MÉTHODE RUSSE
Cette méthode diffère assez de celle primitivement donnée par Wollaston pour qu'il soit intéressant d'y insister quelques instants. L'attaque de la mine de platine a lieu par l'eau ré^e, dans de grandes capsules de porcelaine chauffées au bain de sable. La solution des chlorures est étendue avec des eaux de lavage d'opérations précédentes, jusqu'à ce qu'elle marque 35* Baume, puis traitée par un lait de chaux, employé en quantité telle que la liqueur reste légèrement acide ; l'iridium, le rhodiimi, le fer, le cuivre et une partie du palladium se précipitent à l'état d'oxyde, tandis que la liqueur reste chargée en chlorure platinico-calcique et renferme encore des traces de palladium et des autres métaux de la mine.
Cette liqueur est évaporée à sec, et le résidu est calciné au rouge
dans des moufles jusqu'à transformation complète du sel double en chlorure de calcium et en platine métallique. La masse ainsi obtenue est ensuite purifiée par un lavage qui enlève le chlorure de calcium et laisse le platine jk Fétat d'épongé , après quoi ce métal est comprimé et chauffé comme dans la méthode de Wollaston.
Quant au précipité fourni par la chaux et qui renferme, outre l'iridium, etc., une petite quantité de platine, il est lavé à l'eau et redissous par Tacide sulfurique ; la solution, additionnée de sel ammoniac, laisse précipiter ime petite quantité de chloroplatinate, qui est traité comme dans la méthode de Wollaston. L'eau mère dans laquelle ce sel a été précipité, et qui contient le palladium, le rhodium, l'iridium et même un peu de platine, est traitée par du cuivre métallique, qui précipite tous ces métaux ; ceux-ci sont enfin redissous dans l'eau régale et séparés du platine de la même manière que ci-dessus.
m.— MÉTHODE PAK VOIE SÈCHE.
FUSION DIRECTE DU BnNERAI DE PLATINE.
Cette méthode, par laquelle MM. Sainte-Claire Deville et Debray se sont proposé d'obtenir, non pas du platine pur, mais cet alliage de platine, d'iridium et de rhodium, dont les quaUtés sont supérieures à celles du métal pur» est d'une extrême simplicité ; elle est basée sur ce fait que tous les métaux de la mine de platine, à l'exception du platine, de l'iridium et du rhodium, sont transformables en pro(Juits oxydés, lorsqu'on les soumet, dans ime atmosphère oxydante, à la température élevée qui a permis à ces chimistes d^opérer la fusion du platine.
L'appareil dans lequel l'opération est conduite est celui dont MM. Sainte-Claire Deville et Debray ont tiré un parti si précieux pour toute la métallurgie des métaux réfractaires dont nous nous occupons, n se compose d'une sorte de petit four à réverbère nn^ en chaux vive, dans lequel, au moyen d'un chalumeau, on produit la haute température que développe le gaz de Téclairage par sa combustion vive au contact de l'oxygène. Ce petit four est formé de deux parties mobiles, l'inférieure constituant ime sole en forme de calotte sphérique, taillée dans im bloc de chaux vive, la supérieure exactement symétrique de la première. Au sommet de ce four pénètre le chalumeau ; celui-ci est formé du chalumeau proprement dit qui amène le gaz oxygène, et d'une enve-
MET
MJÈTAUX PRÉCIEUX.
loppe concentrique C destinée à contenir un instant le gaz de Téclairage qui arrive à sa partie supérieure, et dont la combustion ne
Fig. 47Ô.— Fours en chaux de MM. Oeville et Debraj pour le travail du platine.
commence qu'à la sortie morne de ce tube-enveloppe. Des robinets r î"' qui commandent les tubes d'arrivée des deux gaz , des vi s au moyen desquelles on peut rapprocher ou éloignerlesdeux orifices de sortie permetlent de rendre la flamme à volonté oxydante ou réductrice. L'appareil tout entier est porté sur une plate-forme en fonte mobile autour d'une charnière et armée de vis chargées de maintenir le four. Enfin, dans la partie supérieure de l'appareil est percée une ouverture que ferme exactement un bouchon de chaux caustique et par laquelle a lieu Tintroduclion des matières. Pour obtenir daus cet appareil la fonte directe des minerais de platine, on commence par porter le four au rouge au moyen de la flamme du chalumeau, puis on y projette par Torifice supérieur 200 à 300 grammes de minerai préalablement mélangé de 2 à 5 pour 100 de son poids de chaux réduite en fragments de la grosseur d'un grain de millet; puis Ton chauffe, en élevant rapidement la température au maximum, et maintenant toujours un léger excès d'oxygène. Bientôt le minerai entre en fusion et la
réaction commence ; une oxydation rapide se produit à sa surface, le fer s'oxyde et donne naissance à du ferrite de chaux qui s'imbibe dans la sole du four; le cuivre, le palladium, l'osmium brûlent en donnant des produits volatils qui s'échappent par Touverture e placée à Pavant et que Ton dirige dans une cheminée F; lorsque Toxy dation parait assez avancée, on ajoute de nouveau 200 à 300 grammes de minerai mélangé de chaux , et Ton continue jusqu'à ce que la sole du four soit remplie du métal en fusion. En prolongeant cette sorte de grillage, on peut obtenir du premier coup un aUiage de platine et d'iridium très-pur, mais il est préférable de faire l'opération en deux fois, pour éviter l'altération des fours. On coule donc, avec les précautions que nous indiquerons plus loin, le métal qui, d'après MM. Deville et Debray, possède alors la composition suivante :
Platine 91 . 5
Iridium .- 5.9
Rhodium 0.5
Cuivre O.S
Fer 0.5
et Ton procède à la deuxième fusion ou affinage.
Cette opération s'effectue dans un appareil exactement semblable» et dans les mêmes conditions. Les dernières portions de cuivre et de fer brûlent en dégageant des produits volatils; et lorsque l'affinage est terminé, on coule le métal dans des lingotières, ou bien on le grenaille en le projetant dans des cuves ayant au moins 1 mètre de profondeur.
MÉTHODE PAR COUPELLATION.
I/extraction des métaux de la mine de platine, au moyen de cette méthode, offre la plus grande analogie avec l'extraction de l'argent par la fonte avec des matières plombeuses. La mine de platine, traitée au creuset par de la galène, donne im plolnb plati-^ nifére et une matte plombeuse qui renferme la plus grande partie du cuivre et du fer, tandis que Tosmiure d'iridium reste inattaqué; le plomb platinifère est coupelle, puis rôti, et le platine qu'il laisse comme résidu est enfin fondu au chalumeau.
L'attaque de la mine de platine par la galène peut avoir lieu soit dans un creuset, soit dans un petit four à réverbère ; dans ce dernier cas, il est facile de traiter jusqu'à 100 kilog. de minera à la fois, ce qui dépasse de beaucoup les besoins actuels des arts.
Du reste, quelque soit Tappareil employé, la marche des opérations est toujours la même, et les détails qui vont suivre sur la marche des fours sont également applicables à l'emploi des creusets. Le four se compose d'un foyer F dont la flamme vient chauf-
Fig. 476.— >Fourde coupellation pour l'extraction du platine par la méthode de coupellation de MM. Deville et Deoraj.
fer la cavité D; là se trouve, posée sur des galets, une sole mobileB. Cette sole est obtenue en battant fortement dans un châssis en fonte des cendres d'os ou de la marne, et ménageant au milieu de la masse une cavité elliptique plus ou moins profonde, suivant rimportance du minerai mis en traitement ; elle mesure environ 40 centimètres de côté ; en E débouche la buse d'une soufflerie.
Lorsqu'on veut opérer une fonte avec cet appareil, on commence par répandre sur la sole 25 parties de galène pulvérisée, que Ton recouvre d'un mélange formé de :
Minerai 50 parties.
Plomb 50 —
Galène 50 —
Le minerai et la galène ont dû être d'avance exactement mélangés , et le plomb réparti dans la masse en fragments de 20 à 30 grammes ; sur le mélange, auquel on a donné la forme d'un tas conique, on répand encore 25 parties de galène. Tout étant ainsi disposé, on chauffe en maintenant, autant que possible, l'atmosphère réductrice ; au contact du fer du minerai, la galène se réduit et le plomb formé s^allie au platine natif, sans agir sur Tosmiure d'iridium; bientôt la masse entre en fusion. La flamme devient alors oxydante, et Ton donne un peu de vent par la buse E, afin de brûler les produits sulfurés, A partir de ce moment, on voit se produire à la surface du bain des crasses d'oxyde de fer
et de cuivre, que Ton enlève avec une spatule en fer; lorsque, cette opération faite, on reconnaît que toute réaction est terminée, on puise au moyen de poches en fer le plomb platinifôre, et on le coule dans des lingotlères.
La coupellation a lieu ensuite dans un appareil exactement semblable, mais à sole im peu plus étroite ; sur la coupelle servant de sole, on introduit par Touverture G les lingots de plomb platinifères, et Ton chauffe d'abord à la houille, puis avec \în mélange de houille et de bois, et enfin avec du bois. Sur le devant de la coupelle, on a ménagé xm carneau qui se prolonge jusqu'au dehors du four et qui sert au départ des litharges. Sous riûfluence de la chaleur et du vent envoyé par la buse E, le plomb s'oxyde et entraine dans la coupelle les dernières portions de métaux étrangers; au fur et à mesure qu'il disparait, on ajoute de nouveaux lingots ; bientôt Talliage devient très-riche en platine, et ce n'est qu'en donnant un vigoureux coup de feu qu'on parvient à le maintenir en fusion ; enfin, cet alliage lui-même se solidifie et laisse sur la coupelle le platine iridifère sous la forme de mousse ou de choux-fleurs que l'on enlève.
Ceux-ci renferment encore du plomb (22 pour 100 environ), et leur fusion directe au chalumeau ne saurait être économique ; aussi faut-il auparavant leur faire subir l'opération que MM. Sainte- Claire Deville et Debray appellent le rôtissage. Plusieurs moyens peuvent être employés pour cela. Le plus simple consiste à placer les fragments de platine impur sur des coupelles d'os que Ton porte dans des moufles chauffés aussi fortement que possible ; là, les dernières portions de plomb s'oxydent, et la litharge qui en résulte, suintant à travers la masse, vient s'imbiber dans les coupelles. Le rôtissage peut aussi bien avoir lieu dans un four àemblable à celui que nous venons de décrire en y projetant une flamme oxydante de bois sec.
Ainsi purifié, le platine iridifère est propre à être aisément fondu par la méthode ordinaire.