Le premier chef de ce bureau fut Moreau de Jouues
2. Voy. à ce sujet, Maurice Block, Traité théorique et pratique 'le statistique, p. 85 et sq. — Gabaguo, Teoria générale delta statistica, ï<- édit. , t. II, p. 1-13 et p. 81-47.
15. Moreau de Jonnés, Eleuxeni s de statistique, 21' édit., p. 1. T' ile est aussi ta doctrine d'un grand nombre de professeurs de statistique CD Italie. Voy. Vibgimi Statistica; Milan, 1891, p. 5-19.
« science ». Suivant les autres', elle serait une « méthode ». Suivant d'autres2, enfin, elle serait simplement une des formes, une des modalités de la méthode d'observation. Cette troisième conception nous paraît seule exacte. On ne saurait, sans s'exposer à d'inadmissibles confusions, voir dans la statistique autre chose que la simple constatation des faits par le moyen des dénombrements, c'est-à-dire des chiffres. Sans chiffres, sans nombres, il peut y avoir une description plus ou moins précise, plus ou moins utile, il n'y aura pas de statistique3. Aussi proposerons-nous la définition suivante : La statistique est le dénombrement méthodique des faits, des individus ou des choses qui peuvent être comptés.
11. Un dénombrement est méthodique lorsqu'il est opéré selon certaines règles et qu'il remplit certaines conditions. Ces règles et conditions peuvent se ramener à deux : 1° il faut que les faits, individus ou objets comptés soient non point absolument identiques les uns aux autres, mais de même nature ou similaires4. L'homogénéité des faits, individus ou objets dénombrés est indispensable pour que les chiffres aient un sens ; 2° il faut qu'un dénombrement soit limité quant au temps et quant à Yespace. — A) La limitation quant au temps peut être obtenue soit par le choix d'une date, soit par celui d'une période. Une date convient et suffit presque toujours quand il s'agit de dénombrer des individus ou des choses. Une période est nécessaire quand il s'agit de dénombrer des faits, tels que mariages ou naissances, crimes ou accidents. Quelle en devra être la durée ? Il est impossible de le dire a priori. Le plus sage est de déclarer qu'elle ne doit être ni trop courte ni trop longue et qu'elle peut varier beaucoup suivant les circonstances, suivant la nature des faits et le but poursuivi. B) La limitation quant à Yespace sera obtenue par le choix d'une unité de surface. Cette unité sera tantôt une mesure telle que le mètre carré, l'hectare, le kilomètre carré, tantôt une division administrative ou politique dont la surface exacte peut d'ailleurs être aisément déterminée. Comme l'unité de temps, elle devra et pourra varier beaucoup, suivant les cas.
12. « Les chiffres qui n'énumèrent pas des faits sociaux ou politiques ne sont pas statistiques », dit Moreau de Jonnès. C'est là restreindre arbitrairement le domaine de la statistique. Ce domaine est beaucoup plus étendu que celui des faits sociaux. En réalité, tout ce qui peut se compter est ou peut être objet de statistique. Tout ce gui peut se compter, disons-nous, c'est-à-dire tous les êtres vivants et toutes les choses inanimées, aussi bien que les faits ou les phénomènes. Par phénomène
1. Maurice Block, ^oc. cit., et Tarde, Lois de l'imitation, 2« édit., p. 115.
2. Presque tous les économistes et statistici ns anglais. Voy. également Levasseur, La Population française, t. I. Introduction sur la statistique, p. 7.
3. Littré (voy. Dictionnaire de la tangue française, au mot Statistique) a eu le tort de confondre la statistique avtc une description quelconque, sans insister sur la nécessité d' s chiffres. Nous adresserons le même reproche à ceux qui confondent la statistique et la monographie. La monographie est un mode de description qui ( eut, à la rigueur, se passer de chiffres ou ne leur donner qu'un rôle secondaire. Elle est donc tout à fait distincte de la statistique.