‹ Dictionnaire de diagnostic médicalChapitre 59 sur 355 · X. Utérus · texte numérisé non relu

X. Utérus

Cetle localisation du cancer est la plus fréquente relativement à celles des autres organes, Cl, sous ce rapport, son diagnostic présente au praticien un grand intérêt. L'exploration directe de l'utérus (toucher vaginal et spéculum) a permis de rattacher les symptômes : 1° au cancer non ulcéré; 2° au cancer ulcéré.

Le cancer non ulcéré de l'utérus est celui qui peut donner lieu aux difficultés diagnostiques les plus nombreuses, surtout au début de la maladie. La métrorrhayie est le symptôme du début le plus remarquable (Louis, R. Lee). Lorsque, à la suite de cette hémorrhagie, apparaissent, en dehors des époques menstruelles ( liez une femme de quarante à cinquante ans, des douleurs utérines, des }tcsanieurs vers le rectum, et un gonflement Au. col utérin, avec dureté, irrégularités bosselées et pâleur, on doit, suivant Valleix, considérer la maladie comme confirmée. Il y a alors au niveau de l'utérus un sentiment de gène, de plénitude, de pesanteur, surtout pendant la marche et la station assise; tiraillements, élancements dans les lombes, les aines. Par le toucher raffinai, outre l'augmentation de volume du col (souvent seul affecté), outre sa dureté et ses bosselures, un peut constater sa déviation, sa mobilité ou son immobilité, et Bon enclavement dans le bassin par suite de Bon excès de volume et des adhérences qu'il a

CANCER. — utérus.

contractées. Ces différents signes mettent hors de doute l'existence du cancer utérin, surtout si le toucher rectal fait reconnaître aussi la dureté bosselée de l'utérus, et si l'examen au spéculum montre la déformation du col. On peut y constater, suivant Marjolin, des petites tumeurs isolées, un engorgement bosselé plus étendu, une tuméfaction des lèvres du col dures à leur base et molles à leur surface, ou enfin un engorgement général, irrégulier, rouge obscur. Les bémorrhagies plus ou moins fréquentes et abondantes, et l'écoulement souvent rosé, roussâlre, parfois grisâtre et sanguinolent, d'une odeur fade et nauséabonde, mais non encore pénétrante comme plus lard, sont en outre des signes importants de la maladie. Il est plus rare de constater des sensations douloureuses dans les seins, qui sont devenus volumineux et durs, un malaise inexprimable, des douleurs vives dans diverses parties du corps (Téallier).

Lorsque le cancer est ulcéré, les douleurs sont toujours plus vives, surtout par la palpation et la percussion. Par le toucher vaginal et rectal, l'utérus augmenté de volume est trouvé ramolli partiellement ou en totalité; donnant, dans ce dernier ras, une sensation de crépitation (Duparque). On peut constater alors : des ulcérations déprimées et à bords durs, des végétations variables, la destruction plus ou moins complète du col, dont l'orifice est élargi, et même la destruction des parties voisines, envahies par les progrès de l'affection; un écoulement abondant, ichoreux, d'une odeur repoussante particulière, si pénétrante qu'on est obligé d'isoler les malades, surtout lorsque le cancer, ayant envahi la vessie et le rectum, a converti dès lors le vagin en un cloaque infect. L'altération peut s'étendre aussi aux ligaments larges, aux trompes, aux ovaires, comme aux ganglions lymphatiques de l'abdomen, au niveau desquels on peut constater des tumeurs supplémentaires, et enfin au plexus sacré, ce qui occasionne une névralgie fémoro-poplitée double. C'est surtout a celte seconde période que I on voit apparaître tous les signes de la cachexie cancéreuse, les complications communes à tous les cancers, et en particulier les inflammations des organes voisins (péritonite, abcès des ligaments larges), et la phlegmatia alba dolens, due à des coagulations ou thromboses veineuses.

Le diagnostic de ces cas extrêmes ne présente pas la moindre difficulté, et la maladie ne saurait être méconnue lorsqu'ils se présentent et que, par exemple, » au dépérissement général se joignent des métrorrhagies antérieures, un écoulement abondant, sanieux, d'une odeur fétide el pénétrante, et une induration volumineuse, bosselée el irrégulière du col ulérin, plus ou moins détruit par le ramollissement ulcéreux de la tumeur. Mais on est souvent appelé à se prononcer dans des faits douteux ou encore mal caractérisés.

On a insisté avec raison sur la confusion que l'on pourrait faire de la met rite chronique avec le cancer de l'utérus, lorsqu'il n'y a encore ni ramollissement ni cachexie manifeste. Sans admettre comme prouvée l'opinion des pathologistes qui regardent la mélrile comme le premier degré du cancer, je ferai remarquer avec Yalleix que, dans le cancer, avant son ramollissement, il y a des bémorrhagies au début, le col utérin résiste fortement et inégalement sous le doigt, et présente des bosselures irrégulières, une coloration ordinairement pâle et blafarde, un écoulement ténu, roussAtre, grisâtre, puis rosé; el que dans la mélrile chronique, au contraire, il y a plutôt dysménorrhée, le col de l'utérus offre une résistance égale et moins prononcée, un développement uniforme, une coloralion presque toujours d'un rouge sombre, et enfin un écoulement muco-purulent. Sans doute il y a des métriles avec inégalités du col ulérin, et des cancers rapides ou qui présentent une coloration d'un rouge sombre, mais ce sont là des cas peu ordinaires, et les seuls d'ailleurs qui jettent dans l'incertitude. C'est

CANCROFDES.

alors que l'interrogatoire et l'examen attentifs du sujet seront surtout indispensables.

Le prolapsus ou la Chute de la matrice , qui est mobile, et qu'il est facile de remettre en place, ne peut nullement se confondre avec un cancer, a moins qu'on ne se livre à un examen très-superficiel. — Les métrorrhagies produites par la présence d'un polype intra-utérin pourraient en imposer pour un cancer à son début, surtout après avoir déterminé de l'anémie, et si le corps de l'utérus est lourd et paraît gonflé. Mais d'abord, dit à cette occasion Valleix, il faut remarquer que le cancer de l'utérus, borné au corps de l'organe, est de beaucoup le plus rare, ce qui doit déjà inspirer des doutes. Ensuite, si l'on touche par le rectum, on trouve la matrice uniformément développée, sans bosselures; l'anémie causée par un polype ne ressemble que très-imparfaitement à la cachexie cancéreuse; et enfin on ne remarque pas, dans les matières excrétées, cette odeur particulière signalée plus haut (Guide du méd. praticl, 5e édit., Paris, 1860, t. V, p. 490). — Vidcère simple du col de l'utérus est, dans certains cas seulement, bien difficile à distinguer de l'ulcère cancéreux à son début; car, dans les cas ordinaires, le peu de profondeur de l'ulcère non cancéreux, ses bords sans dureté ni saillie, et l'écoulement non fétide qu'il fournit, suffisent parfaitement au diagnostic. — 11 n'en est pas de même pour les ulcères vénérienêj dont les caractères peuvent offrir la plus grande analogie avec ceux de l'ulcère cancéreux. On n'a alors pour s'éclairer que les antécédents, la marche de l'affection et l'existence de traces de lésions syphilitiques dans une autre partie du corps, ou bien des lésions soit syphilitiques, soit cancéreuses, dans un autre organe que l'utérus. Enfin le traitement spécifique de la syphilis fera disparaître l'ulcération, si elle est vraiment vénérienne, et sera sans effet sur elle, comme tous les autres traitements, si elle est cancéreuse.

Aran a signalé comme complication ultime du cancer utérin des accidents ttt'imùjues (céphalalgie,r4délire, vomissements, coma). Wannebroueq en a relaté trois cas (Bulletin méd. du Nord, 18(»i). J'en ai observé aussi deux exemples a Cochin. Ces accidents sont la conséquence de la compression des uretères par la tumeur cancéreuse, alors considérable.

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