PRÉFACE. V
desideratum^ car, tout le monde le comprend, s'il est une élude qui doive précéder celle d'une science quelconque, c'est évidemment l'étude des mots que cette science emploie.
Nous disons que notre livre était à faire. Qui n'a été frappé, en effet, de l'impropriété si fréquente des expressions employées pour décrire les monuments, de la gêne extrême qu'on éprouve en se servant d'une multitude de mots du sens desquels on n'est sûr qu'à peu près, des périphrases inextricables auxquelles on est souvent obligé d'avoir recours, faute de connaître le terme propre qui rendrait la pensée, toutes choses qui empêchent d'être clair, condition si nécessaire pour être compris? Il en devait être ainsi, au reste, puisqu'il n'était possible d'éclaircir ses doutes qu'au moyen de recherches réitérées, et souvent infructueuses, car, dans les ouvrages élémentaires dont nous venons de parler, si un certain nombre de mots sont expliqués, ils sont fort loin de l'être tous ; de plus, comme ceux qui le sont n'ont pas d'autre ordre dans le livre que celui que le hasard amène, il n'est pas aisé de les retrouver, ce qui fatigue et dégoûte le lecteur; et d'ailleurs, tous ces ouvrages supposent la connaissance préalable des termes relatifs à la construction. D'un autre côté, les dictionnaires d'architecture ne peuvent être que d'un secours très-incomplet : ceux qui sont anciens, c'est-à-dire qui datent d'une époque où on ne s'occupait que de l'architec-
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ture antique, y sont consacrés exclusivement; quant à ceux qui sont plus modernes, généralement pauvres copies des précédents, et rédigés tous dans le même esprit exclusif, ils n'offrent pas plus de ressources.
Il existe, il est vrai, un livre qui, par la quantité de matières qu'il contient et l'époque récente a laquelle il a été publié pour la dernière fois^ semblerait devoir être d'une grande utilité pour l'intelligence de tous les genres d'architecture ; c'est l'ouvrage de M. Quatremère de Quincy. Malheureusement, si une grande érudition s'y déploie dans ce qui a rapport à l'architecture antique, au contraire, lorsqu'il s'agit de celle du moyen âge, l'auteur, qui la méprise et s'ingénie sans cesse à la dénigrer, ce qui a lieu, 3ans doute,, parce qu'il ne la connaît en aucune façon, l'auteur^ disons-nous^ n'en parle qu'assez peu, et ce qu'il en dit, criblé des plus inexcusables erreurs, ' est aussi loin que possible de la hauteur des connais^ sances actuelles. D'ailleurs, on ne trouve pas plus dans le dictionnaire de M. de Quincy que dans les autres, ces expressions telles que pinacle, docheion^ lancette, etc., qui sont maintenant d'un usage général.
Si nous ne nous sommes complètement abusé,
ce qu'il était urgent de faire actuellement, c'était un livre élémentaire, et d'un bon marché tel, que l'acquisition en fût possible à tout le monde. Il devait être écrit simplement, mais clairement, renfermer tous les détails nécessaires, sans excéder certaines