II. Parasites végétaux
Tous les végétaux parasites qui croissent sur les animaux vivants sont les plus simples qu'on puisse connaître : ce sont des plantes cellulaires : des algues ou des champignons. M. Gh. Robin en a fait une étude approfondie (Hist. nat. des végé-
taux parasites, 1855) et, ainsi que M. Bazin {Leçons sur les affect. cutanées parasitaires, 1858), il leur attache une grande importance pathogénique. Cette importance est incontestable dans un bon nombre de cas, dans les teignes, par exemple, mais il en est d'autres dans lesquels le végétal ne joue qu'un rôle secondaire ou accidentel.
On doit reconnaître, en effet, que dans les maladies cutanées parasitaires, il y a très-souvent doute sur les relations de cause à effet entre la constatation du parasite végétal et les lésions locales. D'ailleurs le microscope n'a pas toujours démontré la présence du parasite attribué à une maladie cutanée, soit au début de cette maladie, soit dans son cours, même lorsqu'elle était vierge de tout traitement. Les adeptes de la doctrine du parasitisme répliqueront que l'on ne sait pas chercher le parasite; mais M. Bazin lui-même dit que, dans le diagnostic des affections parasitaires, l'examen au microscope lève ordinairement tous les doutes ; il y a donc des cas dans lesquels il ne constate pas le parasite. C'est au reste un fait admis par M. Ch. Robin lui-même (Em. Tarnier : Thèse, 1859).
Si l'on ajoute à ce défaut de la preuve microscopique le fait contraire de la constatation du parasite au niveau de lésions cutanées d'une tout autre nature que celle qui en est considérée comme l'effet nécessaire, on ne saurait suivre provisoirement M. Bazin dans tous les développements de sa dermatologie parasitaire. Les teignes, comme je l'ai dit précédemment, sont les seules affections qui paraissent devoir être rattachées, comme effets, au parasitisme végétal. Les crasses parasitaires de M. Bazin (« Pityriasis versicolor, pytiriasis nigra, chloasma ou macula gravidarum^ taches hépatiques, éphéhdes lenticulaires, etc. ») ne sauraient être assimilées, ainsi qu'il l'a fait, comme effets du microsporon furfur. Ils en seraient des effets par trop divers. M. Hardy, quoique partisan de la doctrine du parasitisme, considère d'ailleurs le pityriasis versicolor comme une affection constitutionnelle ; et en le supposant dû au microsporon furfur, que l'on retrouve, en effet, au niveau des taches pityriasiques, on recherche vainement ce parasite au niveau des tacbes bistrées des femmes grosses (macula gravidarum) et des éphélides ; du moins c'est ce qui m'est arrivé. A plus forte raison ne saurait-on admettre, avec M. Bazin, que {( beaucoup d'altérations, désignées sous le nom de pourritures, de gangrènes, mélanoses des muqueuses ou des ulcères, etc., sont produites par des cbampignons qui se développent sur ces surfaces. » (Ouv. cité, p. 217).
Les végétaux parasitiques ont des caractères qui ne peuvent être constatés qu'à l'aide du microscope, puisque les dimensions de leurs éléments ne se mesurent que par centièmes ou millièmes de millimètres. Toutefois en se groupant ils produisent sur la peau, sur les cheveux ou les poils, sur les muqueuses, ou dans certains liquides, des agrégats solides, des furfures, des pseudo-membranes ou des sédiments dont l'aspect seul fait deviner ou soupçonner le parasite. Il faut même avouer que^j sans ces données extérieures, les signes microscopiques tout en révélant un végétal parasite, seraient très-fréquemment insuffisants pour permettre d'en établir l'espèce.
On ne saurait nier, en effet, que les végétaux en question, reconnaissables comme espèces lorsqu'ils sont entiers, ne s'offrent le plus souvent à l'observation que par éléments isolés qu'il serait facile d'attribuer à des espèces différentes. Ces éléments ne sont d'ailleurs qu'au nombre de trois : l°le mycélium, qui représente
le système végétatif, sous forme de tubes ayant 0-"S002 à 0-'",003 de diamètre, avec une longueur et des bifurcations variables; son examen seul ne saurait servir à distinguer les espèces, suivant M. Ch. Bobin; 2° les filaments tubuleux récep taculaires, réceptacles, tubes sporopb.res, qui présentent beaucoup de variétés depuis le tube vide jusqu'au tube rempli de spores, qui semblent quelquefois par leur accumulation bout à bout dans le tube transparent former un tube cloisonné ; 5" enfin les spores sporules, sporidies, corps producteurs de tous les cryptogames, qui sont très-souvent le seul élément que l'on puisse recueillir, et dont le volume variable n'est évidemment pas suffisant pour en faire déterminer l'espèce.
Quoi qu'il en soit, je vais indiquer quels sont les végétaux parasites admis comme incontestables, et les conditions dans lesquelles on les rencontre. Je ferai préalablement remarquer qu'on les trouve sur la peau, sur les muqueuses, ou dans les liquides expulsés de Téconomie.
A. Parasites végétaux de la peau. — Ce sont des champignons qui comprennent : le tricbophyton de Malmsten; trois espèces de microsporon (d'Audoin, mentagrophyte, furfur), et Tachorion de Scbœnlein.
1« Le trichophyton de Malmsten est uniquement composé de spores rondes ou ovales, transparentes et incolores, de 0'^'",005 à 0-"',005 de longueur (quelquefois 0""",007 à 0""^S01^^) sur O^^^jOOS à 0"'"S004 de largeur et donnant naissance à des filanients articulés moniliformes (Gruby, Acad. des Se, 18M). Il occupe l'm^é^'rieur de la racine des cheveux, et les rend plus fragiles. — Il a été signalé par M. Gruby comme le cryptogame propre à la teigne tondante de Mahon, et particulièrement étudié par M. Bazin (F. Teignes).
2° Le microsporon d'Audoin présente des spores rondes ou ovales, plus petites que celles du trichophyton, les spores rondes ayant 0""",001 à 0'"",005, et les ovales 0'""S002 à 0™"^,008; elles sont adhérentes à des tubes et filaments ramifiés ainsi qu'à leurs brancbes. L'agglomération de ces végétaux engaîne les cbeveux libres, autour desquels ils forment une couche épaisse de 0'"™,01 5. — H produit comme le précédent une espèce de teigne .
5<» Le microsporon mentagrophijte engaînerait, en se pçroupant, le foUicule pileux de la barbe et il différerait du microsporon d'Audoin par des spores plus volumineuses et des filaments et des ramifications plus grands, ainsi que par son siège autour du poil dans le follicule, sans envahir la partie aérienne du cheveu, et sans pénétrer dans son intérieur comme le trichophyton (Ch. Robin). Il serait le cryptogame propre à la sycose; mais telle n'est pas l'opinion de M. Bazin (V. Teignes).
4« Le microsporon furfur d'Eichstedt est formé de cellules allongées et ramifiées, et de spores en groupes ou amas ayant seulement quelques centièmes de millimètre de diamètre ; ces spores, qui réfractent fortement la lumière, se rencontrent principalement au niveau des plaques de pityriasis versicolor. ^
b^Vachorion de Schœnlein est le champignon qui, par son agglomération, constitue les cupules jaunes du favus. Les spores isolées adhèrent souvent à la surface de la portion implantée du cheveu ou des croûtes épidermiques. Les lavi forment des cupules d'autant plus régulières qu ils sont plus petits et ordinairement traversés par un ou plusieurs cheveux. Ils sont logés dans une dépression delà peau
partant de Torifice des follicules pileux, et non dans les glandes sébacées qu'ils n'atteignent jamais, suivant M. Ch. Robin.
Ces favi sont durs, cassants, et leur masse se réduit facilement en poussière, qui est composée : \° de tubes fïuxueux, ramifiés, non cloisonnés, vides ou contenant de rares granules moléculaires (c'est le mycélium); 2° de tubes droits ou courbés rarement ramifiés, contenant des granules ou des petites cellules rondes ou des cellules allongées, placées bout à bout, de manière à former des tubes cloisonnés (réceptacles ou sporanges) ; 3*^ enfin des spores la plupart sphériques, libres ou réunies en chapelet. C'est presque uniquement du mycélium qu'on trouve contre la face interne de la couche extérieure.
Les favi paraissent d'abord comme un petit point jaune au centre d'une élévation de 1 epiderme qui tombe, et si on enlève un favus ancien, il se reproduit avec ténacité. Ils causent des excoriations, l'alopécie par compression et l'atrophie des bulbes pileux. Les squames et les croûtes qui les accompagnent sont composées d'un mélange de cellules épithéliales, de globules de pus desséché, de globules de sang altéré, quelquefois de spores du champignon et de granules moléculaires.
L'apparition de la teigne faveuse est due au transport des spores. M. Remak a pu se les inoculer au bras. Il ne faut pas croire, en effet, que les favi ne se développent qu'à la tête (F. Teignes).
B. Parasites végétaux des muqueuses. — Je n'ai à rappeler ici que V oïdium albicans (Ch. Robin).
Ce végétal forme en majeure partie les plaques ou couches d'aspect pseudo-membraneux, d'un blanc de lait, qui constituent le muguet (ou Manchet), et que l'on voit apparaître d'abord sous forme d'un pointillé et se développer dans la bouche des enfants et plus rarement des adultes. Des filaments tubuleux sporifères, cloisonnés d'espace en espace, souvent étranglés au niveau des cloisons, de couleur légèrement ambrée, ramifiés plusieurs fois, entrecroisés en tout sens, ayant une largeur qui varie de 0"'"\005 à 0™™,005, et une longueur de 0"'«^,05 à 0'""%06; des spores adhérant fortement aux cellules épithéliales du mucus buccal, spores sphériques ou un peu allongées, à bords nets foncés et à centre brillant, d'une teinte ambrée, renfermant une fine poussière, souvent un ou deux granules moléculaires mobiles : tels sont les éléments de l'oïdium albicans vu au microscope.
On ne peut plus considérer aujourd'hui le muguet comme une phlegmasie particuhère, depuis les travaux de MM. Ch. Robin, Berg, Gubler. C'est une affection locale essentiellement parasitaire, dont le développement est favorisé par une prédisposition générale de l'économie et par l'acidité du mucus buccal. On le voit principalement apparaître chez les enfants qui présentent des dérangements des voies digestives, et chez l'adulte dans les derniers jours de la vie, particulièrement chez les phthisiques, à la fin des fièvres typhoïdes, des phlébites, des lymphangites mortelles, etc.
Le muguet peut se développer non-seulement dans les diverses parties de la bouche ou du pharynx, ce qui est le plus ordinaire, mais encore dans l'œsophage jusqu'au cardia ; on l'a aussi rencontré une fois dans l'estomac et dans l'intestin grêle, ainsi qu'au pourtour de l'anus. On a constaté assez souvent la transmission du muguet de l'enfant au mamelon de sa nourrice, par suite de l'aigreur du lait qui l'humecte, ou du dépôt de mucus acide parles enfants qui tettent.
PAROTIDE. — ■ Px\ROTIDITE. 669
C. Parasites végétaux des liquides excrétés. — Il est digne de remarque que l'on rencontre seulement dans cette division des végétaux de la classe des algues, tandis que ceux des divisions précédentes se rapportent exclusivement aux champignons. Je n'ai à rappeler ici que les végétaux constatés dans les crachats des phthisiques, la sarcine, le leptomicus urophilus, et le cryptogame du ferment.
Je n'ai que peu de mots à dire des deux derniers parasites. — Ualgiie du ferment, qui n'a pas de signification pathologique (Vogel), se rencontre dans les liquides du tube digestif et dans l'urine ; il présente un et rarement deux globules brillants dans la plupart des cellules. — Le leptomicus urophilus est rare, et n'a pas plus d'importance ; c'est une algue très-rameuse, pouvant atteindre deux ou trois millimètres de longueur.
Le cryptogame du poumon (aspergillus pulmonum hominis, pneimomycosis) a été signalé en 1842 par M. Bennet dans les crachats des tuberculeux; suivant M. Remak (1845), des fibres de mycélium ramifiées en fourche se rencontreraient dans la plupart des crachats des phlhisiques. Ce cryptogame, qui est porté sans doute dans les poumons par l'air inspiré, a été observé aussi par MM. Von Dusch et Pagenstecker. Mais il n'est pas constant, ni réellement utile au diagnostic. Il en est de même du végétal microscopique qui a élé trouvé par Langenbeck dans l'écoulement mor veu x (1841).
La sarcine, signalée par M. Goodsir dans les liquides de l'estomac, forme une sorte de sédiment brunâtre dans les liquides vomis, attendu qu'elle est plus pesante que l'eau. Il faut donc laisser reposer ces fiquides lorsque leur couleur brune y fait soupçonner l'existence de ce végétal, et c'est dans le dépôt qui se forme qu'il faut le chercher.
La sarcine (merismopœdia venir iculi, Ch. R.) se présente sous forme pulvérulente, constituée par des masses cubiques, prismatiques, allongées ou irrégulières, de couleur brune très-claire, et composées habituellement de 8, 1 6, 64 cellules cubiques^ de 0""'",008 de diamètre, et dont chaque face est divisée en quatre sailHes par de légers sillons ; elles contiennent un noyau teinte de rouille de 0™"',002 à 0"-'",004. Pour l'emploi du microscope il faut se servir d'un fort grossissement.
Ce végétal ne semble pas réagir d'une manière fâcheuse sur Féconomie. Cependant il a été constaté dans des cas de vomissements incoercibles, et comme il donne une couleur brunâtre aux liquides vomis, il est toujours nécessaire de rechercher la sarcine lorsque les matières des vomissements présentent cette coloration, que l'on pourrait attribuer à tort à du sang altéré, et rapporter à une affection organique de l'estomac.
PAROLE. — V. Phonation, Prononciation.
PAROTIDE. — PAROTIDITE. — La glande parotide n'est sentie à la palpation derrière l'angle de la mâchoire que lorsqu'elle est développée par suite d'une cause morbide. Dans ce cas, elle peut acquérir un volume considérable, immédiatement appréciable à la vue. Ce développement a lieu dans deux affections qui sont du ressort de la médecine : dans les oreillons, et dans \di parotidite secondaire.
La parotidite survient comme complication dans un assez grand nombre de maladies internes, et principalement dans le cours ou à la suite de fièvres graves. A une époque plus ou moins avancée de la maladie, il apparaît dans l'une des régions