‹ Dictionnaire de l'argot des typographes précédé d'une monographie duChapitre 43 sur 52 · RENAUDER · texte numérisé non relu

RENAUDER

Ronchonneur, s. m. Celui qui ronchonne.

Roulance, s. f. Tapage as-

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sourdlssant que les ouvriers d'un atelier font tous ensemble en frappant avee leurs composteurs sur leur galée ou sur les compartiments qui divisent les casses en eassetios, sur les taquoirs avoe les marteaux^ eu même temps qu'ils frappent le sol avee les pieds. Quand un sarrasin pénètre dans une galerie, quand un compositeur est vu d'un mauvais œil, qu'il est ridicule, ou ivre, qu'il a émis une idée baroque et inacceptable, en un mot quand quelqu'un ou quelque ebose leur déplaît, MM. les typographes le manifestent bruyamment par une reuiance. Les roulances ne respectent rien : les protes^ les patrons eux-mêmes, n*en sont pas à l'abri.

R«iil«r, v.intr. Aller d'imprimerie en imprinoerie.

Ronltnr, s. m. Ouvrier typographe qui nmle d'imprimerie- en imprimerie sans rester dans aucune, et qui, par suite de son inconduite et de sa paresse, est plutôt un mendiant qu'un ouvrier. Aucune corporation, eroyons« nous, ne possède un type

aussi fertile en singularités que eelui dont nous allons essayer d'esquisser les principaux traits. Les rûtUeurs sont les juifs errants de la typographie, ou plutôt ils constituent cet ordre mendiant qui, ennemi juré de tout travail, trouve que vivre aux crochets d'autrui e»i la chose la plus naturelle du monde. U en est même qui considèrent comme leur étant duc la canstade que leur alloue la commisération. Nous ne leur assimilons pas, bien entendu, les camarades besogneux dont ie dénuement ne peut être attribué à leur faute : à ceux-el, chacun a le devoir de venir en aide, dignes qu'ils sont du plus grand intérêt.

Les r<mieuf*s peuvent se diviser en deux catégories :

ceux qui travaillent -rarement, et ceux qui ne travaillent Jamais. Des premiers nons dirons peu de chose : leur tempérament ne saurait leur permettre un long s^our dans la même maison ; mais enfln ils ne cherchent pas de préférence.

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pour offrir leurs services, les imprimeries où ils sont cerUios de ne pas être em* bauchés. Si l'on a besoin de monde là oh ils se présentent, c'est une déveine, .mais ils subissent la malchance sans trop récrimioer.

De plus, détail caractéristique, ils ont un saintrjean, ils sont possesseurs d'un peu de linge et comptent jusr qu'à deux ou trois mouchoirs de rechange. Afin que leur bagage ne soit pour eux un trop grand embarras dans leurs pérégrinations réitérées, ils le portent sur le dos au moyen de ficelles, quelquefois renfermé dans ce sac de soldat qui, en style imagé, s'appelle asor ou an de carreau. Un des plus industrieux avait imaginé de se servir d'un tabouret qui, retenu aux reins par des brejelles, lui permettait d'accomplir allègrement les itinéraires qu'il s'imposait. Ce tabouret, s'il ne portait pas César, portait du moins sa fortune.

Mais passons à la seconde catégorie. Ceux-là ont une horreur telle du travail, que

les Imprimeries où ils soupçonnent qu'ils en trouveront peu. ou prou leur font l'effet d ' établissements pestilen tiels ; aussi s'en éloignentils avec effroi, bien à tort souvent; car le dehors de quelques-uns est de nature à préserver les protes de toute velléité d'embauchage à leur endroit. D'ailleurs, ai les premiers ne se présentent pas souvent en toilette de cérémonie, les seconds, en revanche, exposent aux regards l'accoutrement le plus fantaisiste. C'est principalement l'article chaussure qui atteste l'inépuisable fécondité de leur imagination. L'anecdote suivante, qui est de la plus scrupuleuse exactitude, pourra en donner une idée :

deux individus, venant s'assurer daus une maison de banlieue que l'ouvrage manquait coniplètement et toucher l'allocation qu'on accordait aux passagers, étaient, l'un chaussé d'une botte et d un soulier napolitain, l'autre porteur de souliers de bal dont le satin jadis bUnc avait dû contenir les doigts de quelque Berthe aux

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in^nds pieds. Des vestiges de rosette s'aperoevaieat encore sur CCS débris souillos d'une élégance disparue.

Au physique, le routew n'a rien d'absolument rassurant. La paresse perpétuelle dans laquelle il vit l'a stigmatisé. Il pourrait poser pour le lazzarone napolitain, si poser n'était pat une occupation. Sa physionomie offre une particularité remarquable, due à la conversion en spiritueux d'une grande parlie des collectes faites en sa faveur :

c'est son nez rouge et boursouflé.

Lorsque, contre son attente, le routeur est embauché, il n'est sorte de moyens qu'il n'emploie pour sortir de la souricière dans laquelle il s'est si malencontreusement fourvoyé : le plus souvent, il prétexte une grande fatigue et se retire en promettant de revenir le lendemain. Il serait superflu dédire qu'on ne le revoit pluti.

Il est un de ces personnages qu'on avait surnommé le rot des rouleurs, et que connaissaient tous les com-

positeurs de France et de Navarre. Celui-là n'y allait pas par trente-six chemins* Au lieu de perdre son temps à de fastidieuses demandes d'occupation , il s'avançait carrément au milieu de la galerie, et, d'une voix qui ne trahissait aucune émotion, il prononçait ces paroles dignes d'être burinées sur l'airain : « Voyons! y a-t-il mèche ici de faire quelque chose pour un confrère nécessiteux ? » Souvent une collecte au chapeau venait récompenser de sa hardiesse ce roi fainéant; souvent aussi oe cynisme était accueilli par des huées et des injures capables d*exaspércr tout autre qu'un routeur. Mais cette espèce est peu sensible aux mortifications et n'a jamais fait montre d'un amour-propre exagéré.

Pour terminer , disons que le routeur tend & dis* parattre et que le typo laborieux, si prompt à soulager les infortunés imméritées, réserve pour elles les deniers de ses caisses de secours, et se détourne avec

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