ENGRAIS MIXTES, COMPOSTS, ENGRAIS CONCENTRÉS
. "^ On dit mixte l'engrais dans la composition duquel entrent des ^Smbstances végétales et animales, et même des substances mi- ^ nérales.
^ ^ Fumier. — Parmi ces espèces d'engrais on compte le fumier, qui 5- doit être regardé comme le plus important de tous , non pas par ^^ ~ 'son degré de puissance fertilisante , mais par la quantité qu'on .^ peut en produire partout, et par la facilité de sa production, sur- L. tout dans les lieux où il est impossible de se procurer d'autres u,. engrais économiquement : c'est pour cela qu'on l'appelle engrais ^ type, engrais par excellence.
Le nombre des circonstances qui modifient la confection des
fumiers est si grand, qu'il est impossible de ne pas trouver des
différences remarquables , non-seulement dans les fumiers des
diverses fermes, mais aussi dans les divers tas de la même ferme,
et dans les diverses couches du même tas. On appelle fumier
"" (Pétable celui qui provient des litières de bêtes à cornes , fumier
(T écurie celui des litières de chevaux, mulets, ânes : on le dit long,
' frais, pailleux, lorsque, n'ayant pas encore subi un convenable
degré de fermentation, la paille n'est pas décomposée ; court, gras,
beurre noir^ lorsque , par une décomposition bien avancée, il a
-. été converti en ime masse brune, pâteuse, uniforme : on a appelé
ordinaire celui des auberges de rouliers qui, d'un bout de la
Trance à l'autre, donnent la même nourriture à leurs chevaux;
i lliM. Boussingault et Payen ont nommé normal le fumier formé
' avec les déjections de tous les animaux de la ferme, et M. de Gas-
parin celui qui renferme environ 2 pour 100 d'azote. ; On s'exphque facilement les différences que présentent les fumiers, quand on considère la nature différente des excréments des divers animaux , la nature et la quantité des matières employées pour litières, la variété en qualité et en quantité dans l'alimentation des animaux , la méthode adoptée pour la confection du fumier, le degré de fermentation et de décomposition -auquel il est parvenu; c'est sur ces conditions qu'il faut s'arrêter,
ENG ENGRAIS. XIB
aûn de déterminer la méthode la plus convenable poui aratLs a: en grande quantité du bon fumier. I|iiiiiii<
La quantité d'eau qui entre dans les aliments ou qa*oii imt 1 Iês ] en boisson modiiie la quantité et la qualité des urines, etralimea- Ls le tation en vert rend les excréments très-aqueux; mais son aiAilçard se réduit à y augmenter la proportion de l'eau. laipo
Les changements importants sont dus à la nature et à laquas- 1 fia ] tité des aliments. Il suffit de rappeler la différence entre lilipaj excréments d'un cheval nourri exclusivement de fèverolea élirie: ceux d'un autre nourri seulement de paille de céréales: ta li, e^ fèveroles donneront peu d'excréments, mais ceux-ci seront ti^lïlii riches; la paille en donnera beaucoup, mais ils seront trèarUre pauvres en azote. Ve^
On peut admettre, en principe, que le fumier est d'autant màlfe.. leur et plus abondant que le fourrage fourni au bétail est ph» Wï copieux et plus nourrissant. Iff
Il y a des conditions particulières qui augmentent la consom- lï mation et la perte d'azote. Les animaux en croissance s'en I emparent en plus grande proportion pour les besoins d'une I assimilation plus énergique : la gestation et l'allaitement en I consomment davantage pour l'embryon et les petits ; les animaux | de trait en éprouvent une perte plus grande, parce qu'ils en expirent une plus grande quantité.
Tout fumier se compose de deux éléments : excréments et litières. Il est donc naturel que, les excréments étant les mêmes, la qualité du fumier doive varier selon la nature des substances employées pour litière. Il doit exister un rapport exact entre la litière et les déjections. Plus on donne de litière, plus on a de fumier; mais si la litière excède une certaine proportion, celui-ci sera mauvais. C'est une proportion qu'on ne peut pas définir ; elle varie selon le degré d'humidité des excréments. D en faut proportionnellement plus aux porcs et aux bêtes à cornes qu'aux chevaux et aux bêtes à laine; plus aux animaux nourris en vert qu'à ceux approvisionnés en fourrage sec. En général, on emploie de 2 à 3 kilogrammes de paille litière en vingt-quatre heures par cheval, de 3 à 5 par vache ou par bœuf.
La litière doit être absorbante, parce qu'elle doit s'imprégner d'urine et entrer en fermentation. Sous ce rapport, les tiges creuses l'emportent sur toutes les autres ; et c'est pour cela qu'on préfère presque partout la paille des céréales.
Il faut que les végétaux destinés à la litière possèdent des prin-
S azotés capables de fermenter. A cet égard, la paille des léineuses Remporte sur celle des céréales, s principes salins ne sont pas moins nécessaires que l'azote les fumiers ; et on en trouve bien plus dans la paille des mineuses que dans celles des céréales, dont les cendres sont osées pour la plus grande partie de silice. On peut employer et on emploie pour litières d'autres plantes parties de plantes, telles que feuilles de bruyères sècbes, de ^^oîrier, de genêt, de hêtre, de chêne, de buis, gazon de prai- . etc.
En Suisse, en Allemagne et en Angleterre, on a employé la
"^^rre pour litière. C'est une pratique qui a ses avantages, surtout
^s les bergeries, quand on manque de litière végétale. En ce
; !Oas, on préfère l'espèce de terre qui peut servir comme amende-
^ * ment pour le sol auquel on destine le fumier. On en répand une
couche à Tétat très-sec, et on en ajoute ime nouvelle dès que
^ ^la précédente s'est imprégnée des déjections.
^ Confection du fumier. — Tous les auteurs s'évertuent à déclamer
^ contre les pratiques généralement suivies; et cependant les
^ cultivateurs, sauf quelques rares exceptions , ne continuent pas
■ i moins dans leurs pratiques : c'est que la plupart des écrivains ne ^- cultivent pas, et que la plupart des cultivateurs ne lisent pas. Je
ne signalerai pas ces mauvaises pratiques; je me bornerai à Xi décrire la méthode la plus rationnelle pour confectionner le 5j fdmier.
i^ Quand on veut du fumier de son troupeau, il faut le nourrir à ^ Fétable : un bœuf à l'engrais produit 25 à 26,000 kilogr. de fumier
3 par an ; un bœuf de travail n'en donne que 7 à 8,000.
^ L'organisation de Tétable a une influence bien plus grande
% qu'on ne pense ordinairement sur la production du fumier.
^ L'étable belge peut être regardée comme un modèle. La principale
4 condition qu'elle réalise est que les animaux reposent sur un plan u imperméable et légèrement incliné, sur lequel on dispose la
■ litière. Ce plan est suivi d'une grande rigole également imper- : méable : c'est là qu'on place les Htières qu'on relire de dessous
les bêtes, et que se rendent les urines qui coulent sur le plan incliné. Lorsqu'il s'en est accumulé une trop grande quantité et qu'il a reçu un commencement de putréfaction, on le porte dans les fosses à fumier; il reste ainsi à l'étable, en été cinq à six jours, en hiver huit à dix.
Sorti de l'étable, le fumier, qu'on abandonne ordmairement à
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toutes les intempéries atmosphériques, a besoin d'être minuto- 1 j" ^ sèment soigné ; ce qui ne peut se faire que dans les fosses à fonoa I parfaitement construites. Veici quelle est la constractionda|^ ^ fosses de M. Schattenmann à Bouxwiller, qu'on peut présentai ^^ comme modèle. Ce sont deux carrés, séparés par un passage, qnir["^ aboutit à un réservoir. Chaque carré a son plancher imperméaMfi, P^ ^ assez incliné pour laisser couler facilement les eaux d'arrosigcl, qui se réunissent dans deux rigoles longeant les deux côtés plrfl' inférieurs du carré, et vont se jeter dans le réservoir où aboutissent! ^ les rigoles. Le réservoir est muni d'un couvercle, traversé parT^ une pompe en bois, à l'aide de laquelle on fait monter le purin ir**^ une hauteur supérieure au niveau des tas de fumier. Tout l'eni-r^ placement est couvert par un hangar. Voici les avantages de cette 1 construction : 1° on garantit le fumier de toute eau étrangère;!, 2° on ne perd pas même une goutte de purin ; 3® on ne manqDel'^ jamais de purin pour arroser le fumier ; 4° le purin dans un ^ése^ 1^ voir fermé ne souffre que très-peu de Tévaporation ; 5® au moyen I de la pompe, on peut le prendre et le répandre très-facilement. I
La question la plus importante dans la confection du fumie 1 est de déterminer le point de décomposition auquel il faut fe I conduire. Deux écueils sont à éviter : la production d'un fumier 1 trop' frais ou d'un fumier trop consommé. Dans le premier cas, la 1 paille, encore bien organisée, ne peut suivre la décomposition npide des matières animales, et son efficacité ne peut se faire sentir dans le même temps. Les pertes sont peut-être plus grandes, sil'on I pousse la fermentation au delà du point convenable. MM. Boussingault et Gasparin ont trouvé que le fumier très-consommé avait perdu la moitié de ses sels solubles et les deux tiers de son azote primitif. Il faut que la putréfaction ne dépasse pas certaines limites, pour avoir ce qu'on appelle le fumier normal. Quand on voit que toutes les pailles se sont aplaties et ramollies, qu'elles ont pris une teinte brunâtre et un aspect gras, qu'elles se cassent très-facilement, le fumier a atteint le degré convenable de décomposition.
Le fumier apporté de Tétable doit être disposé sur l'emplacement le plus près du réservoir. On en fait des tas de la longueur de l'un des côtés du carré et de 2 ou 3 mètres de largeur, de façon qu'ils restent séparés par un espace de 50 à 60 centimètres; la hauteur doit être de 1™,50 à 2 mètres. Il est bon de les fouler aux pieds, surtout le fumier d'écurie, afin de ralentir la fermentation, delà rendre plus égale et plus imiforme, et d'éviter la moisissure
jui cause une grande détérioration dans la qualité des engrais. Les faces des tas doivent être aussi droites et perpendiculaires que possible. Le tas formé, on l'arrose d'abord avec de Teau de puits ou celle d'une mare voisine, puis avec le purin. Il ne tarde pas à entrer en fermentation, et quelquefois (le fumier de cheval surtout) s'échauffe jusqu'à 45° et même 50'*. C'est alors qu'il faut intervenir pour modérer la fermentation; on y parvient au moyen des arrosages, qu'il faut ménager de manière que la chaleur ne déjmsse pas les limites de 25° à 30°. D'autres fois, et c'est ce qui arrive pour le fumier de vaches nourries en vert, la chaleur ne monte pas jusqu'à 25° : on suspend les arrosages, et on attend. Quelques semaines plus tard, le fumier a acquis les mêmes qualités.
Le procédé de fermentation n'a pas le même degré d'énergie dans tous les points du tas ; les couches inférieures sont ordinairement en retard. Il faut alors retourner la masse, afin de rendre aussi uniforme que possible l'action de l'ammoniaque, qui transforme la paille et les matières organiques non azotées en produits riches en azote, tels que V acide fumique^ ainsi que l'ont montré les belles expériences de M. Paul Thénard.
Mais quels que soient les soins qu'on a mis à la confection du fumier, il y a toujours des pertes ; ce sont les principes gazeux, Tacide carbonique et l'ammoniaque qui s'échappent par évaporation, et ces principes sont très-importants. On a réussi à éviter ces pertes en ajoutant au purin du réservoir du sulfale de fer ou de l'acide sulfurique, d'après une ancienne pratique suivie en Suisse et qui a été adoptée par M. Schattenmann : le carbonate ammonique qui est volatil est décomposé et transformé en sulfate qui est fixe. On doit verser dans le purin peu à peu l'acide sulfurique, jusqu'à ce qu'il rougisse légèrement le papier de tournesol, et qu'il ne fasse pas effervescence au contact des cendres ordinaires. Si l'on préfère le sulfate de fer, il faut essayer l'intérieur du tas avec du papier de tournesol rougi par un acide, et jeter dans le réservoir quelques kilogr. de sulfate toutes les fois que le papier est ramené au bleu. Dans le même but, on a employé le plâtre : il faut alors en saupoudrer le tas. Mais cet agent est moins efficace et moins sûr.
Par celte méthode, on peut avoir en deux ou trois mois un fumier parfait et au degré convenable de décomposition.
Voici la composition du fumier normal à l'état soc et humide, d'après M. Boussingault.
Deuxième recette.
Mùlange de paille de colza, de foin, de joncs et de cossettes de
colza 500.000
Yesce trempée pendant quatre jours dans l'eau, en remplacement de la matière fécale 20.000
Chaux vive 30.000
Matières fécales 17.500
Salpêtre O.fôS
Suie de cheminée 25.000
Terre de route remplaçant le plâtre 200.000
Sel marin 0.500
On délaye ces matières dajis un bassin, avec assez d'eau pour faire 10 hectolitres de lessive , qui suffit pour réduire en engrais 500 kilogr. de paille, ou 1,000 de matières végétales ligneuses, qui produisent environ 2,000 de fumier. Il faut cinq ou six semaines pour avoir le fumier en état de décomposition suffisante pour être enfoui. C'est un fumier plus cher et moins riche que le fumier d'étable.
Engrais concentrés. — « Quant aux engrais dits concentrés, préconisés dans ces derniers temps sous le nom de poudres ou liqueurs fécondantes, dont quelques kilogrammes ou quelques litres suffisent pour féconder un hectare, aucun n'a encore jusqu'à ce jour pu subir l'épreuve de la culture ; tous les cultivateurs qui en ont usé sont à peu près unanimes pour en constater Tinefficacité et quelquefois les effets nuisibles.
« La base de tous ces engrais est la même : elle consiste dans des composés d'azotate de potasse (salpêtre), de sulfate d'ammoniaque, de sel marin, de phosphates, etc.; quelquefois on y ajoute des extraits d'urines, de matières fécales, de crottins, de fiente de volaille, de matières animales, etc. La plupart de ces engrais, à faible dose, s'appliquent soit par le trempage des grains dans des eaux qui les tiennent en dissolution, soit par le saupoudragt ou le jet de l'engrais en poudre sur le grain humecté, soit parle praliadfje. Ce dernier procédé consiste à arroser le grain avec une légère dissolution d'une colle quelconque, ordinairement de colleforte, puis à le rouler daus les poudres dites fécondantes. I^a plupart des agronomes expérimentés ne se sont pas montrés partisans de ces préparations , qui se sont peu répandues dans la pratique. La jeune plante, en effet, reçoit sa nourriture de la substance de la semence elle-même, et quant à la végétation ultérieure, les matières du pralinage sont en trop petite quantité pour