ESSAI COMMERCIAL DU SOUFRE SUBLIMÉ OU TRITURÉ
Diaprés mes expériences et celles de M. Chancel, les bonnes fleurs renferment de 15 à 31 dix-millièmes de leur poids d'acide snlfulique ; on en trouve même'dans lesquelles cette proportion s'élève à 50 dix-millièmes. Aussi les fleurs ont-elles une saveur acide prononcée, quand on les met sur la langue. Les fleurs grossières sont généralement moins acides que les autres; la proportion d'acide qu'elles contiennent varie entre 10 «f 20 dix-millièmes de leur poids.
Le sulfure de carbone ne dissout point entièrement les fleurs de soufre, parce qu'elles renferment une proportion de soufre amorphe insoluble. Dans les bonnes fleurs, cette proportion varie de 22 à 35 pour 100 de leur poids ; dans les fleurs grossières, elle ne s'élève guère qu'à la proportion de 14 à 18 pour 100.
Les fleurs de soufre ne se laissent pas mouiller par l'eau ; l'alcool et réther les mouillent au contraire très-bien.
Plus l'état de division des fleurs de soufre est grand, plus elles sont légères, c'est-à-dire moins elles pèsent sous le même volume. Plus les fleurs sont fines, plus elles conviennent au soufrage des vignes ; le même poids peut alors couvrir des surfaces plus grandes en produisant les mêmes efiets. Il importe donc de titrer la finesse des flmrs qu'on emploie dans les vignes attaquées d'oïdium ; on se sert pour cela du tube essayeur de M. Chancel qui consiste en un tube de 17 à 18 millim. de diamètre, divisé en 100 parties égales, de manière que chaque division soit du volume d'un quart de centimètre cube. On pèse cinq grammes de la fleur à essayer et on l'introduit dans le tube ; on pourrait alors chercher combien le soufre occupe de degrés dans le tube , mais le tassement étant inégal on n'obtiendrait pas des résultats comparables. Pour faire disparaître toute inégalité, on met la fleur en suspension dans un liquide qui la mouille bien, et on se sert pour cela d'éther sulfurique ordinaire.
On remplit le tube d'éther, on l'agite avec la fleur, de manière que la masse entre en suspension dans le liquide, on le place verticalement sur im support et on le laisse reposer.
Au bout de cinq minutes, le tassement définitif est fait, et on peut hre le résultat sur la graduation du tube.
On reconnaît ainsi que les bonnes fleurs du commerce donnent de 50 à 60<>. Les fleurs de quaUté supérieure, occupent de 75 à 90 divisions. Il est rare d'en trouver qui atteignent à 95 et à
sou SOUFRE ET SULFURE DE CARBONE. 396
lOQo; cependant on en trouve. Les qualités inférieures occupent de 35 à 40 divisions.
Le soufre en fleurs de bonne qualité est plus léger sous le même poids que le soufre trituré, il est aussi plus pur ; à poids égal, il peut soufrer une surface plus grande, selon que le trituré est plus ou moins divisé : aussi est-il plus cher. Quant à Faction moléculaire de Tun et de Tautre soufres sur Toïdium et la végétation de la vigne, elle est la même.
Le soufre trituré se présente sous la forme d'une poudre d'un jaune clair ; plus il est fin, plus la couleur en est pâle. Examiné au microscope, on le trouve formé d'une multitude de petits cristaux plats, anguleux, dont la forme n'a aucune analogie avec les globules sphériques de la fleur.
Les soufres, très-finement triturés et passés au tamis de soie, sont souples et crient sous la pression des doigts, comme les sublimés. Ils sont cependant moins légers qu'eux.
Le tube divisé de M. Chancel peut servir à essayer et à comparer entre eux les soufres triturés; il faut attendre leur tassement plus longtemps que pour les sublimés ; comme ils n'ont pas la même forme moléculaire, les indications de Tessai ne sont pas rigoureusement comparatives entre sublimés et triturés, cependant elles sont suffisantes pour fixer sur leur valeur réciproque.
La plupart des triturés du commerce donnent de 35 à 40*, comme les fleurs de qualité inférieure.
Les triturés les plus fins et les plus purs que j'aie pu obtenir par une double porphyrisation titrent 70*.
Ils sont susceptibles probablement d'atteindre un titre plus élevé, et alors ils seraient égaux aux meilleures fleurs.
Les soufres destinés à la culture de la vigne sont répandus, soit avec des soufflets sans soupape, dont la cavité sert elle-même de réservoir, soit avec des boîtes coniques, dont le gros bout est persillé de petits trous. Les soufflets répandent mieux la poussière, et permettent d'opérer plus vite, aussi sont-ils préférés.
H. Marès.