FONTE DES SUIFS
Fonte aux créions. — Ce procédé tire son nom du résidu qu^H jiroduit ; il consiste à soumettre à l'action de la chaleur le suif en luranches, de manière à en déchirer les cellules et à presser la matière ainsi déchirée; sous l'action de la presse, la graisse ehaude s'écoule, les membranes restent comme résidu et oonstîluent les créions. Voici comment Topération est généralement conduite : le fondeur ou le fabricant de chandelles, si son usine comporte un fondoir, reçoit de Tabattoir le suif en branches ; il commence par le faire dépecer en petits fragments. Dans ce but, «n ouvrier se place devant ime table, sorte d'étal, sur laquelle un large couteau de boulanger se trouve fixé par Tune de ses extrémités au moyen d'un piton, tandis qu'à l'autre bout il est muni •d'un manche en bois. De la main droite, l'ouvrier manœuvre la partie antérieure du couteau et l'abaissant par un mouvement rapide, tandis que la partie opposée reste fixée à la table par le piton, il coupe le suif qu'il lui présente de la main gauche; les fragments, jetés dans une manne, sont ensuite portés à la chaudière.
Celle-ci est en cuivre, hémisphérique, et mesure généralement 1 mètre de diamètre sur 70 cent, de profondeur; elle est complètement encastrée dans ime maçonnerie, sauf le fond, au-dessous duquel circule la flamme d'un foyer. Cette disposition spéciale est nécessaire pour éviter que la flamme, en s'élevant le long des parois extérieures, ne vienne carboniser les portions de matière qui peuvent s'attacher contre les bords intériem*s. Le foyer est, d'ailleurs, isolé de la chaudière par une cloison, de manière à éloigner toutes chances d'incendie, et le fourneau enfin est entouré de degrés sur lesquels l'ouvrier se place pour pouvoir travailler aisément la matière.
Pour fondre le suif, on commence par remplir la chaudière de suif en branches fraîchement découpé, sans lui laisser le temps
d'entrer en putréfaction, puis on allume le feu. Sous l'influence de la chaleur, les membranes se contractent. Grâce A cette pression naturelle, la graisse s'écoule et vient couvrir le fond delà chaudièi*e. Armé d'une spatule en bois, un ouvrier active cette séparation en écrasant les membranes contre les bords. Cela fait^ on charge de nouveau, et Ton continue l'addition du suif jn»qu'à ce que la chaudière se trouve aux deux tiers remplie de matière fondue mélangée de membranes racornies par le feu. On puise alors la graisse avec une large poche et on la coule dans des poêles en cuivre, ou dans de grands bacs en bois doublés de plomb, suivant Timportance de la fabrication. Pendant ce transvasement, on fait subir à la matière une filtration destinée à séparer le suif fondu des membranes. Dans ce but, on place, au-dessus dçs poêles ou des bacs, des paniers d'osier ou mieux de cuivre perforé, désignés sous le nom de banattes, et dans lesquels on vene directement le suif au sortir de la chaudière. Lorsque le produit ainsi filtré est sur le point de se figer, on le coule dans de petits baquets en bois ayant la forme de troncs de cône, désignés soos le nom de tinnes, et renfermant 24 kilogr. environ ; les blocs fo^ mes par la solidification dans ces tinnes sont connus àParissoos le nom de suif de place. Si le suif doit être expédié au loin, on le coule simplement dans des fûts ; c'est en cet état qu'arrivent les suifs de Russie, etc.
Les membranes restées dans la banatte renferment encore une grande quantité de graisse; pour recueillir celle-ci, on refond d'abord»] a matière, puis on passe à la presse le deuxième résidu ainsi obtenu. Sous l'influence de la pression, la graisse s'écoule; quelquefois on favorise cette opération en disposant le seau de la presse de telle sorte qu'il puisse recevoir un tuyau de vapeur, et il reste finalement une matière animale membraneuse, qui^sous le nom de boulée ou de créions , est donnée en nouri^ture aux volailles, aux chiens et aux porcs.
Ce procédé présente de graves inconvénients : d'une part, en effet, l'action directe du feu c'ommunique souvent au suif une coloration fâcheuse ; d'une autre, une quantité notable, 20 pour 100 environ, de graisse se trouve à peu près perdue dans le i)ain de creton. C'est pour remédier à ce dernier inconvénient que les chimistes ont imaginé, comme nous le verrons bientôt, de traiter à une température relativement peu élevée le suif par divers agents acides ou alcalins. Quant au premier, on a proposé d'y parer de différentes manières. En 1827, le conseil de salubrité de