CUIRASSE. — CUISSARDS
les archives de la famille. Le nôtre, qui fait partie de la collection de M. Lippens à Gand, est décoré par-dessus ses cuirs, de ferrures à créneaux solidement rivées. Dans diverses arcatures du couvercle, on aperçoit des boutons de fer servant à agir sur des secrets intérieurs qui rendent impossible, à tout autre qu'au possesseur des secrets, l'ouverture de ce coffre, véritable coffre-fort par le fait de sa solide structure.
Cuir gaufré. — Peau tannée qui sert à de nombreux usages, principalement pour tentures d'appartement, ou pour garnir des meubles, chaises, fauteuils, divans, etc. Les beaux cuirs gaufrés de Cordoue valent de 40 à 140 francs le mètre carré ; on les désigne sous le nom de cuirs de Cordoue, cordouans, cordeivans.
Vente San Donato. — N° 367. Tenture en cuir de Cordoue à fond d'argent, rehaussé de fleurs et de larges rinceaux d'or. Surface : 15 mètres de longueur sur 2m,47 de hauteur. 1,750 lires. — N° 852. Tenture en cuir gaufré florentin du XVe siècle, à dessins de feuillages, losange d'or sur fond bleu, candélabres dorés et frise représentant des génies. 7,050 lires.
Pendant le moyen âge, on utilisa grandement les cuirs de Cordoue, fabriqués par les Arabes ; on les faisait venir de cette dernière ville, mais dès le XIe siècle on les imita en France. Ajoutons que c'est de ce terme, cordouan, qu'on a fait cordoannier, puis cordonnier, car le cuir de Cordoue était aussi beaucoup employé pour faire des chaussures, comme peut en témoigner le Êoman de Jordain, de 1260 : « Chausses de paille et sollers de cordoant; » et dès 1306 on voit dans Guillaume (ruiart :
Nus et de chausses deschauciez Et de soulers et de cordouan.
(Voy. Maroquin.)
CUIRASSE. — Arme défensive du buste de l'homme ; elle se compose de deux parties reliées ensemble par des courroies. La partie antérieure fixée sur la poitrine se nomme plastron, pectoral, mammelière ; l'autre moitié ou partie postérieure, qui protège les épaules et le dos, se nomme humerai ou dossière. Comme
la cuirasse a varié sous chaque règne, de même que les modes civiles, c'est cette partie de l'armure qui peut fixer avec le plus de certitude son époque. Jusqu'au milieu du xve siècle, le plastron est en deux pièces : la partie supérieure, ou plastron proprement dit, et la pansiere, ou pièce inférieure, au-dessous de laquelle s'engageait le plastron. A partir de 1470 on 1475, la pansière disparaît ; le plastron, d'une seule pièce, est bombé et sans arête médiane; la dossière est également d'une seule pièce. Cette disposition se maintient dans les armures cannelées ou maximiliennes , qui, en usage en France sous Charles VIII et sous Louis XII, disparaissent à l'avènement de François Ier (1515). Sous ce prince, le plastron bombé disparaît aussi, il est remplacé par le plastron à arête médiane très saillante ; il affecte la forme d'un petit comble à quatre égouts ou versants dont le point culminant ou pointe serait placé au creux de l'estomac. Sous Henri II et sous Charles IX, le plastron est à deux versants seulement, tant la pointe est placée bas dans le plastron. A l'époque de Henri IV, la cuirasse dessine complètement la taille, elle n'a plus cette forme conique qu'elle avait sous Henri III ; la cuirasse , sous ce prince , donnait beaucoup de grâce au militaire, mais elle gênait le bas de la taille et flottait un peu aux épaules. Sous Louis XIII, la cuirasse n'a qu'une arête médiane très peu saillante , mais elle s'allonge en pointe un peu au-dessous de la taille, et la courroie de ceinture se boucle au-dessus de la taille. Sous Louis XIV et sous Louis XV, l'armure est disgracieuse ; elle n'est plus portée, du reste, que par les officiers généraux clans les revues et les jours de parade, car ils la quittaient souvent sur les champs de bataille, comme un objet tout à fait incommode. — Disons, en terminant, qu'à diverses époques il y eut des armures de ville; les unes apparentes et les autres qui se dissimulaient sous le pourpoint. Notre planche XI reproduit une demi-armure, de Philippe III d'Espagne, qui montre une superbe cuirasse. Cette pièce fait partie des collections de l'Armeria real de Madrid.
CUISSARDS. — Parties de l'armure qui
CUIVRE. — CYMOPHANE.
protègent les jambes depuis le haut de la cuisse jusqu'au-dessous du genou. Les cuissards ont été longtemps d'une seule pièce, puis ils ont été articulés; on les fixait autour des cuisses et du genou par deux courroies à boucle. On écrit aussi, cuissarts.
CUIVRE. — Métal jaune avec lequel on fabrique quantité d'objets, des Braseros, des vases, des jardinières, des Flambeaux, des pelles, des pincettes, etc., etc. (Voy. ces mots et Dinanderie.) Notre figure 317 montre le développement d'une décoration gravée sur
Fig. 317. — Décoration gravée sur cuivre (art hindou).
cuivre sur la panse d'un vase sphéroïdal. C'est un spécimen de l'art hindou.
CUPA AMATORIA. — Voy. Bouillon de mariée.
CURE-DENT. — Voy. Furgette.
CURIOSITÉ. — Terme générique sous lequel on comprend tous les objets d'art anciens et modernes, tous les bibelots qui se vendent dans les hôtels des ventes et chez les marchands de curiosités et d'antiquités.
CUSTODE. — Terme générique sous lequel on comprend divers objets d'ameublement : petite boîte dans laquelle on conserve les hosties consacrées; ciborium; voiles qui enveloppent le ciborium; couvercle d'un baptistère i armoire, dais, pyxis; enfin tout ce qui sert à garder, à conserver, comme l'indique son étymologie latine custodia, garde, custodere, garder.
CYMBALES. — Instrument de percussion très ancien qui se compose de deux plaques
circulaires de bronze ayant chacune à leur centre une petite cavité hémisphérique percée d'un trou qui reçoit une double courroie. Pour jouer des cymbales, on passe les mains dans les courroies et on frappe ces disques l'un
Fig. 318. — Cymbales turques.
contre l'autre. Notre figure 318 montre des cymbales turques en bel airain blanc. On nomme cymbales syriennes des instruments faits en mauvais cuivre ; suivant la qualité du métal, le prix des cymbales varie entre 15 et 70 francs la paire.
CYMOPHANE. — Voy. Chrysolithe.
DAGUE. — Espèce d'épée-poignard fort en usage à l'époque du moyen âge. — Yoici comment Koqmefort, dès le commencement du xvie siècle, définit cette arme dans son Glossaire; nous donnons la définition de cet auteur parce qu'elle est très exacte , fort claire, et qu'elle établit bien la distinction qui existe entre la dague et le poignard : « Dague est une manière de courte espée , d'un tiers presque de la due longueur d'une espée qu'on porte d'ordinaire, non avec pendants de ceinture ne pendant du costé gauche pour les droictiers ainsi qu'on faict de l'espée, ains attachée droite à la ceinture du costé droit ou sur les reins ; laquelle ores est façonnée à deux arestes entre les tranchants et à pointe plus aiguë. La dague se pouvant nommer poignard est plus courte et moins chargée de matière. »
La dague est presque aussi ancienne que l'épée ; c'est une arme très maniable , peu embarrassante : voilà pourquoi on s'en servit au moyen âge, où le soldat était surchargé par son armure ; il lui fallait donc à un moment donné pouvoir se défendre de très près ; aussi la dague servait-elle à pénétrer à travers les mailles de fer des cottes, et au défaut des armures en général et de la cuirasse en particulier. Beaucoup de soldats d'infanterie légère portaient la dague en même temps que l'épée. Sous Charles VI, tous les grands seigneurs portaient la dague ; elle fait , pour ainsi dire , partie de l'habillement. — Au XVe siècle, on appela dague à rouelle un poignard espagnol assez long, garni d'une forte garde en forme de rouelle ; quelques dagues avaient deux rouelles, de sorte que, la main se trouvant engagée
entre celles-ci, l'une servait de garde et l'autre de pommeau. — Aux xive et xve siècles, on appelait la dague miséricorde, parce qu'elle servait à faire demander quartier ou miséricorde à l'adversaire terrassé ; ou bien encore parce que, dans les combats singuliers, c'était avec la dague qu'on achevait, qu'on donnait le coup de grâce à l'adversaire terrassé et mort à moitié. — Au xvie siècle , on appelait dague suisse celle que portaient les lansquenets suisses ; elle était fort riche, et le fourreau renfermait également des couteaux, des poinçons, etc. Ce fourreau était une véritable trousse. Les archers à pied, les cotereaux, les coulevriniers, portaient également la dague. Les coutiliers portaient une dague particulière très grande, appelée coutille. Notre figure 319 montre une poignée de dague italienne du xvie siècle. La garde est toute en fer forgée et damasquinée de rinceaux en argent. Au xvie siècle, la dague se portait quelquefois à la bottine ; afin d'en faciliter la prise dans un moment décisif, comme on le vit dans le duel célèbre de Jarnac et de la Châtaigneraie. Le dauphin Henri répandit sur le compte de Jarnac, gentilhomme de la chambre de François Ier, un bruit fâcheux dont le roi se montra irrité. La Châtaigneraie s'attribua et prit en son nom le propos outrageant pour détourner du dauphin la colère de son père ; il força ainsi Jarnac à lui en demander raison. Mais le duel ne fut permis qu'à l'avènement de Henri II ; il eut lieu dans la forêt de Saint-Germain, en présence du roi et de toute sa cour. Jarnac, beaucoup moins fort sur l'escrime que la Châtaigneraie, allait succomber sous les coups de son adversaire,