RAFFINAGE DU SOUFRE
La majeure partie diî soufre destiné à l'agriculture pour le soufrage de la vigne , et celui qu'on brûle dans les chambres de plomb pour la fabrication de Tacide sulfurique, sont employés à Tétat brut; mais, pour un grand nombre d'industries, le soufre, quelle que soit son origine, a besoin d'être purifié. L'opération qu'on lui fait subir dans ce but est désignée sous le nom de raffinage.
On opère le raffinage par distillation, au moyen d'un appareil dans lequel on obtient le soufre raffiné, soit en masses solides cylindriques qu'on nomme canons, soit à Tétat pulvérulent; on lui donne alors de nom de fleur de soufre.
Cet appareil se compose de deux chaudières ou cornues T en fonte, à fond très -épais, mises en communication avec une chambre en maçonnerie de briques à joints minces bien cimentés (fig. 499), dans lnqnp]l*^ lo^ vnriPîir^ df «oiif'i'H vipHTient d'abord se condenser sous forme de neige ou de fleurs, et se Uquéflent ensuite à mesure qu'une série de distillations successives échauffe la chambre elle-même et la porte à une température supérieure à celle du soufre en fusion (tll®).
Selon que Ton veut obtenir du soufre en fleurs ou du soufre en canons, on fait varier les dimensions de la chambre ; quand on ne veut obtenir que des fleurs, on lui donne une grande capacité, afin de produire le refroidissement des vapeurs plus vite et d'échauffer plus difficilement sa masse; on lui donne, au contraire, une capacité beaucoup moindre, quand on ne veut fabriquer que du soufre en canons.
Au-dessus des deux chaudières T, dans lesquelles s'opère la distillation, une troisième  est chauffée par la chaleur perdue des foyers et sert à fondre préalablement le soufre, avant de rintro-
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duire. Ce dernier tombe dans la chaudière au moyen d'un conduit qu'on ouvre par une tirette à soupape.
Fig. 499. — Appareil distillatoire pour la fabrication de la fleur de iioufre et du soufre en canons.
Pour fabriquer les fleurs de soufre dans un appareil dont la chambre a de 80 à 100 mètres cubes de capacité et les chaudières 1 mètre à 1"',10 de diamètre, on ne se sert que d'une seule des deux chaudières. On charge chaque six heures 300 kilogr. de soufre dans la chaudière A, et on le fait tomber liquide dans la chaudière T, de trois en trois heures, par quantités de 150 kilogr. environ chaque fois. On évite ainsi une usure trop rapide des fonds de chaudière. Un trou, par lequel on peut sonder la chaudière C, est pratiqué dans l'épaisseur des fourneaux et de la fonte; on y introduit un fil de fer qui permet de juger des quantités de matièip.qui restent en fusion. Une soupape S, pratiquée à la partie
supérieure de la voûte de la chambre, s'ouvre lorsque la pression est trop forte, et prévient les explosions qu'un feu trop vif pourrait produire.
La chambre est munie d'une porte P, par laquelle on pénètre dans Pintérieur pour en enlever les fleurs. Les soufres bruts de belle secondey qui ne contiennent pas plus de 2 à 3 pour 100 de matières étrangères, donnent une perte de 5 à 20 pour 100 de leur poids, lorsqu'on les transforme en fleurs. Cette perte est quelquefois plus forte ; en moyenne, on estime qu'elle s'élève à 15 pour 100. Cette déperdition provient des fuites! de tout genre qui ont lieu par les appareils, surtout par la grande chaudière, dont le fond sphérique a besoin de fréquents changements. Il se forme souvent à l'entrée du conduit, dans la chambre, du soufre Uquéfié, qui se fige et se colle sur les parois de la chambre conune la glace se forme l'hiver autour d'une fontaine. Ce soufre porte le nom de candi; il est très-pur et très-beau. Les coups de feu sous la chaudière provoquent la formation du candi.
On fait le soufre en carions dans les mêmes appareils ; mais on donne moins de capacité aux chambres de condensation, et on fait marcher à la fois les deux chaudières, de manière à distiller 2,400 kilogr. de soufre par 24 heures et d'une manière continue, ce qu'on ne fait pas lorsqu'on fabrique des fleurs. Les chambres se chauffent alors assez pour que tout le soufre qui s'y condense devienne liquide; lorsqu'il atteint un certain niveau, on le tire au moyen d'un robinet t, placé sur une plaque de fonte à la partie inférieure de la chambre. Il est reçu dans une petite chaudière B, placée sur un foyer légèrement chauffé pour empé* cher que la matière ne redevienne solide ; on la puise avec une cuiller et on la verse dans des moules de bois légèrement coniques, préalablement refroidis dans des baquets d'eau froide. On laisse refroidir les moules, puis on en sort le soufre; il est alors pUé et emballé.
L'emploi du soufre pour combattre la maladie de la vigne (oïdium) a donné une grande importance à la fabrication du soufre en fleurs, qui autrefois était tout à fait insignifiante. On faisait nécessairement im peu de fleurs dans la fabrication du soufre en canons, mais on n'en faisait pas spécialement, comme aujourd'hui, de grandes quantités.
C'est dans le département de l'Hérault principalement, et ensuite dans le département de l'Aude, qu'un grand nombre d'usines îi sublimer le soufre ont été montées depuis huit années en-
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viron, par exemple à Montpellier, à Villeveyrac, à Béziers, etc. Les usines de Marseille, où se trouvait autrefois concentrée cette fabrication, ont pris aussi une extension considérable. Elle eût été bien plus grande encore s'il n'eût été reconnu que le soufre simplement trituré. détruit Toïdium comme le soufre en fleurs. Dès lors, la fabrication de ce dernier est devenue à peu près slationnaire, et c'est le soufre brut de belle qualité simplement trituré sous des meules et bluté au tamis de soie , qu'on a employé de préférence, à cause de son bas prix et de la facilité avec laquelle on peut en préparer, en peu de temps, les masses les plus considérables. Le soufre en fleurs, exigeant un appareil dont la production est fort limitée, ne peut être livré aussi facilement à la consommation, et son prix s*est à diverses reprises élevé à un taux excessif *, alors qu'on ne fabriquait pas encore de soufre trituré.
Aujourd'hui, cet inconvénient n'est plus à craindre, et l'écart des prix entre les deux soufres n'est guère que de 6 à 7 fr., qui représentent la difiTérence des frais de leur fabrication.
On admet que, dans un appareil qili distille 1 ,200 kilogr. de soufre en 24 heures et produit 1 ,100 kilogr. environ de fleurs, la sublimation de 100 kilogr. de soufre coûte de 7 à 8 fr.; la trituration de 100 kilogr. de soufre au moyen d'une simple meule verticale mue par un cheval, et le blutage au tamis de soie ne coûte pas au delà de 1 fr. 50 c, et ce modeste appareil peut triturer plus de 1 ,000 kilogr. par jour. Dans les usines montées avec des meules doubles mues par la vapeur, comme on en voit à Montpellier, à Cette, à Frontignan, à Villeveyrac, à Béziers, etc., la fabrication coûte encore moins et peut être indéfinie sous le rapport des quantités.
Il en résulte que, dans THérault, la fabrication du soufre brut trituré mécaniquement pour le traitement de la vigne est environ dix fois plus considérable que la fabrication du soufre sublimé. Ces chiffres ont leur importance ; car le seul département de l'Hérault ne consomme pas moins, chaque année, de 12,000 tonnes de soufre pour la culture de ses vignes. Aucun département n'en consomme, à beaucoup près, ime aussi grande quantité.
1 De 1856 à 1859, on a payé des soufres sublimés jusqu'à 60 fr. les 100 kil. et plus encore. Aujourd'hui, ils ne valent guère, à Montpellier, que Î5 à96fr.