‹ Dictionnaire de l'argot des typographes précédé d'une monographie duChapitre 46 sur 52 · SAR · texte numérisé non relu

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ont passé et jouent alors à regard de ceux-ci le rôle de sangsues.

Salé, s. m. Travail compté sur le bordereau et qui n'est pas terminé. Le compoeitenr qui prend du salé se fait payer d'avance une composition qu'il n'a pas faite encore et qu'il ne comptera pas quand elle sera finie; un metteur qui prend du salé compte des feuilles dont il a la copie ou la composition^ mais qui ne . sont pas mises en pages.

Le scUé est, on le conçoit, interdit partout. On dit que le salé fait boire, pdrce qu'il n'encourage pas à travailler, et rien n'est plus juste; en effet, le compagnon, sachant qu'il n'aura rien à toucher en achevant une composition comptée et qui lui a été payée, n'a pas de courage à la besogne. Loin d'être dans son dur, il a la flème : de là de fréquentes sorties; de là aussi l'adage.

Sarrasin, s. m. Ouvrier qui travaille en mise-bas, et, par extension, Compositeur qui ne fait pas partie de la Société typographi-

I que. Cette expression vient sans doute de ce que les Sarrasins sont des infidèles.

Sarratinage, s. m. Action de sarrasimer.

Sarratinar, v. intr. Faire le sarrasin.

S4;ie, s. f. Mystification; plaisanterie agaçante. N'est pas particulier au langage des typographes. || On appelait autrefois scie, dit Vinçardy ce qui sert à disposer les garnitures.

SaotineUei) s. f. pi. Lettres qui tombent d'une forme quand on la lève et qui se tiennent debout sur le marbre. || Dans un autre sens, on appelle sentinelle le verre de vin que viendra boire un peu plus tard un compagnon qui ne peut actuellement sortir. Aussitôt que cela sera possible, celuici relèvera la sentinelle po^ sée et payée par son camarade.

SerricaB, s. m. pi. Mot usité dans cette formule à peu près invariable du typo en quête de travail : Monsieur, je viens vous offHr mes services pour la casse*

Sibéria, s. f. Se dit de

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rangs Bitués àrcxlrémité de la galerie et avec lesquels la chaleur n'a aucune espèce d'accointance. Dans quelques imprimeries^ on donnait ce nom à un coin de l'atelier où les apprentis, personnages encombrants et plus spécialement affectés aux courses qi\'à l'initiation de leur art, étaient relégués pour le tri du pâté. UattrapesciencBj heureux de ne pas sentir là peser sur lui une surveillance constante, en profitait pour dévorer le moins de pâté possible et se livrer à toutes les malices que lui suggérait une imagination précoce. La bande joyeuse composait et jouait des drames inévitablement suivis de duels, où lesépées, représentées par des réglettes, jonchaient de leurs débris le dessous des rangs.

Mais tout, hélas ! n'était pas rose pour nos singes en herbe, et plus d'une fois les jeux se terminèrent par de terribles catastrophes. L'un d'eux ayant un jour chipé chez ses parents un mirifique jeu de piquet, quatre apprentis joyeux, quoique gelant

dans leur Sibérie, se mirent à battre bravement les cartes.

Us se les étaient à peine distribuées, qu'ils furent pris d'une panique soudaine bien justifiée. On venait d'entendre le frôlement d'une robe qui n'était autre que celle de la patronne, laquelle n'entendait pas raillerie. Le plus avisé, ramassant vivement les pièces accusatrices, les jeta dans sa casquette, dont il se coiffa non moins vivement. 11 était temps! La patronne vit nos gaillards acharnés après la besogne qui semblait fondre sous leurs doigts. Aussi leur adressât-elle des paroles éloquentes de satisfaction. Mais, s'apercevant que Tun deux était couvert, et comme elle te^ nait au respect : « Dieu me pardonne, dit-elle, mais vous me parlez la casquette sur la tête. — Pardon, madame ! » dit l'interpellé.

Aussitôt le roi de pique, la dame de cœur et leur nombreuse cour dansèrent une sarabande effrénée et couvrirent le parquet, plus habitué & recevoir la visite de caractères en rupture de

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