SCROFULES
semble des manifestations pathologiques de la scrofule a pour caractères généraux la fixité, la tendance hypertrophique et ulcéreuse, et pour siège ordinaire les appareils tégumentaire, lymphatique et osseux.
1° Éléments du diagnostic. — Les manifestations scrofuleuses ou strumeuses sont locales ou générales. Les premières se montrent d'abord dans les ganglions du cou, qui forment de petites tumeurs mobiles, indolentes, isolées, puis se réunissant pour former une ou plusieurs masses bosselées, dures, qui s'enflamment d'une manière lente et qui donnent lieu alors à des abcès à marche chronique dont le pus est mal lié, grumeleux, et dont la cicatrisation, précédée d'amincissement et de décollement de la peau, est irrégulière, avec des saillies et des enfoncements caractéristiques. La même manifestation peut avoir lieu au niveau d'autres ganglions, ceux des aisselles, des aines, par exemple. Des altérations cutanées particulières dénommées par Bazin scrofulides (Voy. ce mot) donnent également lieu à la production de lésions et de cicatrisations difformes particulières. Enfin des fistules ayant pour point de départ des caries ou des nécroses osseuses, des périostites avec ou sans suppuration, des tumeurs blanches, et des inflammations dites scrofuleuses (ophthalmie, coryza aigu ou chronique), constituent d'autres manifestations locales utiles au diagnostic, et auxquelles viennent s'ajouter quelquefois les tubercules pulmonaires. — Outre la faiblesse générale, la pâleur, Yamaigrissement, il peut exister, comme symptômes généraux, ceux qui succèdent aux suppurations prolongées, et ceux de la lièvre hectique quand la phthisie se déclare.
2° Inductions diagnostiques. — Cet ensemble de symptômes, généralement admis comme caractérisant la scrofule, est assez net pour permettre de . reconnaître aisément la maladie. Mais selon Bazin, il faudrait encore admettre, comme se rattachant à la scrofule, une foule d'états pathologiques dont la nature strumeuse, pour un assez grand nombre d'entre eux, aurait besoin d'être démontrée. Il considère comme caractérisant une première période des scrofules, se montrant entre les deux dentitions : les gourmes, les pseudo-teignes (eczéma ou impétigo du cuir chevelu), les aphthes, l'induration hypertrophique des amygdales, ainsi que plusieurs autres affections, et il qualifie de scrofule viscérale toutes les affections tuberculeuses thoraciques, abdominales et cérébrales. Cette manière ingénieuse d'envisager la scrofule n'est pas assez complètement justifiée dans tous ses détails pour que l'on puisse en tirer parti pour le diagnostic de l'affection strumeuse, diagnostic qui se fonde principalement sur les symptômes que j'ai , d'abord rappelés.
La recherche des causes peut aussi fournir des données utiles. Les mieux démontrées sont l'encombrement, le défaut de lumière, une température basse (Baudelocque), et l'hérédité. C'est surtout chez les enfants, et de préférence chez ceux du sexe féminin, que se développe la maladie.
Les tumeurs ganglionnaires de nature non scrofuleuse constituent presque la seule particularité pathologique qui puisse en imposer pour des scrofules (Voy. Adknopathies). — Je ne ferai que signaler la possibilité de confondre les tumeurs blanches avec le rhumatisme articulaire chronique (Voy. p. 935), et la fistule pleuro-cutanée qui s'établit parfois dans le cours de l'empyème avec celle qui provient d'une carie costale.
On a admis des formes bénigne, grave ou maligne, cachectique, et une forme aiguë, qui est seulement remarquable par la rapidité de son évolution, forme extrêmement rare, car la scrofule est presque toujours très-lente dans sa marche.
3° Pronostic. — La scrofule n'est pas grave lorsque les accidents restent
SCROFULIDES.
limités aux ganglions du cou. Mais il en est autrement, et la terminaison peut devenir fatale, lorsque les os sont altérés, les symptômes locaux très-multipliés, et lorsque les lésions locales produisent des troubles fonctionnels incompatibles avec la vie.
SCROFULIDES. — Bazin et Hardy, en faisant une classe à part des scrofulides dans les maladies cutanées, ont établi, pour ces manifestations scrofuleuses de la peau, une division analogue à celle de Biett pour les syphilides.
1° Éléments du diagnostic. — Gomme caractères communs, les scrofulides présentent d'abord une coloration particulière, qui est une rougeur violacée obscure, vineuse, beaucoup mieux saisie au lit du malade qu'il n'est possible de la décrire; un gonflement du tissu cellulaire sous-cutané, donnant aux membres l'aspect d'un éléphantiasis, produisant à la face une tuméfaction analogue à celle de l'érysipèle, et qui, lorsque la scrofulide est guérie, est suivi au contraire d'un amincissement notable, d'une atrophie singulière de la peau dans les points autrefois hypertrophiés. Un autre caractère particulier est l'existence constante de cicatrices, qu'elles aient été ou non précédées d'ulcérations. Ces cicatrices sont déprimées par suite de l'atrophie cutanée, en même temps que leur aspect réticulé, et leur adhérence aux tissus sous-jacents constituent des déformations parfois hideuses et caractéristiques. Si l'on joint à ces données Yabsence de douleur et de prurit, la marche très-lente de ces manifestations cutanées, et leur prédilection pour le visage, on aura l'ensemble des caractères généraux qui permettent de diagnostiquer les scrofulides.
Leurs caractères particuliers les a fait distinguer en érythémateuse, pustuleuse, verruqueuse, tuberculeuse, phlegmoneuse et cornée, espèces dans lesquelles rentrent un certain nombre des maladies décrites autrefois sous le nom de lèpre, et les différentes espèces de lupus de Willan.
2° Inductions diagnostiques. — Quand on a présents à l'esprit les caractères des scrofulides, leur coloration violacée, la forme des cicatrices, l'absence de douleur et de prurit, et leur marche chronique si lente, leur diagnostic, dans la plupart des cas, ne présente pas de difficultés. Cependant il n'en est pas toujours ainsi; et dans les cas douteux ou difficiles, surtout si l'on hésite entre une scrofulide et une syphilide, on devra attacher une grande importance aux maladies antérieures ou concomitantes pour établir le diagnostic. Hardy fait remarquer que les deux affections ont souvent beaucoup de symptômes communs : même siège, même apparence extérieure, même absence de démangeaisons, coloration presque semblable de la peau, ulcérations grisâtres et taillées à pic, croûtes noirâtres; mais il insiste sur cette différence que les scrofulides ont une marche très-lente, que leur durée est de plusieurs années, pendant lesquelles elles présentent peu de modifications extérieures ; tandis que les syphilides se développent et se modifient plus promptement dans leurs manifestations, sans compter que l'emploi d'un traitement spécifique peut lever rapidement tous les doutes (Voy. Syphiudes).
Les formes diverses des scrofulides sont essentielles à connaître. — La scrofulide érythémateuse ou énjthémato- squameuse (lupus érythémateux «lr Cazenave) forme à la face des plaques arrondies, dont le centre se déprime et prend l'aspect d'une cicatrice, tandis que le pourtour devient squameux. — U scrofulide pustuleuse (impétigo rodens) est la plus commune, et se rencontre surtout sur le nez, quelquefois sur la joue, rarement aux membres. Elle consiste en un gonflement avec rougeur sur lequel se développent incessamment une, deux pustules ou plus, et des croûtes d'un jaune brun, suivies de cicatrices
SÉREUSES (Membranes). 90 1
violacées, puis blanches, en cas de guérison. — La scrofulide verruqueuse forme des plaques rugueuses, inégales, hérissées de saillies mamelonnées, qui se terminent par des ulcérations, et souvent par résorption interstitielle. Cette forme succède souvent aux formes pustuleuse ou tuberculeuse. — La scrofulide tuberculeuse , qui est le véritable lupus des auteurs, est la forme la plus grave; elle occupe le plus souvent la face, où elle présente deux variétés basées sur l'existence ou l'absence d'ulcérations. La scrofulide tuberculeuse sans ulcération est caractérisée par des plaques arrondies, circulaires ou à contours irréguliers. Elle s'affaisse avec le temps avec cicatrices, sans qu'il y ait ulcéralion. La scrofulide tuberculeuse ulcéreuse est beaucoup plus grave; elle présente, comme la variété précédente, des tubérosités qui se ramollissent et deviennent le siège ^ulcérations serpigineuses, qui s'étendent en surface ou en profondeur, et détruisent la peau, les muqueuses, le tissu cellulaire, les cartilages et même les os. De là des cicatrices hideuses. — La scrofulide phlegmoneuse n'est qu'un abcès scrofuleux, avec teinte violacée de la peau. — Enfin la sixième forme de scrofulide de Hardy, la scrofulide cornée, est caractérisée par une tache plus ou moins large, un peu proéminente au-dessus de la peau , avec une multitude de petites saillies sèches , comme cornées. La cicatrisation déprimée, sans ulcération préalable, leur succède comme dans la plupart des autres formes.
3° Pronostic. — Il est toujours grave, dit Hardy, car la maladie est longue, elle ne guérit pas toujours; et dans les cas où la guérison a lieu, elle laisse' des stigmates indélébiles de son passage, et des difformités parfois hideuses. La coïncidence d'autres affections, de tubercules pulmonaires par exemple, augmente, cela va sans dire, la gravité du pronostic; cependant il est des maladies comme l'érysipèle, la variole, la fièvre typhoïde, qui modifieraient le plus souvent les scrofulides d'une manière favorable.
SÉDIMENTS. — Voy. Urines.
SENS, SENSIBILITE. — J'aurais à entrer dans de grands détails sur les sens et sur la sensibilité générale sous le rapport du diagnostic, si je n'avais traité ce sujet dans une foule d'autres articles. Sans parler de l'usage que l'observateur fait de ses sens pour l'exploration du malade, je rappellerai que l'on peut consulter, pour la vue, les mots Œil, Amaurose; pour l'ouïe, Otite, Surdité; pour le goût, Langue, Gustation; pour l'odorat et la sensibilité tactile, les mots Anesthésies et Hyperesthésies , qui se rapportent à la paralysie ou à l'exaltation de la sensibilité. L'état de la sensibilité musculaire est constaté à l'aide de I'êlectrisation localisée, et principalement recherché dans les paralysies ou les affections qui les simulent. Cette simple indication est suffisante, car les troubles de la sensibilité attirent rarement l'attention en dehors de l'anesthésie, ou de l'hyperesthésie, dans laquelle on doit comprendre la douleur. Il n'y a que les sensations spontanées bizarres que produisent les pertes séminales f les tumeurs hydatiques, la présence des entozoaires dans les intestins, et, vers l'hypogastre, la grossesse commençante, qui méritent une mention particulière.
Il faut principalement chercher l'origine des troubles morbides de la sensibilité dans les lésions des centres nerveux ou des nerfs, dans les altérations du sang, dans les intoxications ou les névroses. Parmi ces dernières, l'hystérie occupe une place à part, comme résumant à elle seule presque tous les phénomènes morbides qui sont susceptibles d'affecter la sensibilité et les sens.
SEPTIQUES. — Voy. Empoisonnements, p. 335.
SÉREUSES (Membranes). — Les séreuses que renferment le crâne, le Woillkz. — Dict. de Diagn. 2* édit. 61
902 SIMULATIONS, SIMULÉES (Maladies).
rachis, la poitrine, l'abdomen (méninges, plèvre, péricarde, péritoine), et accessoirement les synoviales articulaires, présentent une donnée séméiologique commune très-utile au diagnostic de leurs maladies : c'est une douleur locale parfois très-vive qui peut faire soupçonner l'affection . Une autre particularité importante que les séreuses présentent, au môme point de vue, c'est qu'elles sont le siège de signes physiques particuliers, qui sont en général subordonnés aux exsudais ou aux produits de sécrétion qui se déposent ou s'accumulent à leur intérieur. J'ai rappelé ces signes et les moyens d'exploration qui leur sont applicables à propos des maladies qui les affectent, et qui sont principalement leur inflammation, leur hémorrhagie, elles épanchemenls divers qui s'y forment.
SERPENTS. — Voy. Venins.
SEXE. — Quoiqu'une foule de maladies soient communes à l'homme et à la femme, la connaissance du sexe est un fait qui met souvent sur la voie du diagnostic dès que sont accusés les premiers symptômes de la maladie. Cela est surtout vrai pour la femme, si souvent affectée du côté de ses organes génitaux depuis la vulve jusqu'aux organes intra- pelviens les plus profonds,et chez laquelle la menstruation, la grossesse, l'état puerpéral, la lactation, sont la source d'un si grand nombre de maladies. L'organisation générale de la femme et sa manière de vivre la prédisposent aussi à contracter plus particulièrement certaines affections que d'autres. Il en est de même de l'homme, tant à cause de son appareil génito-urinaire qu'en raison de ses professions plus rudes, de sa manière de vivre, de ses habitudes, etc. De là les différences de fréquence plus ou moins notables qui existent pour une foule de maladies entre la femme et l'homme.
SIALORRHÉE. — Voy. SALIVATION.
SIBILANTS (Râles). — Voy. Râles.
SIFFLEMENTS. — Voy. Râles, et Vasculaires (Bruits). SILLONS. — Voy. Gale et Ongles.
SIMULATIONS, SIMULÉES (Maladies). — Un nombre assez grand de symptômes ou de maladies sont simulés dans des buts différents : pour se faire exempter ou réformer du service militaire, pour séjourner à l'hôpital, pour exploiter la pitié, ou enfin pour exciter l'intérêt, comme le font certaines hystériques. Il me suffira de signaler ces simulations, car lorsqu'on les soupçonne, on évite facilement le piège Un interrogatoire adroitement dirigé, amenant le prétendu malade à répondre sérieusement à des questions médicales absurdes, les conditions particulières et choisies dans lesquelles se place l'imposteur, un examen aussi complet que possible, que la sagacité du médecin lui fera diriger dans le but de dévoiler l'erreur, et enfin la prescription d'un moyen de traitement violent, feront ordinairement découvrir la simulation. Mais pour en arriver là, il faut la soupçonner. Or, les faits les plus difficiles à découvrir sous ce rapport sont les simulations de symptômes isolés, ou d'affections peu compliquées.
On peut dire que les maladies simulées sont inmombrables ; aussi n'ai-je pas la prétention de les rappeler toutes. Ce sont : des douleurs diverses ; la folie slupidc, l'extase; les convulsions hystériques ou êpileptiquesy la choret, des contractures , des paralysies; le bêgayement, Yamaurose , Yhémèralopie, la surdité, Y otite , Yanesthésie cutanée ; la gale et d'autres affections de la peau; Yictère (mais sans coloration de la sclérotique), des vomissement* de sang ou même de matières fécales, préalablement avalés ; la gravelle (par addition de brique piler ou de sable à l'urine rendue), des urines sucrée* ou