CROUP
ce signe, croire à Texistence du croup en présence de itlusieurs autres affections dans lesquelles ce même signe fait défaut.
D'abord la limjngite aiguë grave présente des exacerbations de dyspnée qui peuvent en imposer complètement pour le croup, et à plus forte raison en est-il de même de la laryngite striduleuse ou pseudo-croup. Cette dernière affection a été souvent confondue avec la laryngite pseudo-membraneuse. Pour éviter de se tromper, on tiendra compte de la marche différente des symptômes plutôt (|ue des symptômes eux-mêmes (Barthez et Rilliet). Le croup est souvent précédé d'angine pseudo-membraneuse et de phénomènes fébriles; son développement est graduel (dyspnée, voix et toux éteintes), et dans l'intervalle des accès de suffocation, il y a persistance de la fièvre, sifflement laryngo-tracliéal et permanence do l'extinction de la voix et de la toux. Dans le pseudo-croup, les accès de suffocation surviennent brusquement la nuit, quelquefois précédés seulement d'un léger catarrhe, et ils vont en diminuant; enfin dans leur intervalle, la fièvre disparaît, et il n'y a ni sifflement ni extinction de la voix. — i: œdème de la glotte, qui survient dans le cours d'une laryngite chronique ulcéreuse ou dans la convalescence d'une maladie aiguë, ne peut par cela même être confondue avec le croup, d'autant mieux que dans l'œdème glottique il n'y a pas d'engorgement des ganglions du cou, la voix est rauque mais non éteinte, et le doigt porté dans l'arrière-gorge sent la tuméfaction caractéristique des replis arythéno-épiglottiques. Cependant il ne faut pas oublier que la diphthérie peut coïncider avec un œdème de la glotte, et que dès lors le crouj) pourrait bien se développer en même temps. — Dans la bronchite capillaire suffocante, l'absence des accès de suffocation, le timbre normal de la voix, les râles muqueux étendus qu'on perçoit à l'auscultation, empêcheront l'erreur. — Enfui on a pris pour le croup des abcès rétro-laryngiens ou rétro-œsophagiens, qui ne sont pas très-rares chez les enfants à la mamelle, comme maladie aiguë. Dans un tait rapporté par M. Herff (de Darmstadt), il y avait nécrose du cartilage cricoïde, et par conséquent des phénomènes locaux antérieurs qui devaient, jusqu'à un certain point, éloigner l'idée d'un croup (F. Union méd., 1850).
En constatant l'existence du croup, il est facile d'en déterminer le degré, qui n'est que celui de Tasphyxie plus ou moins avancée qu'il produit. M. Bouchut a attaché à l'anesthésie, comme signe de croup arrivé à sa période extrême, une importance qui résulte simplement de ce que la perte de la sensibilité annonce les progrès de l'asphyxie (F. p. 65). — Les formes du croup sont toutes relatives à la marche variable qu'il affecte. Il est en effet primitif ou secondaire: et, dans ce dernier cas, il est le plus souvent consécutif à une pharyngite couenneuse ou diph- 'thérique, et bien plus rarement à une bronchite de même natnre. On a cité des faits de croup dans lesquels la toux a manqué (Hache), et d^autres avec une expectoration de fausses membranes laryngiennes à de longs intervalles, ce qui a pu faire croire à la possibilité d'un croup chronique, qui est loin d'être généralement admis.
A propos des formes de la maladie, je dois encore rappeler que, che% l'adulte, elle présente ceci de particulier qu'elle débute plus fréquemment que chez renfanl par le mal de gorge et la gêne de la déglutition dus à une pharyngite couenneuse, et qu'il y a rarement soit des accès de suffocation, soit une respiration sibilante. Parmi les huit faits recueillis par M. Louis (Du croup chez l'adulte, Bech. anat.
CROUTES. 251
path., 1826), on en compte six dans lesquels le croup était secondaire et se montra dans le cours de maladies aiguës ou chroniques.
Quant aux complications du croup, la maladie est habituellement si rapide et si courte, qu'il n'en est guère qui méritent une mention spéciale, à part la pneumonie et le spasme de la glotte chez les enfants. Les autres, en effet, sont en général celles qui accompagnent la diphthérie, ou qui lui sont conséculives (F. Dipiithérie).
50 Pronostic. — On sait que le pronostic du croup est extrêmement grave. Il serait probablement mortel, en effet, dans tous les cas où on Fabandonncrait à luimême. C'est du moins ce que l'on peut présumer, dans l'état actuel de la science.
CROUTES. — Les concrétions de ce nom résultent de la dessiccation, à la surface de la peau ou vers les orifices des membranes muqueuses, de liquides ou de particules organiques assez variées. Les croûtes représentent une |)hase d'un assez grand nombre de maladies de la peau au même titre que les vésicules, les pustules, les squames. Elles sont composées, suivant M. Ch. Robin, de lamelles épitliéliales imbriquées, de globules de pus, reconnaissables après action de l'eau, puis action de l acide acétique; quelquefois de globules rouges de sang accumulés, plus ou moins déformés, de granulations graisseuses et de matière amorphe peu ou trèsgranuleuse (Dict. Nysten). Il faudrait ajouter à ces éléments les parasites végétaux qui constituent les croûtes faviques, suivant M. Bazin. Les croûtes en général varient de forme, de volume, de nombre, de couleur, de consistance, de cohésion aux parties sous-jacentes, et Tétat de ces parties qu'elles recouvrent constitue aussi assez souvent un caractère diagnostique plus ou moins important.
C'est d'après l'ensemble de ces différentes données et en tenant compte en même temps de leur siège dans telle ou telle région, que l'on peut déterminer la signification de cet élément particuher des affections cutanées.
En mettant hors de cause les croûtes qui résultent de lésions traumatiques ou de solutions de continuité accidentelles, je signalerai encore comme à peu près insignifiantes celles de forme ponctuée ou résultant d'éraillures de la peau que l'on rencontre comme signes de prurigo, les croules ponctuées qui surmontent les pustules de Yacné simplex, celles plus étendues de Vherpès lahialis. Quoique plus importantes comme signes, mais très-faciles encore à reconnaître, je dois rappeler les croûtes de la varioloïde, et celles de la variole, occupant principalement la face, à laquelle elles forment un masque si hideux.
On rencontre encore à la face les croûtes ordinairement peu épaisses, occupant les joues et le front, qui succèdent à l'érysipèle huileux, et qu'entoure une desquamation -caractéristique. Chez les enfants et les jeunes gens, on y voit celles de Vimpétigo, souvent d'un jaune-verdâtre ou jaune de miel, friables, épaisses, parfois humectées d'un liquide visqueux et occupant le pourtour des lèvres, les oreilles, et parfois toute la face. Plus rarement, dans la gangrène de la bouche, il se forme des croûtes au niveau des paupières, des narines, des lèvres. Le nez et les joues sont aussi le siège de croûtes de scrofulide pustuleuse d'un jaune brun. Chez l'homme adulte, la lèvre supérieure ou le menton présentent quelquefois des croûtes de s?/C05<^ ou mentagre saillantes, d'un jaune verdâtre ou noirâtre. Quant aux croûtes qui se forment au niveau des cancroïdes de la face, elles sont secondaires comme signes, l'état des parties molles suffisant au diagnostic. — Le cuir chevelu est souvent aussi le siège de croûtes continentes d'impétigo qui peuvent lui former une calotte complète, de même
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que les concrétions du favus (F. Teignes), qui sont toujours caractérisées par leur forme en cupule, au moins dans quelques-unes de leurs par lies. — Des croûtes faciles à reconnaître sont celles, ordinairement minces, qui entourent une moitié ou un seul côté d'une partie du tronc, et qui résultent d'un zona parvenu à sa dernière période. — Leur siège à la vulve fait facilement reconnaître la nature descroûtes humides et infectes qui accompagnent la folliculite vulvaire (F. Volvite).
Parmi les croûtes qui peuvent occuper indifféremment les diverses parties du corps, les unes sontlarges et minces, comme celles deV acné sébacée, au-dessous desquelles la peau est rouge, d'aspect huileux avec des orifices héants de follicules, dilatés, ou comme les croûtes grisâtres ou d'un jaune-verdàtre de certains eczémas. Quelquefois ces dernières sont épaisses, inégales, jaunes, rocheuses.
Plus limitées (de quelques centimètres au plus de diamètre), plus réguhèrement arrondies, ordinairement peu saillantes, et mélangées à des huiles ou à des macules rougeâtres, les croûtes doivent être attrihuées au pemphigus. Très-proéminentes, au contraire, noirâtres, inégales, reposant sur des ulcérations sanieuses dont elles cachent la surface, elles sont un signe de rupia ou d'ecthyma cachectique (F. Bulles) .
Enfin on a reconnu pour caractères des croûtes des syphilides (ordinairement des syphilides pustuleuses) d'être dures, épaisses, verdàtres, quelquefois noires, trèsadhérentes, irrégulières et mamelonnées comme des écailles d'huîtres; mais ces particularités ne sauraient être considérées comme suffisantes, dans tous les cas, pour faire attribuer aux concrétions une origine syphilitique. L'exislence d'un petit liséré blanchâtre autour de la croûte serait, suivant Biett, un signe caractéristique en pareille circonstance.
CUIR NEUF (Bruit de). — F. Frottement.
CYANOPATHIE. — F. Chromhidrose et Cyanose.
CYANOSE. — On a fait pendant un certain temps de la cyanose une affection particulière sous le nom de maladie bleue, cijanopathie, etc., parce que l'on regardait ce phénomène comme l'effet de la communication moi bide des cavités du cœur. Mais M. Louis {Rech. anat.-path.) a démontré l'erreur de cette manière de voir, la coloration bleue de la peau n'étant pas la conséquence nécessaire de la communication signalée (F. Communications morbides, p. 204). Aussi doit-on considérer la cyanose comme un symptôme qui dépend d'une foule de conditions pathologiques très-différentes que je rappellerai tout à l'heure.
i° Caractères. — La cyanose est caractérisée par une coloration plombée, bleuâtre, violacée de la peau : soit partielle, comme on le voit au niveau des lèvres ou de leur pourtour, au niveau des ongles, des extrémités, des paupières, d'un seul membre ou de la moitié supérieure ou inférieure du corps, soit plus ou moins généralisée à la peau et aux muqueuses visibles. La coloration est ordinairement plus foncée aux extrémités et à la face que dans les autres régions. Suivant M. Peacock,. la couleur varie et dépend jusqu'à un certain point de l'état de la peau. Elle serait d'un bleu foncé ou noirâtre lorsqu'elle est très-amincie et que le corps est amaigri; bleu rougeâtre ou rose foncé, s'il y a absence de maigreur ou un certain embonpoint; enfin la couleur serait masquée par de l'œdème cutané. Je dois ajouter que la cyanose diffère complètement par sa coloration toujours livide des colorations anomales plus ou moins brunâtres de la peau, et de celle qui est généralisée et produite par l'usage intérieur du nitrate d'argent. Par son siège dans l'épaisseur même du
CYANOSE. 253
tégument, la cyanose ne pourrait jamais être confondue avec la couleur bleuâtre fie la CHROMHIDROSE, tluc à Une exsudation pigmenlaire s'enlevant par le frottement, et n'occupant habituellement que le pourtour des yeux.
On a rapproché de la cyanose une foule de signes que l'on doit, avec plus de raison, attribuer aux conditions pathologiques qui produisent ce phénomène symptomatique, conditions qui ont une grande importance, comme on va le voir.
2" Conditions pathologiques. — Pour bien déterminer les conditions pathologiques de la cyanose, il faudrait avoir une connaissance parfaite de son mode de production. Malheureusement, malgré les importants travaux modernes d'anatomie pathologique, c'est une question complexe qui n'est pas encore parfaitement élucidée. On sait seulement que la condition la plus générale de la cyanose est la présence dans les capillaires cutanés d'un sang non hématosé; mais Ton n'est pas toujours d'accord sur son origine.
Il faut avant tout distinguer deux ordres de faits pour arriver à reconnaître la condition étiologique de la cyanose : ceux dans lesquels la cyanose est congénitale, ceux oii elle est accidentelle.
— Cyanose congénitale. — Ce sont les faits de celte espèce qui ont été décrits sous les noms de maladie bleue, de cyanopathie cardiaque, et qne l'on a longtemps considérés comme dus au mélange des deux sangs veineux et artériel. La plupart des cas de cette catégorie, qui ont été étudiés par M. Déguise fds au point de vue de l'anatomie pathologique (Thèse, 1845), s'accompagnent le plus souvent de deux signes importants : de souffles cardiaques, attribués au passage du sang par les orifices persistants entre les cavités droites et gauches ou au rétrécissement de l'artère pulmonaire, et de matité étendue résultant de l'hypertrophie des cavités droites du cœur. Le souffle, la matité précordiale et Texistence de la cyanose depuis la naissance devront faire attribuer ce dernier phénomène au rétrécissement de I'artère PULMONAIRE, lésion que l'on a rencontrée dans près de la moitié des cas d'affections congénitales du cœur (70 fois sur 150, selon Peacock).
b. — Cyanoses accidentelles. — Ce second ordre de faits, que le pins simple interrogatoire permet de séparer des précédents, s'en distingue surtout par les conditions pathologiques de la cyanose. Quoiqu'il y ait le plus souvent, de part et d'autre, obstacle à la circulation, les causes de cet obstacle sont tout autres dans les cas de cyanoses accidentelles, et de plus il y a, dans ces derniers cas, des troubles de l'hématose résultant altérations du sang ou de perturbations nerveuses (jui suffisent pour produire la cyanose accidentelle, sans obstacle au cours du sang. De là trois origines à rechercher.
Lorsqu'il y a obstacle à la circulation, on le trouve soit au niveau du cœur, soit dans les poumons, soit dans les troncs veineux. Dans les deux premières conditions, la cyanose est généralisée ; dans la troisième, elle est localisée dans les parties d'où proviennent les ramifications originelles des veines comprimées ou oblitérées, et elle coïncide alors avec l'œdème, qui est même le phénomène principal.
Au niveau du cœur, il est généralement reconnu que c'est par la gêne ou l'obstacle qu'elles apportent au cours du sang que les lésions de cet organe produisent si fréquemment la cyanose, quel que soit le point qu'elles occupent. C'est par les signes fonctionnels et physiques qui accompagneront la cyanose en pareils cas, que l'on sera guidé pour en placer l'origine au niveau du cœur. Il en sera de même
254 CYAKOSE.
pour les affections des gros vaisseaux. — L'obstacle au cours du sang qui peut, dans les cas précédents, être eu deçà du poumon (au niveau des gros troncs veineux, desorifices des cavilés droites ou de l'artère pulmonaire), ou bien au delà du poumon (aux veines pulmonaires, aux orifices des cavités gauches ou dans l'aorte), peut occuper le point intermédiaire, c'est-à-dire le poumon lui-même. C'est non-seulement le siège le plus ordinaire des obstacles à la circulation sanguine, mais encore de la plupart de ceux qui s'opposent à la libre pénétration de l'air dans les organes respiratoires, et qui, les uns comme les autres, délerminent fréquemment la cyanose en produisant l'asphyxie, c'est-à-dire en emiiêchant l écliange des g;iz dans les capillaires des poumons. 11 me faut citer ici d'abord toutes les affections des bronches et des poumons d^une certaine gravité, gravité qu'elles empruntent presque toujours aux obstacles vasculaires et surtout respiratoires qu'elles produisent, et dont la cyanose est une des manifestations. Certaines congestions imlmonaires , la pneunomie, la bronchite capillaire, Y emphysème, les obstructions des conduits respiratoires par des mucosités abondantes, par des exsudais plastiques, par du sang, par des corps étrangers, la substitution au tissu pulmonaire de tissus nouveaux (tuberculeSy cancer) sont autant de conditions pathologiques qui peuvent déterminer l'apparition de la cyanose. Pareille chose arrive momentanément (cyanose passagère) dans les fortes quintes de la coqueluche, dans les accès à'éclampsie, dans ceux dus à Vépilepsie. Tout obstacle à la pénétration de Vair qui siège dans les conduits situés audessus des poumons (glotte, larynx, trachée, troncs bronchiques) agit de même, qu'il occupe l'intérieur de ces conduits, leur épaisseur ou leur voisinage ; Yoidème de la glotte, cerimmes laryngites, le croup, la cicatrisation d\ilcératio7îs des voies aériennes, des tumeurs les comprimant de dehors en dedans (les tumeurs du médiaslin, par exemple) doivent être rappelés ici. Les épanchements abondants de la plèvre, surtout lorsqu'ils se font rapidement, et le développement de tumeurs intrathoraciques volumineuses tendent également, en comprimant non les gros troncs aériens, mais le poumon lui-même, à empêcher la pénétration de l'air : d'oi^i résulte une ASPHYXIE graduelle, et par suite la cyanose. Le refoulement des poumons par des tumeurs abdominales agit de même.
Certaines cyanoses résultent de quelques altérations du sang, parmi lesquelles il faut placer celle qui s'observe dans certains empoisonnements, et surtout dans le choléra, dans lequel la cyanose, le plus souvent généralisée, est si remarquable. Ici le seul aspect du malade et l'existence des vomissements et de la diarrhée sontcaraclérisliqnes. Je dois rapproclier de ces faits celui de fièvre typhoïde observé par Yalleix, et qui s'accompagna, dans son cours, d'une cyanose généralisée sans autre complication.
Enfin il est évident que la cyanose peut résulter aussi de certains troubles de Vinnervation réagissant sur les mouvements musculaires respirateurs, et les rendant insuffisants. Cette insuffisance, en effet, peut entraîner une asphyxie graduelle par pénétration incomplète de l'air dans les poumons, lorsqu'une maladie du cerveau,
h partie supérieure de la moelle ou Y atrophie des muscles respirateurs, paralysent Faction de ces derniers. Le môme effet peut résulter aussi de la contracture prolongée de ces muscles, comme dans le tétanos, et dans la contracture idiopathique des extrémités généralisée.
On voit, d'après ce qui précède, combien la cyanose a de nombreuses significations diagnostiques ; mais il est clair que sa signification n'est obscure que dans les
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maladies qui ne sont pas révélées par d'autres symptômes on signes bien manifestes, reléguant la cyanose au second rang.
Sous le rapport du pronostic, la cyanose a inie signification d'une grande valeur lorsqu'elle est persistante. Elle est alors un signe pronostique fâcheux, en raison de l'affection à laquelle elle se rattache, et ([ui est souvent au-dessus des ressources de l'art. Lorsqu'elle est congénitale, on voit quelquefois le malade vivre un assez grand nombre d'années, mais jamais jusqu'à un âge très-avancé.
CYRTOMÈTRE. — M. Andry et M. Bouillaud ont employé le nom de Cyrtomèlre pour désigner un instrument destiué à mesurer le relief des saillies précordiales, en relevant la position respective de deux points extrêmes et d'un point moyen intermédiaire. Cet instrument est aujourd'hui abandonné. Cela se comprend par ce seul fiiit que les deux extrémités de la saillie ne sont pas des points invariables par rapport au point central, et que tous les trois subissent une ampliation ou un retrait simultané par le fait de ï'ampliation ou de ta rétrocession correspondantes du même côté ou des deux côtés de la poitrine (F. Mensuratioix). ^
J'ai donné la même dénomination de cijrtomètre à un instrument d'exploration tout différent du précédent par sa confection et par son usage, puisqu'il permet de relever leprofd delà courbe circulaire de la poitrine tout entière, à la hauteur voulue, et de tracer sur le papier cette courbe ou la coupe horizontale du thorax, en fournissant à la fois le périmètre et tous les diamètres àQ la poitrine. J'ai démontré, à proposdela mensuration, qu'il fallait tenir comptede ces deux données pour obtenir de Vampliation ou de la rétrocession thoraciques, considérées comme signes, tout l'avantage pratique qu'ouest en droit d'en attendre; or, comme le cyrtomèire seul fournit simultanément ces deux espèces de données, il constitue, suivant moi, l'instrument de mensuration le plus utile. 11 peut d'ailleurs servir à relever le profil des courbes verticales du thorax, et se prête admirablement à fournir le tracé de toutes les courbés du crâne sur le vivant, comme je Fai rappelé dans la Note que j'ai lue à l'Académie de médecine (mars 1857).
Mon cyrtomètre consiste en une tige en baleine, longue de 60 centimètres environ, et composée de pièces articulées de 2 en 2 centimètres et à double frottement, comme une chaîne de Vaucanson, de manière à conserver Tinflexion que lui donnent les surfaces sur lesquelles on l'applique de champ, et par conséquent le profil de ces surfaces. Mais comme, étant appliquée au pourtour de la poitrine, la tige pourrait ne pas conserver son incurvation intacte du moment où elle est retirée, j'y ai fait pratiquer deux articulations particulières, qui résistent dans le sens de l'application du cyrtomètre, et qui sont au contraire très-mobiles dans le sens de son écartement. 11 en résulte que ces articulations, très-mobiles dans le sens de l'écartement, permettent d'abord de retirer très-facilement la tige tout en conservant intactes les courbes intermédiaires, puis de rétablir la courbe générale primitive dès qu'on les fait jouer en sens contraire. Les articulations à frottement doivent être resserrées de temps en temps à l'aide d'une clef ou d'un marteau.
Quant à l'application du cyrtomètre, un premier procédé, que j'ai décrit dans ma Note à r Académie, consiste à obtenir successivement le tracé de chaque côté de la poitrine; mais il en est un second plus simple et que je n'ai fait qu'indiquer dans cette note. C'est ce dernier que je vais décrire, en faisant observer que les seules données de la mensuration cyrtométrique qui intéressent le praticien sont
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l'étendue du périmètre de la poitrine et, au même niveau, Tétendue des trois diamètres vertéhro-sternal^ et vertébro-mammaires droit ou gauche.
Pour obtenir simultanément ces résultats, le sujet doit être couché d'aplomb sur le dos, pour que les muscles soient dans le relâchement, et que les organes thoraciques et abdominaux n'éprouvent aucune gêne réciproque comme dans la station droite ou assise ; de plus, il doit être à jeun, ou du moins n'avoir pas pris d'aliments copieux, dont la présence dans l' es (omac suffit pour dilater sensiblement la base de la poitrine ; enfin il ne doit pas offrir de météorisme abdominal prononcé, qui produit un effet analogue.
L'observateur se place à la gaucbe du malade, ou de préférence du côté affecté s'il s'agit d'une lésion localisée d'un des côtés de la poitrine, pour appliquer le cyrtomètre de champ, à la hauteur de l'articulation sterno-xiphoïdienne. Il trace d'abord un trait vertical à l'encre, ou simplement en pressant sur la peau avec l'ongle au niveau de cette articulation. La main droite saisit ensuite l'extrémité initiale du cyrtomètre, qu'elle maintient de champ entre les extrémités de l'index et du médius qui arcboutent contre la traverse de cette extrémité, la tige étant placée du côté de la paume de la main. Cette extrémité est alors glissée derrière le thorax à la hauteur de l'articulation sterno-xiphoïdienne jusqu'à la colonne vertébrale, on elle est maintenue fixée au niveau de l'épine, en deçà de laquelle appuient les doigts conducteurs. A ce propos, je dois faire remarquer que l'on n'a pas beaucoup à s'inquiéter du point exact de l'épine oii l'on fixe l'extrémité du cyrtomètre. Je me suis assuré, en effet, que, placé un peu plus haut ou un peu plus bas que le niveau exact de l'articulation sterno-xiphoïdienne, les résultats ne variaient pas sensiblement.
Tandis que la main droite fixe le cyrtomètre en arrière, la main gauche applique successivement sa tige de champ et au pourtour de la poitrine d'arrière en avant, en traversant au niveau puis au delà de la ligne tracée d'avance au bas du sternum. Gela fait, on maintient le cyrtomètre appliqué, on remarque le nombre de centimètres qu'il indique au niveau de cette hgne, et, au moment d'une expiration, qu'on peut provoquer en faisant parler le malade, on écarte brusquement de la poitrine la partie antérieure de la tige sans déranger son extrémité postérieure, que l'on retire ensuite doucement en faisant soulever un peu le malade au besoin.-
La tige retirée est portée à plat sur une feuille de papier écolier déployée. On l'incurve doucement jusqu'à ce qu'on arrive à la résistance des articulations mobiles, et on la maintient par les deux extrémités, de manière à faire correspondre au pli vertical de la feuille de papier : en bas, le point de départ correspondant à l'épine, et en haut, le chiffre qui indique l'étendue du périmètre du côté entièrement circonscrit. La tige étant maintenue dans cette position par ses deux extréniités, on trace avec un crayon toute la courbe dont on a pris l'empreinte. Enfin, sans changer de côté, on mesure ensuite le périmètre du côté incomplètement circonscrit, avec le cyrtomètre maintenu d'une main contre la colonne vertébrale, et tendu de l'autre jusqu'à l'articulalion sterno-xiphoïdienne.
On a obtenu ainsi : i" le périmètre de chaque côté de la poitrine et par conséquent son périmètre général; 2" la-forme de la courbe antérieure de la poitrine; 3"* tous les diamètres vertébro-antérieurs.
Un premier tracé ainsi obtenu peut indiquer une capacité générale très-supérieure à celle que comporte la force du sujet, ou une amplialion prononcée d'un
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côté par rapport à lautre (ce qui décèle alors d'ordinaire une ampliation déjà avancée), ou bien enfin un rétrécissement de l'un des côlés; mais, en général, le premier tracé ne signifie rien par lui-même, et ce sont les tracés subséquents qui, par comparaison, fournissent les données les plus uliles. Ces tracés ultérieurs, qui indiquent ou une ampliation, ou une rétrocession, ou un état stationyiaire de la capacité de la poitrine, doivent être recueillis tous les jours si la maladie est très-aiguë, ou bien à des époques plus ou moins éloignées si sa marche est plus lente.
On prend pour points de repère des tracés multiples, sur une même feuille, le point qui correspond à lepine vertébrale et le diamèire Ihoracique antéro- postérieur, en indiquant chaque fois le périmètre et en datant chaque courbe obtenue. Plusieurs feuilles sont quelquefois nécessaires pour éviter la confusion; mais alors on calque sur la nouvelle feuille la courbe ancienne qui doit servir de terme de comparaison.
La longue description de ce manuel opératoire se réduit dans la pratique à un procédé aussi rapide que facile à employer; il s'applique aussi aisément chez la femme que chez l'homme (mais seulement un peu plus bas), la tige passant andessous des mamelles, sans qu'on soit obligé par conséquent de découvrir toute la poitrine.
Pour le but et les avantages pratiques delà cyrtométrie, V. au mot Mensuration GYSTIGERQUES. — F. Hydatides.
CYSTIQUE (Canal). — V. Colique hépatique.
CYSTITE. — La cystite ou inflammation de la vessie, qui emprunte presque toute son importance à une cause -chirurgicale (coups, blessures, corps étrangers), ne m'occupera que d'une manière incidente, celle qui est du ressoi t du médecin se développant en dehors de ces infinences. La cystite ainsi envisagée est rarement spontanée ou primitive; le plus souvent elle survient comme accident secondaire ou complication. Elle diffère à l'état aigu et clirouipe.
L Cystite aiguë.
^ Éléments du diagnostic. — 11 faut chercher" les éléments du diagnostic de la cyslite aiguë dans la douleur que le malade éprouve dans la région de la vessie, dans les troubles de la miction, les caractères de luiine et les résultats de l'exploration physique. Il est rare d'ailleurs qu'il y ait de la fièvre; dans les cas les plus graves, il y a cependant de l'insomnie, de l'agitation, de l'anxiété, du délire, de la prostration. ^
La douleur est continue, sourde ou plus ou moins vive à l'hvpogaslre, d'où elle s irradie parfois dans tout le bassin, s'accompagnant quelquefois 'de prurit au méat urinaire, et devenant beaucoup plus forte, ou même excessive au moment et surtout a la fin de la miction, qui est redoutée des malades. Les envies d'uriner sont fréquentes, incessantes, el la miction se fait par contraclions incomplètes, au milieu d'une vive anxiété, avec ténesme vésical; les urines sont peu abondantes, d'abord transparentes, puis très-colorées, et contenant bientôt du mucus, du muco-ims et quelquefois des fausses membranes. L'introduction d'une sonde dans la vessie est msupporlable, de même que le toucher rectal, Lintroduction d'une canule dans lanus, la défécation, et même la simple émission d'un gaz.
Observée presque toujours chez ladulte, et d'une dur'ée qui n'est que de trois à sept jours au plus, la cystile non traumatique survient le plus souvent dans le cours
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d'une blennorrhagie ou par suite de l'application récente d'un vésicatoire : circonstances étiologiques qu'il est essentiel de ne pas oublier.
2" Inductions diagiiostiques. — La connaissance de ces données pratiques rend le diagnostic de la cystite ordinairement facile. Cependant on doit se demander si l'on a vraiment affaire à une inflammation de la vessie dans les accidents de quelques heures qui résultent si souvent de l'application d'un vésicatoire, et qui sont caractérisés par les envies fréquentes d'uriner, la douleur et la dilficulté passagère de la miction? Lorsque du sang ou du pus arrivent dans la vessie, ils provoquent les mêmes troubles fonctionnels, peut-on encore dire qu'alors il y a cystite? Il est difficile de l'admettre, comme aussi d'affirmer qu'il y a simple congestion. De ces troubles fonctionnels légers jusqu'aux accidents les plus prononcés qui caractérisent manifestement la cystite, il y a un enchaînement qui ne permet pas de préciser le degré oii commence vraiment l'inflammation.
Quoi qu'il en soit, la cystite aiguë une fois admise, il faut remonter à sa cause, d'où résulte la forme ou la physionomie différente de la maladie. Et d'abord je dois rappeler qu'en dehors des faits les plus ordinaires dus à l'extension de la blennorrhagie ou à l'influence d'un vésicatoire, la cystite aiguë peut résulter de l'ingestion de la poudre de canlharides dans l'estomac, de l 'extension à la vessie d'une inflammation occupant l'utérus, le rectum, le péritoine, et qu'elle est parfois aussi la complication d'une fièvre continue. Cependant l'on rencontre des cas exceptionnels, dans lesquels il est impossible de découvrir l'origine de la cystite, et ces faits douteux ont été considérés comme des exemples de cystite primitive ou idiopathique. Mais le plu^ souvent, comme on le voit, la cystite est secondaire.
La forme cantharidienne de la cystite, due à l'absorption sous-épidermique ou à l'absorption par les voies digestives du principe actif des cantharides, a été étudiée avec soin par M. Morel-Lavallée (Aixh. de méd., Wtl, t. XIII). Elle présente comme signe spécial l'expulsion par l'urètre, après des douleurs, des épreintes et des efforts inouïs, de fausses membranes consistantes de 1 à 2 millimètres d'épaisseur, et dont la largeur .varie de celle d'une pièce de 50 centimes à celle de la moitié d'une carte à jouer; l'urine contient en même temps, et dans tous les cas, une grande quantité d'albumine et se prend presque en masse par la chaleur. Ce coagulum albumineux est indépendant d'un dépôt qui rend l'urine trouble au moment de l'émission, s'il est très-abondant, et qui, dans tous les cas, se dépose par le refroidissement au fond du vase, oii il forme une sorte de gâteau de gelée, demitransparent, tremblotant et d'une consistance variable. Ce produit, considéré d'abord comme de l'albumine par M. Morel, fut ensuite rapproché par lui du dépôt fibrineux qui se forme dans le liquide extrait de certains épanchemerits ascitiques et pleurétiques. Ce coagulum ne serait donc pas de la mucosine^ selon M. Morel, comme dans la cystite catarrhale, ainsi que l'ont dit MM. Ch. Robin et Yerded. La cystite cantharidienne est d'ailleurs rarement violente. Il peut arriver, dans les cas les plus graves, que tout l'appareil urinaire soit envahi par l'inflammation; mais cela est fort rare, et le plus souvent la cystite cantharidienne est d'une intensité moyenne ou légère. Dans ce dernier cas, \\ peut n'y avoir en urinant qu'une douleur peu sensible au méat ou dans la vessie, ou de la chaleur; mais l'urine n'en est pas moins albumineuse, et les petites fausses membranes ne sont pas rares. Le dépôt fibrineux foit ici défaut.
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Il est très-important dans tous les faits de cystite de s'informer s'il a été fiiit une application récente de vésicatoire, ou si le malade enlretient la suppuration d'unexutoire avec de la pommade de cantharides. M. Morel-Lavallée a rapporlé une observation curieuse dans laquelle on avait négligé de constater celte dernière circonstance, et oii la cystite persistante fut attribuée à la présence d'une pierre dans la vessie. Tous les accidents cessèrent par la suppression de l'exuloire, ce qui démontra qu'il s'agissait d'une cystite cantharidienne . Le même observateur a signalé aussi la possibilité de prendre cette espèce de cystite pour une hématurie produite par une toute autre cause.
Il est également important, dans le diagnostic de la cystite en général, de constater que l'on n'a pas affaire à une cystite du domaine chirurgical. Je ne veux pas parler ici des cystites traumatiques aiguës dues à des contusions, à des plaies ou des opérations, et dont l'origine s'annonce d'elle-même; mais de celles que peuvent produire des corps étrangers introduits ou développés dans l'intérieur de la vessie : soit que des manœuvres immorales les aient fait pénétrer de l'urètre dans la vessie, ce que le malade hésite à avouer, soit qu'un calcul vésical jusqu'alors inaperçu produise l'inflammation. Dans ces deux circonstances, l'urine pourra contenir du sang, mais ce signe serait insuffisant pour constater la présence du corps étranger dans la vessie, car la cystorrhagie peut se montrer aussi dans la cystite cantharidienne. La sonde seule permettra de reconnaître la présence des corps étrangers dans la vessie.
On a considéré comme conséquence ou complication des cystites une comjestio)} des vésiades séminales, avec émission d'une petite quantité de spermatozoïdes qu'on trouve dans l'urine, et qui donnent lieu par conséquent à une sorte despermatorrhée. Mais c'est aux cas chirurgicaux que se rapportent principalement les complications graves de la cystite aiguë : les vomissements, le hoquet, le météorisme, la rétention d'urine, soit dans la vessie, soit dans le rein, par suite du gonflement inflammatoire du col vésical ou de l'orifice des uretères, d'oii, la fièvre urineuse, le délire et la mort.
S*^ Pronostic. — La cystite aiguë qui n'est pas du ressort de la chirurgie se termine bien rarement ainsi d'une manière fatale, à moins qu'il n'y ait empoisonnement par les cantharides; et encore est-ce alors à l'intoxication et non à la cystite aiguë que succombent les malades. Dans les autres circonstances, la maladie se termine ordinairement par guérison.