I. Cancer en général
Il est impossible, dans l'état actuel de la science, de reconnaître à des signes particuliers la prédisposition ou la dialhèse en vertu de laquelle se développera une affection cancéreuse. Il arrive même très-fréquemment que, lorsque l'évolution de la maladie commence, elle est tout aussi latente et insaisissable. Ce n'est que lorsqu'à des troubles fonctionnels chroniques de certains organes se joignent des conditions particulières qui semblent favoriser le développement de la maladie, que l'on peut non la reconnaître, mais la soupçonner. Les soupçons deviennent des probabilités si les troubles symptomatiques sont tellement insolites qu'ils ne peuvent s'expliquer par aucune autre maladie. Enfin on n'acquiert la certitude de l'existence de l'affection cancéreuse que par la constatation d'une tumeur présentant des particularités caractéristiques, et par l'existence manifeste d'un état cachectique concomitant. Mais il est indispensable d'entrer à ce sujet dans quelques détails.
Parmi les signes actuels de la maladie, l'aspect extérieur du sujet peut la faire soupçonner, si elle est déjà avancée. Il y a alors un amaigrissement qui indique un dépérissement prononcé, une coloration jaune-paille de la peau, une pâleur qui s'étend aux muqueuses accessibles à la vue, une langueur manifeste. Ces signes de cachexie cancéreuse, complétés ordinairement par des symptômes de dyspepsie, ne peuvent mettre sur la voie du diagnostic qu'autant qu'il existe déjà, depuis un certain temps, d'autres signes que l'on doit rapporter au cancer. — \ ° Il y a des douleurs, parfois très-vives, lancinantes, térébrantes, d'une violence extrême dans certains cas, mais qui sont loin d'être aussi fréquemment intenses qu'on Ta voulu dire, et qui peuvent même manquer. — 2° Les troubles fonctionnels, qui varient suivant l'organe affecté, ont tantôt par eux-mêmes une signification particulière, comme les vomissements plusieurs heures après les repas, dans le cancer de l'estomac, et tantôt n'acquièrent de valeur que par voie d'exclusion et par leur étrangelé même. Ces symptômes peuvent d'ailleurs résulter simplement des changements physiques produits dans les organes par le développement du cancer, et qui sont caractérisés par des compressions ou des coarctations avec obstacle au cours du sang, au cours des matières alimentaires, fécales, ou des liquides sécrétés. — 11" Les matières excrétées par les voies digestives, respiratoires et génito-urinaires, peuvent présenter des caractères spéciaux, tels que des cellules ou des fragments de matière vncèphaloide, contenir du sang, des éléments pigmentaires, ou enfin constituer de véritables hémorrhagies qu'on ne saurait rapporter à aucune autre affection que le cancer, et qui sont fréquemment un excellent signe. — 4° Lutin les données fournies par l'exploration de la région ou de l'organe malade, au moyen de Vinspection , de la }>olpation, de la percussion, de Y auscultation, du cathétèrisme, et parfois des ponctions exploratrices, fourniront des signes importants, s'ils dévoilent l'existence de la tumeur, qui constitue la principale manifestation auatomique de la maladie. Les engorgements des ganglions lymphatiques correspondants sont un autre signe concomitant d'une grande valeur.
La tumeur, quoique n'étant pas palhognomouique, est la donnée diagnostique la plus importante; aussi, lorsqu'elle manque, le diagnostic if est-il le plus