EXTRACTION DU SOUFRE
On extrait le soufre par liquation, en formant avec le minerai de grands tas de forme conique dont on échauffe la masse, en se servant du soufre lui-même comme combustible. Ces tas, qui portent le nom de calcaroni^ sont très- volumineux et placés dans les lieux abrités du vent. On les construit dans une excavation de forme circulaire, àlaquelle on donne 8 mètres et plus de diamètre, et qui est inclinée dans le sol de manière à y pénétrer de 1 mètre à la partie la plus haute et de 2 mètres à la partie la plus basse.
La sole du tas possède ainsi une pente assez forte pour faciliter Técoulement du soufre en fusion. Le poids du minerai mis en tas est évalué de 400 à 800 tonnes environ. On dispose en forme de voûte les plus gros blocs à la base, et on monte le las en le garnissant peu à peu des débris les moins forts ; on finit avec du minerai fin et tassé. On en garnit à l'extérieur les ouvertures, de manière à empêcher une combustion trop vive et trop rapide qui occasionnerait de grandes pertes ; on se sert pour cela d'une terre légère, particulière, résidu des minerais déjà brûlés, désignée sur les lieux d'exploitation sous le nom genèse; on allume la masse par la partie supérieure. La chaleur se propage peu à peu, de haut en bas, à mesure que le minerai brûle, et suffit pour fondre le soufre qu'il contient. Celui-ci s'écoule d'une manière continue par une rigole pratiquée à la partie inférieure; on le reçoit à mesure dans de grands moules en bois humides où il se solidifie. L'opération, pour chaque tas, dure de 30 à 40 jours ; elle est conduite avec une lenteur qui en assure le succès, et qui empêche la déperdition de trop fortes quantités de vapeurs sulfureuses. On reconnaît que tout le soufre est fondu, lorsqu'il ne vient plus rien du trou de coulée ; on démolit alors le fourneau.
On estime que, par cette méthode, la perte en soufre brûlé pour produire la liquation est de 25 à 40 pour 100.
Autrefois, on extrayait aussi le soufre par liquation, mais en faisant des tas beaucoup -plus petits, de deux à quatre tonnes environ ; on les désignait sous le nom de calcara. La combustion se faisait alors beaucoup trop vite, et il en résultait une déper-
sou SOLFRE ET* SULFURE DE CARBONE. 388
dition de soufre deux fois plus forte que par remploi des gros tas ; elle atteignait Ténorme proportion de 50 à 70 pour 100.
La qualité des soufres obtenus parliquation dépend de la qualité et de la richesse du minerai. On en fait, dans le commerce, quatre sortes : la première, la belle seconde, la seconde et la troisième. De la première à la troisième, la quantité de corps étrangers varie de 2 à 6 pour 100.
Les minerais riches donnent les meilleures qualités, dont la pureté et la couleur sont satisfaisantes ; les minerais pauvres, les plus impurs, donnent les soufres bruts de couleur brunâtre, dont on forme les troisième et dernière sortes.
On extrait encore le soufre par liquation des minerais riches au moyen de fourneaux voûtés rectangulaires, placés eux-mêmes dans une chambre en maçonnerie ; on chauffe les parois du fourneau et de la chambre par un foyer placé à une des extrémités du four, et on provoque ainsi, par du combustible étranger, la liquation du soufre ; celui-ci coule par ime issue ménagée sur la sole du four. La fermeture hermétique dont le minerai de soufre est entouré dans ce mode d'extraction empêche la déperdition de matière, mais oblige à une dépense de combustible.
Depuis peu, un ingénieur anglais, M. Gill^ a imaginé une espèce de four voûté qui contient 200 tonnes de minerai ; on le chauffe au moyen de coke, et on en obtient un résultat avantageux, on lui donne le nom de calcarone GUI.
Il est indubitable, d'après ce qui précède, que de grands perfectionnements peuvent être introduits dans l'exploitation des mines, soit pour l'extraction du minerai^ soit pour la fabrication du soufre et en abaisser le prix dans une très-forte proportion.
L'adoption de ces derniers modes d'extraction augmentera aussitôt la proportion de soufre tiré des mêmes minerais de 25 pour 100. Elle deviendra générale, dès que l'ouverture des routes, qui manquent aujourd*hui, permettra d'obtenir le combustible à bon marché sur les lieux d'exploitation.
Des deux cents mines ouvertes aujourd'hui, en Sicile, on peut dire que la moitié ne produit guère que 100 à 300 tonnes de soufre par an, faute de capitaux d'exploitation. Cinquante d'entre elles produisent de 380 à 800 tonnes ; trente, de 800 à 1 ,500 tonnes; quant aux vingt autres, qui sont les grandes mines, elles donnent annuellement de 3,000 à 6,000 tonnes. -
Le tableau suivant fait connaître les principales, ainsi que leur production :
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