‹ Dictionnaire de chimie et de minéralogieChapitre 99 sur 354 · I)AV · texte numérisé non relu

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l'hydrogène sulfuré l'a été pendant longtemps (l'une classe particulière d'hydracides? Cela seul suffit l'our condamner à un ajournement ind('fini , jusqu'à instruction plus complète, la théorie chimique de Davy.

Davy, dans sa rivalité avec Lavoisier, fut plus heureux sur l'important terrain de la combustion. Mais là, du moins, il ne fut pas véritablement adversaire. 11 ne fit qu'étendre les lois d'un phénomène que Lavoisier, dans sa pénurie d'expériences, n'avait point généralisé autant qu'il doit l'être. Tout en montrant que Lavoisier n'avait pas su tout dire, les travaux de Davy sur le chlore servirent de jireuve que Lavo'sier, dans ses mémorables travaux sur l'oxygène, avait frappé de main de maître. Le phénomène fondamental de la combustion est-il spécial à l'oxygène, ou bien apparlient-il également à d'autres corps? Lavoisier l'avait cru spécial à l'oxygène, Davy montra qu'eu ce qu'il a de plus essentiel, c'est-à-dire la production des acides, il appartient également à d'autres corps. Et même, en posant ainsi la question, je m'aperçois que je fais aux travaux de Davy une part trop large dans sa solution. Bien avant lui, Berthollet, en étudiant l'hydrogène sulfuré, avait démontré, avec la dernière évidence, que ce gaz remarquable, dans la composition duquel l'oxygène n'a aucun rôle, jouissait, nonobstant, de toutes les propriétés considérées comme caractéristiques des acides, et notamment de celle de former des sels neutres avec les bases. M. Ampère, appuyé sur de hautes considérations de philosophie naturelle, avait proposé, de son côté, de rétablir à l'égard de l'oxygène, la chaîne de l'analogie faussement interrompue, et de considérer plusieurs autres corps comme étant entre certaines limites ses correspondants. Davy, dans ce sujet envisagé d'un point de vue général, n'a donc réellement point eu l'initiative, et sa part doit strictement se réduire à ce qui concerne l'action de l'hydrogène sur le chlore.

Nous sommes même encore obligé de faire ici une réserve. MM. Gay-Lussac etThénard, en étudiant l'acide hydrochlorique, que l'on nommait alors acide muriatique.et le chlore, que l'on nommait acide muriatique oxygéné, avaient été amenés à penser que ce second corps, au lieu d'être, comme les chimistes se l'étaient jus ju'alors imaginé, de l'acide muriatique chargé dune (ilus forte proportion d'oxygène, n'était peut-être que de l'acide muriatique dépouillé d'hydrogène. Dès lors l'acide muriatiiiue aurait dû se trouver [ilacé à côté de l'hwliogène sulfuré, et le prétendu acide muriatique oxygéné à côté des corps simples. Si ces deux chimistes avaient eu la hardiesse d'affirmer ce dont ils s'étaient contentés, dans le compte-rendu de leur travail (Mém. delà soc. d'Arcueil, t. Il), d'exprimer .le soupçon, il ne resterait à Davy d'autre gloire en cette circonstance que d'avdircontirmé leur découverte par ses belles expériences. Mais il demeure certain que c'est Davy qui, le premier, a constaté et posi-

tivement déclaré que l'acide muriatique est un hydracide, et l'acide muriatique oxygéné un corps simple. C'est lui qui a eu l'honneur de tirer pour ce corps du vocabulaire grec le nom du chlore. De sorte qu'il est vrai de dire que cet agent si essentiel de l'industrie et de la chimie est né en France, a été étudié en France, et a eu son parrain en Angleterre. Rappelons, pour terminer ce sujet, (jue les idé'^s sur la propreté acidifiante de l'hydrogène et la simplicilé du chlore ont été, depuis le travail de Davy, qui est de 1810, considérablement renforcées jiar les beaux travaux de Ga>-Lussac sur l'iode et le cyanogène. Certains sulfures devennent même susceptibles, en diverses occasions, d'être considérés comme acides. De tous ces travaux réunis est née cette belle loi inconnue à Lavoisier, « que l'acidité ne dépend pas de la verlu d'un seul corps, mais des vertus relatives des deux corps combinés. »

Ici s'est arrêtée la carrière purement scientifique de Davy. On ne saurait trop le regietter. Est-il donc vrai que la fortune, qui ne devrait être que la récompense du génie, soit souvent un abîme où il vient se perdre? Celle de Davy avait été rapide; nommé membre de la Société royale en 1803, élevé à la dignité de secrétaire perpétuel en 1807, enrichi par un brillant mariage, lancé dans le tourbillon le plus aristocratique de Londres, honoré par les faveurs du gouvernement et du public, le grand chimiste avait laissé bien loin derrière lui, trop loin peutêtre, le pauvre apprenti de l'apothicaire de Penzance. Certains dédains d'un monde auquel sa gloire n'avait pu faire oublier son origine , et au sein duquel il avait eu le tort de se préiipiter trop passionnément, contribuèrent peut-être à le détacher de la cliimie qui n'avait point su jeter sur sa personne tout le prestige qu'il aurait souhaité, et que les soldais de fortune obtiennent quelquefois. Quoi qu'il en soit, depuis 1810 Davy ne s'est plus occupé de chimie que comme distraction et pour en faire quelques applications à l'industrie.

De ces diverses ap[)lications, la seule qui ait vériiablement quelque puissance est celle que Davy a faite d'une particularité du phénomène de la combustion au perfectionnement de la lampe des mineurs. Il a rendu, en cette circonstance, à l'humanité malheureuse, un service digne d'être senti, et dont elle s'est montrée reconnaissante en conservant au bienfait le nom de son auteur. La lampe de Davy est destinée à mettre les mineurs et les travaux souterrains à l'abri de ces explosions malheureusement trop fréquentes, et qui, en cert'iins endroits, donnent en quelque sorte à l'industrie la figure hideuse de la guerre. On a comparé avec raison le métier des mineurs, dans ces dangereuses houillères, à celui des soldats qui s'en iraient battre les briquets dans l'intérieur lies mag;isins è poudre. Souvent, en t'd'ct. l'air que l'on rencontre dans ces profondeurs est aussi inflammable et aussi ter-

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rilild dans sos ciTots ([iio la poudro. Il siiflU (le l'aiiiu-oi'lio (l'iiiio lampe pour dotcriniiicr la ciniiliiiiaisoii de l'Iiydroyèiie et mettre en un instant toute la mine en l'en. Kn enloulaiil la lampe d'une; simple elieminée do toile iiuHalliquc, Davy est parvenu h eouper court à ces explosions, parce (|ue l'on empôclie par là le l'eu do se eomminii([uer à l'atmosplièio au delà do l'enceinte do celte clieniinée. (Vest une bônissable invention ; oiallieureusement elle ne diHruit [)as la cause du danger, ((ui est le snintenieiit continuel lie l'hydrogène à travers ré()aisseur de la houille. Il sul'tit de la moindre imprudence d'un seul homme [lour tout perdre. Les mineurs avec cette laui[)e sont comme des gens armés de lanternes, que l'on enverrait au travail dans une poudrière; qu'il jirenne fantaisie à l'un d'eux, pour mi^'UK voir, d'entr'ouvrir un instant la sienne, et une formidable détonation, rèiiondant à son geste, va peut-être faire sauter, avec la vivacité de l'éclair, hommes et matériaux. 11 est d'antanl plus permis di' désirer un reniiide plus efllcace, que la prudence est rarement la vertu des ouvriers, et que cet entourage de la flamme par un canevas à mailles assez serrées nuit singulièrement à la clarté. Comme dans beaucoup de mines l'éclairage est au compte des mineurs, ces pauvres gens, pressés par la misère, ne craignent pas de braver, à flamme ouverte, le danger, afin d'économiser chaque jour quelques centimes sur leur dépense de lumière. Une application de la chimie, plus ingénieuse encore, s'il est possible, que celle-ci, mais qui, dans la pratique, n'a pas eu les avantages qu'au premier abord on avait cru pouvoir en attendre, est celle des principes de l'électricité voltaïque au doublage eu cuivre des vaisseaux. A la mer, ce cuivre s'oxyde et se détruit promplement. C'est une grande affaire pour une puissance commerciale. Elle méritait bien par son étendue de prendre place à côté des explosions, car la navigation et la houille sont les deux pivots de l'Angleterre. Davy, sur la demande du conseil de l'amirauté, se mit donc à cette question. Il devina promi)temcnt que l'oxydaiion du cuivre était causée par la tension électrique à laquelle ce métal se trouve soumis par suite de son contact avec l'eau de la mer; par conséquent, en obligeant le métal à se tenir dans l'état électiique 0[iposé, ce qui se fait aisément en le mettant en contact avec du fer ou du zinc, on doit arrê.er le cours de l'oxydation, car on en détruit le principe. En effet, un simple clou de fer planté de distance en distance dans le doublage de cuivre, sullit pour le garantir complètement contre cette cause instante de dégradation. Cette solution si élégante et si simple d'un problème en apparence si complexe est, si je ne me trompe, un des exemples où la puissance de la chimie mérite le plus notre admiration. Malheureusement cette invention n'a pas été d'une grande utilité jiour la marine. Le doublage étant porté parla présence du fer à un état d'électricité né-

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