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CHAP. X. — LIGNES DE TRANSPORT D'ÉSEBGIE ÉLECTRIQUE

178. Pendant longtemps, l'administration des télégraphes a considéré qu'en raison du monopole que lui confère l'art. Ier de la loi du 27 décembre 1851 de pareilles lignes ne pouvaient être établies sans son autorisation.

Le premier document qui ait envisagé la question à son véritable point de vue est le décret du 15 mai 1888, rendu sous forme de règlement d'administration publique.

Actuellement, le service des télégraphes intervient dans rétablissement des lignes de transport d'énergie électrique dans l'intérêt de la sécurité publique [t. 25 juin 1895) et en vue d'empêcher l'exécution de tous travaux susceptibles d'entraver l'échange des communications télégraphiques et téléphoniques (L. 27 déc. 1851).

L'énorme développement pris par les lignes d'énergie et la nécessité d'exercer sur les conditions de leur établissement et de leur exploitation un contrôle minutieux et suivi, en raison de leur action perturbatrice profonde sur l'exploitation des lignes électriques de l'État, ont même nécessité une réorganisation en 1901 du cadre des ingénieurs des postes et des télégraphes.

179. En dehors des voies publiques, les conducteurs électriques qui ne sont pas destinés à la transmission des signaux et de la parole, et auxquels le décret-loi du 27 décembre 1851 n'est pas dès lors applicable, peuvent être établis sans autorisation ni déclaration. {L. 25 juin 1895, art. 1er. »

180. Toutefois, les conducteurs aériens ne peuvent être établis dans une zone de 10 mètres en projection horizontale de chaque côté d'une ligue télégraphique ou téléphonique, sans entente préalable avec l'administration des postes et des télégraphes.

En conséquence, tout établissement de conducteurs dans les conditions du paragraphe précédent doit faire l'objet d'uue déclaration préalable adressée au préfet du département, ou au préfet de police dans le ressort de sa juridiction. Cette déclaration est enregistrée à sa date et il en est donné récépissé. Elle est communiquée sans délai à l'ingénieur eu chef des télégraphes de la circonscription et transmise par les soins de ce dernier à l'administration centrale.

Le département des postes et des télégraphes doit notifier, dans un délai de trois mois à partir de la déclaration, l'acceptation du projet présenté ou les modifications qu'il réclame dans l'établissement des conducteurs aériens.

En cas de non-entente, les conducteurs aériens sont établis conformément à la décision du ministre du commerce, de l'industrie, des postes et des télégraphes et -après avis du comité d'électricité visé par l'art. 6 de la loi.

En cas d'urgence et en particulier daus le cas

TÉLÉGRAPHIE, ist-isi.

d'installation temporaire, le délai de trois mois prévu au troisième paragraphe de Fart. 2 peut I être abrogé (art. 2).

181. Il est formé près le ministère du com- I merce, de l'industrie, des postes et des télégraphes, un comité d'électricité permanent, composé, pour une moitié, de représentants professionnels des grandes industries électriques de France ou des industries faisant usage des applications de l'électricité.

Les membres de ce comité et son président sout nommés par le ministre. Le président est choisi en dehors des membres du comité.

Le comité d'électricité donne son avis sur les règles générales applicables dans les cas visés aux art. 4 et 5 de la loi et sur toutes les questions qui lui sont soumises par le ministre (art. G).

Le comité d'électricité a élaboré une instruction technique pour l'établissement des conducteurs d'énergie électrique, qui a reçu la sanction du ministre du commerce de l'industrie, des postes et des télégraphes et dont les dispositions sont imposées dans toutes les installations nouvelles. Une nouvelle édition de cette instruction est publiée chaque année après mise au courant par le comité.

182. Toute installation électrique doit être exploitée et entretenue de manière à n'apporter, par induction, dérivation ou autrement, aucun trouble dans les transmissions télégraphiques ou téléphoniques par les lignes préexistantes.

Lorsque l'installation exige, dans ce but, le déplacement ou la modification des lignes télégraphiques ou téléphoniques préexistantes, le comité d'électricité est consulté conformément aux articles 2, 3 et G de la loi. Les frais nécessités par ces déplacements ou modifications sont à la charge de l'exploitant (art. 7).

183. Aucun conducteur ne peut être établi audessus ou au-dessous des voies publiques sans une autorisation donnée par le préfet, sur l'avis technique des ingénieurs des postes et des télégraphes, et conformément aux instructions du ministre du commerce, de l'industrie, des postes et des télégraphes (art. A).

Cette autorisation est nécessaire même pour les installations provisoires, qui souvent, d'ailleurs, en raison de la hâte avec laquelle elles sont réalisées, sont les plus dangereuses. Pour ce cas particulier, un régime administratif spécial très rapide a été établi.

184. Les dispositions ci-dessus (celles de l'art. 4) ne concernent pas les installations de conducteurs d'énergie électrique faites pour les besoins de leur exploitation par les administrations de l'État ou par les entreprises de services publics soumises au contrôle de l'administration.

Les projets de ces installations électriques, ainsi que toutes les modifications qui y sont apportées, doivent, sauf lorsqu'ils concernent les chemins de fer et les voies navigables, être soumis à l'approbation du ministre des postes et des télégraphes, après examen en conférence par les services intéressés (art. 5).

Le service des télégraphes en ce qui concerne les chemins de fer n'a donc à intervenir (L. 27 déc. 1851) que pour prescrire toutes dispositions de

nature à assurer le fonctionnement régulier des communications télégraphiques et téléphoniques.

185. Quiconque a contrevenu aux dispositions de la loi du 25 juin 1895 ou des règlements d'exécution est, après une mise en demeure non suivie d'effet, puni des pénalités portées à l'art. 2 du décret du 27 décembre 1851.

Les contraventions sont constatées, poursuivies et réprimées dans les formes déterminées par le titre V dudit décret (art. <x).

CHAP. XI. — CONDITIONS D'UTILISATION ET RENDE- MENT DES APPAREILS TÉLÉGRAPHIQUES EMPLOYÉS EN FRANCE.

186. Les appareils se distinguent en appareils à signaux fugitifs : cadran, téléphone, parleurfrappeur, miroir ; en appareils à signaux conventionnels : Morse, Wheatstone, siphon Recorder ; en appareils imprimeurs : Hughes, Baudot.

Au point de vue qui nous occupe ici — la qualité des signaux, le dernier groupe est très supérieur aux autres. Il est à l'abri des erreurs de lecture auditive ou oculaire, des erreurs de traduction des signaux convenus et de la mauvaise écriture des agents.

187. L'appareil à cadran était d'une manœuvre apparente simple, la transmission consistait à faire tourner autour d'un cadran portant des lettres, des chiffres, des signes de ponctuation, une manette qu'on faisait stationner un instant au-dessus du caractère qu'on voulait transmettre ; à l'arrivée, une aiguille se déplaçant sur un cadran suivait les mouvements de la manette de départ et signalait à l'employé les caractères à inscrire sur la formule de réception. En réalité, les causes d'erreur étaient nombreuses. Le décret de 187G décida la suppression de cet appareil dans le service de l'État ; la plupart des bureaux-gares et des bureaux d'écluse l'ont abandonné pour l'appareil Morse. Le rendement était de 500 à 600 mots à l'heure.

188. Le téléphone est un très médiocre appareil télégraphique : il ne permet pas avec rapidité et sécurité la transmission des télégrammes en langues étrangères, en langage convenu, etc. Aussi, ce merveilleux instrument de conversation directe n'est-il pas devenu, comme on l'avait espéré au début, l'appareil de nos bureaux secondaires. Son rendement télégraphique est de 800 à 900 mots à l'heure.

189. L'emploi du parleur-frappeur que sa robustesse et sa simplicité font employer en Angleterre depuis longtemps, tend à se généraliser en France et à se substituer partout au Morse dans les relations entre bureaux principaux. Les agents des bureaux secondaires ne sont pas encore familiarisés avec la lecture auditive. Les erreurs sont un peu moins nombreuses qu'au Morse et le rendement est légèrement supérieur. C'est l'appareil qui convient aux lignes de faible trafic.

190. Le miroir est employé sur les grands câbles ; ses oscillations à droite ou à gauche correspondent aux points et aux traits de l'appareil Morse ; le rendement est variable avec la spécification du conducteur.

191. Le Morse est l'appareil le plus répandu dans le monde; il écrit des signaux conventionnels (points et traits) sur une bande de papier.

v TÉLÉGRAPHIE, 197-199.

[/employé peut déchiffrer à loisir; dans les appareils précédents, l'employé doit écrire au fur et a mesure que les signaux lui parviennent. Le Morse permet l'échange de 900 mots à l'heure, soit environ 30 télégrammes moyens.

192. Le Wheatstone donne, à l'arrivée, des signaux conventionnels identiques à ceux du Morse : mais la transmission s'effectue mécaniquement a l'aide d'une bande perforée à l'avance d'après ee qu'on vent transmettre. La transmission esl 1res rapide ; on doit affecter plusieurs employés a la perforation de la bande de transmission et plusieurs agents sont nécessaires pour traduire la bande d'arrivée. En France, nous n'utilisons plus eet appareil qu'entre Paris et Fredericia (Danemark) ; son rendement est assez faible sur cette longue ligne sous-marine : 2 200 mots dans un seul sens et i 000 mots lorsqu'il est installe en duplex. ( Voy. ci-après, n° 19G.) En Angleterre, ou l'appareil est utilisé sur les lignes terrestres et a ele très perfectionné, on obtient avec un très nombreux, personnel de grands rendements.

193. l.e sipbon-recorder est utilisé sur les câbles moyens; il écrit sur une bande des signaux correspondants à ceux du Morse. Son rendement est de l 200 mots à l'heure et de 2 400 mots lorsqu'il est installé en duplex. ( Voij. ci-après, n° 196.) C'est l'appareil employé sur les câbles franco-algériens et franco-tunisien. Aujourd'hui cependant, sur certains de ces câbles on utilise uu appareil Baudot modifié d'une manière profonde et heureuse par M. Picard, et qui donne à une vitesse plus grande des télégrammes imprimés avec possibilité pratique et réalisée en service courant de transmission directe entre Paris et Alger.

194. L'appareil Hughes exige le synchronisme entre l'appareil de départ et celui d'arrivée. Lorsque, au départ, on appuie sur la touche d'un clavier, on détermine à l'arrivée l'impression du caractère correspondant. L'apprentissage de la manipulation est laborieux, le rendement varie avec la longueur des lignes ; il est en moyenne de 1 500 mots à l'heure. Le Hughes a été longtemps le seul appareil rapide admis par le règlement international; le Baudot et le Wheatstone jouissent aujourd'hui de la même prérogative.

195. L'appareil Baudot est un appareil à synchronisme permettant, suivant son type, deux, trois, quatre ou six transmissions simultanées. Le transmetteur est un clavier à cinq touches ; suivant les touches abaissées, on détermine à l'arrivée l'impression de tel ou tel caractère. Le rendement est d'environ 1 200 mots par clavier. D'un mécanisme moins délicat que le Hughes et surtout d'une souplesse extrême, puisque, suivant l'importance du trafic, on peut prendre un type d'un rendement plus ou moins grand et transmettre plusieurs dépêches à la fois, soit dans le même sens, soit en sens contraire ; il tend à se substituer partout au Hughes.

196. Les appareils télégraphiques peuvent s'installer en simple, en duplex, en diplex.

L'installation simple est celle dans laquelle les correspondants transmettent l'un après l'autre. L'installation duplex est celle où les deux cor-

respondants transmettent simultanément en sens contraire l'un de l'autre sur le même fil. Elle rend les plus grands services d ms le cas où le trafic est égal dans les deux seus. Tous les appareils ne se prêtent pas également bien à une telle installation. Les installations duplex sont nombreuses en Angleterre.

L'installation diplex est celle qui permet à deux agents de télégraphier simultanément dans le même seus sur le même fil. Il y a peu d'installations de ce genre.

197. A ces installations multiples il convient de comparer les appareils multiples et notamment le Baudot.

La durée de circulation des courants sur une ligne est très courte ; les intervalles sont utilisés : 1° par les employés à préparer l'envoi des courants suivants ; 2° par l'appareil récepteur à exécuter les mouvements mécaniques nécessaires à l'impression des signaux. De nombreux inventeurs eurent l'idée de mettre successivement la ligne à la disposition d'employés divers. Pendant le temps où il a la ligne, l'employé envoie ses signaux et pendant que ses collègues ont la ligne à leur tour et en font autant, il se prépare à en envoyer d'autres lorsque la ligne lui reviendra. Ces transmissions successives ont lieu à des intervalles tellement rapprochés, qu'elles paraissent simultanées . Elles peuvent évidemment avoir lieu dans le même sens ou en sens contraire.

L'appareil multiple est dit double, triple, quadruple, etc., suivant que la ligne sera mise successivement à la disposition de deux, trois ou quatre agents.

Les appareils multiples ont sur les installations multiplex un grand avantage ; tandis que les transmissions avec ces derniers sont invariablement ou effectuées en sens contraire ou effectuées dans le même sens, avec un appareil multiple on peut, suivant l'intensité du trafic au moment, effectuer, par exemple, avec un quadruple, une, deux ou trois transmissions dans un sens, tandis qu'on en effectuera trois, deux ou une seule dans l'autre sens. C'est pour ces motifs qu'en France nous préférons les appareils multiples.

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