FABRICATION DE LA POUDRE RONDE
La poudre ronde pour la chasse se fabrique à Berne; elle est très-estimée; le grain en est très-fin. En France, on ne donne aujourd'hui cette forme qu'à la poudre de mine. C'est d'ailleurs à tort que des auteurs ont confondu le procédé de Berne avec le procédé Champy.
Poudre ronde, procédé Champy. — Cette poudre étant destinée au travail des mines, on y emploie les charbons les plus cuits, parce qu*elle ne doit pas avoir une grande inflammabilité.
Le procédé consiste à triturer et à mélanger les matières, à granuler la poudre, à égaliser le grain, à le Usser et à le sécher.
Dans le principe, les ingrédients étaient réduits séparément en poudre impalpable; aujourd'hui le soufre et le charbon sont broyés ensemble, et plus tard le salpêtre leur est ajouté.
La trituration s'effectue dans des tonnes de fer, où l'on introduit des gobille]9 de bronze de 4 millim. 5 de diamètre à 7 et 15 mill. (moitié des unes, moitié des autres); chaque tonne renferme 120 kilogrammes de gobilles, 30 kilogr. de soufre et 27 kilogr. de charbon. On met les tonnes en mouvement pendant quatre heures avec une vitesse de vingt-cinq à vingt- huit tours par minute.
Cette quantité de mélange binaire est celle nécessaire à la production de 150 kil. de poudre de mine. Les 57^,5 de mélange binaire précédent sont séparés par quarts, et à chacun d'eux est ajouté 23^,25 de salpêtre. On introduit cette composition dans les tonnes en cuir appelées mélangeoirs, avec 60 kil. de gobilles de 4Œm,5 de diamètre pour 37^^,50 de composition ternaire. On fait exécuter au mélangeoir de vingt-cinq à trente tours par minute. Après quatre heures de ce mouvement de rotation, on décharge la composition dans une maie pour la répartir dans des barils, que Ton envoie à Tatelier de granulation.
La grannlation s'opère dans des tonnes de chêne de im,63 de diamètre et de O^jOS de hauteur; chacune d'elles a un fond plein, tandis qu'au centre du fond opposé est pratiquée une ouverture de 0"*,60 de diamètre. L'axe de rotation est commun aux deux tonnes; elles y sont maintenues par des coussinets en cuivre; Tune d'elles sert à la granulation et la deuxième au lissage; Tune et l'autre ont sur leur convexité une porte de 35 centimètres de hauteur sur 60 de largeur; 4 boulons en cuivre servent à les fermer. Une grande maie, placée au-dessous du système , a pour destination de recevoir le contenu des tonnes à la fin de l'opération ; des plans inclinés en cuivre qui la garnissent conduisent à des barils les produits , soit de la granulation , soit du lissage. Douze petits taquets , distribués sur le pourtour de la tonne, soulèvent tour à tour un petit marteau de bois dont le heurt a pour objet de faire retomber le mélange qui adhère à la tonne. Dans celle destinée à la granulation , un petit tube d'arrosage, long de 40 centimètres et du diamètre de 2 centimètres, est percé de trous capillaires sur Tune de ses arêtes , et reçoit d'une pompe foulante l'eau , qu'il jette dans l'intérieur du granuloir, un peu au-dessus de l'axe.
On verse à la fois dans le granuloir 100 kil. de noyau (poudre ronde à petits grains), on referme le granuloir et on lui imprime une vitesse de cent tours à la minute. Le noyau, pendant ce mouvement, reçoit de la pompe 50 pour 100 d'eau, distribuée en pluie fine, qui le mouille uniformément.
50 kil. de poussier, venu des mélangeoirs, sont ajoutés à la pelle, kilogramme par kilogramme, par l'ouverture pratiquée vers Taxe sur le deuxième fond ; et chaque grain de noyau humecté se grossit, à la faveur du mouvement de rotation, par couches concentriques prises au poussier ajouté.
On recommence ensuite une nouvelle injection d'eau et une
nouvelle addition de 1 kil. du mélange ternaire, jusqu'à concurrence de 50 kil., et au bout d'un quart d'heure de rotation l'opération est terminée, à moins que le poussier ne soit pas complètement absorbé. En somme, tout le travail de la granulation doit prendre 35 à 40 minutes.
C'est alors que la poudre est portée au sur-égalisoir, crible qui retient les grains trop gros (ses trous ont 3^°^^i de diamètre) ; les grains qui ont passé tombent sur le sous-égalisoir, qui retient les grains de lmm,2 à 3"»n>,4, c'est-à-drre la poudre de mine. Le grain suffisamment atténué pour traverser le sous-égalisoir est conservé pour servir de noyau dans les opérations subséquentes. A cette époque, le produit de la granulation est introduit dans le lissoir pour y gagner de la densité et du poli. Le lissage de la poudre de mine se pratique sur 200 kil. de grains, et dans la deuxième tonne ; il dure quatre heures. 60 grains versés dans un tube de verre divisé indiquent, par leur volume, si la densité est sufBisante. La poudre est ensuite séchée, époussetée et embarillée à la manière ordinaire.
Les morceaux irréguliers, les galles et les grains trop gros sont soumis dans le grenoir à Faction du tourteau, et il en résulte une nouvelle quantité de noyau.
Poudre ronde, procédé de Berne, — ^La composition de cette poudre consiste en 76 de salpêtre, 14 de charbon .et 10 de soufre.
Le charbon en est très-bon. Il se prépare dans de imtites chaudières munies de couvercles lûtes sur elles avec de la glaise, afin d'éviter le contact de l'air.
Le battage s'en fait avec des martinets et la granulation s'en effectue au crible de noisetier, au moyen d'un tourteau que Ton conduit à la main par un bouton placé au centre de sa partie supérieure.
Ces cribles sont tissés avec des Hnéaments de la seconde écorce de noisetier. Les interstices de ce tissu ne sont point déformés par l'humidité, et ils ne se pourrissent point comme la peau de nos cribles.
Les grains subissent ensuite au tamis im premier épousselage, après quoi ils sont arrondis par la machine à bobines. - Machine à bobines pour arrondir la poudre. — Un sac cylindrique en futaine est cloué, par le pourtout de son ouverture, aux bords d une bobine. Un petit entonnoir de la même étoffe est fixé à une ouverture pratiquée sur le sac et à Tune de ses extrémités; c'est par cet entonnoir que s ^introduit la poudre ; le diamètre de ce sac
dépasse d'un bon tiers celui de la bobine. Le sac étant à peu près rempli de poudre, on enfile sa bobine sur un axe horizontal; un axe vertical entraîne dans son mouvement de rotation, et Taxe de la bobine, et la bobine elle-même, et le sac de poudre; trois bobines sont ainsi mises en mouvement. Dans ce mouvement les sacs de poudre rencontrent de distance en distance des rayons cylindriques qui reposent par le plat sur une table circulaire que parcourent les sacs; ils en reçoivent im choc qui comprime la poudre qu'ils renferment. Par la résistance que ces rayons opposent à la marche des sacs, qu'un homme doit pouvoir suivre au pas ordinaire , les grains reçoivent im frottement et \m mouvement de rotation qui les arrondit parfaitement en une demiheure.
PoiAdre arrondie à la main.— On peut d'ailleurs façonner àlamain de la poudre ronde sans la grener préalablement. La galette étant réduite en poussier au sortir du mortier, au moyen d'un tamis , on l'introduit dans un sac. Le sac dont on se sert pour cette fabrication ne doit pas contenir plus de 15 livres (Tkilogr. et demi) de matière, ni moins de 1 kilogr. et demi. On appuie les mains dessus et on les fait tourner dans le même sens pendant une heure au plus, en abaissant la ligature à mesure qu'il devient flasque, et le plus près possible de la matière , sans la tasser. Il ne reste plus ensuite qu'à épousseter la poudre, à l'égaliser, à la lisser et à la sécher.
Caractères d^une bonne poudre. — Elle doit être vive , ce que l'on constate en la faisant détoner sur un papier, auquel elle ne doit pas mettre le feu, et sur lequel elle ne doit pas laisser de traces d'épaisseur appréciable. Elle doit être suffisamment résistante pour pouvoir supporter le transport sans s'égrener; on s'en assure en la comprimant entre le pouce de la main droite et là paume de la main gauche; si elle n'est pas écrasée dans cette épreuve, sa résistance est suffisante. Enfin, pour constater qu'elle est bien époussetée, on en fait glisser sur le dos de la main, qu'elle ne doit pas salir.
n.-.CAPSULES ET AMORCES FULMINANTES.