la laine a d'abord été traitée par un mélange d'alun et de tartre, ou de solution d'étain et de tartre ; la gcnestrole (gcnista tinctoria), qui, traitée par l'urine et la potasse, donne un orangé assez vif; la graine d'Avignon (fruit du rltamnus infectorius), dont la décoction donne avec les mordants appropriés une couleurjaune sur laine et sur colon, qui jouit d'une grande vivacité, mais n'est pas très-solide : cette même décoction, mêlée avec de l'alun et précipitée par de la potasse , donne des laques employées dans la fabrication des papiers peints ; le fustet {rhus cotinus), arbrisseau qu'on cultive en Provence, en Hongrie, etc., et qui, traité de la même manière que le bois jaune , fournit une matière colorante qui a de l'analogie avec celle extraite de ce bois, mais qui se trouve en quantité plus faible dans le fustet. Enfin, on peut extraire des couleurs jaunes des fleurs et des tiges de la caunabine [datisca cannabina), des écorces du )iommier sauvage et du hêtre, des baies du ligustrum vulgare , du Irigonella fœnugrœcum, de ranthcmis tinctoria , du caltha palustris, du trifolium pratense , etc.

Le safran est le stigmate du crocus sativus. Il contient une matière colorante jaune, dont une petite quantité suffit pour donner une couleur jaune à de grandes quantités d'eau, et que l'on a appelée polychroite.

Le safran est employé en médecine et dans les cuisines ; on s'en sert également dans la peinture en miniature.

§ IIL — Matières colorantes vertes.

On serait tenté de croire que la nature, en répandant une si grande quantité de vert dans l'éitiderme des feuilles et des tiges des plantes, a épuisé tout ce qu'elle possédait de cette matière colorante ; car jusqu'à présent on n'a trouvé dans aucune plante une couleur verte qui se rapproché, par sa nature, des matières colorantes précédemment décrites, et, dans l'art de la teinture, on est obligé, [lour produire du vert , d'avoir recours à l'action des agents chimiques, ou de composer cette couleur par la "réunion du bleu et du jaune.

Macaire Prinsep a étudié la matière colorante des feuilles, aux différentes é|)oques où celles-ci sont vertes, jaunes ou rouges, et il croit pouvoir tirer de son travail les conséquences suivantes : les trois couleurs citées sont des modifications de la même matière colorante. Les couleurs que prennent les feuilles à l'automne ne sont pas produites dans l'obscurité, et les feuilles d'une plante conservée à l'abri de la lumière sont

COU

(li'coloréos eu vert. Kx|i(i.st^o ?i l,i Imuiiio, I:i fouilli! veilo cesse, pendant l'iiiiloiuiie , de dégager do l'ox.Vgùue ; elle eu absorbe au coutraiie, e( de Ifi résulte la Ibriuatiou d'uu acide '([ui colore la feuille d'abortl en jaune, puis en rouge. Si l'on f.iit macérer luie feuille rouge avec de la potasse, elle tlevieiit verte; Jos acides la fout alors roiiasscr au jaune. Lo môaii! cliangeiuent de couleur se présente lors(iu'on traite les feuilles vertes, fraidies, par un acide. La couleur jaune ou rouge a plus d'analogie avec les résines (ju'avec la cire ; on i)eul l'extraire par l'alcool, tandis (jue l'étlier qui ne la dissout |)as , s'empare de toute la graisse et de la cire contenues dans la tenille ; a|)rès avoir fait agir l'étlier, on peut obtenir la matière colorante jaune ou rouge au moyen de l'alcool. La solution alcoolique est colorée en vert par les alcalis. Macaire Prinsep conclut de ses expériences (juela couleur rouge et la couleur laune des Heurs et des calices colorés est de la même nature que la couleur des feuilles jaunies.

En peinture on emploie comme couleur verte a l'eau, connue sous le nooi de vert de vessie, le suc exprimé des graines du rhamntts infectoria, qu'on évapore à cet elfet à consistance d'extrait, après l'avoir môle avec un peu d'alun.

§ IV. — Matières colorantes bleues.

On rencontre les matières colorantes bleues princii)alement dans les pétales et les fruits; quelquefois on en trouve aussi' dans la plante elle-même, comiue, par exeaiple, dans le chou rouge et le chou bleu, et parfois dans les racines, comme dans les betteraves rouges. Le suc exprimé des violettes était autrefois employé par les chimistes pour reconnaître la présence des alcalis et des acides ; avant de s'en servir on le mêlait pour pouvoir le conserver avec une quantité de sucre sulllsante pour le transformer eu sirop, état dans lequel il était connu sous le nom de sirop de violettes. Entre autres réactifs semblables, on peut citer le suc de l'ancolie [aquilegia vulgaris), et celui du chou rouge ; poui- les conserver on les transforme en sirop, en y ajoutant du sucre, ou on les évapore dans le vide pour les obtenir k l'état sec ou en solution alcoolique. C'est à l'aide du suc du chou rouge que les charlatans font le tour de verser d'un même flacon une liqueur rouge, bleue, verte ou incolore ; à cet effet, ils lincent le verre dans lequel ils veulent verser la liqueur colorée par le chou rouge, avec un acide, de l'eau, de la lessive, ou à la tin avec du chlorite potassique qui détruit la couleur ; ou bien en versant la liqueur, ils la font couler pardessus le bout d'un doigt trempé dans un de ces réactifs.

Plusieurs fleurs ont la propriété de blanchir en se desséchant ; dans ce cas sont, par exemple, les bleuets [cenlaurea cijamis) , et, au grand déi')laisir de tous ceux c[ui font des herbiers, la ])lu|)art des autres ilenrs bleues. Jl en est cependant qui," telles que le ])ied

d'aliMu^ttii {delphliiiaia consolida) , conservent l(>ur coulrui- bleue sans altération.

Un grand nombre! de baies, (jui sont vertes avant buu' maturité, deviemient en mûrissant, rouges, bleues ou noires ; dans co cas sont les cerises, les mûres noires, les baies de myrtille, les uulres sauvages (rw^ît.? saxatilis), etc. Le suc exprimé do ces fruits estordinairement un li(juide rouge, contenant un suc bleu rougi par l'acide libre qui se trouve dans le fruit.

Les couleurs des baies ont beaucoup d'affinité i)Our lo lin et la laine, et ne disparaissent entièrement que par l'action de la lumière ou du chlore.

Le tournesol est une matière colorante bleue, qu'on range souvent parmi les couleurs végétales rouges. On le préfiare à l'aide du roccclla tinctoria et du ccanora tartarea, que l'on traite par de l'urine, de la chaux et de la potasse, à peu [irès comme lorsqu'il s'agit de préparer de l'orseille. Dans lo commerce on le rencontre sous forme de cubes d'une couleur bleue plus ou moins belle. On prétend qu'on obtient aussi du tournesol en trempant des chilTons de toile de lin dans le suc du crolon tinctorium, et les tenant exposés à la vapeur ammoniacale de l'urine en putréfaction, jusqu'à ce qu'ils aient pris une couleur bleue. Ces chiffons reçoivent le nom de tournesol en drapeau, tandis qu'on appelle tournesol en pain celui obtenu jiar le premier procédé.

Les chimistes se servent du tournesol pour préparer le réactif le plus sensible à la présence des alcalis et des acides. A cet effet, ils trempent du papier dans une infusion saturée de tournesol, et ils le sèchent; dans cet état il a une belle couleur bleue, et peut servir à reconnaître la présence des acides. Pour découvrir les alcalis, on trempe le papier dans une infusion rougie par un acide. Pour rendre le papier de tournesol plus sensible à la présence des acides, on môle l'infusion aqueuse de tournesol avec de petites portions d'acide hydrochlorique, jusqu'à ce que la liqueur commence à tirer sur le rouge. Si l'on a versé trop d'acide, on ajoute à la liqueur une nouvelle quantité d'nifusion. L'alcali libre contenu dans l'infusion se trouve ainsi saturé, et l'acide le plus faible agit alors librement sur la matière colorante étendue sur le papier. Le papier rouge se prépare avec la même infusion neutralisée par l'acide hydrochlorique; à cet effet, on y ajoute quelques gouttes d'acide acétique, de manière à ce qu'elle devienne visiblement rouge, en conservant néanmoins une légère teinte bleue. L'infusion rougie par un acide plus fort que l'acide acétique, ne donne pas du papier assez sensible. Dans quelques localités, les blanchisseuses emploient le tournesol [lour donner au linge une teinte bleuâtre, qui empêche qu'on aperçoive la nuance jaune que le linge prend quand on le conserve pendant longtem[).s,(l). Yoy. Indigo.

(1) Le célèbre poëto ;illeinaiul Goethe rappono que les fa'bricaïUi lie luobaigucs, à Rome, emploient

COU

Page 1