DAGUE
On nomme langue -de-bœuf une dague d'origine italienne qui se distingue à la fois par son extrême richesse et par sa forme extraordinaire. Sa désignation lui vient de la forme de sa lame qui est plate et tranchante sur les deux côtés. Très large au talon, et se rétrécissant très rapidement jusqu'à la pointe, cette lame affecte la forme d'un triangle isocèle dont l'angle sommet serait très aigu; elle est é vidée à compartiments, souvent elle est damasquinée d'or 'et d'argent. La poignée de la langue-de-bœuf est généralement en ivoire enrichi, de même que le pommeau et les quillons, de fines ciselures. La gaine de la languede-bœuf , en cuir gaufré, reçoit ordinairement un petit couteau appelé dastardeau; celui-ci est très richement décoré, son manche est en pierre dure (agate, jaspe, etc.), en corail, en ivoire, en nacre, etc. Les dagues italiennes les plus estimées provenaient des fabriques de Vérone. Elles portent souvent des devises gravées sur la lame, par exemple celle-ci : Deus, in nomine tuo salvum me foc. Dans les ventes, les langues-de-bœuf atteignent des prix variant entre 1,000 et 4,000 francs. — Au xvie et au xvne siècle, on se servait dans les duels d'une dague appelée main-gauche ; nous ignorons si Jarnac employa celle-ci contre la Châtaigneraie. L'usage de ces dagues était de parer avec la main gauche les coups portés par l'épée de l'adversaire, d'où leur nom; la lame en est tranchante d'un seul côté ; elle est quelquefois découpée en dents de scie, afin d'arrêter le fer et de le briser. Le talon de ces lames plates était très large et portait un évidement pour recevoir le pouce ; ce qui indique qu'on tenait cette dague la garde en dessous et la pointe en avant. Enfin il existe des dagues main-gauche à trois lames ; celle que montre notre figure 320 est italienne et fait partie des collections du South-Kensington Muséum de Londres. Au bas de la poignée on aperçoit un petit bouton; dès qu'on appuyait sur celui-ci, la lame sortait de deux centimètres environ et se divisait en trois branches au moyen de ressorts à pailette très puissants ; les deux branches formaient ainsi une avantgarde d'une très grande étendue dans laquelle on cherchait à surprendre l'épée de l'adver-
saire. Ces dagues à trois lames seraient, ditô*n, d'origine allemande; on prétend même que, dès le commencement du xve siècle, elles
Fig. 320. — Dague italienne main-gauche (xvie siècle). J'rû/tk kii servaient dans les séances occultes des francs juges; elles faisaient leur apparition au moment où l'on prononçait le serment au nom