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Signaux sonores

CHAP. III. ADMINISTRATION. DÉPENSES, 20 à 31.

PHARES, FANAUX, etc., i-lo.

CHAP. 1. — PHARES El FANAUX.

1. Les phares sont des feux allumés aux sommets de hautes tours soit en maçonnerie, soit en métal, pour indiquer, pendant la nuit, la position ou le voisinage des cotes ou des écueils.

2. On nomme feux flottants des feux installés sur des pontons mouillés en pleine mer, à rentrée de certaines passes ou rades qu’il importe de signaler au navigateur.

3. Pendant longtemps on a regardé les entrées des ports et les embouchures des fleuves ouverts à la navigation comme les seules parties du rivage qu’il fût nécessaire d’éclairer. Ce système défectueux a été abandonné ; c’est en effet à l’approche des côtes que se trouvent les dangers les plus redoutables pour les navires et il est de la plus haute importance de signaler aux marins la position du littoral.

4. Les phares de grand atterrage, qui remplissent cet office, sont ceux qui réclament la plus grande portée lumineuse 5 ils sont établis sur des caps, des îles ou des bancs de manière à former, autant que possible, les sommets d’un polygone circonscrit à tous les écueils et à entourer le littoral entier d’une zone lumineuse continue. Des phares particulièrement puissants sont établis sur les points que la grande navigation a le plus habituellement à reconnaître.

5. Dans la baie plus ou moins ouverte qui est comprise entre deux phares de grand atterrage, il existe des caps secondaires, des îles, des écueils que le navigateur a intérêt à connaître ; il y a des passes dont il est utile de signaler la direction. On éclaire ces régions par des feux moins intenses que ceux de premier ordre et dont les rayons sont parfois concentrés dans un faible espace angulaire.

6. Enfin la route étant ainsi jalonnée Jusqu’auprès du port, il suffit d’installer de faibles lumières sur les jetées pour indiquer l’entrée du chenal.

7. Au point de vue de l’intensité lumineuse et de la portée, les phares sont classés en feux électriques et, pour les phares éclairés à l’huile minérale, en feux hyperradiants, puis en feux de 1®*^ ordre, ces trois catégories de feux étant destinées au grand atterrage. Ensuite viennent des feux à l’huile minérale de 2®, 3® et 4® oj'dre destinés, concurremment avec les feux flottants, à éclairer les passes et les écueils les plus rapprochés des cotes et enfin des feux de 5® ordre appelés aussi fanaux ou feux de port.

8. La portée varie depuis 15 kilomètres, pour les fanaux, jusqu’à 50 kilomètres et même 70 kilomètres, pour les phares de premier ordre, lorsqu’ils présentent une hauteur suffisante au-dessus de l’horizon ; elle peut d’ailleurs être considérablement atténuée par l’état de l’atmospbère.

9. La multiplicité des phares établis sur les côtes pourrait donner lieu à de funestes méprises. On peut à une grande distance les confondre avec les étoiles ou se tromper dans leur reconnaissance. Pour éviter ce danger, on diversifie les feux.

10. Les phares des côtes de France peuvent être divisés d’après leurs caractères distinctifs en neuf genres principaux : tes feux fixes, qui sont blancs ou colorés, soit en rouge, soit en vert ;

PHARES, FANAUX, etc., ii-ii. 1845

2° les feux à éclipses, dans lesquels des éclipses se succèdent régulièrement à des intervalles qui varient de 1 0 secondes à une minute d’un phare à l’autre, quelques feux à éclipses sont rouges; 3® les feux variés par des éclats qui sont des feux fixes variés par des éclats lumineux se succédant à des intervalles de 2, 3 ou 4 minutes. Ces éclats sont précédés ou suivis d’éclipses de courte durée; 4® les feux à groupes d'éclats, chaque groupe étant constitué par une série d'éclats très rapprochés dont le nombre caractérise le phare ; 5® les feux scintillants dont les éclats se succèdent à des intervalles réguliers très rapprochés (5 secondes et au-dessous); G® les feux alternativement fixes et scintillants ; 7® les feux clignotants, qui diffèrent des feux scintillants en ce que les éclipses sont de très faible durée comparativement aux éclats; 8® les feux diversement colorés, qui présentent de nombreuses variétés dues à la combinaison des précédents caractères avec la variation des couleurs blanche, rouge et quelquefois verte. Enfin, un neuvième caractère, employé exceptionnellement, consiste dans l’installation de deux feux fixes jumeaux^

11. Si, pour un motif quelconque, l’entrée d’un port est momentanément interdite, les navigateurs venant du large en sont prévenus par la coloration en rouge des deux feux qui éclairent cette entrée, et, s’il n’y a qu’un seul feu de port, par l’allumage d’un second feu rouge à proximité du premier.

12. 11 convient d’ajouter que la distance observée entre deux phares du même caractère est toujours assez grande pour surpasser l’erreur de position qu’il est possible de commettre dans les circonstances ordinaires de la navigation.

13. Depuis l’antiquité, les seuls signaux destinés à guider les navigateurs pendant la nuit consistaient en de simples feux de bois allumés sur des points culminants du rivage. A partir du xvi® siècle on voit paraître quelques rares édifices construits spécialement en vue de supporter ces feux.

14. Jusqu’en 1770, le phare monumental, construit, de 1584 à 1619, sur le rocher de Cordouan, à l’embouchure de la Gironde, n’était alimenté qu’avec du bois de chêne dont la combustion durait trois heures.

En 1784 on commença à se servir de lampes à huile munies de réflecteurs paraboliques de manière à concentrer la lumière dans un faisceau horizontal. On employa d’abord des lampes à mèche plate, puis des becs d’Argand à mèche circulaire, cheminée et double courant d’air. Ce système, dit catoptrique ou à réflexion, fut employé jusqu’en 1822 où on fit usage, pour la première fois, au phare de Cordouan, d’un appareil dioptrique ou à réfraction imaginé par l’illustre ingénieur Fresnel avec un foyer lumineux formé par un bec de lampe à mèches multiples concentriques établi pai' Fresnel et Arago. Le nouveau système consistait dans l’application à l’éclairage des phares de lentilles convergentes placées en avant de la flamme et substituées aux réflecteurs placés derrière la flamme, application qui était elle-même rendue possible i)ar l’invention de la lentille à

1840 PHARES, FANAUX, etc., tr,-24. PHARES, FANAUX, etc., 25-31.

échelons. Les anciens réflecteurs absorbaient 50 p. 100 de la lumière incidente; les lentilles à échelons absorbent dix fois moins : de là leur avantage. Tous les phares de grande portée sont aujourd’hui éclairés par des ai)pareils lenticulaires.

15. De notables perfectionnements ont été apportés en ces dernières années en ce qui touche la lumière elle-même. On a d’abord commencé à substituer les huiles minérales aux huiles végétales, puis un certain nombre de phares de grand atterrage ont reçu la lumière électrique qui, dans les circonstances atmosphériques ordinaires, présente une intensité beaucoup plus grande que la lumière provenant de l’huile minérale. Les appareils optiques et leurs mécanismes ont d’ailleurs été perfectionnés tant dans leurs dispositions que par le fini de leur fabrication. Ils sont devenus des appareils de grande précision.

16. Les feux flottants ont été considérablement améliorés par l’adoption de pontons ayant une stabilité pai’ticulière et qui permettent l’emploi d’appareils optiques lourds et puissants ; mais ces feux étant très onéreux et ne pouvant être employés qu’en petit nombre, on a reconpu qu’il y avait avantage à réaliser l’éclairage des passes ou des bancs étendus au moyen d’un plus grand nombre de feux moins puissants constitués par de simples bouées lumineuses. Ces bouées sont éclairées au gaz d’huile et peuvent être livrées à ellesmêmes et fonctionner pendant plusieurs mois avant d’être rechargées de gaz.

17. L’éclairage des côtes de France passe, à juste titre, pour un des plus complets et des mieux organisés du monde entier.

18. Il comportait, au 1®’^ janvier 1891, un total de 459 feux, savoir: 44 phares de premier ordre dont 9 éclairés à la lumière électrique; 7 phares de deuxième ordre; 29 de troisième ordre; 54 de quatrième ordre, dont un phare électrique ; 30ü de cinquième ordre et 19 feux flottants ou bouées lumineuses.

19. A. la même époque, le nombre des phares allumés sur les côtes de l’Algérie était de 43,. dont 8 phares de premier ordre, 2 de second ordre, 2 de troisième ordre, 5 de quatrième ordre et 26 de cinquième ordre.

20. Quelques-uns de ces phares sont des édifices remarquables, soit à raison de leur hauteur, de la solidité de leur construction, des diflicultés d’exécution qu’ils ont présentées pai’ suite de leur établissement sur des roches sous-marines, soit môme par leur caractère architectural.

21. Le phare de Cordouan est classé parmi les monuments historiques.

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