I.-DU BOIS ET DE SES PROPRIETES
Les bois varient dans leurs essences et dans leurs propriétés physiques, par conséquent aussi dans leurs applications aux arts. C'est ainsi que l'orme sert au charronnage, le chêne aux constructions, le sapin à la mâture des navires, le châtaignier à la fabrication des cercles; mais nous ne devons ici considérer le bois que sous le rapport chimique et principalement en ce qui regarde le chauffage.
Le bois, quelle que soit son essence, n'est qu'une agrégation de fibres ligneuses rangées selon les lois de l'organisation végétale, et chaque fibre est un assemblage de cellules qui renferment des principes quelquefois azotés, d'autres fois résineux ou gom- Dieux, tantôt féculents ou sucrés, tantôt colorants, tantôt acides ou alcalins, et toujours accompagnés de substances minérales qui sont la base des cendres.
La densité de la fibre ligneuse, déterminée avec beaucoup de soin par M. de Rumford, s'est trouvée identique dans tous les bois, la variation étant à peine de 1,46 à 1,53 ; mais l'assemblage de ces fibres laissant plus ou moins de vide entre elles, la densité des bois parait, en général, moindre que celle de l'eau, depuis celle de peupUer qui pèse 0,38 jusqu'à celle du grenadier qui pèse 0,94.
M. Payen, en faisant digérer la fibre ligneuse dans des dissolutions alcalines faibles, puis successivement dans l'acide chlorhydrique affaibli, dans Teau, et enfin dans l'alcool et dans Féther^
a réduit le bois à l'état de cellulose, principe immédiat dont les éléments sont le carbone, l'hydrogène et l'oxygène.
La cellulose est en quelque sorte le squelette de la fibre végétale dont elle forme les 75 à 78 centièmes. Elle constitue la majeure partie du bois desséché à 100 degrés, et, par conséquent, c'est de ce produit que dérivent les propriétés chimiques du bois.
Les bois verts contiennent communément 40 pour 100 d'eau, dont ils perdent une quantité notable par leur exposition à Tair. En prolongeant beaucoup cette exposition ils en perdent plus encore ; mais ils en conservent toujours du quart au cinquième de leur poids.
La quantité de cendres fournies par les bois varie avec l'espèce du bois, et aussi pour un même bois en raison de l'âge et de la nature du terrain où il s'est développé. (Voy. Alcalis minéraux^ Potasse^ ALG.)
Le bois de chauffage ordinaire contient tout au plus 2 à 3 pour 100 de cendres, 20 à 25 pour 100 d'eau libre , et 2 centièmes de matières combustibles solubles dans l'eau ou dans l'alcool. Par conséquent 100 de bois de chauffage contiennent 75 à 78 pour 100 de matières combustibles.
La fibre ligneuse est toujours identique qfuelle que soit sa provenance ; c'est en moyenne 52 de carbone et 48 d'hydrogène et d'oxygène dans le rapport nécessaire pour former de l'eau. Sa combustion complète ne peut fournir que de l'eau et de l'acide carbonique.
Cent parties de bois sec ne présentent donc à la combustion que 52 parties de carbone exigeant 138 parties d'oxygène pour leur transformation complète en acide carbonique, combustion capable de fondre 4,888 parties de glacée à 0**, ou d'élever de 0° à 100 degrés 3,666 parties d'eau. Ce calcul théorique se trouve confirmé par l'expérience.
Comme, selon Péclet, le gaz dégagé emporte avec lui les 3/4 de la chaleur produite, 1/4 seulement est dispersé par le rayonnement. Ce rapport de 3 à 1 ne doit s'entendre que du bois de chauffage ordinaire ; car il est des bois qui donnent beaucoup de flamme et peu de braise \ or la flamme n'a pas le pouvoir rayonnant de la braise.
La pesanteur spécifique d'un bois peut faire présager la densité du charbon qu'il donnera ; il s'ensuit donc que la chaleur produite par un bois dans sa combustion peut être prévue par la pesanteur spécifique de ce bois.
3 CHAPITRE r. — COMBUSTIBLES VÉGÉTAUX. COM
Le chêne, le hêtre et le bouleau en grosses bûches pèsent 450 kilogrammes le mètre cube; le sapin en grosses bûches pèse 325, le tremble et le chêne de charbonnage 225. Ces nombres correspondent à des bois séchés à Tair. Notons qu'un bois vert peut perdre beaucoup d'eau sans perdre beaucoup de volume, et que l'âge, le sol et le climat apportent peu de changements aux résultats précités. Néanmoins, d'après des expériences faites en Amérique, M. Marcus Bull a obtenu pour le chêne franc 479 kilogr. par mètre cube.
A égahté de dessiccation et de volume, les bois les plus denses sont les meilleurs ; la véritable valeur d'un bois à brûler, lorsqu'il est sec, peut donc s'estimer par son poids même. Un stère de grosses bûches pèse souvent le double d'un stère de menu bois delà même espèce. La mesure au poids est avantageuse pour les bois secs, et d'autant moins bonne pour les bois verts qu'ils contiennent ime plus grande quantité d'eau.
En conséquence, les meilleurs bois à brûler sont les plus gros, les plus secs et les plus denses. Les plus mauvais sont les bois légers, mous et verts. Cependant les uns et les autres ont une composition identique, à leur densité et à leur humidité près.
Les bois denses et les bois légers ne conviennent pas à toute espèce de chauffage : les bois denses en brûlant donnent plus de chaleur rayonnante, parce que leur braise est plus abondante que celle des bois légers'; ceux-ci donnent moins de chaleur rayonnante parce qu'ils donnent beaucoup de flammes et une braise peu dense et peu abondante, et qu'enfin le pouvoir rayonnant des charbons embrasés l'emporte de beaucoup sur celui des flammes.
Il faut donc exclure les bois légers des chauffages où le rayonnement est appelé à jouer le rôle principal, et il faut recourir à ces bois lorsqu'on veut chauffer à la flamme, c'est-à-dire porter à de hauteç températures des objets éloignés du foyer et donner des températures uniformes â des masses considérables, comme dans les verreries, les fabriques de porcelaine, etc. Dans les fabriques de porcelaine, les bûches de bois léger sont même refendues pour accélérer leur combustion.
Les bois durs doivent être préférés dans les cheminées, parce qu'ils donnent lieu à un rayonnement considérable; dans les poêles et les calorifères, en raison de ce qu'ils durent plus longtemps.
Les essences de bois à brûler sont, en France, le bouleau ^ lo
charme, l'orme, le châtaignier, le chêne, le hêtre, le pin, le sapin et le tremble. Le hêtre, le charme, l'orme et le chêne sont les plus recherchés pour le chauffage des cheminées.
On distingue dans le commerce des bois de chauffage le bois neuf, le bois flotté et le bois pelard ; le bois neuf est celui qui a été transporté par la voie de terre ou par les bateaux ; le bois flotté, celui qui a servi à faire des radeaux, et enfin le bois pelard, celui qui a été écorcé sur pied pour en vendre Técorce aux tanneurs. Ce dernier bois, formé de jeunes branches de chêne, sert au chauffage des fours, etc., etc.