OREILLONS
Le pavillon de l'oreille peut se développer d'une manière aiguë, par suite d'un érysipèle de la face ou de la tuméfaction inflammatoire qui accompagne la variole. Il peut être aussi, chez les aliénés, le siège d'une tumeur sanguine ou hématome, signalée d'abord par Bird en Allemagne, et par Ferrus en France. Placée d'abord par Marcé et Foville sous la dépendance de l'innervation du sympathique produisant la congestion habituelle de l'oreille, cette tuméfaction a été reconnue plus tard par Marcé, Magnan, Broca, comme étant souvent une lésion traumatique. Enfin pour Ch. Bouchard, le traumatisme intervient seulement comme cause déterminante, dans un tissu prédisposé à l'extravasation par le relâchement paralytique des vaisseaux (Tlièse d'agrégat., 4869). Demarquay et 0. Saint-Vel ont décrit des tumeurs fibreuses dures, solides, indolentes, mamelonnées, occupant le lobule de l'oreille, et qui sont produites, surtout chez les négresses des Antilles, par d'énormes et lourdes boucles d'oreilles qui tiraillent le lobule (Gaz. des hôp., 1804). — L'otite est la seule affection particulière au conduit auditif externe et à l'oreille interne qui intéresse le médecin.
Je renvoie, pour les signes fournis par l'oreille, au même mol Otite et à l'article Surdité. — Quant à l'exploration du conduit auditif par la vue, on la facilite en tirant en dehors le pavillon de l'oreille (ce qui donne de la rectitude au conduit) ou en se servant d'un spéculum, d'ailleurs peu usité, ou de Votoscope, instrument analogue à l'ophthalmoscope. Je dois encore rappeler que Y auscultation a été conseillée comme moyen d'exploration de l'oreille. Suivant Gendrin, en effet, on pourrait recueillir à l'aide du stéthoscope, ou même par l'oreille appliquée immédiatement sur celle du malade, les bruits que fait naître dans l'oreille moyenne de la personne qu'on examine la propagation des vibrations sonores de la respiration, de la toux, de la voix, du sifflement labial, modifiés à dessein de diverses manières. Il déduirait de cet examen des signes qu'il considère comme pathognomoniques pour les diverses lésions des organes auditifs (A cad. des se, 1856). Ménière, qui a recherché l'existence de ces phénomènes, affirme que l'air ne saurait pénétrer du haut du pharynx dans la trompe d'Eustache et dans la caisse que par un mouvement de déglutition ou quand une forte expiration, le nez et la bouche étant fermés, pousse l'air dans la caisse (Arch. de méd., 1857). Mais on ne peut admettre, avec Ménière, l'impossibilité de la pénétration du bol aérien du pharynx dans la caisse, en dehors de ces conditions. Il y a des personnes, et je suis du nombre, qui, lorsque la trompe et la caisse sont vides, peuvent contracter volontairement les trompes et pousser l'air qu'elles contiennent dans la caisse, où son arrivée produit un petit cliquetis humide accompagné d'un bruit de souffle sourd, mais bien manifeste. On ne peut malheureusement pas utiliser ce fait pour l'étude de l'auscultation de l'oreile.
OREILLETTES. — Voy. Poitrine.
OREILLONS. — Le gonflement ordinairement rapide de l'une ou des deux régions parotidiennes auquel on a donné le nom d'oreillons ou dH ourles, paraît dû à une fluxion, de nature encore inconnue, des glandes parotides. C'est une affection ordinairement bénigne, parfois épidémique, qui se remarque plus fréquemment chez les jeunes gens que chez les jeunes filles, qui est favorisée par le temps froid, par l'humidité, et qui enfin, suivant quelques auteurs, serait contagieuse.
1° Éléments du diagnostic. — Le gonflement parotidien survient simultanément ou successivement des deux côtés; il est rarement précédé de quelques symptômes fébriles légers, et il s'accompagne d'un sentiment local de tension, ou d'une légère douleur avec gêne des mouvements de la mâchoire
Wouxez. — Dlet. île Dlagn S" Mit, 15
OSTÉOMALACIE.
et parfois du ptyalisme, Ce gonflement de la région parotidienne et sous-maxillaire est uniforme, sans changement de couleur de la peau, qui est mobile à sou niveau ; il donne sous le doigt la sensation d'un corps pâteux, mais assez résistant; ses limites peuvent être assez étendues pour donner au visage un aspect effrayant et méconnaissable; mais le cas est rare, de même que la persistance de la fièvre et les évacuations alvines qui peuvent l'accompagner. Un phénomène singulier qui se remarque chez les jeunes gens, dans un certain nombre de cas, et qui a été très-fréquemment observé dans une épidémie qui a sévi en 4861 A Arra6 (Rizet), c'est le gonflement inflammatoire des testicules dont l'apparition succède parfois à la disparition rapide de la tuméfaction parotidienne, et qui d'autres fois coïncide avec elle. Il en est de même du gonflement des grandes lèvres et des mamelles chez la femme, ainsi que des ovaires.
2" Inductions diagnostiques. — Lorsque les symptômes locaux siègent exclusivement vers le cou, les caractères non inflammatoires de la tuméfaction, et la rapidité de l'invasion et de la marche de la maladie, ne permettent pas de la méconnaître. Son diagnostic est facilité par son développement épidémique. Il nous paraît impossible de confondre les oreillons avec les engorgements scrofuleux du cou, avec ceux dus à des affections plus ou moins graves de la bouche ou du pharynx, ou enfin avec la parotidite.
Mais en dehors de ces cas les plus simples, ou est exposé à des erreurs de diagnostic presque inévitables en présence d'une orchile, d'une inflammation des grandes lèvres ou du gonflement douloureux des mamelles, qui ont succédé à la disparition brusque du gonflement parotidien, si l'on ne songe pas à la relation qui existe entre ces accidents et les oreillons. Une autre cause de méprise,, sur laquelle Trousseau a attiré l'attention (Arch. de méd.y 4854, t. III), se rencontre quelquefois dans les symptômes généraux fébriles, en apparence très-graves, qui se montrent avant l'apparition de l'orchite, et qui cessent rapidement dès que l'inflammation testiculaire se développe, comme Trousseau l'a constaté deux fois.
Quoique l'on ait vu quelquefois les oreillons se compliquer de petits abcès superficiels, siégeant dans le tissu cellulaire sous-cutané et précédés de rougeur inflammatoire, l'ensemble des autres circonstances de la maladie ne permettra pas de la méconnaître et de croire à une véritable parotidite.
3° Pronostic. — Les oreillons sont une affection sans gravité.
ORGANOSCOPE. — Fonssagrives a présenté sous ce nom, à l'Académie des sciences (janvier 4800), un instrument ingénieux destiné à éclairer les voies organiques au moyen de l'électricité, en y facilitant ainsi le diagnostic et la pratique des opérations chirurgicales. L'orgauoscope (tubes vides de Geissler modifiés par de Moncel et Kulunkorff) consiste en un long tube presque capillaire, replié sur lui-même et contourné à la manière des multiplicateurs électro-maguétiques. Il forme une espèce de cylindre lumineux, susceptible d'être introduit dans des cavités assez étroites, sans crainte d'échauflemeut ni de commotion. Il n'a pas encore été utilisé d'une manière spéciale.
ORTHOPNÉE. r- Voy. DYSPNÉE.
ORTIÉE (Fièvre), — Voy. Urticaire.
OSSEUX (Appareil). — Voy. Squelette.
OSTÉOMALACIE. — Cette affection, que l'on n'observe que chez l'adulte, est considérée par un certain nombre d'auteurs comme identique au rachitisme des enfants; elle présente, il est vrai, plusieurs caractères de cette dernière maladie, mais elle offre aussi des différences assez grandes pour que l'on soit autorisé à traiter à part de son diagnostic.
08TË0MALACIE.
On doit à Jules Guérin, Stanski, Trousseau et Lasègue, et surtout à Beylard (Thèse, 4854), les principaux travaux qui ont été publiés sur cette maladie, sans parler de ceux dont le rachitisme a été l'objet.
4° Éléments du diagnostic. — Vers le début, il y a des douleurs erratiques, mobiles, dans les différentes parties du corps, ressemblant à des douleurs rhumatismales, augmentant d'intensité avec les progrès de la maladie, et pouvant alors se généraliser, devenir continues et s'exaspérer par les mouvements, la pression ou le simple contact. En môme temps, il existe une faiblesse prononcée, une aversion pour V exercice et la marche, qui nécessite un aide et qui se fait avec hésitation et avec la crainte d'être renversé au moindre choc. Les digestions sont parfois difficiles, il y a des vomissements, des alternatives de constipation et de diarrhée, de V amaigrissement ; les urines fournissent un dépôt abondant de phosphate de chaux, quelquefois même des potits graviers; la salive peut aussi contenir du phosphate de chaux (Wright).
Après cette première période, ou sans elle (car elle peut manquer), il survient quelquefois des fractures spontanées sous l'influence de mouvements modérés, mais surtout des courbures anomales des os du squelette, et la diminution de la taille due au tassement des vertèbres. Le ramollissement des mâchoire empêche la mastication, les gencives sont molles et saignantes, les dents tombent. Quelquefois la mollesse des os permet de contourner les membres en tous sens. 11 résulte de ces déformations, au milieu desquelles le crâne se développe souvent, mais conserve sa forme régulière, des troubles fonctionnels portant surtout sur la respiration, qui devient de plus en plus gênée; il peut môme survenir de la suffocation et un œdème plus ou moins généralisé. Le corps est ramassé sur lui-même et élargi en môme temps, et les courbures sont encore augmentées par des fractures souvent latentes ou qui sont signalées par une douleur subite très-vive, fractures qui se compliquent de crampes, sur lesquelles Trousseau et Lasègue ont les premiers attiré l'attention (Union mcd., 4850).
2° Inductions diagnostiques. — Les faits d'ostéomalacie se présentent au praticien dans deux conditions bien différentes au point de vue du diagnostic : tantôt, en effet, il n'y a que de simples douleurs ou des troubles fonctionnels, et tantôt des fractures spontanées et des déformations.
La maladie est d'autant plus aisément méconnue, dans la première condition, qu'elle est extrêmement rare. Quoique l'on ait fait remarquer que les douleurs de Posléomalacie occupent de préférence la continuité des membres et la colonne vertébrale, et que, dans les cas de grossesse, elles débutent toujours, diton, par la région pelvienne, on sera peu surpris d'apprendre qu'en présence des douleurs erratiques du début, on ait toujours cru à l'existence du rhumatisme ou de la goutte. La méprise est favorisée par cette circonstance que des douleurs, de part et d'autre, augmentent sous l'influence de l'humidité et des mouvements. Ce n'est donc que lorsque l'on verra survenir soit des fractures sous l'influence d'une cause très-légère, d'un simple mouvement, d'une secousse de toux, etc., soit une déformation résultant d'un ramollissement des os, pendant l'existence de douleurs en apparence rhumatismales, que l'on pourra soupçonner l'ostéoinalacie. L'absence de gonflement et de rougeur dans celte dernière affection est insuffisante, en effet, pour faire rejeter l'idée du rhumatisme articulaire chronique.
En définitive, ce sont les fractures spontanées et les déformations du squelette qui peuvent surtout mettre sur la voie du diagnostic. La constatation d'une notable quantité de phosphates dans l'urine, ainsi que la gêne de la rcspirnlioi:*
708 OSTÉOM AL ACIE .
la faiblesse générale et la crainte de tomber, seraient considérées presque comme des signes pathognomoniques par Beylard; mais l'idée de rechercher les phosphates ne peut venir à l'esprit que si l'on soupçonne déjà l'existence de l'ostéomalacie.
La marche ou l'évolution des symptômes de l'ostéomalacie, tantôt continue et croissante, et tantôt avec des intermittences, mais toujours d'une durée de plusieurs années, n'est que d'une utilité très-secondaire au diagnostic. — Parmi les autres commémoratifs, il en est au contraire que l'on peut utiliser. Ce sont : Y âge adulte et surtout celui de trente à cinquante ans (qui a été rencontré vingt-sept fois sur cinquante-neuf cas); y hérédité, qui est loin cependant d'être constante et qui est souvent difficile à constater; les mauvaises influences hygiéniques et surtout l'humidité, qui a été constatée dans un grand nombre de faits; enfin les grossesses répétées, qui font que la maladie s'aggrave après chaque nouvelle conception.
L'ampliation du crâne, lorsqu'elle a eu lieu, pourrait être confondue avec celle de l'hydrocéphalie; mais je rappelle seulement la possibilité de cette confusion, ayant précédemment discuté ce diagnostic différentiel (Voy. Hydrocéphalie). — La faiblesse se manifestant aux reins et aux membres inférieurs, avec hésitation dans la marche et craintes de chutes, a fait croire quelquefois à une lésion de la moelle épinièref lorsqu'il n'y avait pas encore de phénomènes caractéristiques de l'osléomalacie. On a théoriquement accumulé les caractères différentiels propres à faire distinguer les faits de cette espèce ; mais il en est un certain nombre dans lesquels ces caractères ne sont point applicables. La paralysie du rectum et de la vessie et la douleur en ceinture de la myélite sont les seules données importantes qui ne se rencontrent pas dans l'ostéomalacie. — La maladie de Potty qui donne lieu à la fois à des symptômes du côté des reins et des membres inférieurs, et à une déformation de la colonne vertébrale, ne saurait être confondue avec l'ostéomalacie; car la déformation, plus ou moins généralisée dans ce dernier cas, est localisée au niveau seulement d'une ou de deux vertèbres dans le mal de Pott. Cette dernière affection détermine d'ailleurs un angle saillant caractéristique ou, à défaut de la déformation, des abcès par congestion qui, suivant la remarque de Beylard, empêchent de se méprendre. — Les déformations du squelette sont trop avancées lorsque le ramollissement des mâchoires amène la chute des dents et le boursouflement saignant des gencives dans l'ostéomalacie, pour que Ton puisse voir dans ces deux symptômes des signes de scorbut. 11 faut noter toutefois que les deux affections peuvent exister simultanément, et qu'au début, les douleurs générales, la faiblesse et la répugnance pour les mouvements, qui se constatent dans les deux maladies, pourraient faire hésiter le praticien, en l'absence de toute déformation, entre l'ostéomalacie et le scorbut, si, dans le dernier cas, la fétidité de l'haleine et l'état de la bouche, la mollesse et la fongosité des gencives, l'ébranlement des dents, les hémorrhagies, etc., ne venaient pas ordinairement faire cesser les doutes.
Quant au siège et à y étendue de l'ostéomalacie, on peut dire que toujours tout le squelette participe plus ou moins à l'affection; car il ne faut pas croire que tous les os qui ne sont pas déformés soient sains. Il résulte de là que, lorsqu'on aura reconnu dans une partie l'existence de l'ostéomalacie, toute recherche faite au niveau des os non déformés, dans le but de s'assurer s'ils cèdent ou non facilement à la flexion, doit êlre faite avec une extrême réserve, en raison de la facilité avec laquelle peuvent s'y produire les fractures.
Quant aux lésions osseuses de l'ostéomalacie, elles sont importantes à déterminer, car le défaut de consistance du squelette peut dépendre de causes mul-
OTITE, OTORRHÉE.
tiples : du scorbut, du cancer ou de la syphilis, aussi bien que de l'ostéomalacie. C'est en constatant le défaut absolu des signes du scorbut, du cancer ou de la vérole que l'on admettra l'ostéomalacie idiopathique, celle que Beylard, avec Trousseau, Lasègue et Guhler, considèrent comme le rachitisme chez l'adulte. Le cancer et la syphilis se distinguent de l'ostéomalacie en ce qu'ils produisent la fragilité des os donnant lieu à des fractures par suile de causes Ires-légères, mais non a des déformations du squelette. De plus, un cancer localisé dans les viscères, ou des signes extérieurs de syphilis constitutionnelles, viendront donner ordinairement l'éveil sur l'origine de la fragilité osseuse. Cependant on n'oubliera pas qu'il y a eu des faits exceptionnels, comme celui de la femme Rocques-Poulain rapporté par Stanski, d'un cancer généralisé des os non manifeste dans d'autres organes; dans ce cas, la teinte jaune paille de la peau, jointe à l'état de dépérissement, était un très-bon signe pour soupçonner la cause des fractures successives qui survinrent.
L'ostéomalacie produit des complications qui dépendent de ce que le ramollissement, a une époque avancée de l'affection, envahit la colonne vertébrale. Elles consistent en phénomènes nerveux qui se manifestent par des contractions musculaires, des paralysies partielles, et une exaltation extrême de la sensibilité ; on y a joint, comme fait exceptionnel, Y aliénation mentale, que l'on doit au moins hésiter à attribuer à l'ostéomalacie, comme l'a fait Finkelnburg dans deux cas observés par lui (Allgemein zeitschrift fur Psychiatrie, 1861). Il faut considérer comme complications indirectes les bronchites, les pneumonies et les affections ultimes qui surviennent ici comme causes de mort chez les individus profondément débilités.
3° Pronostic. — L'ostéomalacie est aggravée par des grossesses successives. En général, elle a une terminaison fatale, surtout lorsqu'elle est entretenue par de mauvaises conditions hygiéniques.
OTITE, OTORRHÉÈ. — 4° Éléments du diagnostic. — L'inflammation primitive du conduit auditif externe, qui n'atteint le plus souvent qu'un côté, plutôt le gauche que le droit, et rarement les deux côtés successivement, est caractérisée à l'état aigu par une douleur parfois prurigineuse au début, devenant ordinairement très-intense avec les progrès de l'inflammation, et s'accompagnant de bourdonnements, de sifflements, de dureté de l'ouïe du côté correspondant, d'un gonflement de la muqueuse qui peut aller jusqu'à oblitérer le conduit, et de rougeur; après trois ou quatre jours survient l'écoulement d'un/ws d'une odeur fétide, fade, toute spéciale, dont l'apparition soulage de la douleur, mais qui quelquefois peut rester emprisonné derrière la muqueuse boursouflée. La suppuration se prolonge au moins plusieurs jours, et la guérison survient, à moins que l'otite ne passe à l'état chronique. — Lorsque l'inflammation occupe l'oreille interne, la douleur est beaucoup plus vive, elle s'irradie au côté correspondant du crâne; la surdité est prononcée. En môme temps, il y a des symptômes fébriles (ils sont rares dans l'otite externe), parfois avec des vertiges, du délire, des convulsions, le tout cessant dès que le pus s'échappe, ce qui a lieu ordinairement, d'une manière brusque, par le conduit auditif et plus rarement par la trompe d'Eustache. Dans certains cas, l'écoulement brusque se fait avec un bruit que les malades comparent à celui d'une arme à feu, et qui provient de la rupture de la membrane du tympan. La suppuration, qui est souvent fétide et rapidement suivie de guérison, peut quelquefois durer longtemps, et l'otite devenir chronique.
U otite chronique, appelée aussi otorrhée, est externe ou interne. Quand elle est externe, l'écoulement d'un pus jaunâtre, fétide ou non fétide, de»
OVAÎRES.
bourdonnements d'oreille et là dureté de l'ouïe, sans douleur, sont les seuls symptômes importants que l'on observe. — Lorsqu'elle est interne, elle a aussi pour symptôme principal l'écoulement purulent et plus ou moins abondant par le conduit auditif, mais avec douleur permanente incommode, surdité, bourdonnements, sifflements dans l'oreille affectée. S'il y a perforation de la membrane du tympan, l'action de se moucher fait sortir, parfois avec bruit, par le conduit de l'oreille, l'air emprisonné dans le pharynx, que l'effort fait passer par la trompe d'Eustache dans la caisse du tympan.
2° Inductions diagnostiques. — Ce simple exposé des symptômes de l'otite aiguë et chronique, comprenant principalement des phénomènes locaux qui ont un siège tout particulier, démontre qu'il est facile de constater l'existence de cette affection, que confirme la constatation des causes qui l'ont produite. L'accumulation de la matière cérumineuse chez les enfants, l'introduction répétée d'un cure-oreille, de corps étrangers, quelquefois des larves d'insectes visibles dans le conduit auditif, et enfin l'action du froid, sont les causes dont l'action est le mieux établie.
Mais en dehors de l'otite primitivement due à des influences diverses, il en est de secondaire*) qu'il n'est pas très-rare de rencontrer, principalement chez les enfants, et qu'il ne faut pas perdre de vue. Telles sont les otites survenant dans le cours de Y affection typhoïde ou des fièvres èruptives, et celles dues A une lésion locale : a la carte ou à des tubercules développés dans le rocher du temporal. Un écoulement purulent très-fétide, d'une durée de plusieurs mois ou de plusieurs années, précédé parfois d'une tumeur ou abcès au niveau de l'apophyse mastoïde, par où le pus se fraye un passage, et enfin une paralysie faciale due à l'altération du nerf facial baigné par le liquide purulent dans l'oreille interne qu'il traverse, sont les signes de l'otite tuberculeuse chez les enfants.
La paralysie faciale est une complication remarquable de l'otite. Elle se développe graduellement ou subitement, à une époque déjà avancée de la maladie, après deux mois au moins ; elle est plus ou moins évidente tantôt à première vue, et tantôt seulement lorsque l'enfant crie ou pleure (Barthez et Rilliet). La surdité peut aussi être une conséquence de l'otite avec ou sans rupture du tympan. Le sens du goût peut aussi être diminué. Brouardel, à qui l'on doit un bon travail sur les complications qui sont la conséquence de la carie et de la nécrose du rocher (Bulletin de la Soc. anat., 1807), a signalé en outre : la migration du pus dans le crâne ou dans les parties voisines (cou, région temporale, etc.), où il forme des abcès; le sphacèle des régions temporale, parotidienne et auriculaire, avec oblitération des carotides (Causit); la thrombose des sinus ; leur perforation et celle de la carotide interne, d'où une hémorrhagie plus ou moins grave (Jolly); des lésions des méninges cérébrale et spinale {méningite cérébro-spinale); et enfin les ramollissements du cerveau et du cervelet.
3° Pronostic. — On doit considérer la maladie qui m'occupe comme étant suivie le plus ordinairement d'une guérison complète, à moins que l'otite ne soit svmptomatique d'une lésion qui en fait alors toute la gravité.
OTJIE. — Voy. Sens.
OVAIRES. — Ces organes, profondément situés de chaque côté du bassin, sont inaccessibles à l'exploration médiate par le palper abdominal et le toucher vaginal dans l'état sain.
L'inflammation (ovarite), les tumeurs, et en particulier les kystes, sont, avec les ruptures, les affections qui peuvent se montrer au niveau de l'ovaire. L'o-
OVARITE.
varite et surtout les kystes s'annoncent par des tumeurs qui deviennent sensibles à l'exploration, et dont le volume, dans les cas de kystes, peut être asse* considérable pour envahir presque entièrement l'abdomen.
Depuis que les fonctions menstruelles sont bien connues, on a cherché à utiliser, en l'appliquant à la pathologie, la théorie de la ponte spontanée menstruelle, particulièrement à propos de la production des hématocèles (p. 504); mais la science n'est pas encore fixée à cet égard {Voy. Ovarite, Ruptures, Tumeurs).
OVARITE. — Cette inflammation, rarement isolée de celle des autres annexes de l'utérus quand elle est puerpérale, se rencontre exceptionnellement en dehors de cette circonstance. Elle est d'ailleurs encore mal connue, surtout à l'état chronique, et son diagnostic n'est possible que dans un certain nombre de cas.
1° Éléments du diagnostic. — On a signalé comme symptômes locaux : une douleur au niveau de l'organe augmenté de volume dans la fosse iliaque correspondante, s'irradiant jusque dans les lombes et même dans les cuisses, parfois pulsative, toujours augmentée ou même insupportable parla palpation; au même niveau, une tumeur ovoïde, du volume d'un œuf de poule au plus, mobile ou immobile, résistante, pouvant être sentie de côté par le toucher rectal, et mate à la percussion (qui, étant très-douloureuse, doit être pratiquée avec légèreté); dans certains cas enfin, une constipation opiniâtre produite par la compression de la tumeur sur 1 intestin. Les »ymptômes généraux sont très-variables, surtout quant à l'intensité.
2° Inductions diagnostiques. — La douleur locale et la tumeur peuvent faire reconnaître l'uvarite, mais il faut que, du côté de l'abdomen, la tumeur soit arrondie, et, qu'à la palpation, elle paraisse séparée de Vos des iles (Valleix), ou bien, si l'ovaire est tombé sur les parties latéro-inférieures de l'utérus, il faut qu'elle soit sentie par le toucher vaginal, dans l'un des culs-de-sac latéraux du vagin, celui qui correspond à la fixité anomale de Vutérus. Aran, indiquant ces particularités, a insisté sur la valeur du toucher rectal dans l'ovarite. Ce toucher fait découvrir, en suivant les bords latéraux de l'utérus, une petite tumeur arrondie ou ovalaire, tantôt immédiatement adhérente à cet organe, tantôt seulement à une distance très-rapprochée de lui, mais pouvant s'en écarter sous la pression, lisse à sa surface, un peu tendue et résistante, du volume d'une noix ou d'un petit œuf au plus, très-sensible à la pression, tandis que l'utérus est à peu près indolent (Leçons clin, sur les mal. de Vutérus, 1858, p. 502).
La marche ordinairement rapide et aiguè" de l'ovarite n'offre aucune particularité qui puisse être utilisée pour le diagnostic. Ses causes les plus manifestes, la blennorrhagie et lVfat puer})éral, ne peuvent pas donner non plus d'éclaircissements; car, dans le dernier cas, il y a d'autres organes voisins enflammés en môme temps, et, s'il survient de la suppuration, ce qui arrive alors fréquemment, les signes sont ceux du phlegmon iliaque.
On a quelquefois attribué à une ovarite imaginaire, selon Briquet, la douleur des attaches inférieures du muscle droit de l'abdomen qui survient dans Yhystèrie. Quant au diagnostic différentiel entre l'ovarite et l'inflammation des autres annexes utérins, tout le monde est d'accord pour le considérer comme fréquemment impossible, notamment celui de l'ovarite avec le phlegmon de la fosse j iliaque, dont le signe indiqué par Valleix permettrait seul de la distinguer. Dans les cas de suppuration ou d'abcès (dans la forme puerpérale), il peut survenir une rupture du foyer dans le rectum ou le vagin, ou, comme complication, fatale, dafe le péritoine,
OZÈNE.
3° Pronostic. — Si l'on excepte cette terminaison par suppuration, qui est quelquefois mortelle, l'ovarite se termine habituellement par la guérison. OXYURE — Voy. Entozoaires, p. 301.
OZÈNE. — On sait que Ton range généralement sous la dénomination d'ozène, ou de punaisie, toute aiîection caractérisée par un écoulement nasal de matière sanieuse, d'une odeur infecte, repoussante. Il résulte de là que cet écoulement sanieux et fétide n'est pas une maladie, mais simplement un symptôme commun à des affections très -diverses.
La fétidité extrême de l'air expiré et des mucosités nasales est le caractère essentiel de l'ozène, dont il s'agit de déterminer les conditions pathologiques et la signification.
L'ozène peut-il exister sans une lésion grave de la muqueuse nasale ou des parties voisines? Oui, suivant les auteurs qui admettent la punaisie des camards, sorte de coryza chronique sans ulcération de la muqueuse. Mais c'est un point qui n'est pas encore éclairci, et qui doit être réservé ; car d'autres observateurs n'admettent que provisoirement l'absence de lésion matérielle dans l'ozène, faisant remarquer que, si elle n'est pas constatée, cela peut tenir à ce qu'elle est inaccessible à l'exploration, ou bien h ce que cette exploration est incomplète. Les ulcérations de nature diverse de la pituitaire sont les altérations le plus fréquemment observées, si bien que l'ozène a été décrit sous la dénomination de rhinite ulcéreuse , de coryza ulcéreux. L'existence de cette ulcération est manifeste dans les cas où il y a affaissement, crépitation des os propres du nez, ou expulsion au dehors de portions nécrosées de ces os. Dans les autres cas, elle peut échapper à l'attention si l'exploration n'est pas méthodiquement faite tant par l'inspection directe que par l'emploi du crochet mousse conseillé par J. J. Cazenave (Voy. Nasales [Régions).
L'ozène symptomatique s'observe dans quatre conditions pathologiques principales : la scrofule, la syphilis, le cancer ulcéré, et certains cas de calculs des fosses nasales.
C'est principalement à l'affection strumeuseei à la syphilis qu'il faut songer en présence d'un ozène constaté. Mais ce n'est pas à l'aide des signes locaux qu'il faut chercher à établir l'une ou l'autre de ces origines. Il n'y a pas de différence sensible, en effet, entre les symptômes locaux de l'ozène syphilitique et ceux de l'ozène non syphilitique. De part et d'autre, il peut y avoir, dans les cas les plus graves, déformation de la racine du nez, nécrose avec expulsion de l'os à travers la peau ou la muqueuse, affaissement consécutif et cicatrisation difforme, ophthalmie et épiphora si le mal envahit le sac lacrymal. C'est donc dans les antécédents et dans l'examen des autres parties du corps qu'il faudra rechercher les éléments différentiels du diagnostic : pour les scrofules, dans l'engorgement des ganglions cerneaux, dans les abcès, l'ophthalmie chronique; pour la syphilis, dans une infection ancienne ou dans l'existence actuelle de syphilides, de tumeurs gommeuses, d'ulcérations pharyngiennes, etc., et enfin dans les résultats favorables obtenus à l'aide d'un traitement anti-syphilitique.
Dans le cancer des fosses nasales peu avancé, la douleur est plus vive, les parties sont très-tuméfiées, d'un rouge livide, et il y a ulcération et destruction de plus en plus profonde des tissus atteints. Arrivée à ce degré, la maladie ne peut plus être considérée comme un ozène. — Quant aux calculs des fosses nasales, Demarquay a fait observer (Arch. de méd., 48-15, t. VUI) que souvent, avant d'avoir exploré les cavités nasales, l'odeur fétide et repoussante exhalée par les malades, la déformation du nez et la suppuration, ont fait croire à un ozène
PACHYMÉNINGITE. 713
avec ou sans altération primitive des os du nez, tandis qu'il n'existait qu'une inflammation de la pituitaire déterminée par des calculs, dont l'expulsion ou l'extraction ont été suivies de la disparition des accidents.
Malgré l'ulcérai ion profonde des parties qui survient quelquefois dans l'ozène scrofuleux ou syphilitique, malgré la nécrose et l'élimination des os propres du nez, la maladie guérit habituellement. Il en est de même des calculs. Il va sans dire que l'ozène cancéreux est incurable.
PACHYDERMATOCÈLE. — Selon Valentine Mott, de New-York, qui a signalé cette affection congénitale de la peau et des tissus sous-jacents, on la reconnaîtrait d'abord à une tache brunâtre, s'accroissanf avec l'âge, puis se transformant en difformités hideuses dues à des plis superposés brunâtres, mollasses (comme une glande mammaire relâchée et très-maigre), avec diminution constante de la sensibilité à leur niveau (Méd.-chir. transact., 1855). Ces taches brunâtres avec anesthésie, ces difformités avec hypertrophie de la peau doivent faire penser que l'observateur américain n'a pas eu affaire à une affection nouvelle, mais à la lèpre des Grecs {Voy. ces mots).
PACHYMÉNINGITE. — A propos de l'hémorrhagie méningée cérébrale (p. 500), j'ai rappelé que, pour un certain nombre d'observateurs, cette hémorrhagie était l'effet de la rupture de vaisseaux fragiles développés dans des néo-membranes, et que ces néo-membranes étaient la conséquence d'une inflammation dénommée pachg méningite par Virehow. On doità Charcot et Vulpian, qui professent cette opinion, un excellent travail sur cette question intéressante (Gaz. hebdom. de méd. et de chtr.,1800). Si l'explication de l'hémorrhagie est nouvelle, il n'en est pas de même des néo-membranes. Elles ont été signalées dès 18:20 par Bayle et Calmeil, chez les sujets atteints de méningite chronique ou de paralysie générale, et plus tard par Gruveilhier. Heschl le premier (Pnth. ana- <om., 1855) précisa leur mode de formation (production de tissu connectif sur le feuillet pariétal de l'arachnoïde) ; et l'année suivante (4856), Virehow en donna une description plus complète en plaçant le siège de l'inflammation dans la dure-mère, d'où le nom de pachyméningite.
Au point de vue clinique, quelle que soit l'opinion que l'on ait du siège anatomique de la lésion, il est important de connaître les signes qui en dépendent ne fût-C4? que pour prévoir l'invasion soudaine de l'hémorrhagie méningée qui peut en être la grave complication. Il s'agit ici d'une affection à longues périodes, se développant vaguement chez des sujets déjà malades et chez lesquels par conséquent la relation entre les symptômes et la lésion n'offre pas une netteté favorable à un diagnostic précis.
Voici, d'après le travail de Charcot et Vulpian et le Mémoire de Lancereaux sur les hémorrhagies méningées (Arch. de mèd.^ 1802 et 1803), comment on peut établir le diagnostic de la pachyméningite.
1° Au début, Y affaiblissement de l'intelligence, une céphalalgie plus ou moins vive, Yassoupissementy la faiblesse des membres, sont les symptômes qui procèdent de la pachyméningite , et qui caractérisent principalement l'affection pendant son cours. A des recrudescences dans le travail subinflammatoire dont la dure-mère et les pseudo-membranes sont le siège, et à des congestions sanguines dans leur voisinage, répondent des attatjues de pertes de connaissance observées dans un certain nombre de cas. Parfois une paralysie se montre, due à l'hyperémie, ce qui explique la mobilité et le déplacement de la perte des mouvements; mais ce qu'il y a de plus remarquable, ce sont les symptômes apoplectiques de la dernière période de la maladie , qui dépendent de l'irruption plus ou moins brusque du sang entre les lames de la