EXTRACTION DU SALPÊTRE
Lorsquelesmatériaux salpêtres, quelle que soit leui* provenance, sont à l'état d'une terre ameublie, ou les place dans des tonneaux défoncés par le haut et reposant par le fond qui leur reste sur un chantier. On leur ajoute la moitié de leur volume d'eau. Après neuf à dix heures de séjour, on tire à clair la dissolution de salpêtre, à laquelle on donne le nom d'^eaux faibles (un morceau de natte ou un bouchon de paille placé devant l'orifice d'écoulement retient les matières insolubles). Ces eaux faibles sont versées sur de nouveaux matériaux et devieniient ainsi eaux fortes; cellesci sont transformées, par le même procédé, en eaux de .cuile^ qui doivent marquer 10 à 12 degrés au pèse-niire.
On procède ensuite à ce qu'on appelle assez improprement la saturation des eaux de cuite. L'on trouve dans ces eaux du salpêtre, de l'azotate de chaux, de l'azotate de magnésie, des chlo-
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rures de sodium, de potassium, de calcium et de magnésium. Par Taddition du carbonate de potasse, les azotates de chaux et de magnésie sont décomposés, et les chlorures de calcium et de magnésium le sont aussi ; c'est ce qu'expriment les formules
AzO^GaO+CO^KOzI:AzO^KO+C10^CaO pour Tazotate de chaux, et
GlGa+CO%KO=ClK+CO«,GaO pour le chlorure de calcium.
En définitive, dans cette réaction du carbonate de potasse, il se précipite des carbonates de chaux et de magnésie, et il ne reste plus dans la liqueur que de l'azotate de potasse, des chlorures de sodium et de potassium, et des bicarbonates de chaux et de magnésie. Je fais ici abstraction du plâtre (sulfate de chaux), parce que le sulfate de chaux est peu soluble.
En mêlant des cendres aux matériaux salpêtres, on économise le carbonate de potasse.
Après ces épurations, les eaux de cuite sont portées à Tébullition dans de grandes chaudières. Des houes ne tardent pas à s'y former ; elles résultent en grande partie des bicarbonates de chaux et de magnésie qui, étant réduits par la chaleur à Tétat de simples carbonates, deviennent insolubles; ces boues sont reçues dans un chaudron placé au fond de la chaudière, puis enlevées. La chaudière a pour fond deux plans inclinés, égaux et symétriques, dont la rencontre forme rigole.
On clarifie ensuite les eaux de cuite au sang de bœuf, dont l'aibumine, en se coagulant par la chaleur de l'ébuUitionj saisit entre ses parties les matières qui restaient en suspension dans la liqueur : elles montent ensuite en écumes, on les enlève, et les eaux de cuite sont clarifiées.
On active le feu pour déterminer une abondante évaporation, et les sels se précipitent dans Tordre de leur moindre solubilité à chaud, c'est-à-dire le chlorure de sodium le premier, ensuite le chlorure de potassium; on les enlève avec des écumoires, puis au moment où le salpêtre commencerait lui-même à se précipiter, ce que les ouvriers reconnaissent lorsqu'une goutte de la liqueur se tige en la mettant sur un corps froid, la liqueur est mise à refroidir dans de grandes capacités en cuivre, nommées cristallisoirs. Elle marque, au moment de sa sortie de la chaudière, 45 degrés au pèse-sel. On agite le liquide dans le cristaUisoir pour hâter son refroidissement, et surtout pour obtenir le nitre en petits cristaux aiguillés; il se prête mieux, dans cet état de di-
vision aux opérations du rafSnage. Cest ainsi que s'obtient le salpêtre de première cristallisation, appelé dans les arts salpêtre de première cuite.
Dans certains départements, Tindustrie du salpêtre est libre, mais à Paris et dans plusieurs autres lieux, le salpêtre ne peut être exploité que par des salpêtriers patentés, et raffiné que dans les ateliers de l'Élat.
Les matériaux des nitrières artificielles sont traités de la même manière.
Les nitrières artificielles sont ou à ciel ouvert ou couvertes: dans les premières, le mélange peut être mis en tas coniques, disposés en quinconce, ou en massifs prismatiques triangulaires, dont une des faces inclinée, sillonnée par des rigoles transversales, recueille Teau des pluies qui entretient Thumidité dans la masse : au besoin, des urines ou des eaux de fumier sont versées dans ces rigoles ; le salpêtre vient ^iffleurer sur la face la moins accessible à la pluie.
Les nitrières couvertes ont leurs ouvertures dirigées vers le sud, afin que la chaleur vienne favoriser la nitrification ; ce sont les nitrièreS'hergeries de TAppenzell et les cabanes nitrières de la Suède. Les matériaux y sont arrosés de temps à autre avec des urines ou des eaux de fumier ; dans toutes, le mélange est bêché de temps en temps pour y favoriser Taccès de l'air. Les matériaux salpêtres en sont retirés au bout de deux ou trois ans pour être traités comme précédemment.