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SAVONS DE TOILETTE

Les suifs de mouton, de bœuf, de chèvre , les graisses de porc (dites saindoux ou flambards, provenant des cuissons de viande

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des charcutière) sont généralement appliqués seulement à la confection des savons de toilette, en raison de Télévation de leur prix, et les mélanges qui peuvent se former entre eux constituent toutes les sortes variées demandées par les besoins de la consommation; le nom, Tétiquette et le parfum font seuls la différence.

La saponification se fait le plus souvent à chaud, quelquefois le savon est préparé à froid.

Savons à chuud, — L'opération se suit pour tous de la même manière; elles règles d'un bon travail raisonné, basé sur les procédés de cuisson à chaud sur lessives, sont inséparables de la bonne qualité et de la conservation des produits; en outre, le mérite du fabricant se constate également dans l'union bien entendue de certains corps gras, de manière à compenser la dureté des produits que donnent plusieurs d'entre eux, par la douceur et la mollesse de quelques autres. Ainsi, le suif de rognons de mouton, allié par moitié à Taxonge bien blanc et bien frais, donne un produit d'une blancheur éclatante et d'une consistance convenable, éminemment propre à la confection des beaux savons de toilette prêts à recevoir les parfums les plus fins.

Le suif de rognons de bœuf, allié au flambard, donne un produit d'un blanc jaunâtre propre à la confection des savons fins de toilette qui doivent être colorés, et dans ce cas même, l'huile de palme peut être ajoutée à l'état naturel, si le savon doit être jaune, ou, décolorée, s'il doit être d'une couleur claire.

L'huile de coco, introduite également en très-petite proportion dans ces sortes, peut parfaitement s'y allier et produire un bon effet en allongeant , en raison, de l'humidité qu'elle retient^ les molécules de la pâte; mais, par cela même, la quantité doit en être très-limitée, car alors elle y apporterait les inconvénients inhérents à sa nature.

La fabrication de ces espèces de savon, que l'on peut classer en première ligne, en raison des soins et du savoir qu'elle nécessite, se fait dans des chaudières en fer de forme conique , ayant pour but de porter la pâle du savon sur un volume de liquide moins considérable, et de présenter moins de surface de chauffe; elles sont munies au bas d'un robinet en fer (ou épine)^ sous lequel se trouve un réservoir en fer propre à recevoir les lessives que l'on écoule.

La lessive dont on a besoin est préparée à l'avance et provient d'une solution à chaud de sel de soude à 80o environ de Descroinlles, obtenue de prime abord à 12'', puis caustifiée av^c

40 pour 100 du poids du sel, de chaux vive bien cuite et soigneusement éteinte ; la solution est ensuite tirée à clair et évaporée jusqu'à 22* à chaud.

La quantité de sel nécessaire doit être, dans ce cas, du quart environ du poids du corps gras.

Le corps gras, tel qu'on Ta choisi, est chargé dans la chaudière avec moitié de son poids de lessive neuve bien blanche , bien caustique, réduite à 10*.

Dès que Tébullition commence, le mélange monte en éciune, et le feu doit être modéré; on facilite alors Tévaporation en battant la mousse à l'aide d'une large truelle en fer, et on ajoute petit â petit de nouvelle et même lessive, entremêlée parfois de quelques cornues (vase en fer à deux poignées de 15 litres environ) d'une lessive un peu plus forte, de manière à remplacer toujours la portion d'eau qui s'évapore , en fournissant en même temps de la soude au fur et à mesure de la saturation par les acides gras. Cette action ne doit au reste, en aucune manière, être hâtée ; et en goûtant de temps à autre du h^out de la langue, on apprécie les conditions de la marche et on se rend compte du point où on se trouve.

Les choses marchant régulièrement, réquihbre de saturation s'établit, et ce point se marque par Tépaississement du mélange; dans cet état, la saponification marche avec beaucoup de promptitude, et Ton ne risque plus rien en fournissant de la lessive deux fois plus forte , car elle est presque immédiatement saturée; le travail se continue de cette manière jusqu'au moment où la pâte, en se formant, devient tellement épaisse que la vapeur ne sort plus que difficilement, et qu'elle soulève en sortant des gouttes de savon bouillant dont il faut se garer avec soin. Ce point de l'opération se nomme empdtage; à ce moment, il est nécessaire de modérer le feu, pour éviter le jaillissement continuel de la pâte. Le mélange avec la lessive est alors intime, et il est nécessaire de gratter le fond de la chaudière avec un ringard en fer à palette, la consistance de la masse est alors celle de la colle de peau, mais elle ne prend encore aucune solidité par le i*efit)idissement; la base n'ayant pas encore eu toute son action, il faut la- compléter et fournir au liquide une densité telle que le savon qui en résulte puisse s'enlever sur le liquide et surnager.

A cet effet. Ton se sert des lessives d'une précédente opération (dites de recuii)^ sorties de dessous le savon après la cuisson, et que Ton a mises de côté sur un marc de chaux neuve pour les clari-

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fier et les caustifier; elles marquent environ 20 à 23* et sont plus riches en chlorure de sodium qu'en alcali caustique; elles sont alors jetées, par arrosage, sur la pâte et entremêlées en même temps de plusieurs cornues de lessive forte neuve à 25 degrés.

Après quelque temps d'ébullition, le savon commence à se former, la pâte s'allonge^ devient peu à peu consistante, la glycérine est isolée, et dès que Talcali prédomine sensiblement, et que la densité du liquide atteint 12 à 13 degrés, la masse s enlève et nage à la surface , ce dont on s'aperçoit en voyant la pâte s ouvrir et le liquide passer à travers. Dans cet état. Ton pousse l'ébuUition pour serrer le savon et le rapprocher du point où se forme le grain, ce qui s'obtient par l'évaporation du liquide, car la lessive devenant plus dense par ce moyen, et en même temps plus mordante, force les molécules de la pâle à se serrer les unes contre les autres et à s'agglomérer; ce point est indiqué par une légère mousse qui se forme en raison de la dissolution de quelques portions do la pâte au contact des lessives bouillantes.

Dès ce moment, la saponification est faite, le relargage est à son point, les acides gras sont combinés à l'alcali et le savon se trouve séparé de la lessive qui retient la glycérine. On arrête à ce point, on retire le feu, et on laisse reposer pendant plusieurs heures. On procède ensuite au soutirage des lessives que Ton remonte bouillantes pour les placer à part (comme il a été dit).

On remet alors sur le savon un nouveau seiince de lessive neuve, blanche, bien caustique, coupée à 13 degrés environ, et en assez grande quantité pour porter convenablement la masse, puis le feu est ranimé, et, dès les premiers instants d'ébuUilion, une mousse abondante qui se produit annonce que l'opération du grenage commence.

A mesure que leslessives augmentent d'intensité par rêbullition prolongée, elles affinent et desséchent la pâte et l'amènent a l'état de grains, d'abord très-fins, qui augmentent ensuite, par l'agglomération, jusqu'au volume de gros pois ; dans cet état, toute la mousse a disparu, et le savon, en bouillant avec \m trèsléger feu, exhale une odeur de bonne lessive, qui annonce que son point de cuisson (ou coction) est enfin arrivé.

On arrête de nouveau le feu et on laisse déposer quelques heures; on soutire, jusqu'à la dernière goutte, les lessives dont la quantité s'est sefnsiblement réduite, et on les remonte de fuite, comme les précédentes, pour les conserver claires et caus-

tiques, et les faire servir au relargage de la cuite suivante, comme il a été indiqué précédemment ; elles doivent peser, à ce moment, 22 à 24 degrés environ, et peuvent, pour servir à ce travail, étrp mélangées, à une portion de celles obtenues après le relargage, afin de les réduire à 18 degrés.

Le savon, à ce point, présente une masse grenue, sans cohésion, dure au toucher, chargée d'alcali et peu soluble. Pour le rendre convenable à l'usage, ii est nécessaire d'étendre ses molécules, de les rendre liantes et adhérentes les unes aux autres, en le privant en même temps de tout excès d'alcali nuisible à l'emploi. C'est ce qu'on appelle le réglage, ^

Cette opération peut se faire de deux manières :

La première, la plus usitée pour les beaux savons de toilette, consiste à délayer le grain du savon dans un peu d'eau douce mélangée d'un vingtième de lessive de recuit provenant du relargage, de manière à l'étendre sans qu'il cesse encore de surnager; puis, lorsque tous les grains sont bien aplatis et purgés de l'excès d'alcali qu'ils retiennent, d'affaiblir encore la pâte avec très-peu d'eau, jusqu'à ce qu'elle paraisse s'attacher au fond de la chaudière, puis alors d'y ajouter 15 à 16 litres de lessive de recuit à 12 degrés pour dégager convenablement l'adhérence qui commence à se former, et chauffer ensuite légèrement jusqu'au point où la pâte épaissie surnage de nouveau la lessive ; il convient alors d'arrêter le feu, de laisser reposer quelques heures, et de soutirer encore une fois ces lessives, qui ne pèsent guère que 12 à 13 degrés, et qui doivent être évaporées dans une chaudière à part.

Ensuite il faut verser sur la pâte de petites eaux alcalines bien blanches, à 3 ou 4 degrés, et chauffer doucement en fournissant peu à peu l'eau nécessaire pour allonger le mélange de manière qu'il devienne à l'état d'une gelée transparente, épaisse, sans viscosité, mai^ liée et lisse par le refroidissement, sans adhérence au fond de la chaudière, bien que très-près de s'attacher. C'est le point juste qu'il faut saisir, et auquel il convient de retirer le feu ; on couvre la chaudière d'un couvercle et on l'enveloppe d'un tapis, de manière que l'air ne puisse pénétrer, car le refroidissement subit gênerait indubitablement le travail de l'épuration qui se fait spontanément pendant un repos de 15 à 20 heures, de la manière suivante :

La portion chargée d'eau, d'alcali ou de sels neutres, se précipite tout naturellement par l'effet de sa densité eu entraînant

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les impuretés loui'des, puis ensuite les mousses Sulfureuses et les ordures légères Tiennent se réunir à la surface, de sorte que le milieu est la partie la plus pure et présente un savon en parfait état, liquide et privé de tout excès d'alcali et d'eau ; mais il est nécessaire, pour lobtenir, d'enlever, à l'aide d'une écumoire, toute la portion de dessus reconnue impure, que Ton met à part dans un tonneau, et, lorsqu'on est parvenu au bon savon, de le prendre avec beaucoup de soin en y plongeant légèrement un pot (vase de fer ajusté à un manche de bois), et de n'enlever que la partie claire et transparente pour la porter dans les mises; dès qu'ensuite la pâte devient trouble, plus noire et plus liquide, il convient de s'arrêter, car on est arrivé à la partie grasse (dite nègre), qui se compose des principes étrangers et fusibles des corps gras que le peu de densité de la lessive ne peut soutenir.

Ce mode de terminer se nomme lever le savon sur nègres; il est le moins économique, parce qu'il oblige à ne tirer d'une cuite que les 6/10 et qu'il faut refondre à part ce qu'il en reste pour en tirer d'autres sortes plus ordinaires. Mais, aux yeux de plusieurs fabricants, il passe pour donner des produits plus blancs, plus transparents, d'une texture plus fine et plus homogène; seulement il ne peut s'appliquer qu'aux bons savons de toilette, dont le prix élevé permet cet écart.

Un demi-kilogr. de lessive à 36*^, qui sature 1 kilog. de corps gras et donne 1,5 kilog. de bon savon, absorbe, pour sa confection, 240 gr. de sel de soude du commerce à 80 degrés Descroizilles.

La seconde manière de purger le savon diffère peu de la première, car le premier réglage se fait tout à fait dans les mêmes termes; mais après que les lessives ont été soutirées, on ajoute de nouveau de petites lessives de recuit blanches, limpides et caustiques à 6 degrés, que l'on additionne d'une solution claire de sel (chlorure de sodium) assez forte pour élever le tout à 8 degrés, et l'on étend, à l'aide d'une faible ébullilion, la pâte du savon jusqu'à ce qu'elle arrive au point où, surnageant faiblement la lessive, ses particules sont allongées, brillantes et presque transparentes, se détachant du doigt en une petite pellicule (coquille) fine, lisse, consistante et peu alcaline ; ou ne laisse alors que peu de feu juste au milieu du foyer, et après quelques instants d'évaporation, le savon devient un peu plus épais et se roule sur luimême ; c'est là le point choisi pour arrêter ; on retire alors le feu et^ après quelques instants de refroidissement, on couvre lachau-

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dière avec le plus grand soin pour que Tépuration se fasse comme il a été dit précédemment.

La pâte, après un repos de 16 à 20 heures, se trouve divisée en trois parties : on enlève d'abord les mousses et impuretés légères, puis ensuite la pâte du savon dans son état de pureté, et on arrive ainsi à 8 ou 10 centimètres de la lessive; on trouve alors la partie grasse et noirâtre qui forme la troisième partie, que Ton désigne par le nom de culot des nègres.

La quantité de bon savon obtenu de premier jet par ce moyen, est plus considérable que par le premier procédé, parce que la pdte est mieux séparée de la lessive et que la partie des nègres est plus resserrée; quant à la différence qui en résulte pour le savon en lui-même, elle est selon moi tellement peu sensible à Taspect, qu'il serait difficile de distinguer les deux produits, surtout après un bon touillage * conduit jusqu'à demi-refroidissement.

On peut regarder cette description du travail de la saponification sur lessives comme générale pour toutes les espèces de savons solides, confectionnés dans les conditions de qualité loyale , il ne diffère du procédé de Marseille que dans le mode de terminaison.

Savons à froid, — Les corps gras, propres à la confection du savon de toilette par le moyen qui vient d^être décrit, sont aussi susceptibles d'être saponifiés à froid, c'est-à-dire à une t^^mpérature qui ne dépasse pas 60 à 70 degrés.

Ce procédé a pris naissance à la suite des recherches faites sur la composition des corps gras et sur leur capacité de saturation; il est facile de déterminer la quantité qu'il faut de chacun d'eux pour une quantité de base; seulement, cette opération, par les soins qu'elle nécessite, ne peut se faire qu'en petite quantité dans des chaudrons, posés sur un petit fourneau à main, que Ton peut retirer à volonté. La lessive dont on se sert est celle df* soude, faite comme il a été indiqué pour le savon à chaud, mais évaporée jusqu'à 36 degrés, point précis qui convient ici et qu'il no

* Terme d'atelier. C'est l'opt-ration qui consiste à remuer la pâte lorsqu'elle vient dV'tre coulée en mises , avec un outil composé d'un petit carré de sapin de 25 centimètres, fixé par une ferrure au bout d'un manehe de 4 à 5 pieds de long du même bois.

Ce travail est nécessaire à la beauté des savons unicolores pour éviter les différentes nuances qui résulteraient du refroidissement d'une mas&« importante abandonnée k elle-même, en même temps qu'il active le refroidissement.

faut dépasser en aucune façon, parce qu'il est celui qui représente les proportions d'alcali et d'eau nécessaires à la bonne saturation.

On prend un poids déterminé de suif de mouton et saindoux, soit un tiers du premier et deux tiers du second, et, après ravoir fait fondre, tiré à clair et laissé refroidir à 50 ou 60 degrés, on ajoute en trois fois moitié du poid$ du corps gras, de lessive blanche bien caustique à 36 degrés, telle qu'elle a été faite ci-dessxis. A la première addition, le mélange devient laiteux et peu à peu il parait plus intime ; la chaleur nécessaire doit être entretenue, mais ne jamais dépasser le degré indiqué; à cet effet, le fourneau est souvent retiré ou remis, pendant toute la durée de l'opération, qui est de 6 à 8 heures. Il est indispensable de remuer constamment en tous sens, avec une large spatule en bois, de manière à faciliter l'action de la base dans toute la masse. A la seconde, la lessive, au bout d'un peu de temps, commence à donner plus de consistance à la graisse, et lorsque la liaison en est devenue bien intime, on ajoute en une troisième fois le reste de la lessive ; bientôt la pdte s'épaissit peu à peu et devient assez compacte pour qu'il soit un peu difficile de la remuer.

On choisit ce moment pour la parfumer et la colorer, et on coule le tout dans un cadre ou mise eu bois, placé sur un lit de foin et muni d'uu couvercle que Ion ferme hermétiquement, puis on Tenveloppe de couvertures et de foin de manière à maintenir la chaleur le plus longtemps possible. Dans cet état et pendant 20 heures de repos, la combinaison s'opère, le refroidissement se fait peu à peu et l'on peut ensuite découper la masse encore tiède, puis la mettre en petits pains que l'on frappe aussitôt à la presse pour les livrer au commerce.

Ce moyen est très-prompt et donne des produits de fort belle apparence, à laquelle toutefois la qualité ne répond pas; l'équilibre de saturation est bien atteint et la conversion en savon est bien à peu près faite, mais la cuisson manque, et, par cette raison, les molécules grasses n'ont pas été entièrement acidifiées; ensuite la glycérine n'est pas éliminée, de sorte qu'en vieillissant, au contact de l'air et de la chaleur, les produits se détériorent et rancissent.

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