III.— CONSERVATION DES ANIMAUX
Tous les procédés que nous avons indiqués pour conserveries corps humains sont nécessairement applicables à la conservation des animaux, mais ils ne sont pas employés à cet usage. Les animaux que Ton empaille ont été préalablement dépouillés et la peau a été préparée par des procédés très-divers et tous trèsmauvais. On fait beaucoup usage pour les empaillements du savon de Becœur, savon arsenical employé comme préservatif, mais qui, d'un côté, ne préserve en aucune façon, et, d'un autre, compromet la santé de ceux qui s'en servent.
Il est impossible de remonter à la source de l'opinion qui attribue à Tarsenic la propriété de tuer les mites qui mangent les peaux. En réalité ce produit, si dangereux pour les animaux des classes supérieures, est tout à fait inofiensif pour ceux des classes inférieures, et, chose singulière , ces faits sont parfaitement connus des naturalistes qui n'en continuent pas moins, avec une persévérance vraiment étonnante, à rejeter, sans examen, toutes les innovations bonnes ou mauvaises pour s'en tenir au savon de Becœur et à l'arsenic !
Il y a plus de vingt ans que J.-N. Gannal a publié des procédés
relatifs à la préparation des objets d'histoire naturelle. Les injections de sels alumineux ont la propriété de conserver les animaux 3t d'en mégir les peaux que Ton peut enlever et monter de suite jans leur faire subir aucune autre préparation. On peut aussi es garder longtemps en chair et même les monter sans les dépouiller, ce qui permet de conserver beaucoup mieux leurs vériables proportions. Ce procédé est en outre très-économique, il i été expérimenté pendant de longues années, et récompensé par .'Institut ; malgré cela il n'est pas employé.
Depuis quelques années cependant, au Muséum d'histoire naturelle de Paris, on a apporté quelques perfectionnements dans les procédés employés par les préparateurs. Aujourd'hui, on fait usage d'une poudre d'alun et de sel marin pour enduire et frotter .es peaux; on garde aussi, assez souvent, toute la charpente osseuse de l'animal dont on enlève seulement les parties molles : les 3s, les articulations, les cavités sont frottés d'alun et de sel en poudre; c'est déjà un progrés, mais il est bien insuffisant, puisque ^es poudres n'agissent que très-superficiellement et ne pénétrent pas les peaux d'une certaine épaisseur. Dans quelques circonstances on fait aussi des injections d'hyposulfite de soude. Pourjuoi choisir un sel assez coûteux et qui, de l'avis même de ""auteur de la méthode, ne conserve que pendant un temps ;xès-limité ?
Le savon de Becœur, plus spécialement employé pour garantir es peaux de l'attaque des mites, continue à régner en maître : c'est e préservatif par excellence, sous la protection duquel vivent des Hyriades d'insectes qui ravagent nos collections, les plus riches iu monde, et cependant les expériences les plus concluantes, prouvent que les émanations des huiles de houille, de schiste, de Joudron...., du chloroforme, de l'essence de térébenthine, du mlfure de carbone, à la température ordinaire, sont des poisons pour tous les insectes qui mangent les laines, les fourrures, les
plumes, les herbiers Ces vapeurs n'altèrent en rien les objets
lui y sont exposés; ce sont là, certainement, des essais peu coûeux et bien faciles à faire, mais ils n'ont jamais été tentés sérieusement pour les grandes collections.
En résumé, sous le rapport des procédés de conservation employés, l'art du naturaliste en est à très-peu de chose près où il 3n était il y a quatre ou cinq cents ans.