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II. -CHARBON DE BOIS

Le chêne, le châtaignier, le frêne, le charme, le hêtre, l'érable, l'orme, le pin, le sapin, le mélèze, l'aune, le bouleau, le tremble, le tilleul, le peuplier, le saule, sont employés à la fabrication du charbon.

Séché à l'air, le bois est composé sur 100 parties de :

Carbone 38,48

Eau combinée 35,42

Eau libre 25,00

Cendres 1,10

Si donc on pouvait séparer l'eau du bois, l'on aurait environ 40 pour 100 de charbon, tandis que dans la pratique on n'obtient d'ordinaire que 15 à 17 pour 100 de charbon, et pas plus de 27 à 28 pour 100 par les procédés les plus perfectionnés.

Il y a effectivement dans la distillation du bois (et toute carbo* nisation du bois entraîne une distillation partielle) une cause de déperdition du carbone : 1*» dans le dégagement des gaz oxyde de carbone et acide carbonique ; 2° dans les carbures d'hydrogène

liquides ou gazeux qui se produisent; 3** dans la formation de l'acide acétique du bois, et 4° dans l'alcool de bois qu'engendre cette distillation. Ce sont les corps oxygénés qui se forment les premiers.

L'action de l'eau sur les charbons ardents transforme ceux-ci en oxyde de carbone et en acide carbonique, et, par suite, il est évident qu'il faut enlever au bois le plus d'eau possible avant qu'il ait atteint la température rouge. Aussi observe-t-on dans une distillation brusque une perte en charbon qui s'élève à la moitié de celui que l'on peut obtenir par une distillation lente : la distillation rapide du bois de charme donne effectivement 13,3 pour 100 de charbon et sa calcination lente 26,1. Il en est de même des autres essences.

La quantité de charbon que l'on peut obtenir de nos différentes essences de bois est à peu près la même, toutes choses égales d'ailleurs. C'est ce qui résulte des expériences de M. Karsten. Les petites différences qu'on y observe peuvent s'exphquer par la difficulté qu'on éprouve à conduire toujours le feu de la même manière.

Dans les essais de Karsten, le poids du charbon obtenu de 100 parties de bois, par sa carbonisation rapide, varie depuis 11,90 (produit du vieux bois de bouleau) jusqu'à 16,39 (produit du jeune chêne). Dans la carbonisation lente, le poids du charbon ne varie qu'entre 24,20 que donne le bois de tilleul et 27,50 donné parle jeune pin ; et comme la rentrée de l'air dans les vaisseaux a plus d'influence sur peu de matière que sur de grandes quantités, ces différences s'affaibUssent lorsqu'on opère en grand.

Le plus certain des procédés, pour arriver au maximum de charbon que le bois puisse rendre, est sans contredit la distillation en vase clos, soit dans des cornues de fonte, soit dans des vases rectangulaires en tôle où 100 parties de bois desséché, par ime exposition d'une année à l'air, rendent 28 à 30 d'un charbon excellent, en consumant 12,5 de bois à chauffer le fourneau.

Dans les forêts on agit autrement : on y forme ce que Ton appelle une meule ^ espèce de cône tronqué dont la gfaîide base repose sur le sol. A cet effet, on dresse verticalement une bûche au centre de la base. Cette bûche porte à sa partie supérieure quatre entailles qui permettent d'y adapter quatre autres bûches, formant quatre angles droits situés dans un même plan horizontal. Dans chacun de ces angles on appuie une bûche légèrement inclinée, puis on forme le plancher avec de gros rondins rayon-

nant vers le centre, et dont on remplit les interstices avec de petites Mches ; et afin que ce plancher ne bouge pas, on plante des chevilles à aa circonférence en les espaçant de 33 centimètres

Fig. 305.— Carbi

en 33 centimètres : c'est en quelque sorte la grille par laquelle afllue l'air nécessaire à la combustion. On dispose ensuite sur le plancher les autres bûches, en les appuyant les unes sur les autres, en commençant contre les premières dressées. Lorsque la largeur du cône ne permet plus d'atteindre aisément au milieu du tas, on dresse un pieu au centre de la petite base du cône tronqué, et l'on procède à l'érection du second étage comme on avait procédé à celle du premier. C'est alors qu'on achève le premier étage et que l'on conduit ensuite le second jusqu'au bord du premier. La meule atteint ainsi la hauteur de deux bûches sur nn diamètre de 5 mètres.

Quelquefois la meule n'a qu'un étage, mais en Suède elle en a jusqu'à quatre ou six ; dans les très-hautes meules la dernière rangée est horizontale.

Lorsque la meule est montée, on garnit sa surface de petit bois, puis d'herbes et de terre, mais on laisse à découvert, pour l'aérer, quelques trous correspoEd.int aux bûches de la base. Parfois on emploie pour la couvrir des plaques de gazon de 11 à 16 centimètres d'épaisseur. Cette couverture doit être plus épaisse vers le sommet, et, d'autant plus que la meule est plus haute, afin qu'elle résiste mieux à l'effort du tirage.

L'on y met le feu au point du jour, au moyen de brindilles sèches entassées autour du pieu central. Cette disposition est préférable â celle qui résulte de l'enlèvement de ce pieu, parce que cette soustraction peut déterminer dans la meuie ou trop d'affaîasement ou un tirage dont il est difficile de se rendre maître. C'est

COM

pourtant la faute que Ton commet ordinairement : on remplit alors le vide laissé par le pieu enlevé au moyen de bois sec et de tisons enflammés, et, lorsque la flamme sort par la cheminée, on couvre celle-ci d'un morceau de gazon qui pourtant laisse encore une ouverture pour le passage de la fumée.

A partir de ce moment il faut être attentif à recouvrir de terre ou de plaques de gazon les crevasses qui surviennent dans la chemise. II faut aussi pratiquer quelques trous ou évents aux endroits où la combustion est trop faible et donner une issue à la fumée, s'il est besoin, tandis qu'à la fin de l'opération on réduit successivement les bouches d^air qu'on avait pratiquées à la base du fourneau.

La carbonisation marche bien lorsque la fumée s'exhale avec lenteur de tous les points du fourneau autres qtie la cheminée.

Le grand feu apparaît quand la chemise entière est lumineuse dans l'obscurité. Cela indique que l'opération touche à sa fin et qu'il faut étouffer le feu en couvrant la meule d'une épaisse couche de terre. Quelques heures après, on rafraîchit, c'est-à-dire qu'on remplace par de la terre nouvelle la terre et le frasin dont le fourneau est couvert. On doit renouveler cette opération jusqu'à ce que toute communication avec Tair extérieur ait été interceptée.

On peut tirer le charbon des petites meules dès le quatrième jour ; si le bois était sec et léger, ce temps peut être réduit à deux jours et demi. Mais pour les grandes meules et selon leurs masses il faut attendre de quinze à trente jours.

Si l'on compare les résultats que donne ce procédé à celui fourni par la distillation du bois, on arrive aux résultats suivants :

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