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FABRICATION DE LA POUDRE PAR LES MEULES

Cette fabrication ne s'applique guère qu'à la poudre de chasse, bien qu'il y ait avantage à fabriquer ainsi la poudre à canon, parce que ce procédé est le plus simple, le meilleur et le moins coûteux.

Lorsqu'elle se fait au charbon roux, la composition, au lieu de ressembler à celle ordinaire au charbon noir :

Salpêtre 78

Charbon 12

Soufre 10

devient

80 ou 76,9 14 13,5 10 9,6

J'ai décrit, dans mon cours de chimie à l'École militaire de Saint- Cyr, le procédé que j'avais vu mettre en usage 'au Bouchet pour fabriquer la poudre de chasse au charbon roux. Il consiste, en i:ésumé, à pulvériser et à mêler les matières dans des tonneaux tournant sur leur axe, au moyen de gobilles de bronze, à humecter le mélange avec 2 ou 3 pour 100 d'eau ; à le broyer sous les meules, à le comprimer au laminoir, à le grener en vase clos, enfin à le sécher comme nous l'avons indiqué.

D'après le Traité de chimie de M. Regnault, imprimé en 1853, ce serait le même procédé qu'on suivrait aujourd'hui, à l'exception du laminoir qui serait supprimé.

Dans ce procédé, on place dans un tonneau, tournant au moyen

d'un axe horizontal en fer, revêtu de bois, 2t kilogrammes de charbon roux et 150 kilogrammes de gobilles de bronze de 5 à 8 millimètres de diamètre. Un moteur, un cours d'eau, par exemple, imprime à Taxe des tonnes un mouvement de rotation auquel les tonnes participent: ce mouvement se continue ainsi pendant douze heures. On ajoute alors au charbon 15 kilogr. de soufre en morceaux, et la rotation reprend et se continue six heures durant, à 25 ou 30 tours par minute.

Le mélange binaire est alors retiré des tonnes, séparé des gobilles (ce qui se fait aisément au moyen d'un grillage que Ton substitue au fond qui sert de porte à la tonne, et de 5 ou 6 tours de la tonne sur son axe) , puis on le porte au mélangeoir. On appelle ainsi ime tonne en cuivre-fermée par trois fonds verticaux, formant deux compartiments, et maintenus par douze côtés en bois de chêne qu'enveloppe im cuir de vache. On ajoute au mélange précédent 120 kilogrammes de salpêtre, c'est-à-dire que par chaque 26 kilogrammes du mélange binaire, on met 40 kilogrammes de salpêtre ; ces 26 -f- 40 sont placés dans un des compartiments du mélangeoir. On introduit dans chaque compartiment 60 kilogrammes de gobilles de bronze de 5 millimètres de diamètre et Ton fait exécuter au mélangeoir, pendant douze heures, de 25 à 30 tours par minute. Arrivé à ce terme, on sépare le mélange ternaire des gobilles et on le place dans des maies par 50 kilogrammes, pour l'humecter bien également au moyen d'un litre d'eau qui sort d*un arrosoir dont la pomme est percée de très-petits trous : c'est une humectation à 2 pour 100 d'eau.

Les 50 kilogrammes étant humectés, on les porte au moulin à poudre. Ce moulin consiste en une plate-forme en fonte et à i*ebord de 2 mètres de diamètre. Du milieu de la plate-forme s'élève un axe vertical eu fonte, auquel se tiennent, par un axe horizontal en fer, deux meules verticales en fonte. Ces meules, du poids de 5,500 kilogrammes, ont 1 mètre 50 centimètres de diamètre, et 50 centimètres d'une base à Tautre.

Deux racloirs en bois, garnis de cuivre, ayant des bras en fer axés sur Taxe horizontal, ramènent sous la piste ce qui s'en écarte, et deux frottoirs garnis de cuivre, soutenus par des bras de fer venant aussi de l'axe horizontal, détachent sans relâche ce qui adhère à chaque meule.

Aussitôt que les 50 kilogrammes de mélange ont été humectés et déposés sur la plate-forme en couches d'égale épaisseur, on fait entrer les meules en mouvement et on accélère jusqu'à ce que

Taxe vertical fasse environ 8 tours à la minute. (On a reconnu que les mouvements trop rapides donnaient lieu à des explosions.)

Lorsque les meules ont fonctionné pendant une heure, on les arrête, parce que la matière est devenue trop sèche, et on lui fait subir un nouvel arrosage au moyen d'im récipient contenant im litre d'eau et muni à sa partie inférieure d'un tube horizontal percé de très-petits trous: ce récipient est attaché de telle sorte qu'il soit placé derrière Tune des meules ; un robinet permet de ne commencer l'arrosage que quand on le juge nécessaire. Le mouvement étant rendu aux meules et le robinet étant ouvert, l'ouvrier détache avec un racloir de cuivre ce qui adhère à la plate-forme. Après ce nouvel arrosage, on arrête le mouvement, on ramène toute la matière sous la piste, et Ton fait tourner les meules assez lentement pour que le tour de l'auge ou plateforme ne s'exécute qu'en huit à dix minutes. L'opération ainsi terminée donne une galette très-compacte et qu'il s'agit de grener.

Grenage, — Sur un châssis de bois octogonal de 2 mètres 5 décimètres de diamètre, on place huit grenoirs. Le châssis est suspendu horizontalement par huit cordes. Il reçoit le mouvement du choc d'un axe vertical deux fois recourbé dans sa partie moyenne; cet axe (la signale) a son extrémité supérieure engagée dans une crapaudine fixée dans un .madrier ; son autre extrémité est terminée par une roue d'angle horizontale, par laquelle on lui communique son mouvement de rotation.

Chaque grenoir a pour premier fond une plaque de noyer percée de petits trous, comme ime écumoire; ces petits trous sont évasés à leur partie inférieure. Un tourteau de bois de cormier, du poids de 2 kilogrammes, se trouve sur cette plaque; aux deux extrémités de celle-ci sont deux ouvertures de i décimètre de diamètre, desquelles partent deux rigoles en cuivre disposées en plans inclinés, et allant aboutir par leur partie inférieure au deuxième fond, formé d'une toile métallique située à 3 centimètres du premier fond. Les interstices de cette toile laissent passer le poussier et le grain convenable pour la poudre de chasse. A 3 centimètres au-dessous de la toile est un troisième fond en étamine, servant à l'époussetage. Enfin le rebord inférieur du grenoir repose sur le châssis qui est doublé de cuir. La capacité supérieure du grenoir est recouverte par une toile dont le centre est garni d'une manche en peau à forme d'entonnoir, pour l'introduction de la poudre. Sur la paroi latérale du grenoir sont aussi des manches en peau

servant, Tune à la sortie du grain de poudre, et Tautre à celle du poussier pulvérisé.

Au moment où la capacité supérieure du grenoir a reçu les morceaux de galette destinés à être grenés, le châssis est mis en marche, et les grenoirs en reçoivent un mouvement circulaire. Le grenage commence; le grain tombe de la plaque percée sur la toile métallique, et la force centrifuge suffit pour remonter les grains trop gros jusque sous le tourteau; les grains, au contraire, qui ont traversé la toile métallique sont lancés par la force cen* trifuge dans la manche, qui les dirige dans un petit baril faisant fonction de récipient; enfin le poussier, guidé par la même force, est poussé dans la manche, qui le dirige vers la petite boite destinée à le recevoir. A mesure que le bruit du tourteau avertit que la matière vient à manquer, on en ajoute de nouvelle.

Le poussier reporté sous les meules y subit de nouveau Thumectation, la trituration et la compression; il en résulte des galettes, qui sont grenées comme les précédentes. En renouvelant encore une fois sur les grains formés la trituration avec arrosage et la compression, on obtient Idipovdre royale,

Lissage.^Aa grenage de la poudre de chasse succède le lissage. Cette opération a pour but de donner aux grains le poli et le brillant qui sont propres à ce genre de poudre , d*en augmenter la densité et d'assurer sa conservation: Il serait à désirer que le lissage fût étendu à la poudre de guerre.

Celte opération s'effectue dans une tonne tournant vers son axe, et pourvue à l'intérieur de douze côtes longitudinales en bois; des fonds intermédiaires la divisent en cinq compartiments, qui ont chacun une porte. Cette tonne se nomme le lissoir \ eUea2",7 de longueur sur 1",2 de diamètre.

Une trémie à cinq compartiments, correspondant respectivement chacun à l'un de ceux du lissoir, reçoit la poudre lissée. Des tuyaux de cuir partis de chacun des compartiments de la trémie la conduisent dans un baril situé au-dessous.

Le mouvement circulaire imprimé au lissoir se transmet aux grains de poudre, qui se lissent par leur frottement mutuel et contre les côtés du bois. Le mouvement est d'abord lent; mais, après douze heures de durée, on lui donne plus de rapidité. Vingtquatre heures après cette accélération le lissage est achevé.

Il faut sécher la poudre au sortir du lissoir.

Le lissage diminuant Tinflammabilité de la poudre, il ne faut pas le pousser trop loin. Il suffit qu'elle ait acquis par le lissage

la propriété de n'êlre pas altérée par le transport et de ne pas donner de poussier.

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