AU TISSU
1. Cachou.— C'est le suc épaissi du nauclea gambis; les Indiens remploient depuis longues années pour obtenir une couleur bronze par la superposition de sa matière colorante sur le bleu de cuve. Son introduction dans la fabrication des indiennes en Europe ne date que du commencement du siècle , et ce n'est guère que depuis 1835 qu^on a su en faire un usage raisonné.
Il y a dans le cachou deux principes distincts : une matière colorante jaune se fixant par le concours du mordant, et une substance plus ou moins analogue au tannin , la caléchine , qui , en s'oxydant, devient insoluble et d'une couleur brune, dite nua$ice cachou.
Si donc Ton fait une dissolution de cachou dans le vinaigre, qu'on Tépaississe convenablement et qu'après l'impression on l'expose pendant une dizaine de jours dans un endroit chaud et humide, le cachou s'oxyde, et, à mesure qu'il subit cette modification, il acquiert une combinaison tellement intense avec le tissu que peu de couleurs peuvent lui être comparées sous ce rapport. On accélère cette oxydation en ajoutant à la dissolution du cachou du sel ammoniac et un sel de cuivre, Tun pour rendre la couleur hygrométrique , Tautre pour céder peu à peu de Toxygëne à la matière colorante.
D'autres fois, au lieu de se borner à laisser la dissolution du cachou simplement épaissie s'oxyder à Tair, on passe le tissu imprimé dans un bain léger de bichromate de potasse, dont Tacide, en fournissant de Toxygène au cachou , transforme la catéchine en acides rubinique et japonique. Ceux-ci , en s'unissant à Toxyde de chrome provenant de la désoxygénation de Tacide chromique, constituent de véritables laques colorées siu: le tissu.
D autres fois, après l'exposition à l'air des impressions, on passe en lait de chaux, qui agit comme la plupart des matières astringentes (acides gallique, tannique, bématine), en déterminant l'absorption de Toxygène de Tair.
On arrive au même résultat en soumettant les impressions ca-
chou à raction de la vapeur d eau : il y a absorption de Toxygèoe 4ibre et fixation de la matière astringente modifiée.
Abstraction faite du temps nécessaire pour parvenir à former et à fixer cette couleur, on peut dire qu'il n^est besoin que d'en imprégner le tissu et de le laisser s'oxyder à Tair. Lorsqu'on veut produire Teffet immédiatement, il faut savoir choisir la substance qui en amènera le plus promptement Toxydation, soit en Tintroduisant directement dans la couleur, soit que la couleur appliquée sur TétofTe soit ultérieurement oxydée.
Pour réserver les impressions cachou, on emploie ou le tartrate de chrome, Uquide poisseux, qu*on épaissit à la terre de pipe et à Tamidon grillé , ou plus souvent le' citrate de soude , qui résiste aussi bien et se dégorge plus facilement. Les tissus imprimés en réserve suivent le traitement ordinaire.
Jusqu'à présent, on n'est point parvenu i ronger des fonds cachou unis d'une manière satisfaisante, ce qiii esi une preuve à l'appui de la grande solidité de cette matière colorante.
Le cachou est employé comme couleur réserve dans les genres bleu de cuve. On additionne alors le bain de cachou, outre le sel ammoniac , d'un peu de bichlorure de mercure, on l'imprime, et après l'avoir laissé s^oxyder à l'air chaud et humide, on teint en bleu. C'est dans le genre lapis surtout, avec noir, rouge et blanc, qu'on obtient de beaux effets de dessins, enrichis parle jaune et le rose d'eniuminage. Le cachou sert encore à produire de jolis eifets avec les genres garances à deux et trois rouges, en suivant tout le traitement du garançage et de ravivage. Mais c'est principalement dans la teinture en garancine qu'il est utilisé , autant pour donner sa propre nuance que pour fournir des gris et des nuances tourterelles; on additionne la couleur d'une très-petite quantité d'acétates de fer, d'alumine ou de manganèse.
On l'emploie encore pour donner plus de fixité à certains noirs d'application. Avec sa solution alcaline, on parvient à convertir les chamois en am très-beau cachou.
Cette matière tinctoriale est devenue de nos jours d'un emploi général; il serait presque impossible de la remplacer, en raison snrtout du bas prix auquel le commerce la Uvre.
2. Curctitna.— Cette matière tinctoriale n'a donné naissance à aucun genre spécial ; mais elle est souvent employée pour modi-^ fier et rehausser d'autres couleurs. Dans les genres vapeur et d'application, on s'en sert à Tétat d'extrait alcoolique, qu'on ajoute à certaines couleurs.
Son principal emploi est dans la fabrication des mouchoirs, où il sert à produire une légère teinte jaunâtre sur le blanc, en imi-, tation de la teinte des foulards de soie.
Son application est facile : on le dissout à TébuUition dans un léger bain alcalin, et on verse cette dissolution dans la coveà teindre , dont on a légèrement acidulé Teau avec de Tacide acétique, en quantité convenable pour saturer l'alcali de la solufion de curcuma ; on y plonge aussitôt le tissu, qu on y manœuvre le temps nécessaire à la production de la nuance désirée. L'affinité de cette matière colorante pour le tissu est assez grande pour produire sans mordant de belles teintes vives, qui néanmoins ne sont pas d'une grande solidité.
On arrive au même résultat avec une forte teinture alcoolique de curcuma : on la verse dans la cuve de teinture; la matière colorante s'isole dans un très-grand état de division et reste en saspension au sein de Teau; on manœuvre la pièce comme précédemment.
3. Rocou,— Comme le curcuma, le rocou n'a donné lieu à aucun genre spécial. Il est employé pour faire des fonds unis avec impressions noires; d'autres fois^ il sert comme couleur vapeur ou d'application.
L'insolubilité dans Teau de la matière colorante résineuse du rocou oblige à se servir d'un liquide alcalin pour faire les bains de teinture.
Pour teindre en fond orange, on procède ordinairement par la teinture au baquet et au large, c'est-à-dire que chaque pièce est manœuvrée isolément dans le bain en l'empêchant de couler durant ropération. Le baquet est monté à l'eau froide, à laquelle im ajoute la quantité nécessaire de solution alcaline de rocou, et on tourne la pièce dans ce bain jusqu'à la nuance voulue. Pour rehausser le ton et donner plus de vivacité, on passe quelquefois au large et à la cuve à roulettes dans une dissolution légère de protochlorure d'étain acide , ou parfois dans une dissolution faible d'alun.
Souvent, au lieu de teindre les fonds unis on épaissit légèrement la solution de rocou, on matte au foulard, on aèche à la hottefluô pour fixer la matière colorante par im vaporisag», et on l'avive par un passage au sel d'étain acide faible; on fait tomber i la rivière, on nettoie et on séehe.
La solubilité du rooou dans las liqueunaLsalinesn donna lieH i son emploi comme couleur réserve seiiB bleu es Pniaae vafiMir*
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On imprime le bain alcalin épaissi en même temps que les autres couleurs, telles que noir, blanc et jaune; on recouvre par une impression ou plu ôt un maltage au rouleau en bleu vapeur au prussiate, et on soumet au vaporisage. Le prussiate de fer et d'étain, qui constitue le bleu vapeur, est ramené à Tétat de prussiate jaune qui s*en va au lavage, et on obtient ainsi une impression, orange rocou sous fond bleu.
4. Car^//amc.— C'est vers le commencement de ce siècle que le cartharae a surtout été employé dans l'impression , principalement pour faire ces beaux fonds roses si frais sur le genre lapis^ dont il convertit le bleu en gorge de pigeon et teint les blancs en rose.
Pour teindre en rose uni, on lave à l'eau courante les fleurs du carthame renfermées dans un sac de toile ; on comprime, afin d'en faire sortir toute la matière colorante jaune, et lorsque cellenci ne se teint plus, on exprime les fleurs et on verse dessus une solution de carbonate de soude, qui ne doit jamais dépasser en poids celui du carthame sec employé. On laisse macérer pendant quelques instants et on exprime à travers un linge. La solution alcaline est aussitôt versée dans le bain de teinture, auquel on ajoute, soit du vinaigre, soit du jus de citron, jusqu'à ce que tout le carbonate de soude soit saturé et que le bain devienne franchement acide. L acide carbonique se dégage, et le bain, d'orange rougeâtre qu'il était, devient d'un rouge rose vif; arrivé à ce point, on ajoute encore un léger excès d'acide, qui est destiné à remplacer un avivage ultérieur , qu'on ne donne que lorsqu'on a opéré dans un bain exactement saturé, mais neutre. Dans ce liquide légèrement acide, on plonge immédiatement le tissu à teindre, et on ly manœuvre au large et à' froid jusqu'à ce qu'on ait atteint la nuance cherchée; on rince à la livière, on essore et on sèche le plus promptement possible à Tabri de la lumière solaire, attendu que le ton si frais du carthame est d'une excessive fugacité.
Sur les fonds roses unis qu'on fait sur blanc, on réalise des impressions enlevage, soit par les alcalis, soit par Thypochlorite de chaux. Le mieux est d'employer ensemble ces deux agents , en prenant, par exemple, un fort lait de chaux, auquel on ajoute un peu de chlorure de chaux; on épaissit, on impi-ime au rouleau et on étend pendant quelques heures. L'action destructive des deux agents s'exerce aussitôt; la chaux, qui est en grand excès, empêche les émanations du chlore, qui pourraiept nuire à la fraîcheur du fond. Il ne reste qu'à mettre toigneutement au large
TEINT TEINTURE ET IMPRESSION SUR TISSUS. h'2\
à la rivière, laisser tremper pour enlever l'épaississant^ qui est d'une grande solubilité , et laver sans trop fatiguer le tissu.
Malgré tous les soins qu'on prend, la nuance du fond diminue toujours un peu d'intensité; aussi est-on dans Tusage de donner aux pièces qu'on veut ronger blanc une couleur unie plus foncée que celle qu'elles doivent garder.