I. Péritonite aiguë
A l'état aigu, l'inflammation du péritoine constitue une maladie qui peut différer, sous certains rapports, suivant les conditions dans lesquelles elle se produit, suivant sa cause, certaines particularités de sa marche, son siège, son étendue. Mais dans ces circonstances variées, elle présente des caractères communs qui la font diagnostiquer comme péritonite, et sur lesquels je dois par cela même attirer d'abord l'attention ; le diagnostic, en effet, doit, pour se compléter, partir du fait simple péritonite pour arriver ensuite à la détermination des formes et espèces de la maladie.
i"" Eléments du diagnostic. — Le symptôme dominant de la péritonite aigué est une douleur de ventre toujours plus ou moins vive, ordinairement localisée d'abord, puis envahissant l'abdomen tout entier, augmentant à la moindre pression, par les mouvements, même par ceux de la respiration, qui est difficile et costale supérieure. A cette douleur se joignent : Yaltération profonde des traits (face grippée); des nausées, des vomissements bilieux, ordinairement très-douloureux, et parfois remplacés par de simples régurgitations ; une anorexie complète, une 5(?^7 intense, de la difficulté d\iriner; à une période plus avancée, de la constipation, la tuméfaction du ventre, qui est sonore à la percussion, et parfois le siège d'une matité mobile (épanchement) dans les parties déclives; plus rarement, à l'auscultation et à l'application delà main, un bruit ou une sensation craquement ou de frottement (Brighl) ; un pouls petit et accéléré, la sécheresse de la peau, de Vagitation, parfois du délire, et, dans les derniers temps, le refroidissement des extrémités, de la prostration, du coma.
La marche de la péritonite est toujours continue, et sa durée peut être de moins de vingt-quatre heures et de plus de sept jours, lorsque la mort survient, ce qui arrive dans presque tous les cas où l'inflammation est étendue.
2° Inductions diagnostiques. — La douleur abdominale augmentant à la moindre pression, l'altération des traits, le ballonnement du ventre, les vomissements bilieux, la fréquence et la petitesse du pouls, sont les symptômes le plus fréquemment observés. Mais à part la douleur, qui est constante, la fréquence et les
caractères des symptômes peuvent varier suivant les circonstances que je rappellerai tout à riieure.
Le premier point à établir, comme je l'ai dit plus haut, est l'existence de la péritonite. Pour y arriver, on s'appuiera sur les signes dont il vient d'être question, en se mettant en garde toutefois contre les causes d'erreur suivantes. — Le rhumatisme des parois de Vabdomen, lorsqu'il est intense et accompagné de fièvre et de troubles gastriques (Genest, Gaz, méd., 1852) pourrait être pris pour une péritonite. Mais dans le rhumatisme, la douleur, ressentie surtout lorsque l'on fait asseoir et recoucher le malade avec précaution, est limitée aux muscles atteiiïts, ordinairement d'un seul côté, et la pression du venlre, d'abord douloureuse, est diminuée par une pression plus profonde; landis que, dans la péritonite, la douleur est générale et d'autant plus insupportable que la pression est plus hrte. — La névralgie des parois abdominales, dans les mêmes conditions de fièvre, et lorsqu'elle donne lieu à des vomissements (névralgie dorso-inter costale) ne peut être considérée comme une péritonite que par un examen superficiel, car la constellation des points ou foyers douloureux à la pression, soit vers la colomie vertébrale, soit v(îrs la ligne blanche, Çiù ils existent toujours isolés ou plus prononcés d'un côté que de l'autre de la ligne médiane, suffit pour lever tous les doutes. — Des douleurs plus profondes, dépendant d'une maladie aiguë, et accompagnées de quelques autres signes qui paraîtraient se rattacher à la péritonite, ne peuvent guère, par leur siège limité et par les autres particularités propres aux affections qu'elles accompagnent, être rapportées à la péritonite. Je pourrais, à ce propos, passer en revue presque toutes les inflammations très-aiguës des viscères abdominaux, celles du tissu cellulaire des fosses iliaques, qui débutent souvent d'une manière brusque par une douleur aiguë, et les phlegmons sous-péritonéaux des parois abdominales sur lesquels M. Bricheteauet surtout M. Bernutz (Arch. de méd., 1850) ont appelé l'attention (V. p. 5). Dans ce dernier cas, les troubles fonctionnels du tube digestif au début, la tumeur dure, élastique et peu épaisse du phlegmon, sa matité superficielle, la sonorité profonde, et la fluctuation si la suppuration survient (Bernulz), éloigneront de l'idée d'une péritonite.
L'existence de la péritonite n'étant pas douteuse, ou présentant de fortes probabilités, on en étudiera les commémoratifs, qui comprennent les conditions dans lesquelles s'est développée la péritonite.
L'influence du froid, Vingestion de boissons froides le corps étant en sueur, ont été indiquées comme causes de la péritonite simple spontanée ou primitive: forme extrêmement rare de la maladie, que l'on ne devra, par cela même, admettre toujours qu'avec la plus grande réserve, en considérant comme données diagnostiques insuffisantes les influences étiologiques que je viens de rappeler.
Presque toujours, en effet, la péritonite est secondaire et se développe, soit à la suite de violences extérieures ou de plaies pénétrantes de l'abdomen (péritonite traumatique) , soit dans le cours de nombreux états pathologiques qu'il importe de bien connaître.
En dehors de la péritonite spontanée ou traumatique, on a nécessairement affaire soit à une péritonite puerpérale, soit à une péritonite par perforation ou par rupture, soit enfin à une péritonite par extension d'une inflammation voisine.
a. — La péritonite puerpérale n'est qu'un élément de la fièvre puerpérale (V. ce
mot) et je ne la rappelle ici que pour signaler, dans cette forme, la gravité extrême des symptômes de la péritonite, l'absence ou la suppression de la sécrétion lactée (suivant l'époque plus ou moins rapprochée de l'accouchement), et la suppression plus ou moins complète des lochies. Elle succède ordinairement à la métrite et, comme la fièvre puerpérale, elle est le plus souvent épidémique; or, si l'on voit, dans le cours d'une épidémie de cette espèce, survenir chez une nouvelle accouchée des frissons violents, puis des douleurs abdominales vives générales, des vomissements bilieux, etc., le diagnostic de la péritonite sera facile; mais, je le répète, ce n'est là qu'un élément isolé d'une affection plus généralisée : la fièvre puerpérale.
b. — La péritonite par perforation, la plus grave de toutes, est celle qui est le plus fréquemment sur-aiguë. Elle se distingue des autres formes par l'intensité extrême de la douleur qui est subite et promptement étendue à tout l'abdomen, par les vomissements bilieux qui sont constants, à moins que la péritonite ne soit due à une large rupture de l'estomac, par l'altération des traits qui se produit très-rapidement, par l'attitude des malades qui les fait se pelotonner sur eux-mêmes et redouter le moindre mouvement, par des frissons irréguhers, etc. Parfois, suivant la remarque de M. Louis, les principaux symptômes peuvent diminuer et les malades sont bientôt sans crainte, mais alors d'autres phénomènes doivent empêther le médecin de partager cette sécurité : les traits restent grippés, les nausées et les vomissements continuent, ou bien la face, sans être profondément altérée, est pâle et violacée, les frissons sont continuels.
Les conditions pathologiques des péritonites par perforation sont très-nombreuses. Ces perforations peuvent être produites : par des ulcères simples ou cancéreux de V estomac, par des érosions de l'organe dues à des caustiques (sels de cuivre) ou par sa rupture; par des ulcérations de l'intestin (affection typhoïde, gangrène, phthisie, carcinome, etc.); par des ulcérations, ou par des ruptures suites de distensions extrêmes des voies urinaires ou des voies biliaires (d'où un calcul peut passer dans la cavité péritonéale) ; par des ruptures d'abcès ou de collections apoplectiformes d'organes solides (du foie, de la rate) ; par des ruptures d'anévrysmes, d'abcès du tissu cellulaire sous-péritonéal, de kystes hydaliques, de collections sanguines, purulentes ou autres, occupant le bassin et même l'intérieur de la poitrine (pleurésie diaphragmatique). Lorsque le liquide épanché est du sang, les signes de Thémorrhagie interne se joignent à ceux de lu péritonite, et alors, tantôt la mort est rapide, tantôt au contraire le malade guérit par suite de l'enkystement du sang, comme on le constate dans l'hématocèle (V. p. 451) .
Dans ces circonstances très-diverses, la constatation préalable des maladies ou des lésions qui peuvent se compliquer de rupture dans le péritoine, telles que l'affection typhoïde, la distension des voies biliaires, les abcès, certaines affections chroniques ulcéreuses, la distension extrême de la vessie, etc., peut faire prévoir quelquefois et expliquer toujours l'apparition de la péritonite par perforation ou rupture. Mais il n'en est pas constamment ainsi; car on voit des lésions, latentes jusque-là, se manifester tout à coup par Tinvasion d'une péritonite semblable. D'un autre côté, on verrait apparaître quelquefois, notamment dans le cours de la fièvre typhoïde, une péritonite avec tous les caractères apparents d'une péritonite par perforation, et notamment l'invasion subite, sans que la perforation existe réellement. Ce sont là des faits exceptionnels; cependant il ne faut pas les perdre de vue, en raison du
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pronostic favorable qui pourrait être porté dans les cas de cette espèce (F. Typhoïde — fièvre) .
— La péritonite par extension de V inflammation a pour point de départ l'inflammation aiguë d'un organe voisin du péritoine, celle du péritoine lui-même au niveau de l'étranglement d'une hernie, ou enfin l'inflammation qui complique une affection organique des organes abdominaux. Quelquefois la péritonite est générale comme celle dont il a été précédemment question, et alors on la voit se développer rapidement après avoir débuté dans le point malade; mais le plus souvent la péritonite par extension de l'inflammation est partielle. Elle ne se manifeste fréquemment que par des douleurs vives surtout à la pression, ou seulement plus vives que celles qui pouvaient exister déjà, au niveau de la lésion aiguë ou chronique préexistante. D'autres fois, tout en restant locale ou partielle, on constate d'autres symptômes, notamment par l'auscultation et l'application de la main, et par exemple le frottement péritonéal, qui est considéré comme plus fréquent ici que dans les péritonites généralisées. Les péritonites partielles qui m'occupent n'ont pas la gravité des précédentes, comme le démontrent les adhérences que l'on rencontre fréquemment dans les autopsies autour des lésions anciennes.
Lorsque la péritonite ne s'annonce pas par un ensemble de symptômes caractéristiques, mais seulement par la douleur locale, on distingue la péritonite partielle de l'affection qui lui donne naissance (et qui siège dans la même région) en tenant €ompte des symptômes antérieurs, surtout de la douleur, et en la comparant à celle de l'état actuel. L'inflammation d'un organe, outre ses autres signes, est caractérisée par une douleur spontanée rarement très-vive et que la pression augmente ; mais s'il survient une péritonite, cette douleur prend une acuité beaucoup plus grande, la pression même légère devient insupportable à son niveau, les mouvements l'augmentent, en même temps que les symptômes généraux peuvent présenter une aggravation sensible. La différence est plus tranchée encore s'il s'agit d'une affection chronique qui, en général, ne s'accompagne que de douleurs sourdes, tandis que la douleur de la péritonite a toujours une certaine violence ; et si cette douleur persiste plus de vingt-quatre heures, il n'y a aucun doute sur l'existence de l'inflammation péritonéale.
Il est aujourd'hui reconnu que, chez V enfant de même que chez l'adulte, la péritonite, générale ou locale, est le plus souvent secondaire, et que ses symptômes n'ont rien de bien particulier dans le jeune âge. Cependant chez le nouveau-né, la maladie est ordinairement la conséquence de la phlébite ombilicale, et elle s'accompagne de l'érysipèle du tronc (Thore). Chez les enfants plus âgés, le diagnostic différentiel présente cette particularité que la tympanite et Y invagination, plus fréquemment observées à cet âge qu'à l'âge adulte, ont été prises pour des péritonites. Dans deux cas de tympanite rappelés par MM. Barthez et Rilliet, les cris, la face grippée, la tension extrême du ventre et sa sensibilité avaient induit en erreur. Quant à l'invagination, les symptômes communs avec la péritonite sont les vomissements, la constipation, la douleur, la fièvre. Les différences sont : pour l'invagination, l'extrême fréquence des vomissements et leur nature assez souvent stercorale, l'opiniâtreté de la constipation, l'intermittence des coliques du ventre et Tinsensibihté à la pression dans les intervalles ; pour la péritonite, la rareté des vomissements qui sont toujours bilieux, une constipation peu opiniâtre, la continuité de la
ggg PÉBITONITE.
douleur et l'exquise sensibilité du ventre à la pression. Lorsque les vomissements stercoraux manquent, il peut n'y avoir que des nuances entre ces symptômes, et MM Barthez et Rilliet avouent qu'ils ont rencontré des cas où le doute entre les deux affections a existé jusqu'à la mort. (Traité des maladies des enfants, 1. 1,
Le siège des premiers phénomènes locaux de la péritonite, et en particulier de la douleur, éclaire quelquefois le diagnostic anatomique, soit que la douleur primitive apparaisse au niveau d'une lésion préalablement constatée dans l'abdomen, et qui dès lors peut être considéré comme le point de départ des nouveaux accidents, soit que la douleur ait apparu dans une région où il peut exister une lésion latente susceptible de produire une perforation, comme au niveau de la fosse iliaque droite, où la péritonite par perforation est due le plus souvent à des ulcérations de l'appendice iléo-cœcal (F. Gœcum), soit enfin que les phénomènes locaux occupent la région intra-pelvienne, où l'épanchement péritonitique enkysté produit dans le cul-desac recto-vaginal de la séreuse une tumeur péri-utérine, qui a été décrite à tort sous la dénomination de phlegmon péri-îitérin selon MM. Bernutz et E. Goupil, phlegmon qui n'est qu'une pelvi-péritonite (V. Phlegmons).
Je°n'ai rien à ajouter à ce qui précède relativement au degré d'intensité de la péritonite, aux lésions qui la produisent lorsqu'elle est secondaire, ni à ses formes. Mais je ne saurais omettre de rappeler, comme complications de la maladie, la perforation des parois abdominales à travers une ouverture phlegmoneuse spontanée, fait exceptionnel observé par M. Aldis chez une petite fille de sept ans (Lond. med. Gaz., 1846), et par M. Bonamy, de Nantes, chez un adulte qui présenta de plus une perforation du diaphragme due à la même cause [Arch. de mêd. , 1 858, t. XII) . Il peut en outre résulter des conséquences graves de la formation d'adhérences ou de brides intra-abdominales dans les cas de guérison. Dans le bas-ventre, où la péritonite partielle est si fréquente chez la femme, par suite des maladies de son appareil génital, les adhérences peuvent, en effet, produire des désordres dont il est important de connaître le point de départ. Certaines déviations de Tutérus, suites de pelvi-péritonites, sont dues à ce que le fond de l'organe est maintenu et comme soudé dans sa position anomale : condition essentielle à connaître pour ne pas alors violenter l'organe dans le but de le redresser. La simple adhérence d'une anse intestinale dans la profondeur du bassin, donne quelquefois heu à l'engouement de Fmte^tin, comme M. Cossy l'a démontré; et enfin des brides accidentelles, dues aussi à une péritonite antérieure, sont assez fréquemment des causes d'étranglements ou d'occLUSiON INTESTINALE, de même que des adhérences de l'appendice iléo-cœcal ou d'autres diverticules de l'intestin dues à des péritonites partielles. Ces faits démontrent la nécessité de rechercher la péritonite comme antécédent lorsque se présentent au praticien les maladies que je viens de rappeler.
3° Pronostic. — La périlonite doit être jugée d'une manière bien différente suivant qu'elle est locale ou généralisée, et suivant sa cause. La péritonite locale se termine le plus souvent par la guérison, tandis que, lorsqu'elle est plus ou moins généralisée, c'est au contraire la mort qui en est la terminaison la plus ordinaire. La péritonite par perforation est aussi pre?que constamment funeste; cependant on a admis que la guérison pourrait alors survenir dans des faits exceptionnels, avec élroitesse de l'ouverture accidentelle et lorsque des adhérences limitent rapidement le foyer inflammatoire à un petit espace.
La guérison eut lieu dans le cas exceptionnel d'ouverture spontanée de la collection péritonitique dont j'ai parlé précédemment. II. Péritonite chronique •
Les symptômes de la péritonite chronique sont généralement peu saillants et peu nombreux, comme le fait remarquer M, Louis, à qui l'on doit les recherches cliniques les plus importantes qui aient été publiées sur ce sujet {Recherches sur la phthisie, 2« édit., 1843, p. 270). Cependant ces symptômes sont suffisants pour un diagnostic précis.
1° Éléments du diagnostic. — Le premier symptôme de la péritonite chronique est V augmentation de la sonorité et du volume du ventre, d'oii résulte une gêne des vêtements, on bien une douleur abdominale spontanée, peu vive et parfois universelle, augmentant par la pression et la percussion. Plus tard, après un espace de temps variable, survient une fluctuation temporaire et un météorisme persistant. Dans le cas où il s'est montré au début, sans épanchement appréciable, le météorisme diminue au bout d'un certain temps, et les circonvolutions de V intestin se dessinent à V extérieur, en même temps que l'abdomen est très-résistant. C'est en l'absence de l'épanchement que l'on peut percevoir à l'auscultation le bruit de frottement et les craquements dont il a été question à propos de la péritonite aiguë. Les nausées et les vomissements sont rares, excepté vers la fin, et à moins que la péritonite ne devienne aiguë; le malaise est parfois extrême. Dans certains cas, le ventre est constamment indolent, même à la pression, et n'offre pour tout symptôme qu'un excès de volume et un certain degré de fluctuation, l'urine n'étant pas albumineuse et le malade n'ayant pas éprouvé, jusque-là, les symptômes d'une maladie organique du foie (Louis). Du côté de la poitrine ou des autres organes, tantôt il existe des signes évidents de phthisie pulmonaire, et tantôt ces signes sont douteux ou nuls. Dans des cas très-rares, il existe vers l'abdomen des signes d'un cancer.
2° Inductions diagnostiques. — Le diagnostic consiste d'abord à constater l'existence de la péritonite chronique, puis à en déterminer l'origine.
Les symptômes précédemment exposés établissent suffisamment le premier point. Quant à l'origine de la péritonite chronique, elle a toujours été trouvée, par M. Louis, liée à Texistence des tubercules, si bien que la constatation seule de cette péritonite doit, selon lui, conduire tà diagnostiquer dans presque tous les cas la phthisie pulmonaire, même dans ceux oii les signes physiques perçus dans la poitrine sont nuls ou insuffisants. Il admet toutefois que la péritonite chronique peut exceptionnellement être due à un cancer. Il fait remarquer que, dans ce dernier cas, l'affection est accompagnée de bien moins de fièvre que la péritonite des tuberculeux ; qu'elle ne se montre pas aux mêmes époques de la vie ; que la diarrhée et les sueurs ne l'accompagnent pas; qu'elle se développe consécutivement au cancer de quelque organe dont les fondions, plus ou moins profondément altérées, doivent mettre sur la voie du diagnostic; que la péritonite cancéreuse est beaucoup moins fréquente que celle due aux tubercules ; et enfin que les tubercules et le cancer se développent bien rarement chez les mêmes sujets (Rech. sur laphthisie, 2*^ édition, p. 272).
Cependant, en dehors de ces faits, il en est dans lesquels la péritonite chronique est indépendante des tubercules el du cancer ; C3 sont principalement les pelvi-péritonites chroniques (F. Phlegmons périutérins). Qiiant aux péritonites latentes qui s'annoncent sur le cadavre par des adhérences plus ou moins étendues sans signes
WOILLEZ, D, D. 44f
ggQ PEUÎES SÉMINALES.
particuliers pendanl la vie, je n'ai pas à m'en occuper, leur diagnostic n'étant pas
Pronostic — U est presque toujours très-grave, malgré la longue durée de la i maladie dans certains cas. Cependant on a constaté des faits de guénson, même lorsque la péritonite était manifestement liée à l'existence d'une tuberculisation pulmonaire ; M. Louis m'a dit en avoir observé deux exemples.
PERNICIEUSES (Fièvres). — V. Intermittentes.
PERTES SÉMINALES. — L'écoulement involontaire du sperme n est à la rigueur qu'un symptôme, la spermatorvhée ; mais il résulte de cet écoulement involontaire répété des symptômes plus ou moins graves qui constituent avec ia spermatorrhée une véritable maladie, comprise sous la dénomination de pertes séminales involontaires, et qui a été étudiée principalement par M. Lallemand
1» Éléments du diagnostic. - Les pertes séminales sont, on le conçoit, le symptôme pathognomonique de la maladie. Elles surviennent successivement de difterentes manières avec l'aggravation de la maladie : il peut y avoir des poitows nocturnes fréquentes, provoquées ou non par des rêves érotiques, avec érection et sensation voluptueuse, ou sans érection ni plaisir; les pollutions peuvent devenir diurnes avec érection, puis sans érection; le plus léger frottement ou même un simple désir, le voisinage d'une femme ou la vue d'un objet lascif suffisent pour provoquer l'éiacuktion. Le sperme s'écoule même quelquefois en bavant, sans érection; enfin, cet écoulement a lieu mssi pendant la défécation et la miction, vers la fin de ces deux actes, chez les sujets le plus gravement attemts.
Vimpidssance est très-fréquente, même avant que la maladie soit avancée, l.es organes génitaux présentent un état remarquable de flaccidité et de mollesse.
Parmi les symptômes généraux que produisent ces pertes involontaires, les troubles de l'innervation sont les plus nombreux et les plus importants. Ce sont : un aUttement profond après les émissions involontaires, une sensatwn de vide dans la tète, une grande tristesse; plus tard un affaiblissement général, \ obtusion de la sensibilUé générale et des sens ; des sensations particulières de chaleur, de froid aux extrémités, de torpeur et de formication vers le dos et es lombes; de la céphalalgie, des bourdonnements et des tintements à oreille, àe, eb ouissements, des contractions involontaires des muscles des yeux, un sommeil léger, trouble par des rêves érotiques, des cauchemars, ou une insomnie complète; pendant le jour une torpeur fatigante. Le caractère devient faible, pusillanime, irascible; il y i des idées de suicide, des congestions vers la tête qui peuvent se caractériser par la rougeur de la face, l'embarras de la parole, un begayemen momentané la faiblesse des jambes et même des chutes. Enfin l'tnte/Kgence s affaiblit la rncmoire se perd peu à peu, et la folie peut survenir. - Du côté des organes digestifs, on observe les phénomènes les plus variés de la dyspepsie stomacale ou tritestinale, comme cause et effet de l'affaiblissement général; cet affaiblissement se tradu. par un dépérissement et une anémie bien manifestes, sans que pourtant le bruit de souffle cardiaque soit constant.
2° Inductions diagnostiques. -te\hi sont les données sur lesquelles on peut se baser pour constater la maladie qui m'occupe. Leur grand nombre est loin den faciliter le diagnostic; il tend plutôt à le rendre d'autant plus difficile que Ion
PEllTES SÉMINALES. 691
soupçonne moins l'existence des pertes séminales. Il peut arriver, en effet, que les troubles nerveux si variés qui en sont la conséquence soient les signes qui fixent d'abord l'attention du médecin, 'et qu'il néglige, comme cela arrive trop souvent, de s'enquérir des troubles qui peuvent exister du côté des organes génitaux. Il en est alors des pertes séminales involontaires comme de la glycosurie, quand on ne songe pas à rechercber la présence du sucre dans l'urine.
Il est vrai que l'écoulement involontaire de la semence, signe pathognomonique qui donne l'explication de tous les autres, est un fait qui doit fréquemment s'offrir de lui-même en quelque sorte au praticien, puisque le sperme peut être constaté sur le malade ou sur son linge, et que le patient lui-même accuse parfois spontanément ses pollutions nocturnes ou diurnes. Cependant il peut arriver aussi que les pertes séminales qui s'effectuent après la défécation ou la miction surviennent sans être précédées de pertes nocturnes ou diurnes ; dans ce cas, elles n'attirent pas l'attention du malade, et il ne consulte plus tard le médecin que par suite de l'inquiétude que lui causent, nonces pertes de semence, mais les troubles généraux qui en résultent, les troubles nerveux ou dyspeptiques, surtout. L'infécondité et l'impuissance sont quelquefois aussi des particularités qui le font recourir au médecin. Dans ces cas les plus obscurs, on ne peut être sur la voie du diagnostic qu'autant que l'interrogatoire et l'examen du malade réveillent l'idée des pertes séminales involontaires ; et alors comme lorsque le malade accuse lui-même l'écoulement spermatique, la première cbose à faire est de s'assurer : l** qu'il y a réellement des pertes séminales ; 2° qu'elles sont involontaires.
Lorsqu'il existe des pollutions nocturnes ou diurnes, la couleur gris-blanchâtre du liquide spermatique, sa demi-transparence, sa viscosité et son odeur caractéristiques ne laissent pas de doutes sur l'émission du sperme en nature, et, si on peut l'examiner au microscope, la présence de nombreux animalcules vient confirmer ordinairement le fait. S'il n'existe que des taches dans le voisinage des parties génitales en délayant dans l'eau les petites lamelles qu'elles présentent, on y retrouve la même preuve pathognomonique de l'existence du sperme desséché : des spermatozoïdes.
En l'absence du liquide ou des taches en question, on retrouve le même signe, les animalcules spermatiques, dans le dépôt des urines, que l'on peut examiner (le la même manière, après avoir décanté doucement le liquide urinaire et en avoir recueilli la couche la plus inférieur e. — Si les pertes séminales ont lieu à la fin de la défécation ou de la miction, la quantité du liquide suspect est moiudre que dans le cas précédent, parfois son odeur n'est plus caractéristique ou même elle offre une certaine fétidité, en sorte qu'il peut se faire que cet écoulement ne soit pas du sperme. Pour s'en assurer, on recommande au malade, comme le conseille M. Lallemand, de recueillir une goutte du liquide visqueux qui sort de l'urètre, et de la laisser sécher; délayée dans un peu d'eau, la partie concrète offre toujours facilement, par l'examen microscopique, même après uu temps très-long, des animalcules plus ou moins défoi més, mais toujours reconnaissables, si l'on a affaire à du sperme. Les spermatozoïdes manquent au contraire si ce sont des mucosités provenant de la prostate, mucosités s'écoulant dans les mêmes conditions de défécation ou de miction (à la suite de certaines blennorrhugies, par exemple) et présentant d'ailleurs des caractères analogues d'aspect et de viscosité. Il en est de même du liquide