‹ Dictionnaire de l'administration française;Chapitre 955 sur 1411 · Voy. Tarde, Lois de l'imitation, 2<- édit., p. MS · texte numérisé non relu

Voy. Tarde, Lois de l'imitation, 2<- édit., p. MS

on doit entendre, au sens étymologique du mot, tout ce qui apparaît, toute manifestation de l'existence ou de l'activité des choses et des êtres. Tous les phénomènes du monde, sans exception, les phénomènes physiques ou chimiques, les phénomènes physiologiques ou biologiques comme les phénomènes sociologiques peuvent être dénombrés. Ils peuvent donc servir d'objet à la statistique. Gomment en douter si Ton songe aux remarquables applications de la statistique à la météorologie et à l'astronomie 1 ? Toutes les objections que Claude Bernard 2 a dirigées contre la statistique physiologique ou biologique tendent uniquement à prouver que la statistique est inutile ou trompeuse dans le domaine de la physiologie ou de la biologie et non point qu'elle est impossible.

13. Il est évident toutefois — et cela s'explique par des raisons qu'il serait trop long d'exposer dans cet article — que l'objet de la statistique est, avant tout, un objet social. C'est comme mode d'observation des phénomènes sociaux que la statistique se présente surtout à l'esprit et qu'elle s'offre à notre étude. On se demande s'il est possible et s'il est utile de l'appliquer à tous les phénomènes sociaux sans distinction. Est-ce possible ? Oui, pensons-nous, et à peu près sans exception. M. Levasseur 3 estime cependant qu'on ne peut pas dresser la statistique de tous les faits, notamment celle « des bonnes et des mauvaises actions, parce que la société ne saurait en tenir registre ». Ce qui est impossible ici, nous semblet-il, ce n'est pas la statistique, c'est la détermination et la qualification des actes. Que cette détermination soit faite et la statistique devient possible. Est-ce que l'Institut ne dresse pas, chaque année, en vue de les récompenser, une statistique au moins partielle des actes de dévouement et de courage, c'est-à-dire des bonnes actions ? L'expérience démontre d'ailleurs que la statistique de certains faits devient relativement facile à un moment donné après avoir été jugée longtemps impossible. Ainsi en est-il de la statistique de la population que personne n'eût osé entreprendre sous le règne de Louis XVI et qui devint possible en 1791. Ceux qui se permettent de réclamer aujourd'hui en France l'établissement périodique de la statistique des revenus des particuliers s'exposent à être traités de « grands inquisiteurs 4 ». Or, cette statistique est dressée depuis longtemps en Allemagne. Et il est fort probable que vingt-cinq années ne s'écouleront pas sans qu'elle soit également et régulièrement dressée dans notre pays. Nous en dirons autant de la statistique des faits religieux ou des faits philologiques ou linguistiques qui, pour n'être pas faite aujourd'hui, n'est certainement pas impossible.

14. Quant à l'utilité des dénombrements, elle est loin d'être la même pour toutes les catégories de faits sociaux. Très grande et incontestable

1 . N'a-t-on pas entrepris, tout récemment, une statistique de l'histoire naturelle ?(Koy., à ce sujet, la Revue général des sciences du 15 septembre et du 30 novembre 1903. On trouve même dans ce dernier numéro, p. 1129, un essai dr> statistique des mollusques.)

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