PREFACE
Naguère encore réputée barbare et traitée avec un inconcevable dédain, Tarchitecture du moyen âge a enfin atteint son ère de réhabilitation. Or, tout annonce que cette réhabilitation sera aussi digde, aussi complète, que fut aveugle, injuste et violent le mépris dont, pendant trois siècles, on a flétri ces monuments grandioses qui, pourtant, ont révélé au monde quelle puissance possédait l'art, alors qu'ilétait original, alors qu'il était chrétien. On ne peut nier, en
effet, que, de toutes les parties de l'archéologie na-
lî PRÉFACE.
tionale dont on s'occupe avec tant cU ardeur depuis quelques années, il n'en est pas une qui fasse naître un intérêt plus général, plus vif, que celle qui traite des édifices de toute pâture dont, malgré d'innombrables et odieuses démolitions, le sol de la France est encore couvert, et qui, par les scènes dont ils ont été témoins, ainsi que par les difficiles problèmes de construction dont ils offirent une résolution admirable, forment le sujet d'étude le plus attachant et le plus utile que présente l'histoire de l'art.
Maintenant donc, de toutes parts on s'efforce, par des recherches assidues, d'expliquer, de faire connaître ces basiliques si imposantes, ces châteaux si inexpugnables, ces hôtels si élégants, œuvres brillantes de générations qui ne sont plus, mais qui témoignent assez de la ferveur de leur foi, de la profondeur de leur science, de la richesse de leur imagination. On comprend enfin, aujourd'hui, que l'art antique, quelque beau qu'il ait pu paraître sous le ciel pur de la Grèce, et à une époque où le monde était païen, est parfaitement impossible dans nos climats bnimeux, avec nos mœurs et notre religion. Aussi le délaisse-t-on chaque jour davantage, et se prend^)n à étudier, à sa place, les magnifiques créations d'un style qui approche plus qu'aucun autre de la perfection , car, en même temps qu'il étonne et ravit l'esprit, il parle au cœur, il le touche !
Cette heureuse réaction , toute récente dans ce
PRÉFACE. m
pays, &' étend et s'affermit sans doute chaque jour; mais elle n'est point encore universelle. Combien de déplorables destructions ont signalé ces dernières années, combien n'en médite-t-on pas encore!
Il est clair qu'un des meilleurs moyens de remédier à €et affligeant état de choses, est de populariser l'étude de l'archéologie : quand tout homme d'éducation comprendra la haute valeur artistique des anciens monuments, partout où il se tramera quelque acte de vandalisme, surgiront des volontés zélées pour s'y opposer.
Afin d'arriver à ce résultat, de nombreux et énergiques efforts ne cessent de se faire. C'est ainsi que le gouvernement a fondé un Comité officiel, composé d'hommes éminents, et chargé de rechercher les monuments, de les décrire et de veiller à leur conservation. Dans le même but, se sont constituées des sociétés, et ont été fondées des chaires spéciales dans les séminaires. Cette' dernière mesure, par suite de l'autorité qu'ont naturellement les membres duciei^é sur les églises qu'ils dirigent, sera infailliblement une des plus efficaces.
Les travaux archéologiques relatifs à l'architecture se composent de deux partiels bien distinctes : la partie graphique et la partie historique ou descriptive. La première n'est du ressort que des dessinateurs ou des architectes; la seconde, au contraire, est du domaine de tous ceux qui s'occupent de l'art en gé-
IV PRÉFACK.
néral ; aussi y a-t-il beaucoup de personnes qui l'étudient, de sorte que les publications qui ont pour objet l'histoire et la description des édifices sont en grand nombre, et la quantité tend à s'en augmenter . constamment. Ce résultat, au reste, on doit l'appeler de tous ses vœux et y aider de tout son pouvoir, car les conséquences en seront des plus fructueuses sous tous les rapporte.
Nous sommes si bien convaincu de cette vérité, que c'est ce qui nous a inspiré la pensée du livre que nous venons offrir au public. Il a pour but principal de faciliter les descriptions des constructions chrétiennes, et conséquemment de rendre ces descriptions plus nombreuses et plus claires.
Quoique cela soit devenu un lieu commun, nous n'hésiterons pas à dire que le besoin auquel nous nous sommes efforcé de répondre le mieux possible, existait réellement.
C'est en vain, en effet, qu'on chercherait un livre donnant l'explication de tous les termes techniques qu'il faut connaître pour se rendre compte, ou pour faire soi-même des descriptions d'édifices du moyen âge. On a publié, il est vrai, plusieurs ouvrages élémentaires qui forment, qu'on nous permette la comparaison , comme des Grammaires d'architecture chrétienne ; mais on ne paraît pas avoir songé à faire le Dîciionnaire de cette même architecture : il était donc, comme on dit en Angleterre, un véritable