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gloire de sa vie. Une de ces circonstances que nous unmmons de liasard décida sa destinée. Le fils de Watt étant venu à Penzance, et ayant jiris logement dans une des clianil)res de madame Davy,le pauvre enfant, tout ému et tout ravi de se trouver ainsi presqu'en contact avec une dos célébrités de l'Angleterre, et voulant à tout prix entrer en conversation, de manière à attirer ses regards, avec riiôte illustre de sa mère, se mit à lire, et à lire avec une ferveur violente, une traduction de la cliimie de Lavoisier, qu'il avait trouvé moyen d'emprunter dans la ville. Il en acheva la lecture endeux jours, comme à son âge on expédie d'ordinaire celle des romans. Mais celle-ci profita. Son intelligence en reçut ce coup sacré que le génie donne comme par un éclat de lumière au génie. Un monde bien ditférent de celui d'Homère, le monde mystérieux des pliénomènes secrets de la nature, s'était ouvert devant Davy ; l'instinct de sa première destinée l'y poussait ; disant adieu à ses exercices de poëte, il s'y jeta.
Son premier travail fut une analyse de l'air contenu dans les vésicules des fucus. L'ayant adressé au docteur Beddoes, qui avait établi à Bristol une maison de santé pour le traitement des maladies de poitrine par la respiration des divers gaz qui' la chimie venait de découvrir, celui-ci fut frappé de voir une pareille œuvre sortir d'une boutiijue d'apothicaire de village (Penzai)ce à cette époque n'était guère que cela), et des mains d'un enfant. 11 voulut avoir le jeune chimiste près tie lui, et, prenant confiance dans sa hardiesse, il lui donna sou laboratoire pour y faire ses expériences, et son amphilhéiUre pour y faire des leçons.
Davy grandit aussitôt. Un de ses premiers coups fut de découvrir le [irotoxyde d'azote, ce gaz singulier par son action sur l'économie animale, et qui, à son apparition, sembla un instant appelé à jouer, comme agent, soit de jouissance, soit dé santé, un si curieux rôle dans nos sociétés. Agé k peine de vingt ans, il se vit appelé à Londres, et installé comme professeur de chimie dans l'Institution royale , récemment fondée parle comte de Rumford, dans le but de vulgariser la connaissance des sciences et de les mettre en honneur dans le grand monde de la capitale. Aidé par le charme de son élocution, par la grâce de ses manières, aussi par son mérite, le jeune jirofesseur obtint dans la haute compagnie réunie à ses leçons un succès immense. On était à la fin du xviir siècle, cette ouverture de l'Age d'or de la chimie, et en Angleterre comme en France cette science faisait fureur parmi les gens du monde ; la mode l'avait prise sous sa protection et lui attirait l'admiration, même des |)Ius ignorants, en exagérant à plaisir ses merveilles et celles de son avenii-. Cet engouement général no fut sans doute pas sans influence sur la prompte fortune (lu jeune I)avy, dès ses premiers pas dans le monde. .Mais il sut glorieusement souteuir la précoce illustration de sou nom
èri le recommandant à l'estime des savants par de solides travaux. C'est le sujet que nous devons considérer ici particulièrement.
Nous n'entrerons point dans le détail de tout ce qu'a fait Davy ; nous devons nous borner à l'exposé succinct de ceux de ses travaux qui sont au premier rang dans l'histoire de la chimie au xix" siècle. Les autres sont trop particuliers et trop nombreux.
La pile voltaique, ce magnifique instrument que Lavoisier n'avait point connu, et que la physique a communiqué à la chimie au commencement de ce siècle, fut la puissance que Davy mit en jiu pour ses premières découvertes. L'action chimique de la pile, révélée à l'attention des physiciens par l'effet singulier des deux fils sur l'eau mise en contact avec eux, avait été étudiée avec le plus grand soin, dès 1803, par MM. Berzélius et Hisinger. Ces savants chimistes, sou mettant à la pile, avec les précautions conve- v nabi es, une série variée de substances, I avaient été conduits à donner une haute généralité au phénomène de la décomposition de l'eau. Us avaient vu que les substances salines placées dans le cercle d'une forte batterie étaient toujours décomposées de telle sorte que les acides se trouvaient portés vers le fil positif, les bases vers le fil négatif. Pour les o\ydes, une décomposition analogue avait lieu, l'oxygène se dirigeait à l'extrémité du courant positif, le radical à l'extrémité du courant négatif; ainsi à l'égard de l'eau, dont la décomposition, en apparence si singulière lors des premières observations, ne se présentait jilus désormais que comme un cas [larticulier d'une grande loi. Ce sont là les expériences dans le courant desquelles, secondé par le secours d'une pile énergique , entra Davy.
Privé du mérite de l'originalité, il eut du moins tout celui que le génie, lorsqu'il s'unit à la sagacité et à la persévérance, peut encore déployer dans une carrière qui n'est plus neuve. Reprenant pour les étentlre les observations de MM. Berzélius et Hisinger, ef les consolidant |iar des observations nouvelles, il acheva de donner toute l'autorité dont les lois naturelles sont susceptibles à celle que ces savants avaient eu l'honneur de signaler; mais s'élevant plus haut qu'eux dans l'ordre de la généralisation, et remontant jusqu'.ui principe dont la loi des décompositions voltai(iues n'est qu'une conséquence, il jeta, au milieu du chaos encore bien obscur des phénomènes chimiques, la lumière de cette puissante conclusion « que l'aftinilé chimique n'est autre chose que la force d'attraction des électricités opposées. » Ce travail était un des plus beaux que la science eût vus de|nns longtemps. L'Institut de France, sans s'inquiéter ni de la guerre qui divisait alors la France et l'Angleterre, ni des passions haineuses soulevées par la vivacité de la querelle entre les deux nations, couronna solennellement, le 1" janvier 1808, le jeune Anglais, et cette conduite, où l'on n'aurait dû voir que le résultat de l'iudépeu-
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(lance scient ili([iu', parut, chez nos ennemis d"oulie-nii'r, un lioniin.iKO conmiis de vivo foire par réiiiinente siijireniatie do leur conipalrioto. Davv eut pout-(^tre le tort, dans cette occasion, de ne pas s'aljslonir eatièicnient de cette erreur, et do prendre poui' do la détV-renco ce ([iii n'avait i't6 (pio de la justice. On sait que la loi de Davy, comhini^e avec la helle loi des pronoi'tions | délinies , do MM. Dalton et Gay-l^ussac , est devenue une dos bases principales de la tliéorio atoniicpie de Hor/élius. Davy, en lUablissant cetio loi, a donc coniribué, pour uiHi des parts les [ilus glorieuses, h donner h la clnniie cette noble simplicité dont se rovètinit toutes les sciences dans les degri^s supérieurs de leur développement. Les travaux dont il nous reste à parler ont eu celte mOme tendance.
Il existe de tels rapports entre les |)ropriétés générales des oxydes ruétalliques, des terres el des alcalis, que l'analogie qui réunit dans une même classe ces diverses substances avait depuis longtemps frappé tous les chimistes. Kn elîet, en les considérant en elles-mêmes, indépendamment de toute question d'origine , leur liaison naturelle tombe |iour ainsi dire sous les sens. Mais il restait à rendre cette liaison évidente pour l'esprit en constatant que toutes ces substances appartiennent à un ordre identique de génération. C'est ce qu'avait pressenti, dès 1789, le hardi génie de Lavoisier. « Peutêtre, avait dit cet illustre père de la chimie moderne, les terres ne sont-elles que des oxydes irréductibles par les moyens ordinaires?» Davy, toujours aidé par la puissance de l'électricité, démontre ce qu'avait seulemi'ut soupçonné Lavoisier. En soumettant la potasse à l'aciion héroïque de la pile, il vit la potasse se déconifioser, l'oxygène se portant au pôle positif, tandis qu'un métal riouveau, réuni par goutt. dettes comme du mercure, se portait au pôle négatif. Ce métal, c'était le potassium mis à hu pour la première fois. Davy eut la gloire de le produire, de l'étudier, de le faire connaître au monde pour la première fois. On soupçonna que ce singulier métal, si inflammable qu'il décompose l'eau pour se brûler ci ses dépens , était peut-être le principe dont avaient fait usage les alchimistes de rem[iire d'Orient pour la comi)Osition de leur fou grégeois. Mais cela fùt-il certain, la gloire de Davy n'en serait nullement trouldée; il lui resterait toujours le mérite d'avoir démontré le premier la véritable composition des alcalis et des terres, résultat bien autrement fécond ponr le perfectionnement intellectuel et le bonheur du genre humain que l'invention du feu grégeois. Et cjuand il n'aurait fait que retrouver le secret perdu d'un agent aussi extraordinaire, l'industrie, sinon la nôtre, celle du moin.s de la postérité, devrait peut-être à sa mémoire des marques consiilérables de reconnaissance. II va sans dire (juOj la coinpoition de potassium une fois découverte, l'analyse des autres alcalis et des terres ne se fit pas long- .
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temps attendre. Ici ce fut au tour do Davy il'être aidé dans le développement de son travail par Her/élius. Ainsi fut démontré, jiar une expérienci^ bientôt généralisée et diveisiliéo, que le savant pressentiment de Lavoisier ne l'avait point trompé, et que les alcalis ainsi que les terres ne sont, do nêiiie que les oxydes métallnpies, (pie les Hoduits variés do la combinaison de l'oxygène avec les métaux.
L'ammonia(iue, qui se lie [)ar tant de rap- * ports avec les alcalis ordinaires, (pi'il est impossible h la nomenclature d(! l'en dis • traire, et ((ui ne donne à l'analyse (|ue do l'hydrogène et de l'azote, fournit une anomalie jusqu'à présent inexplicable dans la grande loi do l'uniformité de composition des alcalis. Ne pouvant réussir à réprimer par l'expérience cette sorte d'insubordination chimique, Davy tenta de lui imposer silence par une hvpothèso hardie. Conservant ])our l'ammoniaque, malgré la déclaratioli on apparence contraire de l'analyse, l'allégation de Lavoisier sur les alcalis en générai, il maintint que l'ammoniaque renfermait secrètement un principe métallique analogue à celui des autres alcalis. Une fois lancé sur ce terrain glissant de l'hypothèse, il s'y avança audacieusement et bien au delà de toute lumièred'expérience.On pourraitpeutêlre lui eu faire un reproche, s'il n'y avait pas dans l'histoir e des sciences tant d'exemples que les découverles les plus certaines ont souvent eu pour origine les propositions les plus aventurées. Davy, levant donc à demi la bannière d'une chimie nouvelle, en opposition, dès ses premiers principes, avec la chimie classique de Lavoisier, laissa tomber, comme corollaire à son théorème de l'analogie des alcalis, le soupçon que les mé taux n'étaient peu'-être point des corps simples, mais le résultat de l'union de l'hydrogène avec des radicaux inconnus : ainsi les alcalis proviendraient tout uniformément d'une combinaison de ces radicaux avec une certaine proportion d'eau, et tous, aussi bien que l'annnoniaque, renfermeraient de l'hydrogène. Nos moyens de décomposition sont si faibles, et il y a tant de clioses en chimie qui nous sont évidemment inconnues, nommons seulement l'action des métaux sur l'azote, que l'on ne saurait sans doute tirer un moyen authentique de cassation contre une théorie du seul fait que cette théorie n'aurait aucune expérience directe en sa faveur. Mais il faut convenir aussi qu'une théorie simple, appuyée sur l'expérience, et donnant fiour tous les cas, sauf un cas anormal et peut-être mal considéré par nous, une explication claire et facile de l'ordre établi parla nature ; il faut convenir, disons nous, qu'une pareille théorie, et c'est de la théorie de Lavoisier cjue nous entendons parler, est trop solide et respectable pour cédei' à une théorie qui n'a d'autre avantage sur elle que de mettre le pied sur une exception. N'est-il pas possible que l'ammoniaque soit runifjue représentant parmi nous d'une classe particulière d'alcalis, comme