MÉGISSERIE
Le travail de la mégisserie consiste dans la préparation des peaux de mouton, de chevreau et de veau, au moyen d'un mélange d'alun et de sel.
Dans la description des opérations, nous supposons les peaux fraîches ou amenées à l'état frais. Nous avons décrit, dans le travail de la tannerie, les procédés employés pour arriver à ce résultat.
La première opération consiste à débarrasser la peau de la laine ou du poil qui la recouvre. En mégisserie, on obtient ce résultat très-promptement au moyen d'un mélange de sulfure d'arsenic (orpin) et de chaux, ainsi que nous l'avons indiqué précédamment.
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On obtient aussi le gonflement nécessaire, en faisant séjourner les peaux dans des plains à la chaux^ après quoi on achève d'enlever le peu de laine ou de poil qui aurait échappé au premier débourrage. On rince les peaux et on les travaille de rivière, d^une manière analogue à celle employée pour les peaux de veau, puis on les met en confit^ c'est-à-dire dans une cuve contenant de Teau et du son.
On laisse la fermentation s'établir et on l'entretient en couvrant la cuve hermétiquement; on se débarrasse des gaz inflammables produits par la fermentation en y mettant le feu. La durée du confit varie suivant la saison : en hiver, il peut durer trois semaines; mais en été, il lève souvent au bout de vingt-quatre heures. Quand ce résultat est obtenu, on démêle les peaux pour les remettre ensuite dans le même confit, en les y laissant jusqu'à ce qu'il ait levé une seconde, puis une troisième fois.
La direction des confits demande beaucoup de soins et d'habitude de la part des ouvriers chargés de ce travail. On comprend, en effet, que la moindre négligence peut, au milieu de cette masse en fermentation continue, amener une détérioration sensible des peaux et leur faire perdre toute leur valeur, à cause des trous et des perforations qui se produisent dans toute leur étendue; on doit donc, aussitôt que la fermentation est arrivée au poirU convenable (la pratique seule jusqu'ici en est juge), se hâter de soustraire les peaux à cette influence. Pour cela, on recoule les peaux en les plaçant sur un chevalet et en enlevant avec un couteau le son qui reste adhérent; puis on arrive à l'opération du passage et à la mise en pâte.
Aujourd'hui, on passe les peaux et on les met en pâte en une seule oi>ération ; pour cela, on délaye de la farine et des jaunes d'œufsdans une dissolution d'alun et de sel marin (7 kil. d'alun et 1 kil. 1/2 à 2 kil. de sel marin) à consistance de bouillie claire; on trempe les peaux Time après Vautre dans cette bouillie, puis on en réunit dix ou douze qu'on foule avec les mains.
Quand toutes les peaux ont été passées, on les étend dans une cuve en versant sur le tout le reste de la pâte claire. On peut ainsi les laisser séjourner tout le temps qu'on veut, elles ne courent plus aucun risque et sont terminées. Après cette phase de préparation qu'on peut appeler chimique, il ne reste plus à leur faire subir que des opérations mécaniques pour .les amener à l'état conunercial.
Pour cela, on les plie en deux, la fleur en dedans pour les g«-
rantir des influences atmosphériques , et on les fait sécher le plus promptement possible; aussi, choisit-on un beau temps pour cette dessiccation. On procède ensuite à Vouverture des peaux, qui se fait au moyen du palisson, qui est une lame d'acier solidement emmanchée dans un pied vertical placé à Textrémité d'une planche horizontale, destinée à maintenir, au moyen d'un contre-poids, la position verticale de la lame.
On presse les peaux,lafleurau-dessus, sur lalame de ce couteau en les tirant très-fortement, et on obtient ainsi une plus grande largeur, les fibres s'écartent et, par suite, donnent une plus grande souplesse à la peau en faisant ressortir sa blancheur; on laisse ensuite sécher complètement ces peaux, puis on les redresse sur le palisson et on les étend de manière à les rendre bien plates et à leur donner toute leur valeur commerciale.
Outre les peaux dépilées, on prépare aussi en mégisserie les peaux auxquelles on veut conserver le poil, en supprimant, bien entendu, toutes les opérations qui ont pour but le dépilage; ces peaux sont celles de moutons en laine pour housses, celles de veaux mort- nés pour pantoufles et jouets d*enfants, enfin les fourrures qui constituent une branche de conunerce si importante.
CHAMOISAGE.
Le chamoiseur travaille des peaux de chamois, c'est Texceplion, mais surtout des peaux de mouton, de chèvre et de bouc. Il les reçoit ébourrées de chez les mégissiers qui font le commerce de la laine ou, s'il travaille les peaux en laine, il conmience naturellement par les ébourrer par les moyens indiqués au chapitre précédent. On passe les peaux dans des plains pour achever leur gonflement à la manière ordinaire, puis on les soumet à Veffleurage, opération qui consiste à arracher la fleur au moyen d'un couteau peu tranchant, en observant de ne pas toucher aux parties minces de la peau, flancs, collet, etc. On travaille ensuite les peaux de rivière, c'est-à-dire qu'on les écharne et qu'on leur donne les diverses façons de fleur et de chair, comme pour tout travail de rivière.
On passe ensuite les peaux dans un confit de son, comme pour les peaux mégissées;. mais cette opération n'est pas pratiquée par tous les chamoiseurs. Elle doit cependant augmenter la souplesse, qualité essentielle des peaux chamoisées.
Au sortir du confit, les peaux sont tordues de manière à faire
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sortir la plus grande quantité d'eau et à laisser seulement un peu d'humidité, puis on leur donne Vhuile. Quelques chamoiseurs les passent au foulon auparavant. Quoi qu'il en soit, que les peaux aient été foulées ou non, on leur donne Thuile en trempant la main dans le liquide et la secouant sur la ];)eau, placée sur une table appropriée à cet usage. On les étend ainsi les unes sur les autres, en donnant Thuile sur la chair qui se pénètre mieux que la fleur; on se sert, pour cette industrie, d'huile de morue ou de baleine.
On met ensuite les peaux en pelotes de quatre et on les porte en foulon. Le foulage est l'opération la plus délicate de la chamoiserie, celle qui demande le plus de soins de la part du fabricant; la pratique seule peut guider sur le temps nécessaire à la pénétration de Thuile dans les peaux, ce temps variant suivant la température, la nature des peaux et des huiles employées.
Après le foulage, on retire les peaux et on leur donne un vent^ c'est-à-dire qu'on les étend à l'air pour les laisser sécher en partie, puis on les remet sous les pilons pendant ime heure ou deux et on les étend à Tair de nouveau. On répète cette alternative de foulage et de séchage jusqu'à ce que Thuile ait suffisamment pénétré la peau, on ne peut rien dire de précis à cet égard. Un foulonier expérimenté peut seul juger de l'état d'avancement du travail et de la quantité d'huile nécessaire.
Pendant le foulage, Thuile ne fait que pénétrer dans l'épaisseur de la peau et s'interposer entre ses fibres, mais ne fait pas corps avec elle ; il est nécessaire, pour arriver à ce résultat, de mettre les peaux en fermentation dans une étuve chauffée ou bien, plus simplement, en piles qu'on recouvi-e de toiles ou de couvertures: Après une fermentation bien conduite, l'huile est tellement incorporée à la peau, qu'une grande partie ne peut plus en être extraite par le dégraissage.
C'est après cette fermentation que la peau ayant acquis l'épaisseur voulue, on procède au remaillage, opération qui a pour but d'enlever les parties de fleur. On fait le remaillage d'une manière analogue à l'eflleurage et il serait inutile de le décrire.
Le dégraissage des peaux, opération qui suit immédiatement, a pour but d'enlever l'excédant de l'huile employée et en même temps d'entraîner avec elle la graisse particulière contenue dans la peau. C'est ce résidu, huile et matière grasse, qui forme ce qu'on appelle dégrai, matière aujourd'hui indispensable dans le travail de la corroierie.
On retire la première huile ou moellon^ en tordant les peaux qui ont trempé dans Teau à 45'; c'est ce moellon qui constitue le dégras de première qualité, employé surtout par les fabricants de cuirs vernis.
Le dégraissage s'achève au moyen de lessives alcalines, soit de potasse, soit de soude, à une douce température; on tord les peaux ainsi trempées trois ou quatre fois et on recueille les matières grasses écoulées, puis on porte au séchoir. Quand elles sont suffisamment essorées, on les ouvre sur le palisson et on achève leur dessiccation, puis on les dresse dans toutes leurs parties ; la fabrication est alors terminée.
On prépare d'une manière analogue les peaux de buflle et de bœufs pour buffle terie, avec quelques modifications dues seulement à la nature plus forte et plus dure de ces sortes de peaux. Il est donc inutile de les décrire à nouveau.