TRAITEMENT DES MÉLASSES PAR LA BARYTE
La mélasse contient encore une quantité de sucre cristallisable très-considérable: les mélasses de fabrique, 45 à 50 pour 100; les mélasses de raflftnerie de betterave, 45 à 48 pour 1 00. Les mélasses de canne contiennent du sucre incristallisable qui les rend impropres au travail qui va nous occuper.
Pendant longtemps, on n'a connu aucun procédé qui permit, industriellement parlant, d^extraire le sucre incristallisable des mélasses.
' MM. Dubrunfaut et Leplay, en 1849, utilisant les propriétés du saccharate de baryte étudié par M. Peligot, reconnurent que la baryte caustique en dissolution précipitait presque entièrement le sucre cristallisable de sa dissolution et, en appliquant ce procédé aux mélasses, ils virent que la baryte ne précipitait absolument que le sucre cristallisable, laissant en dissolution les sels, les matières gommeuses, colorantes, etc. Cela leur donna Tidée d'exploiter le procédé en grand et, dès 1850, plusieurs usines furent créées sur une grande échelle : àValenciennes, chez M. Grar; à Toumus, chez MM. Lanet et Charbonneau ; à la Villette, chez M. Guillon; et enfin à Courrière, chez MM. Bernard frères, Tillon etDelaune. La hausse énorme des alcools qui survint en 1852 arrêta cette industrie naissante et, des diverses fabriques que nous venons d'énumérer, ime seule a survécu, qui, à l'heure qu'il est, manipule chaque jour 10,000 kilogr. de mélasses libérées d'impôts; c'est Tusine de Courrière.
La baryte caustique n'existe dans le commerce qu'à l'état de produit de laboratoire. On traite, dans ce but, le carbonate de baryte naturel par le charbon (voyez ALC. Alcalvs minéraux — Baryte et sels de baryte) y et on en fait une lessive concentrée.
On dissout la baryte dans de Peau par des lavages méthodiques. On se sert pour cela de paniers en osier qu'on remplit avec le mélange retiré des étouffoirs, et on les trempe dans des cuves contenant de Peau de moins en moins chargée de baryte , la dernière contenant de Peau pure; système analogue à celui de Pappareil Schutzembach, seulement ici Peau reste dans la même cuve et la matière est déplacée et portée d'une cuve à Pautre.
La dissolution de baryte, ainsi obtenue bouillante et claire, doit marquer 30 à 32 degrés Baume. Pendant qu'on prépare la dissolution, on chauffe dans une chaudière de la mélasse qu'on fait tomber avec la dissolution bary tique, à la température de %"" à
suc SUCRE. . 436
100% dans une cuve dont le fond est garni d'une toile métallique très-serrée et formant faux fond.
On emploie 475 litres de mélasse bouillante (mélasse pesant à froid 42 à 43 degrés Baume), avec 950 litres de la dissolution barytique, soit 1 1/4 à 1 1/2 équivalent de baryte pour un équivalent de sucre à précipiter; on agite légèrement et rapidement, et il se forme bientôt un précipité de saccharate de baryte tellement abondant que le tout se prend en masse.
Lorsque tout le sucra te est bien formé, on ouvre un robinet au-dessous du double fond métallique pour laisser écouler les eaux mères du précipité qui contiennent de la baryte en excès, des sels à base de soude et de potasse et autres produits. Ces premières eaux ou vinasses sont recueillies pour être traitées à part.
Sitôt que Ton ouvre le robinet inférieur du bac à précipiter, on fait arriver lentement de l'eau à la partie supérieure pour laver le précipité.
Lorsque le liquide qui s'écoule par la partie inférieure est incolore et marque environ 0°, on peut estimer que le sucrate est bien lavé ; on ouvre alors un trou d'homme placé sur le côté du bac au-dessus du faux fond et on fait tomber le sucrate de baryte dans une grande cuve qui doit recevoir la charge de trois bacs à précipité. Il s'agit alors de décomposer le sucrate de baryte au moyen de l'acide carbonique, qui forme du carbonate de baryte insoluble et met le sucre en liberté.
On produit Tacide carbonique, comme dans le procédé Rousseau^ soit au moyen d'un fourneau spécial, soit en utilisant les gaz d'un four à chaux.
La baryte, à l'état de carbonate, reste dans le liquide sucré; vers la an de l'opération, il se dégage souvent un peu d'acide sulfhydrique ; cela tient à la présence d'un peu de sulfure de baryum, provenant de traces de sulfate de baryte dans le minerai employé. Lorsque ce dégagement a cessé, l'opération est termi* née. Cela est facile à reconnaître au moyen d'un papier imprégné d'im sel de plomb; lorsque, trempé dans le liquide, il ne prend plus de coloration, la réaction est terminée. On verse alors la bouillie très-claire de sucre, de carbonate de baryte et d'eau dans des sacs en croisé de coton très-serré ; l'eau sucrée s'écoule en partie naturellement; puis une pression faible d'abord à l'aide d'une presse à vis, plus forte ensuite sous une presse hydraulique exprime la presque totalité du liquide sucré. On retire des