VI.— ÉVALUATION DE L'INTENSITÉ DU GAZ
En Angleterre où le gaz a été l'objet de nombreux essais, on a tenté d'évaluer par l'analyse chimique l'intensité de pouvoir éclairant. Henry la calculait d'après la quantité d'oxygène nécessaire à la transformation du mélange gazeux. Mais le principe était fautif en ce qu'un gaz peu lumineux, et dont la partie non éclairante se trouvait être composée de beaucoup d'hydrogène protocarboné, absorbait beaucoup plus d'oxygène qu'un autre gaz très-éclairant dans lequel l'hydrogène protocarboné était remplacé par de Thydrogène.
Le procédé suivant, indiqué par M. Frankland, paraît devoir conduire à un résultat plus certain.
Partant de ce principe, qu'il faut déterminer non pas l'oxygène consommé, mais le carbone contenu dans les hydrocarbures, il fait détoner un volume déterminé de gaz avec un excès d'oxygène et note la quantité d'acide carbonique produit. ' Il prend d'un autre côté un même volume de gaz dont il absorbe le gaz oléfiant et les hydrocarbures, sauf l'hydrogène protox^arboné, au moyen d'acide sulfurique anhydre. Le gaz ainsi dépouillé est de nouveau brûlé par un excès d'oxygène et la quantité 4'acide carbonique notée.
On a par la première opération la quantité totale de carbone du gaz, par la seconde celle des hydrocarbures, et enfin le carbone des gaz non éclairants. Il est facile, avec ces données, de déterminer la quantité de carbone contenu dans les hydrocarbures éclairants.
, Ces procédés sont peu usités, parce que, dans la pratique industrielle, ils n'offrent pas une assez grande simplicité.
Un moyen d'apprécier la richesse du gaz, et qui s'est vulgarisé dans ces derniers temps parce qu'il est à la fois rapide et commode, repose sur la propriété qu'a le brome de condenser seulementles hydrocarbures éclairants sans toucher aux autres. Mais ce procédé est encore défectueux en ce que, s'il agit directement sur les hydrocarbures du gaz, il ne prodtit une diminution réelle de volume que par la condensation du gaz oléfiant, les autres corps n'étant qu'à l'état de vapeur et en solution. Une autre cause d'erreur
vient encore de la tension de vapeur du produit brômé formé avecle gaz oléfiant, C*H*Br% que les gaz non éclairants reUennent fortement.
L'appareil se compose d'un simple tube deyerre de 60 à 80 centimètres de longueur, d'un centimètre et demi de dianiètre, fermé à sa partie supérieure et recourbé en U à sa partie inférieure. Il est divisé en 100 parties. On mesure exactement 100 parties de gaz qu'on ramène à la température ambiante en le plongeant quelque temps dans un grand manchon rempli d'eau. On commence par introduire quelques fragments de potasse caustique pour absorber Tacide carbonique et on note la dimiinutioii de volume. On fait écouler le liquide alcalin et on verse quelques gouttes de brome qu'on agite avec le gaz. Pour éliminer les vapeurs de brome, on traite de nouveau par la potasse caustique. Ceci fait, on porte le tube dans le manchon plein d'eau, et au bout d'une demi-heure on note la condensation.
Un procédé d'appréciation du pouvoir éclairant, essentiellement pratique, est l'emploi'du photomètre ; les causes d'erreur ne s'élèventguère au delàde2p. 100, et l'onpeut faire, en quelques heures, un grand nombre d'essais. On prend pour type, ou mieux pour terme de comparaison, la lampe Carcel ordinaire, dont la consommation normale d'huile est de 42 grammes à l'heure, ou bien la bougie stéarique, celle de blanc de baleine ou de paraffine. L'appareil le plus commode et le plus sensible est celui de M. Foucault.
Il consiste en une table longue portant deux échelles graduées qui forment un angle dont le sommet vient aboutir à un écran placé à la tête de la table. Cet écran est percé à son centre d'un trou de 6 à 8 centimètres de diamètre qui reçoit un verre opacifié avec une couche d'amidon très-fin ou de cire blanche. Ce verre est enchâssé dans un tube cylindrique dont les parois internes sont noircies. Une feuille mince de tôle ou de carton noir pouvant avancer ou reculer à volonté par l'action d'une vis sans fin partage le tube dans toute sa longueur et le disque de verre en deux parties égales.
Si Ton place à une distance convenable sur l'un des points de l'échelle graduée un foyer lumineux, la partie ou le compartiment de la boite correspondant au côté où est placée la luHiière se trouvera complètement éclairé pour l'observateur placé derrière l'écran, tandis que l'autre compartiment offrira une bande noire qui partagera la seconde moitié du disque en deux.
Si, sur l'autre échelle, à une même distance que la première,