SAVONS 0£ RÉSINE
Le savon jaune résineux (façon anglaise), qui a partagé aussi la faveur de la consommation, a été abandonné par suite d'altérations successives dans sa qualité. Ce produit à l'état pur, composé de suif de bœuf, graisse d os, huile de palme, additionnés de 30 pour 100 de résine, présente l'un des meilleurs savons que Ton puisse appliquer au blanchimétit des étoffes et du linge; son pouvoir détersif est surprenant, et il mousse à toutes les eaux,
La fabrication se commence comme la précédente, et lorsque la cuite est arrivée au point du grenage, on y ajoute peu à peu, pendant Tébullition, à des intervalles éloignés, la résine, que Ton a saponifiée à part dans une autre chaudière jusqu'à son point de saturation ; il est nécessaire de fournir en même temps d'autre lessive forte à la pâte, de manière à lui rendre ce que la résine pourrait absorber. Après peu de temps, on s'aperçoit facilement de la combinaison, car le grain devient brillant par rinterposition de la résine dans ses molécules et Ton peut alors
activer, par l'ébullition, la cuisson du tout, de même que dans toutes les autres opérations; seulement, il est nécessaire, poiu* que le grenage soit convenable, de soutirer deux et trois fois successivement les lessives pour les remplacer par d'autres qu'on a épurées, la résine ayant épaissi le liquide et annulé sa causticité. (On lui rend sa limpidité en le repassant bouillant sur de la chaux caustique avant de le rejeter sur le savon.)
C'est lorsque le grain devient ferme, divisé en écailles par le refroidissement, qu'il esta son point; il faut alors procéder au réglage, après avoir soutiré toute la lessive. Pour cela, il est nécessaire de n'employer que des lessive» à 8 degrés environ, car la combinaison du savon et de la résine n'étant pas trèsstable, il y aurait séparation des deux principes en raison de leur densité si la pâte était trop étendue. On ajoute donc peu à peu la quantité de liquide suffisante pour porter la masse, laquelle empruntant au savon son excès d*alcali, fait remonter le degré à 12 ou 13, point auquel on doit trouver le grain assez aplati pour que, par le refroidissement, la masse présente Taspect d'iane gelée transparente et très-homogène.
C'est alors qu'il faut couvrir la chaudière et lenvelopper pour que l'épuration ait lieu; après 16 à 20 heures de repos, on enlève la pâte de dessus la lessive, comme pour le savon blanc.
Sa composition est la suivante :
Corps gras 51
Résine 12
Soude 13
Eau 24
Un autre procédé, beaucoup plus économique, est également appliqué, en Angleterre, à la confection d'un même produit et le résultat en est assez favorable. Il consiste à placer, dans une chaudière autoclave chauffée à la vapeur par une double enveloppe, du genre de la marmite de Papin et munie au bas d'un robinet en fer, toutes les matières nécessaires fondues et épurées par avancei c'est-à-dire:
100 parties de suif et d'huile de palme. 35 — de belle résiDe jaune.
110 — de lessive caustique à 25o.
On chauffe jusqu'à la température de 1 50 degrés et on maintient à ce terme jusqu'à la complète combinaison, ce qui dure quelques heures seulement; le savon peut être alors de suite re-
tiré^ coulé dans des carrés de bois de la hauteur d'une brique et remplacé par de nouvelles matières.
Ce moyen expèditif et économique n'est guère applicable qu'à cette sorte de savon; il serait impropre pour toute autre espèce^ parce que le savon manquerait de cette cuisson au contact de Texcès d'alcali, qui forme le grenage, qui élimine la glycérine et sature complètement les corps gras.
SAVON d'acide OLÉIQUE.
Les huiles de suifs et graisses, dites acide oléique, qui terminent la sériedes corpâgras durègne animal, sont appliquées aussi à la confection du s^on de ménage^ et le produit qui en résulte réunit entre tous les conditions les plus exactement semblables à celui d'huile d'olive. Cette sorte de savon a remplacé presque toutes celles qui se produisaient antérieurement en concurrence du savon de Marseille, et il se trouve sur la même ligne que ce dernier dans la faveur des consommateurs.
Sa fabrication se fait suivant les mêmes règles qui ont été décrites pour le savon de suif blanc, seulement l'opération de l'empâtage est beaucoup plus prompte ; il est du reste compréhensible que la matière, étant un acide gras, se trouve immédiatement dans les conditions nécessaires pour saturer la base alcaline. 11 est donc nécessaire de commencer l'opération avec des lessives neuves, concentrées à 25 degiés, entremêlées de fortes lessives de recuit, de manière à fournir promptement à la saturation, et à équilibrer l'action de l'acide et de Talcali, en formant une masse de liquide capable de supporter la pâte sans trop emplir la chaudière.
Dès que la base devient prédominante, Pempdtage, qui présentait la consistance d'un mortier, commence à s'étendre, le relargage s'opère tout seul en continuant à fournir les mêmes lessives et en poussant l'ébullition.
Bientôt on voit la pâte s'ouvrir, s'aplatir, se former en savon déjà consistant, et la séparation devient complète lorsque la les* sive, enlevée par le bouillon, vient courir à la surface; on continue néanmoins à rendre le savon plus épais à l'aide des mêmes lessives et d'une bonne ébullition, et lorsqu'un peu de mousse se présente en divers endroits, on arrête le feu et on laisse reposer plusieurs heures. Au bout de ce temps, on procède à Yépinage et l'on remplace les lessives retirées par d'autres neuves bien caustiques à 15 degrés. Au premier bouillon, la mousse se forme
ne. — DfCT. DK CHTMTB INDUSTRIELLE. 23
avec abondance, et, après un certain temps, le grain commence à apparaître; sa coction se poursuit ensuite comme il a été indiqué, seulement il est nécessaire i'épiner une seconde et une troisième fois pendant celte opération pour remplacer la lessive, ou pour repasser la même sur un marc de chaux neuve.
Lorsque la coction est terminée , que le savon est ferme au refroidissement, on arrête Tébullition, on laisse reposer et on retire entièrement la lessive ; il s'agit ensuite de purger la pâle de son excès d'alcali, pour la rendre plus liante et plus soluble.
A cet effet, on l'arrose avec de petites lessives claires à bas degrés, en assez grande quantité pour porter la masse, et Ton ranime TébuUition ; bientôt et peu à peu le savon s'aplatit, devient flasque et liquide, et lorsqu'on ne voit plus apparence de grains au bouillon, Ton ajoute quelques cornues de lessive forte de recuit pour resserrer la pâte et l'obliger à restituer toute la lessive excédante; on arrête alors de nouveau le feu et Ton épine.
Celle opération forme le premier réglage ou liquidation, et le second, qui ensuite termine entièrement la cuite, se fait en remplaçant les lessives écoulées par celles que l'on a retirées après le relargage, qui ont été mises à part sur de la chaux neuve pour les purifier et les rendre caustiques, et que l'on réduit avec de l'eau pour les amener à 12 degrés. Dans cet état, elles sont éminemment propres à supporter la masse du savon en raison de leur densité, et à lui enlever encore un peu d'excès d'alcali sans amoindiir sa consistance, enfin à le rendre liant et ductile; après peu de temps d'ébullition, elles atteignent 15 à 16 degrés à chaud; c'est le point où il convient d'arrêter la cuite; l'œil, du reste, juge en même temps si la pâte est liée, brillante et se soulève en nappe sur elle-même. Le feu, en ce moment, doit être retiré. Comme pour toutes les autres opérations, on couvre la chaudière bien soigneusement, et on laisse le travail de l'épuration se faire spontanément.
Ce produit, dans ces conditions, présente vme pâte fine, serrée, transparente, qui acquiert, par une exposition de 5 à 6 jours à Tétuve, une excellente consistance par la perte de son humidité; il est éminemment propre au blanchissage, est ti-ès-soluble et doué de la propriété de mousser abondamment, sans cesser d'être économique. Il peut êlre allié à des corps plus solides, capables d'augmenter sa consistance, tels que le suif ou Thuile de palme décolorée, et surtout à cette dernière; il devient alors le type de ce qu'il est possilde de faire de mieux en ce genre, et peut
remplacer le savon à Thuile d olive dans tous les usages où il est appliqué, soit au linge, aux tissus ou à la soie. Sa composition est la suivante :
Corps gras 66
SoudeàlOO« 13
Eau 21
Il est à constater que ce savon retient moins d'eau que tous les autres, parce que sa matière grasse est moins riche en principes solides ei que, pour allonger sa pâte au point de liaison nécessaire, il faut par conséquent moins d'humidité ; aussi la fraude sur ce point est presque impossible, en ce sens que l'apparence du produit en est de suite affectée.
SAVON A l'huile d'oLIVË DIT D£ MARSEILLE.
Ge produit est le plus anciennement connu, et les règles de sa fabrication ont servi de point de départ pour la confection des savons en général.
Si nous l'avons placé à la suite des autres, c'est afin de ne pas interrompre notre nomenclature des savons de graisse animale.
Sa fabrication ne diffère des précédentes que par certains détails faciles à apprécier.
L'opération doit être commencée avec des lessives faibles de 5 à 6o, si leshuiles employées sont très-fraîches, pures et limpides ; dans le cas contraire, et ce qui arrive le plus souvent, si elles sont épaisses et mucilagineuses, ou quelque peu acides, les lessives peuvent être employées à 10 ou 12°. De quelque manière que ce soit, le but est d'arriver à une émulsion qui détermine la formation des acides gras et facilite l'opération de l'empâtage.
Les lessives qui servent à cet effet proviennent des lessivages de soude brute mêlée au tiers.de son poids de chaux vive éteinte, et que Ton épuise par des services répétés d'eau douce, jusqu'à ce que le dernier ne marque plus aucun degré.
Le travail se poursuit à la suite de Tempâtage par le réglage? à l'aide de lessives de recuit ou salées des cuites précédentes jusqu'à ce que la pâte du savon, ariivée à sou point de saturation, commence à se soulever sur la lessive, et dès lors la conduite de la cuite est celle qui est indiquée en détail à la description du savon de graisse marbré sur lessive.
Lorsque le savon est coulé dans ses mises et découpe à l'aide
de ûls placés d'avance dans des rainures disposées à cet effet, les fabricants de Marseille remplacent les lessives écoulées par une eau chargée de sel marin à 10«, en assez grande quantilé pour que les briques divisées trempent dans le liquide. Leur but est d'augmenter, parce moyen, le poids des savons en facilitant en même temps la décoloration de la marbrure extérieure, ce qu'on appelle faire le manteau, parce qu'alors toutes les surfaces deviennent blanches, et que la marbrure n'apparaît qu'en tranchant le savon à vif.
La composition normale du savon maibré doit se représenter ainsi :
Corps gras * 63 parties \
Soucie brute (évaluée en soude pure) 13 — > 100
Eau 24 — ;
Le savon blanc de Marseille se prépare dans les conditions exactes du savon blanc de toilette et se termine par le second mode de réglage indiqué pour celui-ci, c'est -â-dire que sa pâle est amenée peu à peu à l'état d'une gelée transparente, tout en présentant une légère séparation qui laisse déposer un peu de lessive au fond de la chaudière.
Il est alors divisé eu trois couches distinctes dont on ne prend que celle du milieu que Ton coule dans des mises plates en pierre, dont le fond, propre et sec, est saupoudré d'une légère couche de plâtre qui empêche la masse d'adhérer et permet d'enlever facilement les tables après qu'on les a découpées suivant les besoins. Le touillage est inutile, parce que le peu de profondeur des mises permet un refroidissement instantané qui prévient les nuances d'une cristallisation qui se ferait en masse considérable.
Dans les conditions loyales, la composition de ce produit doit s'établir par :
Corps gras ... 62 parties
Soude brute (ramenée à l'état de soude pure).... 11 — 100 Eau 27 —
Le savon à l'huile d'olive pure appartient à l'ancienne fabrication marseillaise. Aujourd'hui, l'on emploie, concurremment avec l'huile d'olive, les huiles d'arachides, de sésame, lentisque, coton, œillette, lin, parce que les fabricants admettent qu'en raison d'une moindre richesse en margarine , ces huiles empêchent l'extrême dureté des savons et facilitent leur solubilité.
SAVON d'huile de PALME.
L'huile de palme brute n'est pas généralement associée à lliuile
357 SAVONS SOUDES. SAV
d'olive, à cause de sa trop grande richesse en principes solides, et aussi en raison de sa couleur jaune ; mais, décolorée par Pacide chromique, elle pourrait être utilisée dans les savons blancs.
E.le a, au reste, se? emplois spéciaux, et la savonnerie parisienne en fait un grand usage, soit à Télat brut en mélange avec Tacide oléique ou la réi^ine, pour le savon de teinture de la soie ou pour le ménage, soit décolorée, concurremment avec Thuile d'arachides, pour le blanchiment de la soie et de la laine, de même que le savon blanc dé Marseille, ou bien encore mêlée aux suifs et saindoux pour la confection des savons de toiîeile.
Le travail est le même pour le savon d'huile de palme seule que pour celui de suif et saindoux; mais, si celte huile se trouve associée à des corps gras d'autre nature, elle est alors traitée comme ces corps et suit le mode de travail employé pour eux.
SAVON n'mjiLE DE coco.
Le savon d*huile de coco, qui termine la classe des savons solides, forme une sorte éminemment distincte de toutes celles décrites. Sa composition est tout simplement une saturation des corps gras, à l'aide d'une solution de sel de soude que Ton ajoute à trois reprises, à 15, 20 et 30<»; sa combinaison, sous l'influence d'une légère ébullition, s'opère instantanément en raison de la présence d'une matière mucilagineuse acide qui retient loule la lessive et la sature, et la masse se prend ensuite par le refroidissement en un corps cristallin blanc, n'ayant aucun caractère de la pdie malléable du savon, mais doué comme celle-ci d*un pouvoir détersiracCif et de la propriété de fournir une mousse légère très-abondante.
Ainsi fait, ce savon relient dans sa composition 40 parties d'eau dont l'excès s'évapore au contact de lair sec, et laisse à la surface du produit une elflorescence saline nuisible à sonemploi.
Pour obvier à cet inconvénient, on mélange souvent à celte composition une proportion variable de bon savon fabriqué sur lessive que l'on dissout, au commencement de l'opération, dans rhuile bouillante, et que Ton sature peu à peu avec de peliles lessives jusqu'au point d'une sorte d'enipâlage et qu'ensuite on amène au degré d alcalinité en continuant l'opération avec des lessives fortes; le travail se termine ensuite par un réglage qui dilate les molécules du savon à l'aide d'une solution Uquide de sel marin à i ou 7», dont le mélange s'opère entièrement, et qui a pour effet
de fournir du poids en entretenant à la surface du savon une certaine fraîcheur qui Tempéche de s'effleurir. En Allemagne, on opère sur l'huile de coco pure avec une portion de lessive de potasse mélangée à celle de soude. Ce moyen adoucit la dureté de consistance du savon d'huile de coco et arrête facilement l'efflorescence, c'est une combinaison favorable à Tapparence, mais qui n'ajoute rien à la qualité.
C'est à Taide de ce genre de travail qu^on a fait une inmioiise variété de pâtes savonneuses qui n^ont jamais été utilisées qu'au lavage du linge, et principalement par la classe pauvre des consommateurs, et aujourd'hui que l'on a reconnu que l'apparence en était trompeuse et qu'en définitive ces savons revenaient à un prix plus élevé que la marchandise pure et loyale, ils ont été presque entièrement bannis de la consommation et ne figurent plus que dans quelques petites localités de. province, habitées par une population ouvrière peu aisée.