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VERRE A BOUTEILLES

Les ûiatières premières qu'on emploie pour la fabrication du verre à bouteilles sont de nature très-diverse, selon les localités. On se sert autant que possible de celles qu'on a sous la main, afin d'économiser les frais de transport. On emploie les sables du pays, en donnant la préférence à ceux qui, étant calcaires, argileux, ferrugineux, apportent avec eux une partie des fondants nécessaires à la production économique du verre.

A Rive-de-Gier et à Givors, dans les usines dirigées par M. Ch. Raabe, lesquelles contiennent 22 fours pour la Cabrication

des bouteilles, la composition qu'on employait il y a quelques années était la suivante :

Sable du Rhône 100

Chaux éteinte 24

Sulfate de soude * 8

Le sable du Rhône est ferrugineux et contient 20 x)our 100 de calcaire.

Dans la verrerie de M. de Violaine, à Vauxrot, près Soissons, où Ton produit, avec quatre fours, quatre millions de bouteilles champenoises, les matières premières mises en œuvre sont les sables calcaires, les cendres neuves et lessivées dii pays, qu'on nomme charrées; la craie de Champagne, les soudes de varech, le sel de soude, le sulfate de soude, la soude factice.

En Belgique, dans la province de Charleroi, M. Houtart-Roullier fait usage du mélange suivant :

100 parties de sa composition renferment :

Sable du pays 10

Cendres de tourbe (de la Hollande) 20

Sulfate de soude 15

Calcaire 5

Groisil ou tessons de bonteilles 50

D'après ces mélanges^ la composition du verre à bouteilles est très-variable; les fondants ordinaires, la soude et la potasse, s'y trouvent eux-mêmes en grande partie remplacés par des fondants multiples d'un prix moins élevé; c'est-à-dire par la chaux, la magnésie, Talumine, Toxyde de fer, etc.

Il est important de produire des bouteilles souJBlées bien régulièrement et bien recuites, surtout pour celles qui sont destinées à contenir les vins mousseux; autrement la casse, surtout pendant les premiers temps de la fermentation, devient très^ considérable. Elle est en moyenne, dans les caves de Reims et dlîipemay , de 1 0 pour 1 00 ; mais elle s'élève , dans certaines années et avec certaines bouteilles, à 50 pour 100 et au delà: On a construit diverses machines d'épreuve pour mesurer la résistance des bouteilles; les bonnes bouteilles résistent à une pression de 25 à 35 atmosphères.

Fabrication des bouteilles, — La fusion des matières premières se fait dans des fours analogues à ceux qui servent pour le verre à vitres. On n*ajoute pas de charbon pour décomposer le sulfate de soude, ainsi qu'on le fait pour le verre à vitres ou à gobeleterie commime; il est probable que Toxyde de carbone et les gaz hy-

drogénés qui se trouvent dans les produits de la combustion facilitent cette décomposition.

Les creusets sont ronds, ovales ou rectangulaires; ils reçoivent chacun 600 à 1 ^000 kilogr. de matière frittée, dont le rendement utile est de 80 pour 100 dé verre fondu.

La fonte dure douze à treize heures; le travail, quatone heures, en y comprenant deux heures de repos. On lait par heure 75 à 80 bouteilles ordinaires ou 50 bouteilles champenoises.

La fonte, le travail et le recuit dé 100 bouteilles ordinaires consomment 60 à 75 kilogr. de houille; pour les bouteilles champenoises, la consommation est de 200 kilogrammes.

On fait 245 à 250 fontes par an et par four contenant 8 pots; après ce temps, le four est hors de service. Il a fait 1 million de bouteilles.

Pour deux pots, il y a un four à recuire dans lequel les bouteilles sont portées aussitôt qu'elles sont façonnées.

Le travail se fait avec une extrême rapidité, avec le concours de quatre ouvriei-s.

Le gamin cueille le verre une première fois. Il passe sa canne au grand garçon, qui la charge d'une nouvelle quantité de verre et lui imprime le mouvement qui donne à la pièce la forme allongée.

Le souffleur souffle la bouteille, la met au moule, en fait le fond et le collet.

Le moulage se fait dans trois moules secs en terre, cerclés de fer. Le fond est produit par la compression d'un outil sur le fond plat de la bouteille au sortir du moule, pendant que Touvrier tourne sa canne dont Tembouchure s*appuie sur le sol. Pour le collet, on lui apporte un peu de verre fondu qu'il enroule sur le col de sa pièce; de même pour les bouteilles qui reçoivent nn« cachet qu'on imprime avec une pièce gravée en fer, comme on le ferait avec la cire à cacheter.

La bouteille terminée est détachée de la canne, reçue par le porteur sur une fourche en fer et introduite dans le four à recuire. Celui-ci a un foyer au centre; de chaque côté viennent se ranger les bouteilles, qu'on empile ensuite les-unes sur les autres jusqu'à ce que le four soit plein. On laisse tomber le feu, on ferme les ouvertures, et, au bout de quarante-huit heures, on en retire les bouteilles recuites.

D'autres fours à recuire sont à feu continu. Ils se composent

VER

d'une longue galerie chauffée, vers le milieu, par un foyer et terminée par des portes à ses deux extrémités. Le four est traversé par une chaîne en fer sans fin à laquelle sont accrochés des chariots sur lesquels on dépose les objets à recuire. Ils entrent par un bout, et sortent par l'autre convenablement recuits et refroidis.

Ce même four continu est en usage pour recuire les objets de gobeleterie en verre ou en cristal.

On peut donner aux bouteilles une capacité constante en se servant de moules métalliques; celui que représente la fig. 525 est dû à M. Carillon.

Fig. 525.— Moule à bouteilles.

Ce moule est destiné à faire des bouteilles bordelaises à fond plat, d*ime capacité de 70 centilitres et du poids de 750 grammes.

Le moule étant préalablement échauffé et maintenu fermé, on commence la paraison ; le verre est cueilli avec la canne, marbré sur la plaque de fonte, cueilli de nouveau, moulé dans un moule en bois de hêtre mouillé; l'ouvrier souffle légèrement, réchauffe sa pièce à Touvreau, puis la laisse pendre un instant pour former le goulot. A ce moment, le gamin ouvre le moule qui reçoit la paraison; il le ferme, et l'ouvrier souffle d'abord avec la bouche et immédiatement après avec le piston (pompe de Robinet). La bouteille est passée au chef de place qui la met sur im calibre pour en fixer la longueur, la détache de sa canne en rognant le goulot d'après cette mesure, la prend par le corps avec xm'sabot^ instrument qui remplace le pontil, la met à Touvreau pour arrondir le goulot, et en fait la bague avec du verre qu'un gamin lui apporte au bout d'un pontil. La bouteille, ainsi terminée, est portée au four à recuire.

Le fond du moule est percé de très-petits trous destinés à la

m.— DICT. DB CHIMIE INDUSTRIBLLK.

YËH VËHBË8 KT ÉMAUX* 562

sortie de Tair; sans ces trous, le verre n'épouserait jùts exactement les contours du moule.

Ce mode de fabrication est évidemment plus lent et plus coûteux que celui qu'on suit habituellement, mais il fournit des vases exactement calibrés.

La couleur des bouteilles qu'on fabrique en France est d'un vert plus ou moins foncé; elle est due au silicate de protoxyde de fer. Celles qu'on fait en Angleterre pour les bières fortes sont presque noires ; en Allemagne , pour les vins du Rhin , les bouteilles sont d'un jaune brun ; cette couleur est due à Tadditiou de l'oxyde de manganèse. La coloration des bouteilles, indice de l'imperfection des anciens procédés de fabrication, n^a aucune raison d'être aujourd'hui. 11 serait à désirer que Fusage des vases incolores ou moins colorés s'introduisit, surtout pour ceux qui sont destinés à contenir des boissons.

Fabrication du verre de Bohême.— Des conditions privilégiées ont donné à la fabrication du verre en Autriche un large développement.

Favorisée par une expérience fort ancienne dans cette branche de fabrication, par l'abondance et la pureté des matière» premières, par le bas prix de la main-d'œuvre, la Bohême est depuis longtemps en possession d'une supériorité que, sous plusieurs rapports, nul autre pays ne peut lui contester.

Le verre de Bohême rivalise avec le cristal pour le mérite de sa fabrication, et avec la gobeleterie commune pour son bon marché, îl a beaucoup de dureté et d'éclat. Il reçoit par la taille un trèsbeau poli-, il est très-bien fondu, remarquable par son homogénéité et son parfait affinage.

Sa teinte est habituellement légèrement jaunâtre, malgré les soins qu'apportent les Bohèmes à exclure de leurs matières premières les divers oxydes colorants qu'elles peuvent contenir. Quelques marchands du pays croient qu'il a la faculté de prendre une teinte jaune plus marquée à l'air ou à la lumière ; ce qui les conduit à conserver leurs verres soigneusement enveloppés dans des armoires obscures. La réalité de ce fait est contestée par d'autres.

En raison de la proportion considérable de siUce qu'ils renferment, les verres de Bohême sont fabriqués à une température très-élevée. Conmie ils sont difficilement fusibles, ils se prêtent mieux que tous les autres à recevoir des décors au feu de moutle. Ils résistent parfaitement à l'action des agents chimiques.

Les verres allemands, pour les laboratoires de chimie, sont d'une qualité très-supérieure à celle des verres de même usage qu'on fabrique chez nous. Nous n'avons pas pu obtenir encore de nos verriers qu'ils fissent couramment, pour nos laboratoires, des ustensiles en verre, notamment des tubes pour les analyses organiques, d'une qualité équivalente à celle des verres allemands.

Les Bohèmes excellent dans la fabrication des verres colorés dans la masse; la plupart des couleurs actuellement en usage en France ont été découvertes par eux. Le prix de leurs verres de couleur n'est souvent pas plus élevé que celui des verres blancs. Ils excellent surtout pour la gravure du verre. Presque tous les bons graveurs employés dans nos verreries viennent de la Bohême.

Composition des verres de Bohême, — Les verres blancs présentent, en général, d'après mes analyses, la composition suivante :

Silice 77 - 76 — 75

î>ota88e U — 16 — 13

Chaux 8—7—9

Alumine et oxyde de fer 1—1 — 3

Il est évident que ces verres ont été fabriqués avec des matières employées sensiblement dans les mêmes proportions.

En supposant que les matières premières soient pures, les proportions de la composition seraient à peu près les suivantes :

100 parties quartz pulvérisé.

18 à 15 chaux éteinte.

38 à 33 carbonate de potasse.

Cette composition se rapproche beaucoup de la suivante, qui m'a été communiquée dans une des verreries situées aux environs de Gratzen, en Bohême:

100 parties quartz pulvérisé.

17 chaux éteinte. 32 carbonate de potasse.

1 oxyde de manganèse.

3 arsenic blanc.

Fours de fusion.— Ces fours A sont de petite dimension , leur voûte, fig. 526, est ordinairement construite d'une seule pièce, en argile damée. Ils sont elliptiques, et leur flamme, après avoir circulé librement autour des pots, qui sont au nombre de sept à huit, se dégage dans un second four rectangulaire B, destiné à

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VERBES ET EMAUX.

la cuisson des pièces, à celle de la chaux, ou bien qui sert à chauffer le quartz, qu'on étone pour le rendre friable. Dans beaucoup de verreries, la chaleur perdue se dégage en sortant de cette arche dans deux carcaisses fermées par des portes en tôle, qui reçoivent le bois à dessécher, lequel est placé sur un châssis tournant qui rend plus facile son introduction et sa sortie de l'étuve, quand il est sec. Souvent le bois est simplement empilé et desséché sur la plate-forme du four à recuire les pièces.

Fig. 5-26. — Four à verre de Bohême.

Les pots ou creusets reposent sur un siège elliptique en terre réfractaire ; ils ont été introduits par le foyer qui est en contrebas du sol, et auquel on arrive par une voûte souterraine. Souvent le four a deux foyers, dans lesquels on brûle des bûches de sapin de 1"30 de longueur; il a ordinairement 2 mè'lres sur l^oO de diamètres intérieurs. La plupart des verreries ont deux fours, dont Tun est en activité et l'autre est en réparation.

Les pots sont de petite dimension; ils ne reçoivent chacun que 55 à 70 kilogr. de composition, dont la fusion exige au moins dix-huit heures d'un feu très-vif. Le travail du verre fondu se fait en douze heures; la verrerie fait cinq travau<c par semaine.

Les Bohèmes économisent le verre avec une habileté surprenante; Pour le cueillir, une canne, ordinairement très-légère, est introduite dans le creuset par Touvreau, devant lequel se trouve le creuset qui sert au travail de ïatelier. Chaque atelier ne se compose que d'un soulilour et de son aide. L'outillage en est des

plus simples. Plusieurs cannes et tiges de fer pleines; une auge contenant de Peau pour refroidir le verre, avec une sorte de fourche fixée à l'une de ses parois; une plaque de fonte (marbre ou madré) qui sert à parer le verre; une autre auge qui reçoit les débris de verre; une palette en bois dont une surface est concave et qui , étant mouillée , sert à arrondir le verre, de grossiers ciseaux à longues branches, destinés à découper les bords des pièces façonnées; quelques pinces et compas en fer ou en bois; tels sont, avec les moules en bois, en métal ou en terre, les outils qui, dans les verreries de Bohême, comme dans les cristalleries, servent à façonner tous les objets de gobeleterie, aussi variés par leurs formes que par leurs usages.

Le verre étant cueilli et paré, le souffleur forme d*abord une boule épaisse qu'il arrondit, puis qu'il allonge, en promenant à sa surface un morceau de bois mouillé, pendant qu'il imprime à sa canne im lent mouvement de rotation. Il réchauffe sa pièce, puis il l'introduit dans un moule creux en bois, à deu^ compartiments séparés, que l'aide rapproche aussitôt; il souffle fortement et donne ainsi à la pièce sa forme et sa dimension. L'emploi des moules en bois, qu'on doit aux Bohèmes, est aujourd'hui répandu dans toutes les verreries. Ils ont le grand avantage de ne pas rayer le verre. On les remplace quelquefois par des moules en terre qui s'usent moins rapidement. Quand on se sert de ces derniers, on les saupoudre intérieurement de résilie en poudre, laquelle produit, en s'enflanmaant, une couche de charbon et une atmosphère de gaz qui neutralisent TefFet que produiraient les petites aspérités du moule.

Pour faire, par exemple, une chope à bière, la pièce, en sortant du moule en bois à deux compartiments, présente la forme A.

Fig. 527. — Fabrication d'une chope à bière.

En refroidissant avec im fer le mors de la canne à laquelle elle adhère, celle-ci se trouve séparée. On enlève la calotte du verre en le tournant pendant quelques instants, suivant la même hgne, sur une barre épaisse de fer rougi, B; l'ouvrier touche alors avec son doigt mouillé l'un des points chaufTés; il se produit une fente circulaire qui amène la chute de la calotte supérieure.

La chope est recuite et ses bords sont usés à la roue de tailleur. Ces bords sont l'un des caractères particuliers aux verres de Bohême; ils sont à arêtes vives, moins solides qu ceux qui sont arrondis au feu, ainsi qu'on le fait dans nos verreries; mais cette manière de travailler, qui dispense i'empontir les pièces, économise tellement la matière vitreuse, qu'on assure que le verre qui n'entre pas dans les pièces de gobeleterie ne représente que le quart du verre fondu, tandis que, pour le cristal, il s'élève à la moitié au moins de la matière mise en œuvre. Ce groisil sert, comme on sait, pour les fontes ultérieures, qu'il rend plus faciles.

Fabrication du cristal.— Les proportions des matières premières qui servent à produire cette espèce de verre varient fort peu. On emploie ordinairement :

Sable très-blanc 300

Minium 200

Potasse 100

Groisil (débris de cristal) 300à5OO

On ajoute quelques millièmes d'oxyde de manganèse pour blanchir le verre.

Quelquefois une partie de la potasse (20 à 25 pour 100) est remplacée par du nitre. Cette matière, qui donne du verre trèsbeau, ne peut pas être employée en quantité trop considérable, d'abord à cause de son prix élevé, ensuite parce qu'elle attaque et ronge rapidement les creusets.

Voici la composition de divers échantillons de cristal :

Silice 61.0 51.1 54.2 57.5

Oxyde de plomb 33.0 38.3 34.6 32.5

Potasse 6.0 7.6 9.2 9.0

Soude » 1.7 0.9 I.O

Alumine » 0.5 0.5 »

Oxyde de fer a 0.3 » >

Oxyde de manganèse. » 0.5 > >

Chaux.... T> > 0.4 >

On emploie pour la fusion deux sortes de pots ou creusets.

Si le combustible qu'on emploie est le bois, comme on ne le fait guère plus maintenant qu'à Baccarat et à Saint-Louis^ et encore pour une partie seulement de la fabrication, les pots sont découverts^ ronds ou elliptiques, comme ceux qui servent pour les autres sortes de verres.

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Pour le cristal à la houille, les pots sont couverts et ronds. Les cendres toujours ferrugineuses de la houille et les gaz résultant de sa combustion donneraient, par leur contact avec le verre, des produits d'une mauvaise couleur.

Le bois ne doit être introduit dans le four qu'après avoir été préalablement desséché. A Baccarat, le four à billettes est construit de telle sorte, que les chariots en fer sur lesquels on charge les billettes de hêtre y sont poussées sur un chemin de fer, et y pénètrent par une trappe qui se referme aussitôt. Le chariot qui entre fait sortir le chariot chargé de bois desséché qui se trouve à l'autre extrémité. Le foyer est disposé de manière que la chaleur Boit d'autant plus forte que les chariots pénètrent plus avant dans cette étuve. Cette dessiccation est coûteuse, car on brûle une partie de bois pour en dessécher dix; mais elle est indispensable. Sans elle, la température du four de fusion ne serait pas assez élevée, et les produits de la combustion du bpis humide auraient pour effet de colorer le cristal , en amenant à l'état métallique une petite partie de l'oxyde de plomb.

La figure ci-dessous représente un four de fusion du cristal à la houille, à pots couverts.

Les matières premières qu'on introduit dans les pots doivent être aussi pures que possible, exemptes surtout de cuivre, de fer et d'autres principes colorants.

Le sable vient de Fontainebleau ou de Champagne. Il est lavé, tamisé et séché. Les Belges et les Anglais eux-mêmes sont obligés d'emprunter leur sable à ces localités, quand ils veulent obtenir de beaux cristaux.

On emploie les meilleures potasses d'Amérique, de Toscane, ou bien la potasse raffinée indigène, provenant du travail de la betterave. Les potasses d'Amérique et, en général, toutes celles qui viennent des cendres de bois, sont soumises au raffinage. La potasse indigène rafiRnée est aujourd'hui généralement em-

Fig. 538.— FourXcrifltal.

ployée en France. Elle est exemple d'oxydes colorants; mais elle renferme encore 5 pour 100 environ de sels de soude qui nuisent un peu à la nuance du cristal et qui obligent à la raffiner de nouveau, quand il s'agit de faire des produits de très-belle qualité. Sans qu'on puisse en indiquer la cause , la soude ne donne pas du verre parfaitement incolore : les verres à vitres, les glaces, vus par la tranche, montrent une coloration verte très-marquée.

Le minium est fabriqué avec du plomb de qualité supérieure, qu'on tire d'Espagne ou d'Angleterre.

On essaye cet oxyde en en fondant ime petite quantité sur un fragment d'assiette de porcelaine ou de faïence. S'il est de bonne qualité, la matière fondue est d'un jaune clair. La teinte verte indique la présence du cuivre. Les miniums de qualité inférieure sont employés, selon leur nature, pour les cristaux colorés.

D'autres matières interviennent quelquefois dans la fabrication du cristal. MM. Maës et Clemandot, qui ont à Clichy une cristallerie dont les produits ne sont pas moins recherchés que ceui de Baccarat et de Saint-Louis, ont montré, il y a quinze à vingt ans, que l'acide borique peut jouer un rôle fort utile dans la fabrication des verres de luxe.

La présence de ce fondant permet, en effet, de modifier profondément la nature du cristal; l'oxy i- li- nue pu: -c ^ .i^^u.^^rà l'oxyde de plomb; la soude, la chaux ou la baryte deviennent aptes à remplacer la potasse. Les boro-siUcates de zinc et de potasse, de potasse et de baryte, de soude et de zinc, fabriqués par MM. Maës et Clemandot, soit sous forme de pièces de gobeleterie, soit pour verres d'optique, sont remarquables par leur éclat, par leur limpidité et par leur blancheur. Mais le prix beaucoup trop élevé de l'acide borique ne permet pas que celte substance puisse servir couramment à lafabricatio' i - w iros.

La baryte a été employée dans plusieurs verreries sous forme de carbonate artificiel; il est probable que cette substance finira par prendre rang parmi les matières premières employées dans l'industrie du verre. Elle peut remplacer avec avantage, comme fondant, la potasse ou la soude, et, fabriquée dans des conditions industrielles, elle est d'un prix moins élevé que ces alcalis.

Les substances qui doivent composer le cristal étant mélangées, on enfourné la composition dans les pots. La fonte exige douie à seize heures de feu, le travail douze à quatorze.

La façon du cristal est la même que celle du verre de Bohême, avec cette différence que presque toutes les pièces creuses sont

emponties; leurs bords sont, par suite , ramollis au feu. Le travail est d'ailleurs rendu plus facile, tant par suite de la plus grande fusibilité du cristal qu'à cause de sa résistance à la dévitriflcation, ce qui permet de réchauffer les pièces un plus grand nombre de fois.

Pour faire, par exemple, un pot à eau, la quantité de verre nécessaire étant cueillie et marbrée, on souffle pour faire la paraison, on introduit la poste dans le moule, et on souffle de manière qu'elle en occupe toute la capacité (flg. 529, A). Le maître ouvrier, assis sur son banc, reçoit la canne et, la faisant tourner, pare le bout du cylindre avec ses fers, en étrangle le col, ajoute le cordon de verre qui forme les nervures de la pièce.

Fig. 529.— Fabrication d'un objet de gobeleterie en oristal.

Pendant ce travail, on a cueilli et marbré, au bout d'un pontil, un morceau de cristal, qu'on aplatit et qu'on soude au cylindre de manière à former le pied du vase (B, C). La pièce étant ainsi empontie, on la refroidit avec les fers dans sa partie supérieure; au moyen d'un coup sec, on la détache de la canne qui a servi à la souffler; fixée à son nouveau pontil, elle est réchauffée; son col est d'abord évasé, puis découpé avec des ciseaux (D). Les bords sont arrondis pai* ime nouvelle chaude. Cependant, on a préparé un cylindre plein qu'on a légèrement aplati et courbé avec les pinces. Ce cylindre est posé et ajusté par le maître ouvrier, de manière à former l'anse du pot à eau (Ë), dont la façon se trouve ainsi terminée.

La pièce est enfin dépontillée et portée, sur une fourche, à l'arche à recuire.

Cette arche consiste ordinairement en une longue galerie qui reçoit une partie de la chaleur perdue du four de fusion, et qui en est comme un appendice.

L'ouverture par laquelle on introduit les pièces aussitôt qu'elles sont terminées, est contiguë à la hotte du four de fusion. Ces pièces sont placées dans des caisses plates en tôle, qui chemi-

nent lentement, une fois pleines, vers l'autre extrémité de l'arche, où elleè arrivent froides et recuites.

Cristaiix moulés.^On fabrique un grand nombre d'objets par la compression du cristal mou dans des moules à plusieurs pièces en bronze ou en fonte. Ces objets, qu'on obtient avec une grande économie de temps et de matière, sont faciles à distinguer, par leurs arêtes mousses, de ceux qui ont été taillés. Quelquefois une pièce ébauchée par le moulage est achevée par la taille plus ou moins riche qu'elle reçoit.

Taille des verres et des cristaux.— On se sert, pour ce travail, de meules verticales en fer, en pierre ou en bois, mues avec le pied de l'ouvrier, ou bien par un moteur hydraulique ou à vapeur. La pièce est dégrossie avec du sable sur la meule ou roue en fer qui reçoit d'un vase supérieur un très-petit filet d'eau. Elle est ensuite doucie sur une meule en grès, puis sur une meule en bois, d'abord avec les boues des sables ayant déjà servi, ensuite avec de Témeri de plus en plus fin. Enfin, on la polit avec une roue en bois et de la potée d'étain ; on termine le travail sur une roue en liège ou garnie de laine et avec du colcotar.

On se sert, pour tailler, polir ou graver les verres, tantôt des faces planes et latérales des meules, tantôt de leurs arêtes.

Gobeleterie en verre^ fiiie et ordinaire, — Cette branche de fabrication fournit tout ce qui compose le service de table pour les petits ménages, pour les cafés, les cabarets, etc., ainsi que les articles de parfumerie, de pha»"macie, de laboratoire et d'éclairage commim. D'après M. Godard- Desmare t, propriétaire de la verrerie de Trélon (Nord), cette fabrication a lieu dans soixantedix usines ; elle active une centaine de fours et occupe 20,000 ouvriers. La quantité de produits qu'elle livre au commerce, en France, s'élèverait à plus de 20 millions de francs.

Les matières premières sont le sable, la chaux éteinte, le sulfate de soude ou le sel de soude. Ce dernier ne s'emploie que pour le verre fin qu'on désigne aussi sous le nom de demicristal.

Pour une potée de 250 kilogr., on emploie à Trélon :

Sable 200 kil.

Sel de soude 66

Chtux 50

On brûle quatre stères de bois, pesant 1 ,540 kilogr. Le prix de revient, pour les matières premières et le combustible, est de 50 fr. 32 c. les 100 kilogr. de produit marchand.

En Belgique, le demi-crislaL est fondu à la houille, dans des pots couverts, comme le cristal.

Le travail de ce verre étant le même que celui du verre de Bohême et du cristal, je ne parlerai pas plus longuement de cette fabrication. Je dois seulement constater que, depuis une quinzaine d'années, elle a fait en France de très-grands progrès. On fait aujourd'hui à Rive-de-Gier, à Yalleryslhal, à Trélon, etc., des verres ordinaires d'une fabrication assez soignée pour que, dans la boutique du marchand en détail, Tacheteur les confonde quelquefois avec le véritable cristal.

Cristaux et verres incolores, translucides ou opaques.--Ges produits forment une transition naturelle entre les cristaux et les verres ordinaires, et les mêmes produits diversement colorés.

Verre d'albâtre. — On désigne sous ce nom, ou sous celui de verre pale de riz^ le verre avec ou sans plomb qui, sous forme d'objets minces, présente un aspect translucide, d'un blanc laiteux.

Cet aspect parait dû à de la silice, non encore vitrifiée, qui reste interposée dans la masse sous forme de grains homogènes très-fins; c'est par conséquent du verre travaillé avant qu'il ait subi un affinage complet. On facilite la production de ce verre en ajoutant à la composition une certaine quantité de sulfate de potasse.

Par l'addition d'oxydes colorants, on obtient des verres pâte de riz de couleurs variées.

Verre opale, — On ne connaissait guère en France, il y a trente à quarante ans, que cette sorte de verre pour les objets de fantaisie. Il est translucide avec les reflets rougeâtres de Topale.

On l'obtient en ajoutant au verre ou au cristal environ 10p. 100 de leur poids d'os calcinés (phosphate de chaux), réduits en poudre très-fine. Le verre fondu est transparent; c'est en réchauffant et en façonnant les pièces qu'elles deviennent opalines.

ÊmaiL — C'est un verre dont l'opacité est due à l'oxyde d'étain qu'il renferme; ce corps, en effet, jouant le rôle d'acide, reste interposé dans le verre, ou donne naissance à du stannate de plomb qui ne se vitrifie pas.

Quelquefois l'opacité provient de l'acide arsénieux qu'on a ajouté au cristal en assez grande quantité.

L'émail est un verre très-plombeux, très-fusible. Il est employé pour recouvrir les plaques de cuivre ou de fer pour les cadrans de pendule et de montre; on en fait des tubes, des

perles, etc. Il entre dans la fabrication des verres doublés ou triplés. Les abat-jour des lampes sont ordinairement en cristal doublé d'émail.

On s'en sert également pour étnailler la poterie de fer.

L'un des procédés pour préparer l'émail consiste à faire brûler à Tair un alliage formé de 15 parties d'étain et de 100 de plomb. On obtient ainsi une sorte de potée d'étain qu'on pulvérise, qu'on délaye dans Teau, et dont on recueille, par décantation, les pa^ • ties les plus ténues : c'est ce qu'on appelle la calcine.

On fond dans un creuset 200 parties de calcine avec 100 de sable et 80 de potasse purifiée.

Voici l'analyse de trois échantillons d'émail :

Silice 31.6 — 36.0 — 30.0

Potasse 8.3 — 6.0 — 20.0

Oxyde de plomb . 50.8 — 53.0 — 40.0

Oxyde d'étain 9.8 — 2.0 — 10.0

Acide arsénique » — 3.0 — »

Verre craquelé,— Les verres ou cristaux incolores ou colorts qu'on désigne sous ce nom présentent, sur leur superficie, des dessins irréguliers formant saillie, de la même ou d'une autre couleur que celle de la masse. Leur fabrication, faite d'abord en Bohême, est fort simple : quand la paraison est faite, on la promène sur une plaque de fer sur laquelle on a répandu du verre concassé en fragments irréguliers. Ce verre adhère à la masse vitreuse. On réchauffe la pièce, on la pare avec les fers, on la soufile et on termine sa façon par les procédés ordinaires.

Verres et cristaux de couleur. — ^La fabrication de ces produits de luxe, longtemps confinée en Bohême, a pris un grand développement dans les usines françaises depuis 1837, époque à laquelle des prix pour la création de ces produits ont été offerts, suri* proposition de M. Dumas, par la Société d'encouragement poor rindustrie nationale. Ces prix ont été remportés par MM. deFontenay et Bontemps.

Le verre dissout la plupart des oxydes métalliques et prend, avec quelques-uns, des colorations qui n'altèrent pas sa transparence, et qui rappellent souvent la couleur des sels cristallisé* formés par ces oxydes.

Indépendamment des oxydes de cobalt, de manganèse, de cuivre, de fer, d\iranium, d'antimoine, de chrome, d'autres

substances, notamment l'or et Targent, le charbon et le soufre, sont des matières colorantes pour le verre.

On distingue, comme pour les verres à vitres de couleur, les verres teints dans la masse et les verres .doublés ou à deux couches. On fait, de plus, des verres à trois et à quatre couches superposées, dans le but d^enlever ensuite par la roue de tailleur une partie de chacune de ces couches^ et de produire ainsi des effets de coloration très-variés. Ces mêmes verres, dont la masse principale est incolore ou colorée, ou bien en verre d'albâtre blanc ou de diverses nuances, peuvent en outre recevoir de la dorure et de la peinture avec des couleurs de moufle. On voit combien sont grandes les ressources dont le verrier peut disposer pour obtenir ces produits de luie et de fantaisie.

J'indiquerai sommairement les moyens de produire les princi* pales colorations.

Verres et cristaux bleus. — On ajoute à la composition t à 3 pour 100 d^oxyde de cobalt. L'addition de l'oxyde de manganèse donne nne nuance plus violacée.

Kiote^— Cette couleur se produit avec 2 à 7 pour 100 d'oxyde de manganèse et 1 pour 100 d'oxyde de cobalt.

Bleu céleste, ^On ajoute i pour 100 de bioxyde de cuivre à du verre ou à du cristal riche en alcali. Si le verre est très-siliceux , la couleur est verte.

Vert émeraude, — Cette coloration est fournie par 2 ou 3 dixmillièmes de sesquioxyde de chrome. Cet oxyde n*est dissous par le verre qu'en très-petite quantité.

Vert bouteille. — On se sert des battitures de fer, dont on ajoute 4 à 5 pour 100 à la composition.

Jaune, — 4 à 5 pour 100 d'oxy sulfure d'antimoine (verre d'antimoine) et 1 millième de pourpre de Cassius fournissent le jaune topaze ; on obtient aussi cette nuance avec les peroxydes de fer et de manganèse.

Le sesquioxyde d'uranium donne au verre une belle couleur jaune avec reflets verdâtres (verre dichroïde). Pour la produire, on ajoute au verre (exempt de plomb) 2 à 5 pour 100 d'uranate de soude ou d'ammoniaque.

Le jaune plus ou moins orangé, ou tirant au brun^ est fourni par le charbon très-divisé ou la fumée qui résulte de l'introduction de l'écorce de bouleau ou de la corne dans la matière en fusion ; celle-ci est, bien entendu, du verre non plombeux.

L'argent donne, à la température du moufle, une bellR colora-

tion jaune orangé. On l'applique au pinceau sous forme d'une bouillie claire formée de chlorure ou d'oxyde d'argent, de colcotar ou d'argile délayés dans Tessence. Quand la pièce a été cuite au moufle, on enlève à la brosse la poudre d'oxyde de fer ou d'argile qui reste sur le verre. Les verres les plus siliceux, les moins fusibles, notamment les verres de Bohême, sont ceux qui prennent le mieux cette couleur.

Rouge et rose. — On fond dans un petit creuset du cristal ordinaire avec addition de 1 millième d'or à Tétat de chlorure. Le cristal présente Taspect du cristal ordinaire; il a seulement une teinte un peu bleuâtre. On le coule en plaques.

On fait, d'autre part, une paraison de cristal ordinaire à laquelle on fait adhérer un petit fragment de cristal aurifère; en ramollissant ce verre à l'ouvreau, sa couleur rouge se développe; on le rabat avec les fers, on Tétend et on Tégalise sur la paraison.

On a cueilli, avec une autre canne, du cristal ordinaire dont on fait une paraison sur laquelle on fait adhérer celle à deux couches qu'on vient de faire, après qu'elle a été convenablement ramollie. On étend cette dernière sur la nouvelle paraison et on la rabat comme un champignon, avec les pinces. On a ainsi une pièce composée de trois couches de verre; la couche centrale est aurifère. Cette pièce estalors terminée par les procédés ordinaires.

On produit également la couleur pourpre en appliquant an pinceau, sur des verres très-siliceux, sans plomb, du bioxyde de cuivre trés-divisé. Le carbonate de cuivre ou l'oxyde bleu hydiaté, dont j'ai fait connaître récemment la préparation, conviennent très-bien pour cet usage. On ajuute quelquefois du fer métallique ou des battitures porphyrisées.

Ces verres sont chauffés dans \m moufle, au milieu d'une atmosphère réductrice. 11 se développe, à la surface des pièces, une belle couleur pourpre qui rappelle celle des vitraux.

Celte même coloration peut être produite également avec du verre à deux couches, travaillé comme le verre à vitres pourpre dont j'ai parlé précédemment.

Verre noir.— Cette couleur résulte d'un mélange d'oxydes de cuivre, de cobalt et de fer.

On l'obtient aussi au moyen du soufre introduit en nature dans la composition. Le verre hyalitlie, qu'on fait en Bohême, est ainsi coloré. On ne peut pas dire exactement le rôle que joue le soufre pour produire cette coloration ; elle est peut-être due à la formation d'un sulfure.

Verres façon de Venise. — La fabrication des verres filigranes, rubanés, à bulles d'air, des mille fiori, etc., florissait à Venise au xv« siècle. On trouve, dans les collections, d'anciens verres vénitiens dont la perfection a été rarement atteinte par nos fabricants.

Vendes ru6anc5.— On se procure un assortiment varié de petits tubes pleins en émail et en cristal colorés. La fabrication de ces tubes est facile. Je suppose qu'on ait à faire un tube bleu dont la section doit présenter une étoile blanche. Dans un moule plat, en fonte, préalablement chaufifé et dans lequel une étoile se trouve gravée en creux, on fait tomber une petite quantité d'émail blanc fondu, qui ne remplit que le creux du moule.

Avec ime paraison de verre bleu, on fait adhérer à ce verre l'étoile ainsi moulée. La pièce est parée et tirée avec les fers de manière à former un gros cylindre qu'on ramollit et dont on soude le bout à un pontil; les deux ouvriers, tenant ainsi chacune leur pontil l'un des bouts du cylindre, s'éloignent rapidement ; le cylindre se trouve changé à l'instant en un tube plein et mince de 10 à 15 mètres de longueur, bleu à l'extérieur, avec une étoile blanche à l'intérieur.

On comprend qu'on peut obtenir ainsi des dessins très-variés ; vient-on, par exemple, à appliquer sur le cylindre, avant son étirage,un ou plusieurs fils d'émail coloré qu'on tourne en spirale, le dessin qu'on produit conserve sur le tube la même disposition, etc.

Ces tubes sont coupés de longueur, assortis et rangés en nombre convenable les uns à côté des autres, sur une plaque horizontale en terre, à rebords, frottée avec de la chaux pour éviter l'adhérence; on roule sur leur surface une paraison de cristal sur laquelle ces tubes se collent.

Le résultat est le même lorsque, après avoir placé verticalement les tubes dans un pot en terre, on introduit dans le pot et on y souille ime paraison de cristal. L'adhérence' des tubes étant obtenue, la pièce se travaille de la même façon.

La pièce, ramollie à Touvreau, est égalisée avec les fers, soufflée, etc. On obtient ainsi des verres inibanés ou filigranes, avec dessins droits ou à spirales. Ces derniers se produisent en imprimant à la pièce, saisie à son extrémité avec les pinces, un mou* vement de torsion.

Serre-papiers en millefiori, — Ces boules demi-Sphériques, en verre plein , dans lesquelles on voit comme une quantité de petites fleurs à couleui-s très-vives, ont été d'abord fabriquées à Venise et en Rohcme. Devenues pendant quelques années un objet de mode

VER , VERRES J2T ÉMAUX. 57b

en France et en Angleterre, elles ont été faites en très-grand nombre et avec beaucoup plus de perfection par nos fabricants de cristaux.

De petits morceaux de tubes en émail, avec dessin intérieur, sont coupés de longueur avec une espèce de hache ; on les chauffe au rouge sur une plaque de terre pour émousser leurs angles, puis on les loge, en les assortissant, dans les nombreuses cavités que présente un disque épais en fonte.

En ap*pliquant sur ce disque une paraison de cristal ordinaire qu'on enlève aussitôt, tous ces petits morceaux d'émail restent collés au cristal. On pare la pièce, on Taplatit, et, le pontil reposant sur le sol, on fait couler sur sa surface horizontale le cristal nécessaire pour la couvrir et pour faire la boule; celle-ci est arrondie avec une spatule concave en bois mouillé. Le serrepapier est alors séparé du pontil, soigneusement recuit et poli par-dessous à la roue de tailleur.

Avenlurine, — L'aventurine est un verre jaunâtre dans lequel se trouve disséminée une infinité de petits cristaux tétraédriques très-nets et très-brillants; ce sont des cristaux de cuivre, de protoxyde de cuivre ou de silicate de cet oxyde. Lorsqu'il est poli, ce verre offre, à la lumière surtout, un aspect chatoyant qui le fait employer dans la bijouterie.

Beaucoup de tentatives ont été faites pour découvrir le tour de main sur lequel repose cette- fabrication qui est d'origine vénitienne. Un habile chimiste, M. Hautefeuille, est arrivé, par des essais persévérants, à fabriquer ce verre en assez grande quantité.

D'après M. Hautefeuille, on obtient Taventurine en fondant Tun des mélanges suivants :

N« 1. Glace de Saint-Gobain. 2000 k. No2. Sable 1500 k.

Nitre 200 Craie 357

Battitures de cuivre. .. 125 Carbonate de soude sec. 801

Peroxyde de fer 60 Carbonate de potasse... H^

Nitre «00

Battitures de cuivre. ... 1^

Quand le verre est bien liquide, on ajoute 38 grammes de fer ou de fonte en tournure fine, enveloppés dans du papier; onlesy incorpore en maclant le verre au moyen d'une tige de fer rougie- Le verre devient rouge de sang, opaque, et en même temp pâteux et huileux, on arrête le tirage du fourneau, on ferme 1^ cendrier, on couvre de cendres le creuset recouvert de son couvercle, et on laisse refroidir très -lentement. Le lendemâii^r en cassant le creuset, on tix)uve Taventurine formée.

5T7 VfifU»» ET ÉIMUX.. VBfi

Ce vmè, très-rîché en î)tôtTlb;'â été ï^rodtirt à ^aiis; vers le commeiiceiiieût dé ce siè<dle', par un âttlsté qtri'liii a doûtté^on nom. Il a beaucoup d'éclat, il jiossède à tin tel fli^^^é l^^feuôs un dlàmàni, 'surtout à îa lumîèi^, qti^il e^ drffidle <1e Texi distinguer à la vue. Mais il est très-tendre ; il est rayé hon-seulertient par les pierres dures, mais riiême "par les autres espèces de verre. Sa densité dépaèse 4,0, tandis que celle du diamant est représentée par 3,5.

Voici la con^position du strass de M. DouaultWieland, déterminée par M. Dumas :

Silice.... 38.2

Oxyde de plomb 53.0

Potasse • 7.8^

AMmipe.^-fo^ -fif/yf/'ff ...t. 1,0

àrséxiioue. ^

ije^tùA\\(m$ pfenrièrep çfu^^ ^emploie |>our Mra k stinas sont les mêmes que pour 'te cristal^et le ôînt^ilâ^s* - . > : .> .

Pal' Taddition d'one petite 4|ua2iiii€' dWydes iCâloranjtBv on dt^fient des' visf fes qui imitent tesqfrrûacif^ÂeB pioFreD^pciscieujBfiB. Ainsi, en ^feiidan« Î^DOO âft-Miass avec M.ùb verre à'aniimaine ^t 1 de pourpre 4e Oasaius, on a laiopcu^ artifloielle ; ie rubis m ftdtavecle mâme vanre longteiU|)6ickaui[é et leoniettant un peiv plus d'or; ïémeraude, avec 1,000 de strass incolore, 84'oxyde de cxûvre èi^fiû'i)xyàe depoba)t:;.l6isap^, avec 1,000 de Btrafl$ et 25 d'oxyde de eotelt; VamMigsUyimi(màumtt ïfiOQ de strass avec ^ d'oay^ ûe n^auganèse^ â 4foxyde de xobah «t Q4I Âe. .pou^^pire deCaèSiufi. ; ., .

'>' ' VBRUES PdUn l^'OPtiIQUM. CROWK'OLÀËS. FLUiX-GLASS. ,

Les instruments d'optique exigent remploi .de/ deux .eapèo^a de verre ayant i^ (densités différentes j c'est ainsi qu'ils deviennent achromatiques.

Les verres que Ton emploie pour cet usage sent, d*une part, le cristal ordinaiie-^u plqmb^Éd'jUBajaiUse, ieveKT^ àb^^ed^sQude. ite^fortect géifièralemeatte ,iioiiLd6jflinitg]A9ii:et de crow^n-^glass, des verres primitivement employés en Angliitoye pajDoUondi pfgo'da^eonfeotiouido^ objaaiiJti aohjxttnatigu^s

iulfrication du ^taï/^^rfwfkm^GB Heisfii qMw^ M- f^ de }>OAPe

III4— DICT. DE CHIUIB INDU8TRIBLLE. 97

VBR VBARB8 ET ÉMÀU^ / 578

qualité, doit être très-dense, trèe-hoiq^gèiie, eiitièremantexempt de stries et de buUes^aus^ peu coloré que possible; néanmoins, la grande quantité d*oxyde de plomb qu'il renferme lui donne toujours une teinte un peu jaunâtre .

La densité varie entre 3,6 et 4,0, Celle du verre léger, du crown, est représentée par 2,5.

Voici la composition du flint-gla^ de M. Guinand ; Silice ....».*.. , ♦>.. H^

Oxyde de plomb 43.5

Poinsse..,..,.,. .^..t,,.. H. 7

Alumine 1»^

Chaux v '<^.6

Acide arsénique traces.

loa.o

CeUu analyse est de M. Dumas

La proportion considérable d'oxyde de plomb que Tenferme ce verre rend sajabrication fort difficile v pendant qu'il est liquide, il tend à se partager en couchés de dîvei'ses densités. De là des variations dans le pouvoir réfringent des couches superposées; de là aussi la déformation des images, qui jend remploi du ftint impossible dés qu'il présente la moindre stria*

Cette séparation des verres plombeux en tranches plus ou moins denses se fait également sentir dans le cristal ordinaire, ainsi qu'on peut le constater en examinant avec aitentioo dn cristal un peu épais. Gomme, d'ailleurs> les pièces sont ordinairement soufflées et assez minces, ce défaut a pen d'importance pour le cristal.

Le tour de main de &uinand, suivi par tous ses sncoesseursi consiste à empêcher cette séparation en brassant le verre fondu jusqu'au moment où il devient suffisamment visqueux pour que ces couches de densités différentes ne puissent plus se former.

Pour fabriquer le flint-glass, M. Bontemps se sert de la composition suivante :

Sable 1(» kil.

Minium 100.

Potasse* ao

Ces matières sont choisies aussi pures que possible.

La fonte se fait dans xm four rond^ su centre duquel se trouve le pot^ qui est couvert.

Le creuset (fig. 530) A étant chauffe à part dans un four spè* eia^, on Tin troduit par les moyens ordinaires dans le four de fiision

ySiVBfiS ET ÉMAUX.

VfiR

r no ^H\ m. M] 0*1 II

également chauffé, Celte opération refroidit le four et le creuset; on les réchauffe avant d'en* fourner.

On débouche Touverture du creuset, garnie de deux couvercles destinés à empêcher la fumée de s'introduire dans son inr teneur, et on y enfourne le mélange, par portions de 20 à 40 kilogr. Au bout de huit à dix heures, la totalité du mélange se trouve dans le creuset. On chauffe pendant quatre heures, puis on enlève les couvercles et on introduit dans le creuset le cylindre en terre, préalablement Fig.530. chauffé au rouge blanc. Une

Fiii)rication du cristal defiiné à l'opuque. barre à crochot B, horizontale et 8*appuyant sur un support à rouleau en fer, est introduite dans la cavité ménagée dans la tête du cylindre avec lequel on fait un premier brassage qui sert à Venverrer. Au bout de trois minutes, la barre de fer est portée au rouge blanc. On Tôte, on pose le bord du cylindre sur le bord du creuset; ce cylindre flotte, légèrement incliné, sur la masse vitreuse. Ou remet les couvercles et on continue à chauffer. Cinq heures après, on brasse de nouveau. Les brassages se succèdent alors d'heure en heure, ne durant que les quelques minutes suffisantes pour porter au rouge blanc le crochet de fer.

Après six brassages, on laisse refroidir le four pendant deux heures, pour faire monter les bulles qui ne sont pas encore dégagées» puis on le chauffe à son maximum pendant cinq heures. Le verre est irés-liquide et entièrement exempt de bulles. On le brasse sans discontinuer pendant deux heures ; aussitôt qu'une barre à crochet est chaude, on la remplace par une autre. Gomme on a eu soin de boucher les grilles par-dessous, là matière, en se refroidissant, prend une certaine consistaDce, et quand le brassage ne se fait plus que difficilement, on ôte le cylindre du creuset. Celui-ci est bouché ainsi que les ouvertures du four. Au bout de huit jours, on sort le creuset, on le casse, et on le sépare avec précaution du flint qui s'y trouve ordinairement en une seule masse. Des faces parallèles polies sont alors faites sur les côtés

VER VKHREfc) ET ÉMAUX. 580

de cette masse ]f)our examiner mn intérieur et voir com«ïeHt elle doit êtî^ débitée. On la sca^ hu li.iuihea |jai<t[ir'it^o t-i tù itii:?«.'ii des défauts qu'elle peut présenter. Quant aux fragments, on en fait doà disques en les chauffant à la température irècessaire pour lesmoule-T.

Fabiicalion du crotcn^glass.-- Ce verre présente la €ompf » ^ition du veire à vitres et du verre à glaces. On eimplnie même htiauoftHf . pour les lunettes de spectacle et pour.Jes objecfifs d^ petite dimension, iK'plaqv^ de Saint-Crobain; ^*e6t, le vôrre à glaces ordinaire de cette mânufeicture. : ^ri \ '

La fîabrication du crowB est plus difficile, sujette à plus d'accidetits que celle du flinti Elle exige une te|Bpérature,jplus élevée : m on essaye de rendre ce Terre plus fusible par Ta^fition d'une plus forte proportion d'alcali, il attire l'humidiLê, il ressiie, LV i^igation d'essuyer fréquemment les varres dune hineite en ôte le poli et déforme tes courbures. Cet iaél&iivénientept ?nrtout iTèsgrand pour les lunettes marines*

^i on veut faire le crown pliis «eo, plus sfliceux, c'est alors contre la dévitrification <pï(m a à lutléT.

iM. Bontemps donne, pour' la 'oonuposition d'une potée é& cmu n , les proportions suivantes i

Salle blanc' 120kil.

Potasse.... ;.','.'.'■ 35

Sel deeoode. ».....;.».* QO

Laibnte se fait dans les Rlémes:C(mditioQ^ que celle dn flint. La composition est enfournée par porcionB dans un creuset couvert, de même disposition. Les bcassages, le a:iei'roidissemeiit, Je réchauffage, puis les nouveaux brassages, jusqu'à ce que le verre s'épaissi3£e, présentent, saufiesintervaUesde temps^ui^out uji 1)6 u différents, les piiémes phases*

VINS et: alcools .

CHIPITRB I. — V!W, CIBRE, BIÊWB, ETC.

Lorsque les r^ina wt été écrasés de joaçinière à mêler le fcr^ ment qn'xU Gaiatieimep,t au jus sucré renfermé dans leurs cellules et que la température marque. 18 à 20 degrés, le liquide rasr semblé dans la cuve entre en ferm^siat^on : le- gaz acide carbo* nique se dégage ye^w à peu,, pui^ plu^ viveraeat, et ramène à la surface les débris du raisin (?*afles, peUiculesj etc.) formant aiu3i ce que^ToQ appelle le chapeau dç-Ja vendange; en même temp?^ la température du moût^'^ve graduellement, et Valc(wlr-em^ place peu à peu^dans le liquide le ^uore ^ui lui ai dpmxé i^aia' sance.

. Puisque les débris des cellules coûtâenuejitle fe^n^nt et que ces débris fopl partie du chapeau, il est ban de mêler c<^lui-ci au liquide pour régulariser la marche de la fermentation ; sans ceia^ dan&le* îM^niées tardives et Iroides^la superficie du chapeau pourt xait moisir^ Il y aurait aussi un inconvénient à fermer la cuve hermi&tiquement avant que. la fermentatLou soit en bon train, parce-gu-au moment où ^vendange est jetée dans la cuve une prompte altération pourrait se produire A la surfape avant que la fermentation alcoolique dala masse ait commencé ; 1^ présence de Toxygèue étaut nécessajLre au début de Topération. •

Presque, toujours Tair a un libre accès dans la cuve, mais il vaut mieux que celle-ci ait un couvercle et qu'on puisse la fermer eRactementv sauf à donner issue au gaz par un tube plongeant d^ns quelques. centimètr06d*eau. Un trop libre accès laissé à ToîT acétifie le chapeau de la vendange qui, par soa contact avec la potrtion liquide,» peut alors altérer le vin.

Le couvercle rais sur la cuve atteint plusieurs buts ; i*> il s'oppose: au Tefroidiasement qui retarderait le développement de la f^noeutation apiriftieusfe, $i la tempémtuve était froide au dehops 4 St9 U s'opp^^e raudsi à Tévaporation d0 l!esprit et du bouquet du vin, fue disBiperart eans lui V^ctiott de Uj, chaleur engeuônée psyr bi

fermentation ; 3*» il permet au ga^ acide carbonique d'occuper entièrement le vide de la cuve et d'intercepter par conséquent tout contact avec Pair. Le marc se trouve ainsi garanti des altérations acides et putrides que le contact de Tair y développerait.

On a cru) dans <îe^ dernieus tempa, qu'il était néo^s^aire de sua*monter le couvercle d'une espèce de chapiteau muni d'un serpentin et d'un réfrigérant, pour condenser l'esprit et le parfum que le gaz dégagé peut entraîner avec lui. Mais des expériences répétées, et celles entre autres dQ la Société d'agriculture de Toulouse et de M. Aubergier, ont fait voir qu'il ne se condensait en pareil cas qu'une fi'actibn assez minime de liqueur, et que le risque d'introduire dans la cuve l'eau du réfrigérant (s'il venait à s^attaquer ou à se percer en s'oxydant) doit faire rejeter cet appareil d^une utilité contestable.

Le conseil de fermer la cuve en fermentation est déjà très-ancien : Porta, en 1609; Olivier de Serres, sous le règne d'Henri IV; GoyondeLaPlombarie, en 1757 ; dom Cassebois, en 1782 ; Salviat, Mourgues, en 1787; Mandel,.en 1805 ; W^*> Gervais, sous le règne ie Louis XVIII, avaient tous insisté sur la nécessité de fermer la cuve.

Non-seiilement lé vin fermenté en vase clos est meilleur que èelûi fermenté â Y air libre , mais il donne aussi plus d*alcool à la distillation. C'est ce qui résulte des expériences des commissaires de la Société d'agriculture de Toulouse et de celles de M. Aubergier.

En conséquence, la vendange étant bien écrasée, ce que Ton fait ordinairement avec les pieds, mais ce que l'on exécute plus proprement et avec plus de sécurité pour l'opérateur, en la broyant entre deux cylindres de bois que surmonte une trémie, on la jette dans la cuve jusqu'à ce qu'elle n'y laisse que 16 centimètres d'intervalle entre elle et le couvercle. L'on agite pour que la rafle et le moût soient bien mêlés ensemble, et à cet effet on se sert d'un refouloir. L'on répète ensuite la même opération matin et soir jusqu'à ce que la fermentation commence à se développer. On force alors le marc à se répartir encore une fois partout également ; puis on lute le couvercle sur la cuve au moyen d'une pâte adhésive (le mastic de vitrier, d'après M. Aubergier, est le lut le pilus propre et le moins dispendieux).

Le couvercle, si l'air est froid, peut être placé immédiatement sur la cuve, mais sans y être luté. (fai dit à quelle époque le lut devait être appliqué.) M. Aubergier conseille iM)ttr une cuve de 6 à 10,000 litres un couvercle formé de deubt pai'tieé iné^ed

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