‹ Dictionnaire de chimie industrielleChapitre 220 sur 284 · II. GENRB GARANCE ET SES DÉRIVÉS · texte numérisé non relu

II. GENRB GARANCE ET SES DÉRIVÉS

La garance donne avec les différents mordants des nuances variables qui constituent des genres très-intéressants.

Nous étudierons les principaux. Nous distinguerons Timpression en garance et la teinture obtenue par la garancine et le garanceux.

a. Teinture en garance,

1. Rose fond fe/anc— On imprime au rouleau un léger mordant d'alumine, additionné de nitrate de zinc, épaissi à Tamidon et coloré en ronge par un peu d'extrait de Lima. On laisse oxyder le tissu étendu pendant deux à trois jours; on dégomme et on nettoie pour teindre en garance. ^

Dans certaines fabriques, on a pour habitude d'ajouter un peu de carbonate de potasse à Teau du bain de teinture, dans le but de saturer l'acide pectique de la garance. Ailleurs, on néglige cette précaution.

La teinture s'effectue dans des cuves pouvant teindre six à huit pièces à la fois; on entre le tissu en garance, en le faisant passer sur le moulinet de la cuve et nouant les deux bouts ensemble; on met le moulinet en mouvement, et les pièces tournent de deux heures et demie à trois heures, afin do présenter toutes les surfaces recouvertes de mordant au bain colorant.

La température à laquelle on entre est de 20*; on monte à 30

dans la première heure , à 40o dans la seconde et à 45* dans la dernière demi-heure. Il faut bien veiller à ce que, pendant toute la durée du garançage, la température ne s'abaisse pas et monte graduellement ; car, dès qu'il y a abaissement de température, il y a perle de matière colorante et mauvaise teinture. Les pièces doivent être d'un rouge bien nourri ; le blanc est chargé de matière colorante; mais comme elle n'est pas fixée chimiquement, le savon Tenlève facilement.

Au sortir du garançage, on rince et nettoie les pièces à fond, pour leur donner un premier passage au savon, qui s'opère dans des cuves semblables aux cuves à garancer, et exclusivement réservées pour cet usage. La quantité de savon à employer doit être suffisante pour donner une eau bien douce et mousseuse. On entre à 30oet on monte en trois quarts d'heure à 35«. On lève et on nettoie pour donner un deuxième savon pareil au premier, en entrant à 35® et montant en trois quarts d'heure à 45^. On nettoie de nouveau. Alors le blanc commence à se dégager; le rouge, de brun qu'il était avant le savon, devient d'un rouge plus franc, et le mordant se trouve saturé de savon, c'est-à-dire qu'une partie du savon s'est décomposée durant l'opération, en sorte que les acides gras ont formé une combinaison intime avec la laque colorante fixée sur l'étofife.

On procède alors à l'avivage, qui a pour but de dissoudre la matière fauve de la garauce qui s'est fixée sur le mordant en même temps que la matière rouge, et de modifier légèrement celle-ci. L'avivage pour le rose se fait généralement en passant les pièces dans un bain d'acide sulfurique excessivement léger. On y entre les pièces à froid, et lorsqu'elles ont tourné pendant quelques instants, on élève graduellement la température, en observant bien la nuance que prend la couleur; lorsqu'on arrive à un ton rouge orangé pâle, nuance que la pratique peut seule indiquer, on arrête l'opération en faisant couler de l'eau froide dans la cuve et fermant la vapeur, et on lève promptement les pièces pour les nettoyer.

Après l'avivage, on donne un troisième savon dans les mêmes proportions que les deux premiers; on entre à 50« et on pousse promptement au bouillon, qu'on maintient pendant une demiheure. C'est alors que la nuance rose apparaît. On nettoie de nouveau , et pour donner un plus beau reflet à la nuance on fait bouillir les pièces pendant deux heures en chaudière close ou autoclave dans im bain de savon, auquel on ajoute un peu de cris-

509 CHAP. n. — IMPRESSION SUR TISSUS. TEINT

taux de soude; on nettoie de nouveau à fond et on met sécher à Tair.

Si toutes les opérations ont été bien conduites, on doit avoir un beau rose à reflet bleuté et un blanc parfait.

2. Violet fond blanc au rouleau. — On imprime au rouleau un léger mordant de fer épaissi ; on laisse oxyder trente à trente-six heures, on dégomme à une température peu élevée, on nettoie à fond et on teint en garance. Lorsqu'on opère dans des eaux chimiquement pures, on ajoute quelquefois un peu de craie à la garance. On entre en garançage à 20o et on élève la température de 5o par quart d'heure jusqu'à 70o ; on arrive lentement à 75* et on soutient ce degré pendant ime demi-heure; on nettoie et on donne im chlorure de chaux faible à froid pendant un quart d'heure ; ceci a pour but de détruire une partie de la matière colorante non combinée à Tétoffe, et qui ternit le blanc. On nettoie au sortir du chlorure, puis on donne un savon, dans lequel on entre à 40o; on en élève la température à 80» en trois quarts d'heure ; on nettoie de nouveau pour donner ravivage qui convient pour le rose; la nuance, au lieu de devenir orangée, acquiert im ton rouille chamois rougeâtre auquel on s'arrête; on nettoie encore et on entre le tissu dans un bain alcalin de chlorure de potasse léger, dans lequel on reste environ un quart d'heure à ime température de 25 à 30*. Les pièces reprennent dans ce bain leur beau ton de violet; on nettoie de nouveau, et enfin on donne un passage au savon à 60», qu'on porte rapidement à l'ébullition et qu'on maintient à ce terme pendant une demi-heure; il ne reste plus qu'à nettoyer et sécher.

Le traitement du violet teint en garance varie à Tinfini : on en fait sans avivage à l'acide sulfurique et quelquefois même sans savon, en blanchissant seulement au chlore. D'autres fois^ on donne deux savons avant ravivage, et, pour finir, im passage en chlorure de chaux très-léger et bouillant pendant quelques minutes seulement.

3. Genre puce. — Ce genre s'imprime principalement à la main; cependant on le fait aussi au rouleau à trois et quatre couleurs et à la perrotine ; mais alors il faut prendre certaines précautions pour que les couleurs tranchent bien, telles que diversité dans l'épaississant des mordants qui peuvent se recouvrir l'un l'autre, prompte dessiccation ; il faut aussi découper autant que possible exactement les formes et laisser les couleurs mordre fort peu l'ime sur l'autre.

Lorsqu'on opère avec la planche, on imprime d'abord le noir en première main; le lendemain on y met le gros rouge, qu'on laisse oxyder deux joursavant d'y rentrer le rouge moyen, et enfin après deux autres jours d'oxydation, ou y rentre le rose. On a soin décolorer diversement ces trois tons de rouge, afin de faciliter le travail des imprimeurs. Lorsque le dessin porte du cachou, on Timprime après le gros rouge, afin qu'il ait tout le temps de s'oxyder jusqu'au dégommage; c'est le violet qui est mis en dernier lieu, et un à deux jours après Timpresàion de celte couleur on dégomme et on nettoie en prenant les précautions d'usage peur teindre en garance.

Le garançage se fait en trois heures; on entre à 20® et on monte en deux heures et demie à Go®, pour tenir cette température pendant une demi-heure, puis on nelioie à fond. Au sortir de la tenture, il faut que les trois rouges soient bien saturés de matière coloranle, que le gros rouge ait un ton grenat rougeâtre et que les trois nuances tranchent bien.

Pour dégager le blanc, on donne un premier savon en entrant à 40*, et montant à 55° en trois quarts d'heure; on nettoie bien pour donner un second savon en entrant dans lu bain à'50®, et montant en trois quarts d*heure à 65**; on nettoie de nouveau pour procéder à ravivage du rouge, qui se fait toujouis au bichlorure d'étain, dont la composition varie selon les fabriques. Lorsque du violet accompa.îjme le rouge, on ajoute au bichlorure un peu de savon , pour attaquer moins vile et ménager le violet. On chauffe d*abord l'eau de la cuve à 25», on y dissout le savon , puis on y ajoute le bichlorure d'étain^ on entre la pièce et on laisse l'opération marcher quelques minutes sans élever la température; on chauffe peu à peu jusqu'à 50"; lorsque le gros rouge est arrivé à la nuance rouge orangé , couleur écrevisse , on lève les pièces et on les nettoie. C'est encore la pratique seule qui fait acquérir le coup d'œil pour ravivage; il est bien difficile de décrire le ton de nuance auquel il faut s'arrêter. Durant ravivage, le bichlorure d'étain est décomposé, et une partie de loxyde d'étain formé se combine a la laque colorée, qu'il avive.

Pour finir, on donne un dernier savon eu entrant à 60®, et pou«sant rapidement au bouillon, qu'on entretient pendant une demiheure, et on nettoie. Si les pièces doivent rester fond blanc on ne donne qu'un léger nettoyage et on les expose quelques jours an pré, l'envers tourné du côté de la lumière ; alors le peu de savon qui reste sur le tissu se décompose à l'air et à la lumière; le pbé-

noniène de combusfioa marche rapidement; Toxygène de lair de la rosée brille la matière colorante attachée au blanc , et en peu de jours les pièces sont d'un blanc parfait, tandis que le rouge acquiert encore plus de feu. Il faut veiller attentivement aux pièces mises sur le pré, car si on les laissait trop longtemps on finirait par attaquer le rose et le violet. Il ne reste plus qu'à les passer en eau chaude, les nettoyer et les sécher pour y rentrer les couleurs d'enluminage.

Lorsque les pièces doivent recevoir un mi-fond ou un soubas* sèment en couleur fantaisie, il n^est pas nécessaire qu'elles soient d'un blanc aussi parfait; on se borne à les bien nettoyer, les repasser en eau chau3e pour enlever tout le savon, les nettoyer de nouveau et les sécher. On y rentre ime réserve au citrate de soude, qui recouvre les parties du dessin qui doivent être préservées du soubassement au rouleau qu'on y met après.

Les mordants qu'on imprime pour soxihB&semeni on passe^partout varient. C'est ordinairement du mordant violet ou du puce de différentes forces, selon le ton que Ton veut produire. Après avoir étendu quelques jours les pièces recouvertes du soubassement, on les dégomme en craie et bouse à la cuve à roulettes, on les fait tomber à l'eau et on les nettoie bien pour les teindre, soit en sumac, galle, quercitron, écorce de grenade, ou dans un mélange de ces astringents. D'autres fois, on ajoute un peu de garancine au quercitron et au sumac; on teint à basse température jusqu'à la nuance voulue et on nettoie bien. Lorsque le fond s'est un peu chargé de matière colorante et que le blanc n'est pas pur, on le dégage par un léger passage au son. Quelquefois, on fait virer les nuances obtenues par les corps astringents à Taide d'un passage dans une eau légèrement acidulée et tiède. •

Souvent, pour ne pas être obligé de teindre les nuances du soubassement, on emploie des couleurs fantaisie d'application, qii'on fixe par un passage en craie et bichromate; après avoir nettoyé on sèche et on reutre les couleurs d'enluminage, qui sont bleu, jaune et vert vapeur.

4. Genre Aladin, — Ce genre, un des plus jolis qu'on ait faits en indienne, est obtenu au moyen de la cuve décolorante sur des étoffes garancées et savonnées.

On imprime au rouleau les mordants puce et violet foncé en effets ombrés par la gravure ; puis, après avoir oxydé l'impression on passe en violet clair au rouleau. D'autres fois, on combine des effets ombrés en rose, puce et violet, de manière à laisser peu de

blanc et à former des dessins à peu près unis. Après avoir teint en garance et avoir bien savonné pour saturer de savon la laque colorée et la rendre à peu près inattaquable par le chlore, on imprime au rouleau le jaune et le blanc rongeant; le premier, composé d'un mélange d'acides organiques fixes (citrique, tartrique, oxalique), auquel on ajoute des sels de plomb ; le second, composé des mêmes acides sans addition de sels. Après Timpression, on encadre les pièces sur une Champagne, comme pour la teinture de réserve bleu de cuve, et on la plonge pendant quelques minutes dans la cuve décolorante.

Cette cuve est une citerne circulaire en pierre de taille ou en maçonnerie, contenant un fort lait de chaux, auquel on a ajouté du chlorure de chaux en quantité suffisante pour produire la décoloration de la laque colorée sur les parties recouvertes diacides organiques. Le chlore naissant détruit la couleur; l'excès de chaux de la cuve, en fixant le chlore devenu libre, et qui tend à se dégager, circonscrit Tefifet décolorant dans les limites de l'impression.

Aussitôt que le blanc apparaît on retire le cadre , on le plonge immédiatement dans une cuve d'eau, puis on décroche les pièces, qu'on met tremper à la rivière et qu'on rince simplement.

Dans le passage à la cuve décolorante, on a fixé sur le tissu Toxyde de plomb en même temps qu'on détruisait la matière colorante. Pour avoir du jaune, il ne reste qu'à teindre en bichromate de potasse , ce qui produit du chromate de plomb. On rince et on bat les pièces.

On a- donc de cette manière du blanc et du jaune au milieu des autres couleurs garancées. Si l'opération a été bien conduite, celles-ci ne doivent pas être afifaiblies.

Lorsqu'on veut produire du vert et du jaune sur des pièces qui ont du noir, du puce ou du gros violet, on les foularde dans une légère solution de prussiate de potasse avant d'imprimer le rongeant jaime au sel de plomb. Partout où le rongeant rencontre l'oxyde de fer du mordant en quantité suffisante pour former du bleu de Prusse avec le prussiate de potasse, la couleur bleue se produit. On cuve en chlore pour décolorer et on teint en chromate de potasse. Le jaune de chrome forme du vert avec le bleu de Prusse partout où le dessin renfermait de Toxyde de fer, tandis que sur les couleurs rongées en violet clair on a du jaune pur.

5. Rouge Andrinople ou rouge des Indes. — Ce rouge, renommé par sa beauté et son extrême solidité, se fait depuis longtemps dans les

513 GHilP. II.-^MPRBSBION 8UH TISSUS. TËlNT

Indes^ d*où il a passé en Perse et dans le Levant. Ce n'est que vers le milieu du dernier siècle que des ouvriers arménicDS Timportèrent en Normandie, où Ton ne teignit d'abord que du coton en écheveaux. On a trouvé au commencement de ce siècle à Mulhouse le moyen de teindre directement les tissus en cette couleur.

Il est inutile d'employer du tissu blanc pour cette fabrication; on se contente de donner une lessive, de bien nettoyer et de sécher^ puis on donne les bains gras ou huilage ^ qui consistent en une émulsion obtenue avec de Thuile tournante, du carbonate de soude et une eau chargée de crottin de mouton ; le mélange bien intime de ces matières a un aspect lactescent; il porte dans les ateliers le nom de bain blanc. On y foularde les pièces; on les sèche à la chambre chaude, et après dessiccation, on les étend sur la prairie pendant quelques jours, puis de là dans une étuve chaude spéciale, où elles restent quarante-huit heures àime température de 65«.

Les mêmes pièces reçoivent ainsi de huit à douze bains blancs successifs. Lorsque la saison ne permet pas l'exposition sur le pré, on les étend dans la chambre chaude, et on maintient la température plus longtemps; cependant, autant qu'on le peut, on doit préférer l'exposition à l'air, parce que l'acide carbonique et la lumière ont une grande influence sur la fixation du mordant organique; aussi a-t-on remarqué que la fabrication d'été est toujours plus belle que celle d'hiver.

Lorsque la fibre textile a été sufflsanunent imprégnée de corps gras modifiés , il faut la débarrasser de l'excès qui la recouvre. A cet effet, on met macérer lestoi les dans un léger bain de carbonate de soude, qui met en suspension toutes les parties grasses non combinées à la fibre; on exprime, et le liquide qui en découle est mis à part sous le nom de bain blanc vimx; il est préférable au bain blanc récent, parce qu'il est beaucoup plus actif.

Après le dégraissage, on procède à Yengallage, qui se fait avec une décoction de noix de galle ou de sumac, matières astringentes, qui donnent plus de corps et de fixité au rouge. On sèche et on foularde ensuite en acétate d'alumine; on passe de nouveau, puis on étend les pièces dans une oxydation, où elles restent pendant quelques jours. Quelquefois, au heu de foularder en acétate d'alumine le tissu engallé, on y imprime un mordant d'alumine épaissi ; on obtient alors un rouge et un rose, car les parties non recouvertes d'alumine, mais simplement imprégnées du mordant organique, se teignent en rose au garançage.

m.— DICT. DB CBIMIB INDUSTRIBLLS. 33

Les pièces , après être suffisamment oxydées, sont dégommées en bouse et bien nettoyées; elles sont prêtes alors à recevoir U teinture. Tout ce qu'on sait de positif sur la nature du corps gras modifié qu'on a fixé sur le tissu, c'est qu'en le redissolvant dans l'alcool et l'évaporant, on obtient un liquide huileux qui se sépare en deux couches , l'une solide, l'autre liquide, et qu'en saponifiant ce liquide visqueux par les bases alcalines puissantes, il ne se forme jamais de glycérine; de plus, en appliquant sur un tissu blanc ce corps gras modifié, on obtient par la teinture en garance les nuances les plus intenses et les plus pures.

La teinture s'opère ordinairement en deux fois , en partageant la proportion de garance, qui est de une à deux fois en poids celle du tissu à teindre; on ajoute au bain, outre un peu de craie, environ le quart du poids de la garance de sang de bœuf. On élève peu à peu la température pour arriver au bouillon en trois heures, on le maintient pendant quelque temps; on nettoie pour donner le second bain de teinture.

Après un parfait nettoyage, cm procèdç à ravivage, qui se donne dans des chaudières autoclaves avec un mélange de savon et .de carbonade de soude; ce dernier sert à enlever l'excès de matière grasse fixée sur le tissu, en même temps qu^une partie de la matière colorante. L'opération dure de douze à dix-huit heures avec une pression de deux atmosphères. On nettoie bien et on donne le second avivage ou rosage, qui a pour but de substituer une certaine quantité d'oxyde d'étain à l'alumine, et qui fait acquérir au rouge cette nuance feu qui le distingue de tous les autres rouges. Le bain de rosage se compose de savon, de carbonate de sonde et d'une certaine quantité de protochlorure d'étain. On y entre les pièces et on les y fait bouillir comme pour ravivage précédent. 11 ne reste plus qu'à bien nettoyer et sécher.

Malgré tous les soins qu on a puprendre, on n'arrive pas tou* jours à avoir des pièces de nuances bien unies ni du même ton; c'est pourquoi on les choi^t : celles qui sont moins nourries ou qui présentent de petites inégalités aont destinées à l'impression ; les plus belles sont vendues en uni.

Les couleurs qu'on imprime sur rouge d'Andrinople sont ^fis couleurs rongeantes à la cuve décolorante. Le niême principe y domine comme pour le genre Aladin , c*est*à-dire qu'on fiait un mélange d'acide organique quon épaissit; appliqué seul ^ ce mélange donne du blanc; il donne du jaune quand on y a introduit à Invance des sels de plomb; du bleu^ quand on y a i^ou^ ^

515 GHAP: II.-^IMPRESSION SUH TISSUS. TEINT

bleu de Prusse en pâte. La cuvé décolorante est tenue un peu plus forte en chlorure de chaux que pour le genre Aladin, et on opère avec le plus grand soin. Comme le bleu et le jaune en grandes masses sont quelquefois d'une réussite difficile, on préfère ronger seulement le blanc, et après l'avoir parfaitement dégagé par quelques jours d'exposition sur le pré, on y rentre du jaune, du bleu, du vert et du noir d'application; on laisse oxyder pendant quelques jours et on lave.

b. Teinture en garancine et garanceux,

La garancine^ qui a remplacé en grande partie la garance dans les ateliers d'indiennes, représente environ trois fois le pouvoir tinctorial de cette dernière, et sert pour toutes les nuances.

Le garanceux^ qui est préparé, non avec la garance neuve, mais avec le résidu de la garance qui a déjà servi en teinture, ne représente que le sixième du pouvoir tinctorial de la garancine. Il est seulement employé dans la teinture des fonds puce et rouge ou toute autre nuance, excepté le violet, qu'il ne peut pas donner.

Les articles auxquels on a surtout appliqué la garancine sont le genre rouge rongeant avec soubassement violet et le genre fond puce à trois ou quatre couleurs au rouleau.

1. Rouge rongeant à la garancine, — On imprime, soit au rouleau, soit à la perroiine, un mordant de fer pour le noir, un mordant d'alumine additionné de sel d*étain pour le rouge, un mélange d'acétates d'alumine et de fer pour les différents tons de puce, du cachou au sel ammoniac et au verl-de-gris, du jus de citron léger pour réserver le blanc et un léger mordant de fer pour le violet. On étend les pièces à l'oxydation pendant quelques jours, puis on y met un soubassement au rouleau en violet, et on laisse oxyder de nouveau pendant vin^^t-quatre heures.

Daus tous les cas, on dégomme, on nettoie avec les précautions déjà indiquées et on teint en garancine. La teinture se conduit à peu près eomme pour le garançage ordinaire.

La garancine offre l'avantage de ne pas charger le blanc durant la teinture; il t^ufflt de bien nettoyer les pièces et de leur donner un passage en eau chaude pour dégager le blanc.

2. Genre fond puce à la garancine, — On opère avec les mêmes mordants. Comme couleurs d'enluminage, on emploie le violet au mordant de fer léger, le rouge en acétate d alumine avec un peu de sel d'étain, le cachou aux sels de cuivre , le tourterelle, qu'on obtient en coupant le cachou à Veau de gomme et en y

ajoutant un peu de pyrolignite de fer, et quelquefois un mordant de chrome, qui donne une couleur fantaisie. On laisse les pièces s'oxyder pendant trois à quatre jours, on dégomme avec soin, on nettoie bien et on teint en garancine comme précédemment , en veillant à bien nourrir les mordants de matière colorante; on nettoie et on sèche.

Pour dégager le blanc, on a recours à un passage léger en chlorure de chaux ou de soude qu'on donne au foulard muni d'un rouleau gravé au fond mat. Les pièces, au sortir du foulard, entrent dans une caisse munie de roulettes, sur lesquelles elles font trois à quatre tours. L'action du chlore est secondée par un jet de vapeur qu'on fait entrer dans la caisse; elles tombent de là dans la rivière, où elles sont bien nettoyées. Le blanc est alors parfait; il ne reste plus qu'à sécher promptement.

Les couleurs fournies par la garancine ne peuvent point être savonnées comme celles données par la garance, aussi sont-elles moins solides; elles ont néanmoins assez de solidité pour être classées parmi les articles bon teint. La modicité de leur prix, la promptitude avec laquelle on produit ces genres, expliquent leur adoption générale depuis une quinzaine d'années.

3. Lapis en garancine, —Ou a simplifié le genre lapis en substituant la garancine à la garance. Voici comment on procède.

On imprime la première main en blanc rongeant -réserve composé de jus de citron et de sels de cuivre; on fait tomber sur celte impression le rouge composé d'acétate d'alumine et de sel» de cuivre, et quelquefois aussi le noir au pyrolignite de fer et sels de cuivre. Le cachou est rendu réserve par le bichlorure de mercure. On laisse oxyder pendant plusieurs jours et on teint en bleu de cuve dans une cuve forte et fraîche, assez riche en chaux. L'immersion en cuve d'inde nedoit durer qu'une à deux minutes. On laisse déverdir à Tair, on rince dans une seconde cuve à eau et on nettoie. Pour enlever les corps résistants ajoutés aux mordants, on dégomme en son additionné d'un peu de vinaigre, on nettoie, on dégomme une seconde fois en son seul, on nettoie de nouveau et on teint en garancine.

Si l'opération est bien conduite, le blanc est assez pur. Dans le cas contraire, on passe en son, on nettoie et on sèche pour rentrer les couleurs d'enluminage, qui sont le rose et le jaune d'application. Ces couleurs tombent tantôt sur le blanc, où elles apparaissent dans leur nuance propre, tantôt sur le rouge ou le Ueu, aTec lesquels elles forment violet et vert. Après avoir laissé oxyder les

couleurs d*application, on donne quelquefois un passage en eau de craie pour rehausser le jaune, puis on nettoie et on sèche.

4. Meubles fond chamois rongé blanc avec couleurs de conversion. —Ce genre s'exécute plus facilement en garancine qu'en garance. A Rouen, c'est un article de grande fabrication.

On imprime au rouleau ou à la planche plate les dessins, personnages ou ornements, qui sout surtout adoptés pour ce genre; le mordant est l'acétate d'alrunine additionné d'im peu de sel d'étain. On oxyde, on dégomme et on teint, en ajoutant à la garancine un peu de sumac ; on nettoie , et pour dégorger le blanc on passe en savon faible.

Le fond chamois s'obtient en foulardant en chamois uni , séchant à la hotteflue et laissant oxyder pendant une nuit. Le lendemain, on y imprime le rongeant blanc sur rouge, qui est fait au jus de citron avec un peu de sel d'étain; on passe en craie bouillante vingt-quatre heures après, on nettoie, on donne un léger chlorure de soude. Les parties de l'impression rouge recouvertes de chamois deviennent puce , par suite de la réaction du tannin sur l'oxyde de fer du chamois, tandis que celles qui ont été attaquées par le rongeant qui a fourni de l'oxyde d'étain au rouge apparaissent dans leur éclat primitif.

Pour convertir le rouge en violet, on se sert du même mordant chamois, mais le rongeant consiste en acide oxalique mêlé d'un peu d'acide nitrique. On dégomme le lendemain de l'impression du rongeant dans une eau rendue légèrement alcaline par le^ carbonate de soude; on y passe les pièces au bouillon, on les fait ensuite tremper à la rivière pendant quelque temps, on nettoie et on donne un léger chlorure de soude. Il y a substitution de l'oxyde de fer à l'alumine fixée primitivement sur le tissu.

Lorsqu'on veut avoir un fond gris, on rentre à la main une couleur vapeur composée d'un peu de bois jaune, de fustet et de campêche , auxquels on ajoute de l'acide pyroligneux et du pyrolignite de fer. On fixe à la vapeur pendant trois quarts d'heure et on lave. Les parties du dessin non recouvertes par le fond restent rouges et blanches, tandis que le rouge recouvert de gris devient puce.

5. Violet à Ta/iza/ ine.— L'alizarine commerciale est le produit qu'on obtient en soumettant la Deur de garance à la vapeur sous ime pression de cinq atmosphères. Son pouvoir colorant est trois à quatre fois plus fort que celui de la garance. Jusqu'à présent, on n'est point parvenu à obtenir de beaux rouge et puce avec

TEINT TKINTl'Rr. ET IMPRESSION SUR TISSUS. 518 .

cette matière, mais elle fournit des violets de toute beauté, ainsi que du noir; aussi son emploi est-il restreint à ces deux nuances.

Les mordants violets doivent être dun tiers moins forts que pour la teinture garance. Le traitement des pièces jusqu'à la teinture est le même. Pour teindre, on entre à 20% on monleen deui heures au bouillon, soit lO» par quart d'heure. Arrivé à Fébulli- Lion, on lève les pièces et on les nettoie. Le nettoyage doit durer moitié plus longtemps que pour la garance, à cause de la ténuité de la poudre, qu'on a bien de la peine à faire sortir d'entre les mailles de la toile.

Pour achever de blanchir, on passe les pièces dans un léger chlorure de chaux au bouillon pendant quelques minutes, et on nettoie. On peut aussi chlorer à la vapeur comme pour la garan- (^ine.

La solidité des couleurs à Talizarine n'est pas plus grande que celle des nuances à la garancine; aussi on préféra les violets savonnés.

Page 1