III. Ergotisme
On a décrit sous ce nom une intoxication due à l'ergot de seigle contenu dans le pain de certaines contrées à la suite d'une année pluvieuse, et qui sévit ordinairement d'une manière épidémique à partir de l'automne, c'est-à-dire de l'époque où l'on commence à faire usage des grains nouvellement récoltés. Sans faire l'historique de cette maladie, je rappellerai qu'elle a été l'objet de nombreuses relations depuis le seizième siècle. Le docteur Heusinger a donné de l'épidémie de 1855 et 1856 de la Haute-Hesse, une relation qui peut servir de type pour la description symptomatique de l'ergotisme convulsif, à la condition d'être complétée. Ce travail a été reproduit par le docteur Lassègue dans les Archives de médecine (1857, t. IX).
1" Éléments du diagnostic. — En général, la maladie débute par une sorte d'ivressCj de la céphalalgie, des vertiges, des troubles des sens, de l'agitation, de la tristesse. Plus ou moins rapidement ensuite, surviennent des fourmillements aux extrémités (d'où ils envahissent à peu près tout le corps), et des accès de contractures ou de spasmes arrachant des cris aux malades, et occupant principalement les fléchisseurs des membres, les muscles thoraciques et abdominaux, ceux de la face «t des yeux, le diaphragme, le larynx (spasme de la glotte), et même les muscles non soumis à la volonté (coliques). Ces crises, sans augmentation de fréquence du pouls, sont suivies à'anesthésie fugace ou permanente, se montrant surtout aux doigts et aux orteils, mais pouvant envahir le reste du corps, même les sens (amaurose subite, surdité, perte de l'odorat ou du goût). En même temps l'appétit est conservé, parfois même exagéré; rarement il y a des troubles digestifs phis aigus ou des déjections involontaires.
La gangrène, qui n'est qu'une manifestation plus avancée de l'intoxication, dé-
WOILLEZ, u. D. 55
bute ordinairement par les orleils ; mais une portion plus ou moins grande des membres inférieurs ou supérieurs jusqu'à leur insertion à la liancbe ou à l'épaule peut être envahie par la gangrène et se détacher par suite d'un travail spontané d'éhmination, à moins que la mort, précédée de coma, ne survienne auparavant. Une anesthésie complète ou des douleurs atroces dans le membre ouïes membres atteints, accompagnent la gangrène.
2° biductions diagnostiques. — Le diagnostic peut avoir différents points de départ dans les symptômes, car chaque symptôme prédominant au moment de l'examen du malade peut donner lieu à une foule d'erreurs particuhères : les fourmillements, les contractures ou les convulsions cloniques, consécutivement l'anesthésie et l'abolition des sens, le délire, etc., peuvent isolément fixer d'abord l'attention, et laire complètement dévier de la voie du vrai diagnostic, si l'on ne songe pas à la cause. •
Les données étiologiques sont, en effet, très-importantes. Une maladie épidémique sévissant sur la partie la plus nécessiteuse d'une population, se montrant vers la fm des années pluvieuses, et caractérisée par des accidents nerveux graves auxquels se joint quelquefois une gangrène sèche des membres plus ou moins étendue, ne peut guère laisser de doute sur sa nature. Une fois soupçonnée, la cause en est bientôt établie, et le diagnostic de l'ergotisme confirmé.
En dehors de la connaissance ou du soupçon des antécédents, tout au contraire est obscurité dans le diagnostic, et l'erreur est presque inévitable. C'est ce qui arrive lorsque, par exemple, on a à examiner hors de son pays un individu isolé dont on ignore les antécédents, ou qui se trouve dans un état d'obtusion des sens et de l'intelligence qui pourrait faire croire à une idiotie, comme l'agitation délirante pourrait être rattachée à la manie, les convulsions à Vépilepsie. la gangrène à une tout autre cause que l'ergotisme. 11 ne serait pas impossible non plus, au début d'une épidémie dont les accidents convulsifs auraient une certaine violence, que l'on pensât avoir affaire d'abord à \me épidémie de méningite cérébro spinale épidémique, surtout si les individus atteints se trouvaient agglomérés dans un étabhssement, condition habituelle dans laquelle les épidémies de méningite cérébro-spinale ont été observées.
Le degré auquel est parvenue l'intoxication est une considération importante; car lorsque l'influence de l'ergot est légère, la manifestation peut rester bornée à une sorte d'ivresse passagère; poussée plus loin, l'action de l'ergot donne lieu aux accidents convulsifs avec ou sans la gangrène sèche, qui survient elle-même plus ou moins rapidement. Une autre considération qui n'est pas sans valeur est la persistance, pendant la convalescence et pendant un temps qui peut être fort long, de l'affaibhssement de l'intelligence, de la vue et des mouvements avec ou sans tremblement musculaire. ^ . ^
3« Pronostic. — Cette intoxication est plus ou moins grave suivant les épidémies, dans lesquelles tantôt la mort, et tantôt laguérison, sont la terminaison la plus commune. On peut dire d'une manière générale que la gravité est proportionnée à la quantité de l'ergot absorbé et à la continuité prolongée de son ingestion dans les cas où la maladie est méconnue. On comprend dès lors toute l'importance du diagnostic, et la nécessité de ne pas se borner à un examen et à un interrogatoire superficiels.
INTOXlCATlOiNS. 515
La mort peut être le résultat de la violence des attaques convulsives et de l'asphyxie, ou survenir inopinément : ce sont des particularités qu'il ne faut pas perdre de vue. Quanta la guérison, elle est souvent spontanée dès que la cause cesse d'agir, et cette circonstance, de même que la cessation de l'épidémie dès que les populations ne sont plus exposées à la cause de l'intoxication, viennent mettre hors de doute l'existence de l'ergolisme.
lY. Intoxication par le sulfure de carbone.
Cette intoxication est due à la pénétration dans l'organisme, par les voies respiratoires, des vapeurs du sulfure de carbone, qui est employé dans l'industrie à disboudre le caoutchouc, et qui est extrêmement volatil, puisqu'il bout à 45". M. Duchenne (de Boulogne) a signalé la paralysie due à la vulcanisation du caoutchouc, et M. Bouchardat la maladie des ouvriers qui travaillent cette substance; mais c'est à M. Delpech, qui a lu en 1856, à l'Académie de Médecine, le résultat de recherches plus approfondies, que l'on doit les connaissances les plus complètes que l'on possède sur cette intoxication. C'est donc à son mémoire que j'emprunterai les matériaux de cet article, en exposant à part les accidents aigus passagers, et les accidents chroniques de l'intoxication.
1° Éléments du diagnostic. — Tantôt les accidents, produits plus ou moins rapidement, sont passagers et constituent une sorte d'ivresse analogue à l'ivresse alcoolique: vertiges, vague dans les idées, trouble de la vue, titubation avec faiblesse, céphalalgie, nausées, sueurs froides et même délire; et tantôt les troubles sont plus durables, et ceux d'une véritable intoxication. Il y a alors de la céphalalgie, des vertiges, perle de la mémoire, jjaresse intellectuelle, irritabilité de caractère, de Vinsomnie ou un sommeil interrompu, des douleurs dans les membres, des fourmillementSy de Vajiesthésie aux bras et aux mains (Bouchardat), de V analgésie^ et quelquefois au contraire de Vhijperesthésie ; la vue s'affaibht, ainsi que Vouïe quelquefois; et V odorat comme le goût sont impressionnés par l'odeur du sulfure quand les malades mangent ou fument. — La mijolilité, dans le principe, est quelquefois excitée [crampes^ contractions locales involontaires, contracture des extenseurs des doigts), mais le plus souvent, soit plus tard, soit d'emblée, elle est affaiblie au niveau des membres, surtout aux membres inférieurs ; il y survient des contractions fibrillaires, et fréquemment une atrophie musculaire générale ou partielle. — La contractilité électrique des muscles est conservée. — Les fonctions génératrices sont toujours influencées de la manière la plus fâcheuse (Delpech), le plus souvent amoindries ou annihilées chez la femme comme chez Thomme ; elles sont très-rarement surexcitées.
Du côté des organes digestifs, il y a ordinairement dès le début : anorexie, dégoût prononcé des aliments, nausées, vomissements verdâtresou bilieux, parfois alimentaires, et accompagnés en général de malaise extrême et de sueurs froides ; coliques sans diarrhée ni constipation, sauf d'une manière accidentelle; matières fécales ei gaz intestinaux exhalant l'odeur très-prononcée du sulfure de carbone, de même que Xhaleine et Vuri7iP des malades. — La respiration est ordinairement courte; plus rarement il y a de^ palpitations et des accès de fièvre irréguliers, surtout la nuit.
Lorsqu'il s'est produit une cachexie plus ou moins profonde, la peau est pâle, mate, un peu terreuse, et il existe une anémie manifeste, à laquelle se joint la persistance complète ou partielle des accidents de l'intoxication dont elle est la suite.
51() lîvTOXICATIONS .
2^ Inductions diagnostiques. — Parmi ces nombreux éléments du diagnostic, il y a une donnée qui par elle-même lait immédiatement soupçonner la nature des accidents observés : c'est l'odeur caractéristique du sulfure de carbone exhalée par les malades.
La connaissance de la profession dans laquelle on emploie le caoutchouc dissous vient corroborer cette première impression, et l'étude atfentive des symptômes actuels que j'ai rappelés ne permet plus de douter que l'on ait affaire à une intoxication par le sulfure de carbone.
Les antécédents confirment le diagnostic, si les accidents se sont montrés brusquement (ivresse) ou graduellement (intoxication), après un travail plus ou moins prolongé dans les vapeurs de cette substance.
Depuis que l'on a étudié cette affection, il n'est plus guère possible de confondre ses symptômes dominants avec les symptômes analogues qui se rencontrent dans d'autres maladies, comme dans Y intoxication mercurielle, la paralysie générale commençante, Yatrophie musculaire progressive. L'intoxication alcoolique a cependant de grandes analogies avec celle qui m'occupe; il est d'autant plus possible d'en confondre les manifestations que les malades par le sulfure de carbone s'adonnent habituellement aux excès alcooliques, et que les accidents épileptiformes et les hallucinations, donnés par M. Delpech comme caractères distinctifs de lalcoolisnie, peuvent faire défaut. Néanmoins l'ivresse par le sulfure cesse par l'exposition de l'individu au grand air, ce qui n'a pas lieu pour l'ivresse alcoolique.
3« Pronostic. — L'intoxication par le sulfure de carbone se termine ordinairement par la guérison lorsque les malades cessent de s'exposer aux inhalations de cette substance. Cette guérison est plus ou moins lente, suivant le degré de l'intoxication, sa durée, et suivant le retour plus ou moins répété des accidents. On n'a pas encore vu la mort survenir. Mais les troubles intellectuels, les paralysies, l'impuissance, Vatrophie musculaire, qui n'a pourtant pas ici la gravité de l'atrophie primitive, et enfui la cachexie, lorsqu'elle survient, ne laissent pas que d'être très-fâcheux.
Y. Intoxication par l'opium.
L'opium produit également une ivresse et une intoxication particulières, qui ont été bien décrites dans la thèse de M. Réveil (1856).
\j ivresse des fumeurs d'opium peut se reconnaître aux phénomènes suivants. Au début, il y a une grande langueur, une faiblesse générale rendant tout travail impossible, puis surviennent des symptômes d'excitation cérébrale : les facultés intellectuelles s'exaltent, mais sans rien perdre de leur netteté ; le jugement et la raison conservent toute leur intégrité, ce qui distingue complètement cette ivresse de celle produite par les boissons alcoohques. De plus, on éprouve une gaieté tranquille, un bien-être physique et moral, une exaltation des fonctions de l'esprit et du corps, au lieu delà dépression et des troubles de ces fonctions par les spiritueux. Les démangeaisons de la peau, principalement aux ailes du nez et au scrotum, succèdent à un sentiment de grande chaleur. Une heure ou deux après que l'on a cessé de fumer l'opium, les sensations sont plus obtuses : il survient un sommeil doux et tranquille, mais sans visions ni hallucinations, comme chez le mangeur d'opium. Il peut survenir des nausées et des vomissements, si l'on fume quelque temps après le repas.
Ce que l'on peut appeler Y intoxication par l'opium s'observe principalement chez le mangeur d'opium. Son corps est maigre et incurvé, sa face pâle et jaune, s;i
lODlSME. IVRESSES. 517
constitution est chétive et débilitée, sa démarche chancelante, ses yeux sont appesantis, ses organes digestifs troublés (appétit nul, constipation opiniâire), ses facultés mentales sont abolies. Il y a de la somnolence avec visions et hallucinations. Enfin it existe une impuissance complète.
INTUSSUSCEPTION, INVAGINATION. — V. Occlusions intestinales.
lODISMEi — Indépendamment des accidents que l'iode peut produire comme poison irritant du côté des organes digestifs, et des troubles caractéristiques que s;i pénétration à hautes doses dans l'organisme suscite du côté des organes sécréteurs et de la peau (ophthalmie, coryza, salivalion, éruptions diverses), ou du système nerveux (Gullerier) , il existe, suivant M. Rilliet, un iodisme coiistitiitionnel s]^m\ê par Coindet, et qu'il est très-important de ne pas perdre de vue dans la pratique.
Cet état pathologique est rare. Il est caractérisé par Y amaigrissement, la boulimie, palpitations et un étatnervenx spécial, dont les effets se manifestent autant sur le moral que sur le physique. L'iodisme a une marche chronique et une durée de deux à six mois en général; il se manifeste quelles que soient les doses d'iode, son composé, ou son mode d'introduction dans l'économie, mais seulement chez des individus prédisposés, le plus souvent vers la fin de l'âge adulte et dans la première vieillesse (35 à 60 ans), de préférence chez les individus dont la position est aisée, et l'habitation dans un pays où l'eau et les aliments contiennent peu ou pas d'iode, et où le goîire est endémique. Enfin l'existence du goitre est un des critères de la prédisposition, surtout s'il disparaît trop rapidement (Rilliet, Mém. 'présenté à VAcad. de méd., \^^()^).
L'iodisme constitutionnel pourrait être confondu, suivant le même observateur, avec la variété de chlorose qui simule la phthisie, avec la scrofule et le cancer, avec le diabète latent et les maladies du cœur commençantes, ou bien encore avec Vhypochondrie. Les données les plus importantes du diagnostic sont le dépérissement, et la constatation de la cause (iode introduit dans l'économie), que la recherche des antécédents fera facilement découvrir si Ton songe à l'iodisme.
Cet état pathologique se termine ordinairement par le retour à la santé ; mais s'il a une forme légère et une forme de moyenne intensité, il en a aussi une grave ou très-grave, qui serait plus rare aujourd'hui qu'autrefois, et qui occasionnerait quelquefois la mort, selon M. Rilliet.
IRITIS. — y. Syphilis.
ISGHURIE. — F. Miction.
IVRESSESi — Les troubles de l'intelligence, de la myotilité et de la sensibilité qui caractérisent l'ivresse alcoolique, se rencontrent, plus ou moins profondément modifiés, comme constituant un certain nombre d'ivresses particulières qui se distinguent de l'ivresse alcoolique par leur cause. La pénétration dans l'économie de substances exerçant une influence notable sur les appareils nerveux constitue cette origine. Ce qu'il y a ici de remarquable, c'est que les ivresses qui résultent de cette pénétration constituent des phénomènes aigus qui sont le premier degré d'un certain nombre d'intoxications. Telles sont, outre l'ivresse de l'alcoolisme, celles qui précèdent Vergotisme, l'intoxication par le sulfure de carbone, l'intoxi-
* Voyez le rapport de M. le professeur Trousseau sur ce travail, et l'importante discussion qui suivit la lecture de ce rapport [Bulletin de V Académie, tome XXY )
518 JAUNE (fIÈVBe).
cation pai' V opium (V. Intoxications). Ou a aussi décrit une ivresse due à l'ingestion des préparalions de quinine (ivresse quinique), dont on a rapproché l'ivresse dite apiolique, qui serait produite par le persil. 11 me sufnt de les rtippeler.
JAUNE (Fièvre). — Celle maladie, dont la nature est inconnue, f^évit presque toujours d une manière épidémique dans des contrées particulières. Elle a été observée sans contestation aux Antilles, sur le continent des deux Amériques, dans la partie occidentale de l'Afrique et, en Europe, sur !e littoral de l'Espagne, du Portugal, et enfin à Livourne en Italie.
On a considéré I'ictère grave de nos contrées comme la fièvre jaune endémique; mais les faits connus ne permettent pas, dans l'état actuel de la science, de réunir ces deux maladies en une seule.
Aux travaux modernes qui ont été publiés sur la fièvre jaune, se rattachent les noms de Dalmas, Bailly, Cailliot, Chervin, et de MM. Louis, Dutroulau, Rufz, Souty, Thomas, Leconle, Magalhaes Coutinho, et beaucoup d'autres.
J ° Éléments du diagnostic. — Dans les cas graves, il y a comme deux périodes. La première débute par une céphalalgie intense, des frissons et des douleurs plus ou moins vives dans les membres, puis dans le dos. Cette période est caractérisée par les phénomènes suivants : face animée, bouffie, rouge, parfois de couleur acajou clair (Dutroulau), avec les yeux injectés, brillants, larmoyants avec sensation de cuissons; chaleur de la peau qui est quelquefois injectée à la poitrine, pouls médiocrement accéléré, plein, régulier; anorexie complète, soif vive; parfois douleurs à l'épigastre, mal de gorge (Lisbonne, 1857); langue sèche, d'un gris foncé ou recouverte d'un enduit blanc et humide, quelquefois violacé (Dutroulau); nausées et vomissements, d'abord sans caractères spéciaux, survenant quinze, vingt heures et plus après le début; selles rares et abdomen souple et indolent, si ce n'est à l'épigastre; insomnie, agitation souvent extrême, anxiété, rarement délire ; urines seulement un *peu rougeâtres, parfois abondantes et non albumineuses (Magalhaes Coutinho, Gaz. hebd., 4858). — A une seconde période, il y a diminution de la céphalalgie et des autres douleurs, de l'injection des yeux et de la poitrine, puis apparaissent : la coloration jaune ictérique de la peau et des yeux (qui ne surviennent parfois que peu avant le terme fatal ; la dépression du pouls, qui devient petit et se ralentit; les vomissements, contenant d'abord des parcelles noirâtres comme de la suie, puis devenant tout à fait bruns ou noirs; les selles également noirâtres ou noires, rarement liquides et bilieuses (Dutroulau) ; des hémorrhagies dans l'épaisseur des membres; la persistance du malaise et de l'anxiété, la diminution des forces, le refroidissement bien avant l'agonie, parfois la suppression des urines. Quelquefois une rémission, une amélioration apparente dans les symptômes se manifeste, et une mort inopinée survient dans ces conditions.
En dehors des cas graves dans lesquels se rencontrent la plupart de ces symptômes, il en est un certain nombre dans lesquels ces symptômes se trouvent considérablement atténués, ou réduits à un petit nombre, et dont la description serait impossible. Il en sera question ci-après, en même temps que des données de diagnostic dont il n'est pas parlé précédemment.
2^ Inductions diagnostiques. — Le diagnostic de la fièvre jaune ne peut être douteux lorsque Ton voit survenir les symptômes les plus graves que j'ai énumérés
JAUNE (fIÈVHeV
plus haut, et tloiit il est impossible de donner un tal)lea\î : ént'ral sali>fai<ant, vu la variation des symptômes suivant chaque épidémie. Le diagnostic sera rendu plus facile par le fait de l'habitation de l'individu qui les présente dans la zone où s'observe le plus habituellement la maladie, surtout s'il exisie manifestement déjà une épidémie de fièvre jaune dans le pays.
Mais il en est tout autrement si l'on est au début d'une épidémie et si l'on a affaire à des cas légers de fièvre jaune dans lesquels, ainsi que le rappelle M. Louis dans ses recherches sur la lièvre de Gibraltar (Mém. de la Soc. médic. d'observ., t. Il), il n'y a ni vomissements noirs, ni évacuations alvines de même couleur, ni jaunisse, ni anxiété, et où la maladie paraît uniquement consister dans un mouvement fébrile peu marqué, avec céphalalgie plus ou moins intense, douleurs dans les membres,. dans les lombes et le dos, rougeur des yeux et faiblesse médiocre. 11 est impossible alors de reconnaître ou même de soupçonner l'affection, qui peut être prise pour une de ces fièvres éphémères dont il n'est pas possible de toujours déterminer le caractère. Cette difficulté de diagnosiic est d'autant plus regrctiable que Terreur peut alors, selon l'expression de M. Louis, être une véritable calamité publique.
Cependant, comme le fait remarquer fauteur, « si l'on venait à observer beaucoup de cas semblables à ceux dont il vient d'être question, en peu de temps, aux mois d'août et de septembre, et dans la latitude où règne la lièvre jaune ; si les yeux étaient injectés dès le début, la figure rouge, la céphalalgie intense, l'épigastre un peu sensible à la pression : on devrait vivement soupçonner celte affection, encore qu'il n'y ait pas d'épidémie déclarée ; et il n'y aurait pas de doute sur ce point, alors même que les symptômes se présenteraient dans le plus faible degré, s'ils venaient à. se déclarer chez tous les membres ou la plus grande partie des membres d'une même famille, au milieu d'une épidémie et dans un espace de temps peu considérable ; car une affection qui a ce caractère n'atteint pas un aussi grand nombre de personnes d'une même famille en si peu de temps, hors celui d'une épidémie de fièvre jaune. » [Mém. cité.)
La marche ou l'évolution des phénomènes symptomatiques n'a pas toujours la régularité des deux périodes que j'ai rappelées. Outre que les cas légers échappent à cette règle, il arrive quelquefois que la marche de la maladie est rémittente, et même intermittente, mais sans régularité dans le retour des accès (Rufz, Dutroulau, Maladies des Européens dans les pays chauds, 1861) et principalement aux époques où régnent aux Antilles les fièvres intermittentes (de novembre 4 mai). Ce sont des particularités qu'il ne faut pas oublier, non plus que la durée habituelle de la maladie pendant quatre à vingt jours et plus (sans compter la convalescence), et la possibilité des cas foudroyants, dans lesquels la mort survient quelques heures après le début.
Les données étiologiques sont incomplètement connues, mais il en est de bien établies et qui sont loin d'être sans valeur au point de vue du diagnostic. On sait, par exemple, que la fièvre jaune ne se développe que très-rarement en dehors^ des régions que j'ai précédemment indiquées ; que Thumidité, les saisons d'été e t d automne, et surtout une température de -4- 18° environ, favorisent son apparition et son développement ; qu'elle atteint de préférence les Européens non acclimatés, et enfin que la maladie est contagieuse par infection et non p:ir le contact, comme on le pensait autrefois.
520 3.\vm (fièvre).
On confondrait avec la fièvre jaune Vhépatite, qui n'est pas rare dans les pays où la première s'observe, si l'inflammation hépatique ne s'accompagnait pas d'une douleur dans l'hypochondre droit, d'une augmentation de volume du foie, et si la marche moins rapide de la maladie ne la faisait pas distinguer de la fièvre jaune. — , La fièvre typhoïde sera bien difficilement confondue avec la maladie qui m'occupe. Dans la fièvre typhoïde, en effet, le vomissement est exceptionnel, il y a de la diarrhée, le ventre est météorisé, et la marche de la maladie est ordinairement lente ; tandis que, dans la fièvre jaune, les vomissements sont communs, il y a delà constipation, la forme du ventre est naturelle et la marche habituellement rapide.
Mais il y a deux maladies qui ont de telles analogies avec la fièvre jaune que, dans beaucoup de cas, on est fort embarrassé d'en formuler les caractères distinctifs. Ce sont, dans nos contrées, \ ictère grave fébrile, qui a été considéré comme une forme endémique de la fièvre jaune propre à notre chmat, et la fièvre bilieuse des pays intertropicaux dans sa forme continue. J'ai traité ailleurs de ce diagnostic différentiel (V. pp. 118, 448).
Je n'ai rien à ajouter à ce qui précède, relativement aux degrés ou aux formes variables de la fièvre jaune, formes qui dépendent et du degré d'intensité lui-même, et de la prédominance ou de l'absence de certains symptômes. — Quant aux complications, elles sont rares.
On a noté des parotides ou des abcès multi{)lesdes membres comme des accidents survenant dans la convalescence ; les abcès paraissent dus à la suppuration de foyers hémorrhagiques qui se font dans l'épaisseur des membres.
50 PfQfiostic. — Le pronostic à porter sur l'issue de la maladie doit toujours être extrêmement réservé dans le cours de la fièvre jaune, sa gravité n'étant nullement proportionnée à l'intensité des symptômes, La mort a lieu dans environ la cinquième partie des cas. Elle survient le plus souvent à la suite d'un ensemble de phénomènes très-graves : agitation extrême, abattement profond, déjections et vomissements noirs, hémorrhagies diverses, ictère plus ou moins générahsé, suppression des urines, quelquefois respiration anxieuse, convulsions générales et écume à la bouche (Dutroulau). Mais d'autres fois la mort arrive inopinément à la suite de symptômes légers et très-peu caractéristiques : fièvre et douleurs peu intenses, diminution légère des forces, absence d'agitation, de vomissements et même d'ictère. Cependant, lorsque l'ictère se montre dans ces conditions et dans le premier septénaire, il annoncerait une mort prochaine ; son apparition serait donc alors un signe de la plus haute gravité.
La guérison a lieu, selon M. Dutroulau, lorsque les vomissements et les déjections noires n'ont pas paru, lorsque les hémorrhagies passives n'ont pas été trop abondantes. Yers le sixième ou septième jour, quelquefois avant, l'agitation cesse, la peau devient moite et tiède, l'ictère se dissipe, ou, dans quelques cas, au contraire^ devient très-prononcé et comme critique ; les urines coulent avec facilité, la langue s'humecte et se nettoie, mais elle peut rester rouge pendant longtemps et laisser suinter un peu de sang ; les vomissements et les déjections changent de nature et finissent par se supprimer; la convalescence commence. Cette convalescence est toujours très-longue, même à la suite des cas légers, ainsi que M. Louis l'a fait remarquer, et les récidives de la maladie sont tout à fait exceptionnelles. Une atteinte de fièvre jaune préserve donc d'atteintes ultérieures.
JUGULMRES (Veikes). — V. Veineux (Appareil).
KÉLOÏDE. LAIT. 521
KÉLOÎDE. — Celte affection est rare et mal connue. On la rencontre à la poitrine, au cou, aux bras. Pour Alibert, elle consiste en de petites tumeurs ^ihties, souvent irrégulières, avec légère dépression centrale, dures au touclier, d'un rouge foncé ou d'un rouge pâle, et dont l'épiderme, aminci ou ridé, donne à la lésion Faspect d'une cicatrice de brûlure au troisième degré. Pour M. Addison, la vraie kéloïde aurait pour caractère une tache d'un blanc opaque au tégument, autour de laquelle se ferait une congestion veineuse dans le voisinage; çà et là cette tache présenterait une légère teinte jaunâtre ou brunâtre qui la rendrait comme pommelée. Lorsque la lésion ne disparaît pas spontanément, il surviendrait des démangeaisons, avec douleur, roideur et dureté de la partie affectée (Méd.-chir. trahis. ^ 1855).
KYESTÉINE. — F. Grossesse (p. 419) et Urines.
KYSTES. — Parmi les kystes internes, dont je n'ai pas à faire ici l'histoire, les plus ordinaires soi>t les kystes hijdatiques et les kystes de V ovaire. Les kystes hématiques de Tarachnoïde et les kystes du pancréas sont beaucoup plus rares.
A l'exception de ceux de l'arachnoïde, les kystes se développent habituellement avec lenteur, et ne donnent d'abord lieu à aucun signe lorsqu'ils sont profondément situés, peu volumineux, et par suite ils n'ont pas d'influence fâcheuse sur les fonctions des organes limitrophes : ce sont alors de simples lésions anatomiques. Lorsqu'ils sont plus vokmiineux, ils produisent, suivant leur siège, des troubles fonctionnels : les uns qui n'ont rien de spécial, comme certaines gênes ou douleurs sourdes, les autres plus caractéristiques, comme des phénomènes de compression^ ceux de Vinflammation spontanée du kyste, et surtout les accidents qui résultent de leurs ruptures.
Ces ruptures, heureuses ou fatales, et, avant tout, la constatation d'une tumeur formée par le kyste, sont les conditions essentielles du diagnostic (F. Hydatides, Hémoerhagies, p. 448, et Tumeurs).
LACTESCENTS (Liquides). — Il arrive quelquefois que certains liquides de l'économie, comme le sang et les urines, offrent une coloration d'un blanc opaque analogue à celui du lait. Les anciens ont déduit de cette particularité les hypothèses, encore admises par le vulgaire, delà déviation du lait hors de ses voies naturelles.
On sait aujourd'hui que l'aspect lactescent dont il est question est dû à des matières grasses émulsionnées dans les hquides qui le présentent, et que l'on fait disparaître instantanément par une addition d'éther qui dissout la matière grasse. La lymphe, liquide opalin et blanchâtre rendu par des fistules qui communiquent avec des vaisseaux lymphatiques, a aussi été prise pour du lait dévié. Lœwig et Vidal ont vu la lymphe ainsi accumulée dans le scrotum.
LAIT. — Comme l'a fait remarquer M. Cl. Bernard, les produits de sécrétions sont formés de principes empruntés au sang, et d'autres principes élaborés par les glandes. Le lait emprunte au sang son eau, ses sels, son albumine^ tandis que les glandes mammaires forment la caséine, le beurre et le sucre de lait.
Les qualités du lait de la femme ont besoin d'être constatées assez souvent dans la pratique, afin que l'on puisse saisir Tinflueuce que peut exercer cette sécrétion, soit sur l'enfant, soit sur la mère.