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ANALYSE CHIMIQUE DE LA TERRE ARABLE

Nous avons indiqué plus haut comment s’exécute l’analyse physique de la terre arable; il nous reste à examiner d’abord dans ce chapitre les modes de dosage à l’aide desquels on peut trouver les proportions d’azoto, d’ammoniaque, d’acide azotique, de carbone combiné, d’acide pliosphorique , de chaux et de potasse qui existent dans le sol; ce sont là les seuls élément? dont la recherche présente un véritable intérêt.

Dosage de l’azole. — Dans les laboratoires de chimie agricole, on exécute toujours le dosage de l’azote à l’aide de la chaux sodée, par le procédé do MM. Will et Varentrapp, heureusement modifié par M. Peligot. Ce procédé a été décrit à l’article Analyse, et nous n'y reviendrons pas.

11 ne serait inexact qu’au cas où la terre renfermerait des proportions notables de nitrates, ce qui est extrêmement rare. Dans ce cas, en effet, une fraction inconnue des nitrates se métamorphosant sous l’influence des matières organiques en ammoniaque, on obtiendrait un nombre trop fort pour l'azote des matières organiques; et il conviendrait de débarrasser par un lavage rapide à l’eau bouillante les 15 ou 20 grammes de terre destinés au dosage, des nitrates qu'ils renferment ; on ferait ensuite le dosage à l’aide de la chaux sodée.

Ammoniaque toute formée. — La plus grande partie de l’azoto contenu dans la terre arable s’y trouve à l’état do combinaison insoluble; il est donc intéressant de distinguer cet azote non actuellement assimilable par les végétaux, de la petite quanti té d’ammoniaque tou te formée qui peut y être contenue. M. Bouss ngault emploie pour faire ce dosage une base faible, la magnésie calcinée qui décompose très-bien les sels ammoma-

eaux, mais n’exerce aucune action sur les matières azotées complexes (Agron. chim., agricole, t. III, p. 206). M. Boussingault prélève sur la terre à analyser un échantillon de 100 grammes environ, qu’il place dans un ballon de 1 litre, avec de la magnésie et 300 centimètres cubes d’eau distillée, exempte d’ammoniaque. Pour des recherches de cette nature, on doit préparer de l’eau distillée exempte d’ammoniaque, on distillant de l’eau distillée ordinaire et en rejetant le premier tiers du liquide passé.) On distille et l’on recueille environ le tiers du liquide employé dans un vase renfermant un peu d’acide sulfurique étendu; en même temps que de l’ammoniaque, il passe de l’acide carbonique, qui rend le titrage difficile ; aussi M. Boussingault verse-t-il le liquide obtenu dans cette première distillation, dans un second appareil tout semblable au premier, mais dans lequel on introduit une certaine quantité de potasse qui s’empare de l’acide carbonique et déplace l’ammoniaque; on la recueille dans 10cc d'acide titré au 10', et on neutralise avec une dissolution de potasse étendue (voyez l’art. Ammoniaque). Quelques chimistes, au lieu de procéder à deux distillations, recueillent directement l’ammoniaque sortant du ballon, où cllo a été déplacée par la magnésie, dans l’acide sulfurique titré, et font bouillir le liquide pour chasser l’acide carbonique avant de procéder il la neutralisation ; ils évitent ainsi la seconde distillation

Nitrates. — Le dosage de l’acide nitrique contenu dans la terre arable a été indiqué à l’article Acide azotique, et nous n’avons pas à y revenir. (Voyez aussi Boussingault, Agron., t. II, p. 244, et pour différents autres procédés, Ann. de Chim. et de Phys., t. XL, p. 479, et t. XLVI.)

Dosage de l’acide phosphorviue contenu dans la terre arable. — Ce dosage, qui était considéré autrefois comme extrêmement laborieux, est devonu aujourd’hui beaucoup plus aisé, grâce aux travaux de M. P. de Gasparin et de M. Joulie.

Si la terre est une alluvion ordinaire, le dosage doit être fait sur un échantillon aussi homogène que possible, de 20 grammes. Si l’on opère sur une terre de jardin ou sur une terre d’origine volcanique, 10 grammes suffisent. On arrose la matière avec une petite quantité d’acide nitrique pur, on évapore à sec dans le but de détruire les matières organiques; le fer passant au maximum, la terre devient habituellement d’un beau rouge. On reprend par de l’acide azotique étendu et on fait digérer pendant quelque temps pour ramener lacide phosphorique à la variété tribasique. On filtre la liqueur, puis on évapore de façon à amener le liquide A un volume d’une vingtaine de centimètres cubes on ajoute alors 20 centimètres cubes du réactif indiqué sous le nom de nitroinolybdate d’ammoniaque par M. de Gasparin; l’acide phosphorique est précipité à l’état de phosphomolybdate d’ammoniaque; on filtre après 24 heures ; on redissout le précipité sur le (litre par un peu d’ammoniaque : on ajoute alors dans la liqueur du chlorure de magnésium ammoniacal qui détermine la formation de phosphate ammoniaco-magnésien. M. de Gasparin le recuedle et le pèse. A Grignon [ Ann. agronom., t. 1, p. 30], nous terminons le dosage par le procédé indiqué par M. Joulie, c’est-à-dire ünn frenc? 6 qui est placé dans

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l’acide phosphorique est précipité à l’état de phosphate d’urane. On est averti de la fin de l’opération par la coloration rouge que prend une goutte du liquide lorsqu’on la met en contact avec une des gouttes de ferrocyanure de potassium qu’on a déposé, à l’aide d’un agitateur, sur une assiette de porcelaine enduite d’une légère couche do matière grasse qui a pour effet d’empêcher les gouttes de ferrocyanure de se réunir. La quantité d’acétate d’urane que l’on a dû ajouter est proportionnelle à la quantité d’acide phosphorique en dissolution.

M. Maquenne a soumis ce procédé à des épreuves synthétiques sérieuses qui ont montré qu’il fournissait des résultats d’une très-grande précision ; il est exclusivement aujourd’hui employé dans les laboratoires d’analyse.

Toutefois il y a quelques cas particuliers à considérer. Quaud la terre est très-riche en matières organiques, il convient de n’ajouter l’acide azotique que par petites portions et d’évaporer chaque fois à sec; sans cela la terre fuse à la fin do l’évaporation et on peut perdre l’analyse. Quand la terre est très-calcaire, il se forme pendant la calcination à sec du silicate de chaux qui, par le traitement ultérieur, donne de la silice gélatineuse; une semblable liqueur est impossible à filtrer ; il convient, dans ce cas, d’ajouter, après la première calcination, une petite quantité d’acide sulfurique qui s’empare de toute la chaux pour former du plâtre; on calcine de nouveau pour chasser l’excès d’acide: le reste du dosage s’exécute comme il a été dit plus haut. Il est trèsimportant do se rappeler que l’acide phosphorique tribasique seul est bien précipité par le réactif inolybdique et que toute calcination doit être suivie d’une digestion de plusieurs heures avec de l’eau aiguisée d’acide azotique.

Dosage de la potasse. — La terre arable renferme la potasse à différents états; elle peut être engagée encore en combinaison avec l’acide silicique et l’alumine dans les roches feldspathiques, mais alors son action est nulle pour la végétation, et ce n’est qu’après des siècles et sous l’influence longtemps prolongée des agents atmosphériques qu’elle peut être dissoute; nous ne nous occuperons pas de la potasse à cet état, on trouvera son mode de dosage aux articles Verre, etc.

Au contraire, la potasse, tout en étant encore insoluble dans l’eau, se trouve à un état tel qu’elle cède facilement à l’influence des agents atmosphériques, et son influence sur la végétation peut être sensible. M. de Gasparin ( Détermination des terres arables dans le laboratoire ) procède à son dosage comme il suit : On attaque 10 grammes de terre placés dans une capsule, en y versant de l’acide chlorhydrique étendu jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’effervescence, puis on ajoute un mélange de 10 centimètres cubes d’acide azotique et 30 centimètres cubes d’acide chlorhydrique, et on évapore doucement au bain-marie. On reprend par de l’eau aiguisée d’acide chlorhydrique toute la partie attaquable, qu’on sépare par filtration de la partie insoluble.

La liqueur renfermant, à l'état de chlorure, le fer, l’alumine, la chaux, la magnésie, la potasse et la soude, est précipitéo par l’ammoniaque ; le précipité est recueilli sur un filtre, redissous et précipité do nouveau ; les eaux de lavage de ces deux filtres sont réunies au liquide ammoniacal qui no renferme plus que la chaux, la magnésie, la potasse et la soude. On sépare la chaux à l’aide de l’oxalato d’ammoniaque, et le liquide filtré qui renferme la potasse, la soude et quelquefois un peu de magnésie et de silice, est évaporé, puis traité par de l’eau aiguisée d’acido sulfurique et évaporé au bain de sable presque à soc. Le produit introduit dans un creuset de p’' line est calciné

TERRE ARABLE. — SZjO — TERRE ARABLE.

tant qu’il se dégage des vapeurs, puis repris par l’eau bouillante qui laisse le silice à l’état insoluble ; on filtre, on ajoute de l’eau de baryte bien pure pour séparer l’acide sulfurique et la magnésie; un courant d’acide carbonique précipite l’excès de baryte, mais les dernières traces ne sont éliminées que par l’ébullition; on filtre une dernière fois, et le liquide, qui ne renferme plus que les alcalis, potasse et soude, est aiguisé d’acide chlorhydrique, rapproché et enfin traité par le chlorure de platine qui donne la potasse à l’état de chloroplatinate, insoluble dans l’alcool faible.

Il peut être intéressant parfois de déterminer en ouire la quantité de potasse directement soluble dans l’eau froide.

Pour y réussir, on opère au moins sur 100 gr. de terre sèche qu’on introduit dans un flacon bouché à l’émeri avec un litre d’eau, on agite à différentes reprises pendant une journée ; on filtre après 24 heures sans laver le filtre et on mesure le liquide obtenu. On suppose que le liquide reste sur le filtre a la même composition que celui qui est filtré, de telle sorte que, si l’on no recueille, par exemple, que 900 centimètres cubes d’eau au lieu d’un litre, on augmentera le nombre trouvé d’un dixième pour compenser la perte due aux 100 centimètres cubes restés dans la terre.

La liqueur évaporée à moitié est additionnée d’eau de baryte qui précipite toutes les bases, à l’exception des alcalis, et élimine du même coup l’acide sulfurique. On filtre, on fait passer un courant d’acide carbonique pour précipiter la baryte restée en dissolution; on porte à l’ébullition de façon à décomposer le bicarbonate de baryte et à volatiliser les traces d’ammoniaque libre que l’eau a pu dissoudre dans la terre et l’on filtre de nouveau. On ajoute alors quelques gouttes d’acide chlorhydrique et l’on continue la dessiccation dans une capsule de platine. On calcine le résidu pour détruire les matières organiques entraînées, on le reprend par de l’eau aiguisée d’acide chlorhydrique et l’on ajoute à la liqueur du chlorure de platine. On évapore le précipité au bain-marie à siccité; on le fait tomber sur un filtre avec une fiole à jet renfermant de l’alcool et on lave encore à l’alcool jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de réaction acide. On dessèche à 110° et l’on pèse le chloroplatinate obtenu.

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