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CEAP. VIII. — CÂBLES SOUS-MARINS

Sect. 1. — Historique et considérations générales.

134 A peine la télégraphie électrique fonctionnait-elle par les lignes terrestres que d'ingénieux chercheurs s'efforçaient de réaliser le même problème en traversant les mers.

l es communications télégraphiques sous-marines ont eu une influence des plus considérables sur les relations économiques des peuples. La prépondérance commerciale de Londres est due, pour une large part, à ce puissant réseau sousmarin dont l'habileté des compagnies britanniques a su enserrer le monde et qui converge vers la capitale anglaise.

La France, par sa situation géographique, était désignée pour devenir le centre du réseau télégraphique mondial. C'est à partir de ses côtes que tut établi le premier câble sous-marin (Calais- Douvres) et que furent faites les premières tentatives d'immersions en mer profonde. La plus riche des compagnies de câbles a été celle qui a établi le câble franco-américain de 18G9. Mais nos capitalistes ne surent ni profiter de cette position orivilégiée, ni conserver les situations acquises. 11 n'y a plus actuellement qu'une seule société française, la « Compagnie française des câbles télégraphiques », qui a de nombreuses conventions avec l'Etat.

135. Schilling eut le premier ridée de protéger par un isolant un fil métallique avant de l'immerger dans l'eau pour l'employer comme conducteur. De nombreux procédés d'isolement furent suggérés, notamment par Morse, Wheatstone, Jacobi. Ce n'est qu'en 1845 que le docteur Werner Siemens indiqua la gutta-percha comme constituant un isolant excellent et fit connaître la manière de l'employer pour cet usage.

136. C'est le 1G juin 1815 que les deux frères Brett (John et Jacob) fondèrent à Londres une société ayant pour but d'établir des communications sous-marines entre l'Europe et l'Amérique. Les capitaux se faisaient attendre, personne ne croyant an succès de l'entreprise. Avant de réaliser le câble atlantique, les Brett décidèrent de poser un câble fiancc-anglàis.

Une aulorisation accordée par le gouvernement français en 1847 fut renouvelée en 1849, avant ni' un* l'existence d'un service télégraphique privé.

Le 28 août 1850, eut lieu entre Calais et Douvres, au milieu de péripéties diverses, l'immersion du premier câble sous-marin. 11 était constitué par un fil de cuivre de 2 millimètres de

diamètre revêtu de gutta sur une épaisseur de 5mn',17. Les portions destinées à reposer sur les rives étaient enveloppées d'une gaine de plomb. Un tel câble n'offrait aucune résistance mécanique : il fut détruit, coupé, dit-on, par un pêcheur ignorant, moins de vingt-quatre heures après sa pose ; mais son existence éphémère avait suffi pour établir la possibilité des transmissions télégraphiques sous-marines.

Eu 1851, l'opération fut reprise dans des conditions nouvelles par la société anglaise reconstituée et dont les autorisations avaient été renouvelées. Le câble se composait de quatre fils de cuivre de lmm,5 de diamètre, recouverts chacun d'une double gaine de gutta-percha et maintenus en un seul faisceau par des cordes de chanvre goudronnées . Cette âme était enveloppée, suivant le procède imaginé par Keeper et encore en usage aujourd'hui, d'une armature de fils de fer enroulés en hélice autour d'elle. L'immersion fut laborieuse mais achevée victorieusement le 30 septembre 1851. Ce doyen des câbles sousmarins a encore ses quatre lignes en service aujourd'hui ; il est vrai qu'il a subi de très nombreuses réparations et que diverses et longues sections ont été remplacées.

137. Ce premier résultat ranima les espérances. Les savants et les industriels anglais voulurent faire plus grand et aller plus loin. C'est alors que commencèrent ces tentatives répétées, infructueuses d'abord parce qu'on voulut immerger dans les eaux profondes des câbles à multiples conducteurs, c'est-à-dire d'un type très lourd, comme celui posé avec succès dans les hautsfonds du Pas de Calais, puis enfin couronnées de succès lorsque, après avoir perfectionné les procédés d'immersion, on s'arrêta, pour les longs câbles, à un type plus léger et à conducteur unique. Ces efforts gigantesques et persévérants permirent de relier d'abord la France à l'Algérie, puis l'Irlande à l'Amérique, et ont enfin doté le monde d'un faisceau très dense dont la valeur dépasse notablement le milliard et qui, depuis 1902, enserre complètement notre globe et se développe surplus de 330 000 kilomètres.

138. La France a aidé dans une assez large mesure à l'établissement d'un grand nombre de ces câbles, soit en les faisant immerger pour son propre compte, soit en concluant des conventions accordaut souvent des subventions, avec les compagnies établissant des câbles intéressant la métropole ou les colonies.

Nous renvoyons au chapitre VI, section 4, pour les câbles appartenant à la France, nous ne nous occuperons ici, sommairement, que des câbles qui ont exigé des conventions avec d'autres offices.

Sect. 2. — Cables franco-anglais.

139. En 1859 avait été conclue avec la « Submarine telegraph Company » une convention accordant à celle-ci, pour trente années, un droit de préférence pour tout câble à établir entre la France et l'Angleterre. Au 2 janvier 1889, à l'expiration de la convention, la compagnie possédait les cinq câbles suivants :

Calais-Douvres (22 milles), quatre conducteurs, posé en'1851 ;

Boulogne Folkestone (24 milles), six conducteurs, posé en 1859 ;

Dieppe-Beachy Head (70 milles), sept conducteurs, posé en 1861 ;

Havre-BeachyHead (80 milles), six conducteurs, posé en 1870 ;

Pirou (près Coutances) à Jersey (21 milles), un conducteur, posé en 1861.

Ces câbles furent rachetés de compte à demi pour 425 000 fr. par les gouvernements français et anglais.

Depuis, trois nouveaux câbles à quatre conducteurs appropriés aux communications téléphoniques ont été posés :

Calais-Douvres (22 milles), quatre conducteurs, posé en 1891 ;

Calais-Douvres (23 milles), quatre conducteurs, posé en 1896 ;

Boulogne-Folkestone (25 milles), quatre conducteurs, posé en 1896.

Ces câbles, partagés en deux lots, sont entretenus, un lot par la France, l'autre par l'Angleterre. Les recettes sont partagées par moitié. Sect. 3. — Câbles établis en exécution de conventions conclues avec la France.

140. Il n'est pas possible d'énoncer des principes généraux en matière d'autorisation d'atterrissemeut de câbles. En principe, chaque pays est absolument libre d'introduire dans le contrat telles clauses qui lui paraîtront conformes à ses intérêts ; mais, en fait, on doit tenir compte que lorsque l'autre bout du câble atterrit sur une côte étrangère, les clauses ne doivent pas être en contradiction avec celles que l'État coïntéressé imposera. Il faut donc une entente préalable d'ensemble. C'est en général la compagnie qui sert d'intermédiaire entre les deux États reliés, et le rôle de cette compagnie est de ne pas souscrire à des clauses contradictoires, ce dont les États s'assurent en se faisant représenter, chacun, le contrat avec l'autre pays.

141 « Grande compagnie des télégraphes du Nord. » Deux câbles appartenant à cette compagnie relient les Huttes-d Oye. près Calais, à Fredericia (Danemark) . Les lignes de cette compagnie se prolongent à travers la Russie jusqu'en Extrême-Orient (Japon et Chine) . Le premier de ces câbles a été posé en 1872 ; le second en 1892, en vertu delà convention du 15 octobre 1890 approuvée par la loi du 5 juin 1891. La France doit acheminer parles câbles de la compagnie les télégrammes pour la Russie et les pays Scandinaves ; en outre, en dehors des taxes qui sont régulièrement dues à la compagnie pour le transit, la France doit payer pendant vingt-cinq ans 1 fr. par télégramme pour les 1 50 000 premiers télégrammes, 50 cent, pour les 40 000 suivants ; au delà il n'est plus payé à la compagnie que le prix ordinaire du transit. Les télégrammes de l'État français sont exonérés de toute taxe sur les lignes (même en Extrême-Orient) de la compagnie.

142. Compagnie « Anglo-american ». L'établissement d'un câble entre Brest et Saint-Pierre (golfe de Saint-Laurciit) et Duxbury (Etats-Unis) fut mis en adjudication en 1869. L'exploitation de ce câble procura de gros bénéfices aux actionnaires

qui cependant rétrocédèrent leurs droits en 1873, à la compagnie Angto-american. Celle-ci. qui avait un très lourd capital en raison des dépenses considérables faites lors des premières tentatives d'immersion de câbles entre l'Irlande et l'Amérique, faisait ainsi disparaître sa concurrente, très menaçante, car elle était sans charges. L'autorisation d'atterrissement, venue à expiration le 10 septembre 1889, n'a pas été renouvelée la compagnie est restée sous le régime de la simple tolérance ; son câble français sur l'Amérique est d'ailleurs interrompu depuis 1896 et toutes les tentatives faites pour le réparer sont restées infructueuses. La compagnie n'a plus d'attaches avec la France que par un câble franco-anglais posé récemment entre le Havre et Beachy-Head qu'elle utilise pour l'acheminement des télégrammes franco-américains par la voie détournée d'Angleterre. Ce dernier câble a remplacé un câble, Brest-Salcombe, qui a été relevé.

143. Compagnie « Commercial Cable » ou compagnie « Mackay Benne! t ». Une concession du 17 décembre 1884 a autorisé l'atterrissement au Havre d'un câble devant aller en Amérique en atterrissant à Waterville (Irlande) et utilisable seulement pour les télégrammes originaires ou à destination de l'Amérique. La compagnie est sous le régime de la simple autorisation toujours révocable, elle doit transmettre gratuitement sur ses lignes les télégrammes de l'État français.

144. « Compagnie française des câbles télégraphiques ». Cette compagnie a été constituée par la fusion de la « Compagnie française du télégraphe de Paris à New- York » ou « Compagnie Pouyer-Quertier », dite « P. Q. », et de la « Société française des télégraphes sous-marins ».

La première de ces sociétés a été constituée en 1878 et, en vertu d'une concession du 7 janvier 1879, a établi le câble transatlantique de Le Minou, près Brest, à Saint-Pierre et de Saint- Pierre au cap Cod et le câble franco-anglais de Deolen à Penzance ; ce dernier pour servir exclusivement au transit des télégrammes anglo-américains. Dès le début de l'exploitation, la position de la compagnie fut très pénible et malgré, ou peut-être à cause de son entente avec l'une ou l'autre, ou l'ensemble des autres compagnies transatlantiques, la situation ne lit que s'aggraver avec le temps et la chute financière était à peu près complète au moment de la fusion avec la Société française (1895).

Cette dernière possédait à ce moment un réseau dans les Antilles et, par des conventions conclues avec la France les 7 juin 1889 et 10 janvier 1890, s'était engagée, moyennant une subvention annuelle de 100 000 fr. , à établir et à entretenir et exploiter pendant vingt-cinq ans des câbles reliant la Martinique, la Guadeloupe et Marie-Galante au réseau général.

Par une autre convention du 1 1 octobre 1889, d'une durée de vingt-cinq ans, elle avait obtenu line subvention annuelle de 100 000 fr. pour le rattachement de Cayenne à la Guyane hollandaise et au Brésil.

Elle avait d'ailleurs obtenu le monopole d'atterrissement au Venezuela et de rattachement du Brésil à l'Amérique du Nord.

2440 TELEGRAPHIE. 145-U7.

Cette même société avait, en 1893, relié la Nouvelle-Calédonie a l'Australie j ar un câble pour lequel elle avait obtenu une garantie de produits de 300 000 IV , dont 200 000 IV. garantis par la France [Cont>. au :> févr, 189&, approuvée par ta loi au 23 mori 1893) et 100 000 fr. par les gouvernements do Queensland el de la Nouvelle- Galles du Sud

Dès sa constitution, la Compagnie française des câbles télégraphiques, qui avait à assurer l'exploitation des lignes lui venant des deux autres Sociétés, conclut avec la France, les 2 juillet et 19-20 décembre 1895, une convention approuvée, par la loi du 20 mars 1896, modifiée par un avenant du 27 avril 19u0 approuvé par la loi du 21 août de la môme année. En s'en tenant aux grandes lignes de ce contrat, il en résultait pour la compagnie l'obligation de poser, entre Brest et .New -York, un nouveau câble destiné à doubler le câble transatlantique, ancienne propriété de la compagnie l'ouyer-Ouerlier ; par contre, l'État assurait, sous certaines réserves, une garantie de produits de 800 000 fr.

Une convention du 28 mars 1901, approuvée par la loi du 31 juillet suivant, a réglé de nombreuses et importantes questions d'ordre financier, et une nouvelle convention est actuellement soumise au Parlement.

145. La Direct Spanish telegraph company a été autorisée le 17 novembre 1873, sans privilège ni charge, à établir un câble entre Marseille et Barcelone.

146. Eastern telegraph company. Cette compagnie, la plus puissante des compagnies de câbles sous-marins et de laquelle sont issues la plupart des compagnies anglaises, possède deux câbles de Marseille à Bône et deux câbles de Bône à Malte qui sont utilisés pour r acheminement des télégrammes pour le Levant et l'Extrême-Orient. Le droit d'atterrissement avait, à l'origine, été concédé à une société française qui l'a transféré, avec l'autorisation du gouvernement français, à la compagnie anglaise ; il a été renouvelé pour vingt ans par la convention du 31 décembre 1889, avec autorisation de poser un troisième câble.

Cette même convention prévoyait un régime spécial pour les télégrammes d'Extrême-Orient qui transitaient par la France. Cette clause du régime spécial était résiliable par chacune des parties au bout de dix ans : elle a été dénoncée par la compagnie.

Une convention a été conclue le 17 mai 1889 avec cette même compagnie pour la pose, l'exploitation et l'entretien d'un câble entre Perim et Obock, moyennant le payement d'une subvention annuelle de 37 500 fr. pendant vingt-cinq ans.

147. Eastern extension Australasia and China telegraph company. Par une convention du 29 novembre 1883, qui lui assurait pendant vingt ans une subvention annuelle de 265 000 fr., cette compagnie s'est engagée à poser, puis à entretenir et à exploiter un câble entre Saigon et Haiphong et à accorder une réduction de 50 p. 100 sur la taxe ordinaire aux télégrammes de l'État français circulant sur les lignes de la compagnie situées au sud de Hong-Kong (parcours entre

Aden d'une part, et l'Inde, l'Indo-Chine, la Chine, l'Australie et l'Afrique du Sud, d'autre part).

Une nouvelle convention destinée à remplacer la précédente, dont le délai d'application vient d'expirer, est act uellement soumise au Parlement.

Elle prévoit la continuation du payement pendant douze ans de l'annuité de 265 000 fr., moyennant quoi la France devient immédiatement propriétaire du câble dont l'entretien sera assuré par la compagnie. La réduction de taxe pour les télégrammes officiels français sera acquise sur toutes les lignes de la compagnie.

148. La West Ajricati telegraph company a, en vertu d'une convention du 10 juillet 1885, relié au réseau général Conakry, Grand-Bassani, Kotonou et Libreville, moyennant le payement, pendant vingt-cinq ans, d'une subvention annuelle de 75 000 fr. par station. Cette convention a été résiliée d'un commun accord et la France est devenue, moyennant payement d'une somme de 3 600 000 fr., propriétaire des câbles, dont elle assure l'entretien et l'exploitation (15 septembre 1902).

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