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V. COULEURS VAPEUR ET d' APPLICATION

1 . Couleurs vapeur. — On donne ce nom aux couleurs qu'on fixe sur le tissu, non par la teinture, mais par une simple exposition à la vapeur. C'est ce qu*on pourrait appeler une teinture sèche.

Voici le principe sur lequel repose l'application des couleurs vapeur. Former une laque colorée, la tenir en dissolution par un acide volatil, épaissir la couleur, l'imprimer et la soumettre à l'action de la vapeur pour chasser l'acide volatil, oxyder la laque et la fixer au tissu. Ceci s'effectue pour la couleur vapeur obtenue par les décoctions des matières tinctoriales organiques. Pour le bleu on forme un double cyanure de fer etd'étain, que le vaporisage fixe à l'état naissant sur le tissu.

Une couleur vapeur doit contenir un sel hygrométrique , pour entretenir l'épaississant dans un état convenable de mollesse , et condenser la quantité de vapeur nécessaire à la dissolution et à la combinaison intime de la laque avec la fibre textile. S'il y a trop de ce sel hygrométrique, il y a coulage et déformation du dessin ; s'il n'y en a pas assez, on s'expose à avoir des places mal fixées et inégales de nuance.

Les sels et les acides qu'on emploie pour les couleurs vapeur ne doivent pas être corrosifs, sans quoi ils détruiraient la fibre végétale à la haute température à laquelle on les soumet. Cependant, parfois on est obligé d'avoir recours à un sel dont l'acide est corrosif; mais alors on a soin de n'en mettre que laquantité strictement nécessaire pour favoriser l'oxydation de la laque.

Les épaississants employés doivent être , autant que possible , incolores pour les couleurs tendres et faciles à enlever par les lavages.

Les couleurs faites avec les décoctions végétales sont d'autant plus belles que celles-ci sont exemptes de matières résineuses, c'est-à-dire qu'elles sont bien reposées , claires et anciennement préparées. Alors elles sont déjà partiellement oxydées, et le vaporisage ne fait que compléter l'oxydation. Pour le bleu, c'est tout le contraire, c'est la couleur la plus récente qui donne le meilleur

résultat; le bleu n'a de solidité et d'éclat que lorsque le cyanure de fer s^oxyde et se produit sur la fibre même, car lorsqull est déjà à moitié oxydé lors de l'impression, il n'a plus autant d'affinité pour le tissu.

Le vaporisage s'opère, soit à la cuve, soit à la colonne, selon les genres. Lorsque des couleurs acides sont rentrées sur des étoffes déjà teintes, et qu'on peut craindre qu'il y ait redissolution de la matière colorante et réapplicage , on accompagne la pièce d'un doublier. En fixant à la cuve, on a soin de changer les pièces de place pendant l'opération, afin de faciliter le vaporisage; un mécanisme adapté aux rouleaux de suspension les met en mouvement et présente alternativement tout le tour de la poche^ qui est formée par la pièce enroulée sur elle-même. Il faut éviter soigneusement les courants de vapeur, et pour cela garnir toute la cuve de pièces, pour que la vapeur soit forcée de pénétrer à travers la masse du tissu et ne puisse s'échapper par un côté non garni; autrement, il y aurait des pièces inégalement fixées. Avant d'entrer les pièces dans la cuve, on échauffe les parois de celle-ci par am courant de vapeur, et on purge bien d'eau le tuyau de vapeur. Pendant Topération, il faut éviter la condensation provenant du refroidissement des parois , surtout si la cuve est en métal. Â cette fin, on les entoure de corps mauvais conducteurs de la chaleur. On met également sur la cuve des couvertures de laine poiir empêcher la condensation et Tinâltration de l'eau condensée ; im simple couvercle en bois est posé sur la cuve , mais non fixé, afin que l'excès de vapeur se dégage librement, sans pression.

La vapeur qu'on fait arriver dans l'appareil doit être amenée graduellement, afin de ramollir d'abord l'épaississant. On doit mettre environ cinq minutes pour ouvrir le robinet au point où il doit rester pendant la durée de l'opération; on ne donne ni trop ni trop peu de vapeur, juste ce qu'il faut pour remplacer celle qui sort de l'appareil. La pression de vapeur sous laquelle on agit doit être peu élevée; quelquefois on la détend préalablement dans un appareil spécial; d'autres fois on se borne à la faire barbotter dans 32 centimètres d'eau placée au fond de la cuve même.

L'état hygrométrique des pièces avant le fixage est encore un point utile à conserver. On doit les rafraîchir quelque temps, au sortir de l'impression , dans une étuve humide , afin que l'épaississant puisse mieux absorber la vapeur pendant le fixage.

C'est la composilion des couleurs et la nature de l'épaississant qui font adopter de préférence l'une ou Tautre marche à suivre pour le vaporisa ge.

Au sortir du fixage, les pièces sont étendues vingt-qualre heures dans une chambre chaude et humide , pour achever l'oxydation que le fixage a produite. De là, on les met tremper à la rivière pendant un temps d'autant plus long quelles sont plus chargées d'impressions; on les nettoie au moulinet, machine à laver qui fatigue moins les couleurs vapeur, et dès q\\e Teau qui en sort par une légère pression à la main n'est plus colorée, on les essore à rhydro-extracteur et on les sèche rapidement.

Quelquefois, lorsqu'on a des genres fond bleu de France ou fond gros vert, et qu'on veut hâter Toxydation de ces nuances après le fixage et obtenir de suite des tons plus foncés, on les passe dans une cuve à roulettes contenant une dissolution de chromate neutre de potasse ou un mélange de bichromate de potasse et d'alun, puis on les fait tomber à la rivière pour les nettoyer comme ci-dessus.

Les premiers essais de couleur vapeur ont été faits flur toiles huilées et mordancées en alumine, comme pour la teinture en rouge d'Ândrinople; on impriinait simplement les couleurs épaissies pour le rouge, le rose, le jaune, le violet; pour le vert, on ajoutait de la graine de Perse au bleu vapeur; le noir était du campêche à l'acétate de fer. On fixait le tout par la vapeur. Les résultats qu'on obtenait étaient fort beaux et les couleurs étaient plus solides que celles qu'on fait de nos jours. 11 n'y avait que le blanc qui laissât à délirer, aussi ne faisait-on généralement que des genres à fond ; mais comme cette fabrication était fort dispendieuse, on n'a point tardé à l'abandonner.

Plus tard , on imprima les décoctions colorantes épaissies sur des tissus mordancés en acétate d'alumine oxydée pendant quelques jours et dégommée en eau de craie. On vaporisait ensuite. On obtint d'assez bons résultats, mais un inconvénient grave a fait abandonner cette méthode. Ilarrivait fréquemment qu'au boutde quelque temps des pièces emmagasinées et parfaitement réussies éprouvaient un coulage, les couleurs se confondaient et le blanc se salissait, sans que les pièces aient été exposées à Thumidité.

Depuis une quinzaine d'années, on se sert de Toxyde d'étain comme mordant, surtout pour le bleu de Pi-usse et le gros vert. On précipite cet oxyde sur le tissu, soit au moyen du bichlorure d'étain seul, suivi d'un simple lavage, soit au moyen du stannale

de soude, qu'on passe ensuite en acide sulfurique faible, soit par le sulfomuriate d'étain acide. Oo nettoie bien et on imprime sur ce tissu, tandis qu il est récemment préparé.

Les couleurs vapeur sont vives et belles, mais n*ont point la solidité des couleurs grand teint; aussi sont-elles classées dans les couleurs petit teint.

On peut encore ranger dans la catégorie des couleurs vapeur celles qu*on obtient en incorporant les oxydes métalliques colorés, les ocres, le noir de fumée, le bleu d'outremer et les laques colorées dans une dissolution d'albumine, de gluten ou de caséum, et qu on fixe en coagulant ces épaississants par la vapeur. Il se forme un vernis transparent qui tient les poudres englobées et dans une union assez intime avec la fibre pour qu'elles résistent au savon bouillant.

2. Coukurs (Tapplication, — On appelle ainsi celles qui ne sont fixées ni par la teinture ni pai* la vapeur, mais simplement appliquées sur le tissu. Ce sont des laques colorées qu'on forme dans l'épaississant et qu'on laisse oxyder sur le tissu par une simple exposition à Tair. D'autres fois, ce sont des sels insolubles formés ou incorporés dans Tépaississant, tels que le jaune de chrome et le bleu de Prusse. L'épaississant qu'on emploie doit donner peu de roideur à l'élofife et s'enlever facilement par le lavage.

Les sels qui forment les laques colorées peuvent être employés en plus fortes proportions que pour les couleurs vapeur, et n'ont pas besoin d'être à acide volatil.

Le même principe régit la fixation des laques colorées d'application que celui des laques vapeur. On dépose sur la toile une laque formée dans Tépaississaot et additionnée de sels hygrométriques et oxydants , on en recouvre la fibre et on expose la toile à l'air chaud et humide. La matière colorante absorbe de Toxygène, la couleur se fonce, et lorsqu'elle est arrivée au point désiré, on fait tremper la toile dans Teau, on la lave légèrement et on fait sécher le plus rapidement possible.

Certaines précautions doivent être prises lors du lavage et du séchage de ces couleurs. Si on ne lave pas assez, le tissu reste roide et le blanc se salit facilement au séchage. Si on lave trop, ou appauvrit la couleur.

L'épaississant le plus employé est l'amidon pour les couleurs foncées et la gomme adragante pour les couleurs cidres.

GiRARDiM (de l'Institut.).

On distingue plusieurs espèces de verres, eu égard à leur mode de fabrication, à leurs usages et à leur composition.

Le verre de Bohême^ qui sert en Allemagne à fabriquer la gobeleterie fine et la gobeleterie commune, est un silicate à base de potasse et de chaux. Il renferme, en outre, comme toutes les autres sortes de verre, une petite quantité d'alumine et d'oxyde de fer empruntée soit au creuset dans lequel il a été fondu, soit aux matières plus ou moins purifiées qu'on a employées pour le produire.

Dans notre verre à gobeleterie^ la potasse est remplacée par la soude, dont le prix est moins élevé.

Le verre à vitres est pareillement formé de silicates à base de soude et de chaux.

Il en est de même du verre à glaces.

Le verre à bouteilles contient, avec la silice, de la soude ou de la potasse, de la chaux, de Talumine et de l'oxyde de fer.

Le cristal est un verre à base d'oxyde de plomb et de potasse. En Allemagne, on désigne toutefois sous ce nom le verre de Bohême servant à fabriquer la gobeleterie de luxe.

Le flint-glass, sorte de verre dense pour Toptique, et le strasi, qui sert à imiter le diamant et les pierres précieuses, renferment, dans des proportions différentes, les mêmes éléments que le cristal.

Les émaux renferment en outre de Toxyde d'étain ou de l'acide arsénieux, qui leur donnent Topacité qui les distingue des autres sortes de verres.

Les verres colorés empruntent leur coloration, qu'on peut varier à l'infini^ à divers oxydes métalliques^ à quelques métaux, au charbon ou au soufre.

Les verres, quelle que soit leur nature, ont tous un élément commun, la silice. La proportion de ce corps varie entre 80 et 30 pour 100 de leur poids.

* Cet article est extrait, sauf quelques additions, d'un mémoire pi"* étendu, publié par M. Peligot, dans les AnnaUt du Con$êrvatoiêr du ^ §1 méH^ri. (Janvier 186f .)

On sait que, par la voie sèche, la silice se combine avec toutes les bases : celles qui sont fusibles lui communiquent la propriété de donner des composés fusibles, vitreux, d'autant plus fusibles que la base est en proportion plus considérable. Tels sont les silicates de potasse, de soude, de plomb. Les bases infusibles, comme la chaux, la magnésie, Talumine, donnent des silicates infusibles ; mais ceux-ci, mélangés avec les silicates de potasse, de soude ou de plomb, fournissent des produits qui fondent aux températures qui conviennent le mieux pour le travail du verrier : ce sont ces mélanges qui constituent les verres proprement dits.

Ces propriétés des silicates ont pour le verrier une grande importance ; elles lui montrent la nécessité d'introduire plusieurs bases dans sa composition. On désigne sous ce nom le mélange des matières premières qui servent à faire le verre. Elles font voir que, pour produire un verre à aussi bon marché que possible, exigeant le moins de combustible, comme le verre à bouteilles, il convient d'associer un grand nombre de bases, la potasse, la soude, la chaux, la magnésie, Talumine et Toxyde de fer.

Fondus à la température du rouge blanc, les silicates multiples qui donnent naissance aux verres, tout en offrant ime grande dureté quand ils sont refroidis, acquièrent au ropge cerise, par un abaissement de température gradué, une très-grande plasticité : de Tétat liquide, ils passent à Tétat solide en prenant tous les degrés intermédiaires de mollesse. Aussi, de même que la cire sous la main du modeleur, le verre reçoit et conserve toutes les formes qu'on lui donne. Par le soufQage, on en fait des cylindres, des ballons, des objets de gobeleterie de toute nature; le laminage le transforme en feuilles qui servent à faire les glaces; on le met au moule pour fabriquer les bouteilles; on en fait des tubes qui, ramollis à la lampe d'émailleur, donnent des fils d'ime finesse extrême, qu'on travaille comme le lin et la soie, et dont on a fait des aigrettes, de brillants tissus et même des perruques.

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