Même ouvrage, t. p
ADMINISTnATION, 25-28.
vie, et qu'à sa mort encore, après avoir dressé l'acte de son décès, elle lui procure le repos du tombeau.
Ce n'est pas tout ; ici nous l'avons vue occupée d'intérêts privés, qui ne deviennent j;énéraux que parce qu'ils se répètent à l'égard de chaque individu. Il existe, en outre, des intérêts généraux proprement dits, qui ne sauraient être cotisidérés, au mains dans la pratique, comme la somine des intérêts privés, 11 s'agit de l'intérêt de l’État comme corps social, ((ue l'administration (ou le Gouvernement) se trouve quelquefois dans la nécessité de détendre contre une partie de ses propres citoyens et contre l’agression de l’étranger.
L’ensemble de ces attributions présente un champ si vaste qu’on ne saurait l’embrasser d’un coup d’œil. Il nous a semblé nécessaire de le subdiviser et d'en parcourir chaque partie isolément, n'effleurant pourtant que les points saillants et renvoyant pour les développements aux articles spéciaux.
L’objet de l'administration nous paraît comprendre surtout la force publique, la sécurité, l'assistance, la fortune, la morale et la richesse publiques. Selon les pays, les services publics sont plus ou moins nombreux et variés,
Sect. 1. — Force publique.
25. A l’origine des sociétés, lorsque l’État n’était encore qu'une tribu, l'iinique préoccupation du Gouvernement ou de l'administration (ces deux autorités n'en faisaient qu’une alors) c’était la défense de la communauté contre les agressions des tribus ou peuplades voisines. La population était trop peu nombreuse pour que les rapports intérieurs fussent bien compliqués : mais cette faiblesse numérique même rendait faciles les attaques les plus imprévues.
Dans les grands pays ces préoccupations sont moins profondes ; le danger qu’il s’agit de conjurer est en général moins imminent ; par contre, il est trop grave pour qu’on le perde un instant de vue. Aussi existe-t-il en France trois ministères chargés de la défense du pays contre l’étranger; nous allons les nommer :
26. Ministère des affaires étrangères. C’est l’organe du Gouvernement dans nos relations avec les autres États. Ce sont les agents diplomatiques ressortissant à ce ministère qui, en temps de paix, protègent à l’étranger les citoyens français.
27. .Ministère de la guerre. L’armée de terre est dans ses attributions. Il s’occupe du recrutement, de l’habillement, de la nourriture, du logement, de l'instruction, de l’état .sanitaire des hommes appelés sous les drapeaux ; il les distribue dans les places de guerre ; il désigne ceux qui, au besoin, doivent marcher contre l'ennemi. Si la nomination des généraux est un acte de Gouvernement, et si la victoire dans une bataille dépend du choix du commandant supérieur, le succès définitif d'une guerre de longue haleine sera dû en grande partie à la bonne gestion de l'administration militaire.
28. .Ministère de la marine. Ce que le ministère de la guerre est pour l’armée de terre, le ministère de la marine l’est pour la force uiaritime. L'armée de terre peut être quelquefois appelée à
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prêter sa force à l'autoi-ilé attaquée à l'intérieur, elle a même dans son .sein un corps vraiment admirable jmursa tenue, pour le choix des houimes qui le coiiiiiosent et pour les services qu'il rend, la gendarmerie, qui e.st .spécialement destinée à maintenir l’ordre public. La marine militaire, au contraire, agit habituellement loin des rivages de la France, .soit pour défendre l’honneur de son drapeau, .soit pour protéger la marine marchande, l’une des sources de la prospérité nationale.
Sect. 2. — Sécurité publique.
29. La sécurité publi((ue est pour le corps social ce que l’air est pour le corjis humain : c'est la première condition de son existence. L'autorité qui eu est plus spécialement chargée s’appelle police, mot que la science piend dans un sens plus large que le langage vulgaire. Le peuple ne voit dans la police que l'agent de la répression, qui arrête et surveille les malfaiteurs ; la science administrative lui décerne, avec Macarel, le titre de providence humaine. On verra, en passant en revue ses principales attributions, que ce n'est pas là un vain mot.
30. La sûreté de l'Étal doit être le premier soin de la police, l'our lui faciliter cette tâche si importante, le législateur l’a armée des lois sur les clubs et les sociétés secrètes, sur la presse, sur les alücheurs, les crieurs publics, les colporteurs, les cabarets, sur la détention d’armes et de munitions de guerre, sur les attroupements, sur l’état de siège, etc.
31. La protection des personnes est la seconde grande préoccupation de la police. Elle y a pourvu par un grand nombre de règlements destinés à écarter des citoyens d’innombrables dangers. Elle poursuit les malfaiteurs ; défend le port d’armes secrètes; empêche la vente d’aliments malsains; surveille le débit des matières vénéneuses ; fait éprouver les ponts, les voitures, avant de permettre leur emploi ; fait, au besoin, clore les rivières au moyen de parapets, et prescrit toutes les mesures que les circonstnnces peuvent exiger.
On peut encore considérer la police des subsistances et la police sanitaire et médicale, dont les attributions sont très étendues, comme chargées de la protection des personnes.
32. Vient ensuite la protection des propriétés. Celle-ci ne se borne pas à la surveillance des voleurs. Elle renferme dans son cadre une foule de dispositions appartenant à la police rurale, la police des cours d’eau, les règlements relatifs aux objets trouvés, aux incendies, aux animaux abandonnés, etc.
33. Ce n’est pas tout. La sollicitude de la police s’étend encore sur la circulation, qu’elle débarrasse de tout ce qui peut la gêner ; sur le commerce, en surveillant les halles et marchés, les poids et mesures, en prévenant ou faisant punir les fraudes et falsiticalions ; sur l'industrie, par les prescriptions relatives à la liberté du travail et à l’emploi des enfants dans les manufactures, aux coalitions, à la contrefaçon, à certains ateliers, etc.
34. Le ministère do. rintéricur est chargé de la sécurité publique, et ses agents sont au besoin secondés dans leur mission par la force publique dépendant du ministère de la guerre. Tout
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ce qui concerne les subsistances, le coninici’ce et rinduslric, est dans les altribulions du ministère de ragricuUiire et du ininislère du conmierce et de rinduslrie.
Sect. 3. — Assistance publique.
35. L’assislance publique est souvent considérée comme Tune des fonctions de la police, mais cette définition n’était exacte qu’aux époques et dans les pays où police était synonyme d’a</ministration. iV'ais lorsqu’on donne au mot police un sens plus restreint, il convient d’en détacher l’assistance publique, pour ne pas faire croire que la société vient au secours des malheureux seulement parce qu’elle les craint.
Comme une bonne mère s’attache de préférence à un enfant disgracié de la nature, de meme la société couvre de sa sollicitude particulière ses membres maltraités par le sort.
L’enfant qui, en naissant, n’est pas accueilli par ses protecteurs naturels, ses parents, ou qui les perd de bonne heure, est reçu dans l’hospice des enfants assistés ou dans un orphelinat. Si ses parents ont besoin de leurs journées pour gagner leur vie, on l’admet dans une crèche et plus tard dans une école maternelle. L’abandon l’a-t-il fait contracter des vices, on lui procure l’éducation dans une maison de jeunes détenus ou dans des colonies agricoles [voy. ces mots).
L’homme jouissant de sa santé doit travailler; il appartient seulement aux malades de faire appel à la charité publique. On leur ouvre des hôpitaux. Les vieil'ards et infirmes trouvent souvent un refuge dans les hospices et dans d’autres établissements analogues.
36. 11 est ensuite des infortunes particulières, au soulagement desquelles l’administration pourvoit au moyen d’institutions spéciales. Tels sont les asiles d’aliénés, les institutions de jeunes aveugles, des sourds-muets, et l’hospice des Quinze-Yingts.
37. Enfin, des faveurs législatives sont accordées à ceux qui trouvent dans leurs propres économies les ressources que d’autres, moins prévoyants, sont obligés de demander à l’assistance publique ; nous faisons allusion aux caisses d’épargne, aux sociétés de secours mutuels, à la caisse de retraites et à l’assurance sur la vie,
Sect. 4. — Fortune publique.
38. La gestion de la fortune publique constitue une des fonctions les plus importantes de l’administration.
L’entretien des services publics occasionne des dépenses qui sont couvertes au moyen des impôts votés par la représentation nationale. L’administration recouvre ces impôts, et elle en emploie le produit conformément aux crédits inscrits au budget.
C’est le ministère des finances qui est seul chargé du recouvrement des contributions, soit directes, soit indirectes, ainsi que des autres revenus de l’État. Ce principe est poussé en France presque jusqu’à ses dernières conséquences. Les dépenses sont faites par les divers services publics; elles sont contrôlées administrativement par le ministère des finances, et, sous une forme judiciaire, par la Cour des comptes.