I. INDIGO ET GENRES DIVERS QU'ON PRODUIT PAR SON APPLICATION
L'emploi de l'indigo pour colorer les étoffes remonte à la plus haute antiquité, mais son application à l'industrie qui nous occupe ne date guère que d'un siècle; aussi, si l'on compare les procédés usités de nos jours pour monter la cuve au bleu avec ceux que suivent encore actuellement les peuplades africaines , on pourra apprécier les énormes progrès que les connaissances chimiques ont fait faire à l'art de la teinture.
La cuve de bleu a donné naissance à plus de cent genres de fabrications diverses. Nous nous bornerons à passer en revue quelques-uns des principaux.
lo Pour obtenir des dessins blancs sur un fond bleu de cuve, le tissu blanc est imprimé avec une réserve faite avec des sels de cuivre convenablement épaissis à la gomme et à la terre de pipe.
Pour teindre les pièces, on les tend sur un cadre ou Champagne^ qui se compose de deux espèces de disques à jour, formés chacun de quatre traverses qui se croisent; l'un de ces disques est fixé à l'extrémité d'un arbre de bois, tandis que Tautre est mobile et peut être tendu par une vis d'appel ; sur ce disque, on dispose encore quatre autres branches qui se croisent avec les premières, de manière à former xme double croix. Sur la branche de ce cadre sont implantés des crochets en cuivre à une distance de 25 millim. l'un de l'autre. La pièce à teindre est crochée par les deux lisières sur ce cadre que l'on tourne peu à x>eu à mesure que le travail avance, et quand toute la pièce y est disposée, on fait fonctionner la vis d'appel, ce qui tend le tissu de manière i ce qu'aucun pli ne puisse toucher un pli voisin. Un treuil muni d'une poulie sert à immerger le cadre dans la cuve. Aussitôt que
la Champagne est au sein du liquide, on tend encore une fois la vis d'appel et on laisse en repos pendant plusieurs minutes. L'immersion du cadre doit se faire avec précaution, en ayant soin d'enlever préalablement la fleur ou indigo réoxygéné qui recouvre la cuve d'une pellicule, et de ne pas opérer trop brusquement.
Au sortir d'une première cuve, on laisse déverdir ^ ce qui veut dire réoxyder Tindigo. On remarque alors que les parties recouvertes de sels de cuivre sont bleues au sortir de la cuve, tandis que le reste de la pièce est d'un vertjaunâtre qui ne devient bleu qu'au contact de Pair. Cette coloration bleuepar les sels de cuivre provient de ce que Toxyde de cuivre, qui est mis en liberté par le liquide alcalin de la cuve, cède son oxygène à l'indigo blanc, l'oxyde et par là l'empêche d'imprégner le tissu et de le teindre à ces places-là.
Généralement on procède par plusieurs immersions ou trempes, selon rintensité du bleu qu'on veut obtenir. On commence par une cuve faible , pour continuer sur de plus fortes et finir par une cuve fraîche. Après la dernière trempe, on passe la pièce tout encadrée dans ime cuve contenant de l'acide sulfurique à 2" et on l'y laisse jusqu'à ce qu'une seconde pièce vienne la remplacer. On décadre alors, on met tremper à la rivière pendant quelques heures et on nettoie dans la machine à laver; on donne encore un passage en acide au baquet, on nettoie de nouveau et on sèche.
2* Si l'on veut obtenir un effet petit bleu sur gros bleu , on teint d'abord la pièce en bleu clair uni, on imprime ensuite la réserve aux sels de cuivre et on teint en gros bleu;
3** Dans le cas où il s'agit de faire blanc, petit bleu et gros bleu, on imprime en réserve les places devant rester blanches, et on teint petit bleu. On nettoie, on sèche, puis on rentre la réserve gros bleu, qui est de même composition que celle pour petit bieuy seulement plus forte en sels de cuivre. La planche de rentrée est disposée de manière à recouvrir partiellement le blanc laissé sur la pièce petit bleu, tandis que le dessin tombe aussi sur des endroits où il n'y a pas encore eu d'impression. On cuve en bleu foncé et on nettoie.
4* Bouton d*or et Amélie. — Lorsqu'on ajoute à la réserve gros bleu un sel de plomb, et qu'au sortir de la cuve, on passe la pièce dans un bain de chromatede potasse, on obtient jaun« et bleu. Si, après la teinture en chromate, on passe dans un léger bain al-
câlin bouillant, on obtient orangey nuance qu'on peut ramener au Jaune, sur certaines parties de la pièce en y rentrant de Facide nitrique très- faible.
Pour décomposer et fixer sur le tissu les sels de plomb ajoutés à la réserve, on a recours à deux moyens: ou bien, on immerge la pièce tout encadrée pendant quelques minutes dans une cuve contenant un fort lait de chaux, avant de la plonger dans la cuve bleu; ou bien, on se sert de cuves bleu assez fortes en chaux, et on teint pendant que le liquide est trouble.
On convertit aussi les sels de plomb fixés au tissu directement en sous-chromate, en teignant dans du chromate de potasse alcalin; on obtient de suile de Vorange,
L'etfet de Tacide qu'on imprime sur le sous-chromate de plomb orange, c'est de ramener celui-ci à Tétat de chromate neutre qui est jaune. En combinant convenablement ces dififérents genres d'effets, on peut produire sur la même pièce : gros bltu^ petit 5/eu, orange et jaune de chrome;
5** Bhu rongé blanc. — La t^einture bleu uni pour enlevage blanc ne se fait point au cadre, comme pour les pièces recouvertes de réserve. Un procédé plus expédilif est employé; il est connu dans les ateliers sous le nom de teinture continue ou à la roulette.
Cette teinture se fait en plaçant dans la cuve un bâti en bois composé de quatre moulants, reliés par quatre traverses â environ 30 cent, du haut et du bas; sur. ces traverses sont fixés des rouleaux de bois sur lesquels la pièce vient passer, en remontant de celui du haut, pour descendre et remonter six à huit fois. Un rouleau d'appel commande la pièce; ce bûti est mobile et est immergé dans la cuve au moyen d*une poulie.
Pour obtenir un bleu de nuance moyenne, on commencesurune cuve faible, en donnant une passe de déblanchiî-sage. Un ouvrier tourne lentement la manivelle du rouleau d*appel; la pièce , au sortir de la cuve, passe au large sur des rouleaux disposés d'un bout de l'atelier à l'autre; durant ce passage, elle absorbe l'oxygène de l'air et un second ouvrier la plie. De la cuve faible, on passe sur une plus forte, puis sur une troisième, et enfin sur une cuve fraîche ou forte. Après la teinture , on passe en acide sulfurique léger, on nettoie et on sèche .-
LVnlevage blanc sur bleu uni, c'est-à-dire la destruction de la couleur sur certaines placés, afin de faire apparaître le blanc du tissu, s'opère en foulardant ou immergeant les pièces dans un bain de bichromate de potasse faible ; on sèche promptement H
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à l'abri de la lumière, dans des séchoirs appelés chambi^e chaude, . On imprime sur ces tissus ainsi préparés une dissolution d'acide oxalique épaissie. Cet acide s'empai'e de la potasse du bichromate dont la pièce est imprégnée; Tacide chromique, mis en liberté, donne, d'une part, de Toxyde de chrome qui se combine avec Tacide oxalique encore libre, et de l'oxygène qui se porte sur l'indigo et le détruit; le blanc du tissu apparaît donc ime fois qu'on a passé les toiles en eau chaude chargée de craie, celle-ci étant utile pour neutraliser l'acide restant. On nettoie ensuite complètement.
Lorsqu'au lieu de foularder simplement la pièce bleu uni en bichromate de potasse, on ajoute à ce bain de l'acélate d'alumine et qu'on teint 'en quercitron, on obtient du vert. Les pièces, au sortir de la chambre chaude, sont étendues dans un local à l'abri de la lumière pour laisser dégager l'acide acétique ; l'alumine se fixe au tissu et le mordance. Après qu'on a rongé blanc par un rongeant analogue au rongeant bleu, on passe dans une eau de son additionnée de craie et à chaud ; on nettoie et on teint en quercitron, en ayant soin d'abattre la matière astringente de cette écorce par un peu de gélatine.
Un autre mode d'enlevage blanc sur bleu est employé quelquefois pour des dessins peu délicats. On prépare, d'une part, un empois d'amidon additionné d'un sel de plomb, et d'autre part, une même quantité d'empois contenant du bichromate de potasse ; au sortir du feu, on mêle les deux couleurs chaudes et on obtient ainsi un chromate de plomb dans un grand état de division que Ton imprime sur le tissu bleu uni sans autre préparation préalable. L'impression faite, il ne reste plus qu'à passer en acide chlorhydrique faible renforcé d'un peu d'acide oxalique, et tiède, pour voir apparaître le dessin en blanc. Le chromate de plomb se trouve décomposé par l'acide; il se forme du chlorure et de l'oxalate de plomb ; l'oxygène de l'acide chromique réagit, comme il a été dit, sur l'indigo et le détruit.
Une troisième manière de produire ce dernier résultat consiste à se servir de l'oxyde puce de manganèse, obtenu en précipitant du chlorure de manganèse par un hypochlorite alcalin. Le précipité est recueilli et incorporé dans un empois d'amidon. On imprime et on passe dans un bain d'acide chlorhydrique faible. Il se reforme du chlorure de manganèse et l'oxygène devient libre ; c^est lui qui détruit l'indigo dans les places où il prend naissance.
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TEINT TKINTURE tT IMPHE&SlOiN SUR TISSUS. 504
On arrive encore à détruire l'indigo sur le tissu en imprégnant celui-ci d'une dissolution de prussiate rouge de potasse. On sèche et on imprime une solution alcaline caustique faible. Partout où la potasse touche le tissu imprégné de cyanui'e rouge, celui-ci est ramené à l'état de cyanure jaune en abandonnant un équivalent d'oxygène qui réagit sur Tindigo qu'il rencontre et le brûle.
60 Bleu fdieiicé. — Un des plus jolis articles obtenus avec Tindigo, c'est sans contredit le bleu fdiemè qui remonte presqu'à l'origine de l'impression sur étoffes de coton. Dans ce genre de fabrication, on produit la désoxydation de l'indigo sur le tissu même, en imprimant un mélange d'indigo en poudre et de couperose convenablement épaissi, et en plongeant ensuite le tissu recouvert de ce mélange dans des bains successifs de chaux, de couperose et de lessive caustique. L'indigo réduit se trouve fixé complètement sans coulage. Voici comment on procède :
A de l'indigo amené à l'état de poudre impalpable, on ajoute une solution de sulfate de fer, puis de la gomme ou de ramidon pour épaissir. La couleur étant cuite, on llmprime. Un atelier de faïençage contient ordinairement six cuves. La première renferme un fort lait de chaux ; la seconde, une solution de couperose; la troisième, un lait de chaux ; la quatrième une solution de couperose ; la cinquième, de la soude caustique, et la sixième, de l'acide sulfurique étendu.
La pièce étant encadrée, on la plonge pendant 10 minutes dans la première cuve , qu'on a légèrement troublée , et après l'avoir retirée on la laisse déverdir à l'air pendant 10 autres minutes; on rentre aloi*s dans la deuxième cuve, où elle reste 15 minutes, puis 5 minutes à l'air; on passe ensuite dans le lait de chaux de la troisième cuve , et on y reste 1 5 minutes ; on laisse reverdir à l'air pendant 10 minutes, et on entre dans la quatrième cuve; après 20 minutes de séjour on retire et on laisse exposée à Pair 10 minutes; on immerge la pièce dans la cinquième cuve pendant 15 minutes; on fait réoxyder à l'air pendant 10 minutes, ei enfin on la met tremper dans la sixième cuve , contenant Tacide sulfurique à 4®; elle y demeure jusqu'à ce qu'une autre pièce vienne la remplacer.
70 Vert faïence. — Dans ce cas, la désoxydation de l'indigo est opérée, non par le sulfate de fer, mais par le sulfure d'arsenic, et on ajoute en même temps à ces deux substances finement pulvérisées le mordant de jaune, c'est-à-dire le bichlorure d'étain. On imprime donc sur la toile qu'il s'agit de recouvrir de dessins vert
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faïence un mélange suffisamment épaissi d'indigo, de sulfure d'arsenic et de bichlorure d'étain , puis on procède à la teintiu'e comme pour le bleu faïence. Après un nettoyage parfait, on passe la toile teinte en bleu dans im bain de soude. Le peu d'oxyde d'^ tain qui reste fixé avec le bleu attire la matière colorante jaune, ce qui change le bleu en vert. On nettoie fortement le tissu, a&n d'enlever le plus possible la matière jaune non fixée par le mordant, et on complète cette opération par deux passages successifs au son. On avive ensuite le vert par un bain tiède et léger d'alim, puis on lave et on sèche.
80 Bleu de pinceau.— lÀ fabrication du bleu faïence étant longue et dispendieuse , on a cherché à la remplacer par des procédés plus simples donnant à peu près la même nuance. Ce qu'on appelle le bleu de pinceau s'obtient en désoxydant l'indigo au moyen du sulfure d'arsenic en présence d'un alcali; après l'impression, on laisse le tissu s'oxyder à l'air; une simple immersion à l'eau courante suffit pour achever la fixation de l'indigo et enlever l'épaississant.
Voici comment on opère. On fait digérer au bain-marie Tindigo en poudre dans une lessive caustique; on y ajoute le sulfure d'arsenic en poudre et on fait bouillir pendant quelque temps. On épaissit ensuite à la gomme, et on incorpore à la couleur un peu d^essence de térébenthine tenant en dissolution de la térébenthine dç Venise.
On imprime cette couleur au rouleau et aussitôt que possible après sa préparation , attendu que l'indigo réduit absorbe avec une grande rapidité l'oxygène de l'air; c'est pour retarder cet effet qu'on mêle à la couleur de la térébenthine.
Les toiles, après l'impression, sont étendues pendant plusieurs jours, et pour compléter la fixation de l'indigo, on les met tremper à la rivière^ au large, pendant quelque temps. On nettoie ensuite parfaitement pour enlever la dernière trace de l'épaississant et de l'indigo non fixé.
9® Bleu solide. —Le bleu de pinceau étant d'une réussite assez difficile, attendu la rapidité avec laquelle il absorbe l'oxygène pendant l'impression, on lui a substitué plus tard le bleu au précipité. On obtient celui-ci de plusieurs manières :
En désoxydant l'indigo par la couperose et la chaux, et le précipitant par ime solution acide de protochlorure d'étain, il se dépose un mélange de protoxyde d'étain et d'indigo réduit ou blanc, qu'on isole sur un filtre.
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On peut aussi réduire l'indigo par le sulfure d'arsenic et la lessive caustique, et précipiter par un acide.
Dans tous les cas, le précipité d'indigo réduit est mêlé à un épaississant, imprinié immédiatement et passé dans un bain de chaux qui le ramène à letat soluWe et le fixe sur le tissu. Un seul exemple suffira pour bien faire comprendre la manière d'opérer.
On monte une forte cuve d'indigo à la manière ordinaire, en employant moins d'eau, afin d*avoir un bain plus riche. On décante le liquide clair et on le précipite par un mélange à parties égales de protochlorure d'étain et d'acide chlorhydrique. Il se dépose de l'indigo blanc mêlé de protoxyde d'étain, qui Tempêche de réabsorber trop promptement l'oxygène de l'air.
On préparé alors une solution de protonitrate de fer en décomposant une solution de couperose par du nitrate de plomb; on l'épaissit convenablement et on y incorpore Tindigo réduit, que Ton a recueilli sur une chausse à l'abri de l'air, et qui est alors sous la forme de pâte d'im blanc grisâtre.
Aussitôt après l'impression de cette couleur, on passe le tissu dans im lait de chaux, qui rend l'indigo soluble. Le protoxyde de fer qui provient de la décomposition du nitrate favorise la solubihté de l'indigo, qui pénètre les fibres. Lorsqu'on recouDaitque la réaction est à peu près achevée, que le tissu, de vert pomme qu'il était, devient vert chou, on passe à l'eau et immédiatement en acide sulfuiique faible , qui dissout l'oxyde de fer et fait apparaître le bleu dans toute sa pureté; on nettoie et on sèche.
Pour donner le passage en chaux, on peut se servir du cadre ou Champagne , ou bien du bâti à roulettes qu'on emploie pour les teintures unies continues; seulement, dans ce dernier cas, il faut régler la vitesse de manière à atteindre le point indiqué pour la fixation de Tindigo, et faire tomber les pièces dans l'eau courante au sortir de la chaux.
1 0* Vert solide. — On désoxyde de l'indigo au moyen du protoxyde d'étain dans la lessive caustique , on ajoute de Tacétate de plomb et on précipite le tout par de l'acide acétique. On épaissit le liquide tenant en suspension l'indigo désoxyde au moyen d'im sel de plomb, et on imprime. Après l'impression, on passe au lait de chaux, on fait tomber à l'eau courante et on laisse tremper le tissu pendant une heure pour compléter, par l'oxygène de l'air dissous dans Teau, Toxydation de l'indigo; on rince simplement et on convertit l'oxyde de plomb mélangé à Tindigo en chromate de plomb par im passage dans un bain de bichromate de potasse;
on nettoie soigneusement, et pour dégager parfaitement le blanc du tissu on passe dans de Tacide acéliqne très-faible.
Depuis l'introduction du silicate de soude dans la fabrication des indiennes, un autre procédé pour le vert solide a pris naissance: il est fondé sur la fixation instantanée de Tacétate d'alumine par le silicate, et sur Tétat alcalin de ce dernier, qui rend soluble et fixe Tindigo blanc; il ne reste après qu'à teindre en jaune dans du querciiron. On agit de la manière suivante.
On incorpore de Tindigo réduit dans de Tacélate d'altimine épaissi; on l'imprime et on passe la toile dans un bain de silicate de soude, qui, tout en précipitant l'alumine, fixe en même temps l'indigo réduit. On fait tremper pendant une heure à Teau courante, on nettoie convenablement, puis on teint à tiède dans un bain de quercitron où Ton a mis un peu de gélatine. On lève les pièces à la nuance voulue, et pour nettoyer et dégager le blanc on donne un bain de son.