DALMATIQUE
étoffes de velours brodées en or et en argent, qu'on porte dans les processions au-dessus du saint sacrement. Cet usage de porter le dais ne remonte qu'au xme siècle. — On n'achète les dais qu'à cause des étoffes dont ils sont faits et qu'on paie en conséquence de leur richesse et de leur bon état de conservation.
Vente San Donato. — N° 799. Dais du XVe siècle en velours pourpre couvert d'applications d'arabesques d'or, d'argent et soie d'une grande délicatesse. Travail florentin. Hauteur des 4 pans, 0m,30 ; longueur, 2m,32. 4,050 lires.
Fig. 322. — Dalmatique espagnole (face). t
DALMATIQUE. — Sorte de tunique à manches longues et larges, portée par les anciens Dalmates ; d'où son nom. — C'est aujourd'hui un vêtement ecclésiastique ; il était en usage avant ou pendant le ive siècle de l'ère vulgaire, puisque le diacre Hilaire en parle dans ses Questions sur l'Ancien et le Nouveau Testament, écrites vers la fin du ive siècle. Ce n'était alors qu'un vêtement blanc avec des bandes pourpres ; les évêques et les prêtres le portaient sous la Chasuble. (Voy. ce mot.) Notre figure 321 montre une dalmatique du XVe siècle ; nos figures 322 et 323 , une dalma-.
tique espagnole du xvie siècle pour célébrer l'oflice des morts : celle-ci est en velours noir brodé d'argent. — Aujourd'hui les diacres, les sous-diacres et les porte-croix revêtent la dalmatique.
Vente San Donato. — N° 423. Collet et deux fragments de dalmatique représentant, brochée bouton d'or sur fond de soie rouge, la Vierge adorée par les anges et par les saints. Travail génois de la fin du xve siècle. 100 lires. — N° 429. Collet de dalmatique en satin cerise appliqué de rinceaux d'or et de
Fig. 323. — Dalmatique espagnole (dos).
soie, avec ovale central en or renfermant une figure d'abbesse nimbée tenant de la main gauche une crosse et une lanterne et de la droite un calice. Travail florentin du xvie siècle. 170 lires. — N° 808. Dalmatique en taffetas groseille, entièrement brodée d'un semis de fleurs en or et en soie de couleurs , etc. Travail florentin de la fin du xve siècle ; conservation parfaite. 1,010 lires. — N° 811. Dalmatique en velours de Gênes du xve siècle, vert cerclé de chamois sur fond blanc. 660 lires. — N° 815. Dalmatique en brocart d'or génois du XVe siècle , sur fond rouge avec
DAMAS. — DAMASQUINERIE (art de la).
blason aux: deux extrémités. 810lires. — N° 845. Deux montants de dalmatique en velours rouge couvert d'application de volutes d'or cerclant, dans chacun, des médaillons ovales représentant des saints. 950 lires. — N° 878. Deux dalmatiques de tissu, broderies d'or, etc. 1,100 lires. — N° 879. Dalmatique du XVe siècle à fond de satin mordoré , richement brodée de vases, de fleurs et de feuillages bouton d'or, vert et bleu. Travail génois. 500 lires. — N° 881. Deux dalmatiques de tissu. Travail génois du XVIe siècle ; ancienne collection Fortuny (n° 104 du catalogue). 4,200 lires.
DAMAS. — Étoffe de soie brochée à riches ramages, ainsi nommée parce qu'anciennement on ne la fabriquait qu'à Damas. Aujourd'hui, Lyon fabrique des damas pour le monde entier. — On nomme également damas des étoffes de laine, de coton et de fil, qui ont des dessins damassés , c'est-à-dire brillants sur fond mat : le linge de table damassé peut donner une idée de ce genre de damas. — Enfin, dans le commerce des armes on nomme damas les lames en acier de trempe supérieure qui présentent des dessins moirés sur leur plat ; on fait également des armures en damas.
Vente Double. — N° 232. Ancienne armure persane en damas avec large bordure décorée d'ornements damasquinés en or. Elle se compose d'un casque à bombe sphérique garni d'une maille fine, d'un corselet à quatre plaques et de deux brassards. 1,350 francs.
L'expression damasser signifie fabriquer des armes de Damas, des aciers de Damas, des armures de Damas. — Il ne faut pas confondre ce terme avec damasquiner, qui signifie incruster clans le fer, c'est-à-dire pratiquer une incrustation. (Voy. Niellée, Marqueter et
DAMASQUINERIE.)
DAMASQUINES. — Dessins en or ou en argent incrustés dans le fer ou dans l'acier. Nos figures 324 et 325 montrent des damasquines exécutées sur un canon de fusil hindou. (Voy. le terme suivant.)
DAMASQUINERIE (Art de la). — Cet art consiste à graver toute sorte de métaux,
mais principalement l'acier,1] pour y pratiquer des incrustations d'argent et d'or et former ainsi une riche ornementation sur les objets damasquinés.
Fig. 324. — Damasquines sur un canon de fusil hindou.
Historique. — Les anciens connaissaient cet art ; les Grecs le nommaient xoXXy)<jiç, et les Romains ferruminatio. Glaucus de Chio passait pour l'inventeur de cet art, que les peuples d'Orient , principalement les habitants de Damas, ont porté si haut. A Rome, les portes
Fig. 325. — Damasquines hindoues.
de Saint-Paul hors les murs en bronze damasquiné furent exécutées vers la fin du XIe siècle à Constantinople. Au xve siècle, l'Italie cultiva avec autant de talent que de succès la damas quinerie ; c'est à cette époque qu'on cisela ces magnifiques armures qui frappent d'admiration les plus fins connaisseurs ; c'est alors qu'on couvrit de riches arabesques et de superbes
DAMES (jeu de). — DANSE MACABRE.
rinceaux les boucliers, les cuirasses, les épées, leurs poignées et leurs fourreaux. "Venise et Milan rivalisèrent au xvie siècle dans cet art ; c'était à qui ferait les plus belles damasquines. Le premier des artistes vénitiens est Paolo Azzimino ; il avait des procédés si remarquables que les plus beaux travaux de la cité vénitienne étaient désignés par cette épithète flatteuse : « C'est un travail d' Azzimino » {lavoro ail' Azzimino). Milan posséda une pléiade d'artistes : Giovanni Pietro Figino, Carlo Sovico, B. Piatti, F. Bellino, Negroli, Romero, et d'autres encore. Quelques ouvriers italiens vinrent en France au xvie siècle et y importèrent leur art. Henri II, qui avait une affection particulière pour les belles armures, logeait dans son palais même les frères César et Baptiste Gamberti.
Technique. — La première opération de la damasquinerie consiste à polir l'acier, à le passer au feu pour le bleuir, puis à le couvrir d'une sorte de cire qu'on noircit à la flamme d'une chandelle. On trace le dessin, sur cette sorte de vernis avec une pointe obtuse de façon à mordre, à érailler le métal. Le dessin terminé, on fait mordre à l'acide un temps plus ou moins long, suivant la profondeur des tailles qu'on veut obtenir. On procède alors au nettoyage, c'est-à-dire à l'enlèvement du vernis : il ne reste plus qu'à placer dans le dessin les incrustations d'or ou d'argent. Plusieurs procédés peuvent être employés pour atteindre ce dernier résultat. Souvent on rentre les tailles, c'est-à-dire qu'à l'aide d'un burin on les approfondit; ce travail terminé, on place les incrustations et avec la frappe du marteau on termine l'opération. On polit à nouveau ; on lime, s'il y a lieu, et on trempe l'acier. — Quand il s'agit de pratiquer des damasquines sur des métaux moins durs que l'acier, par exemple sur le bronze, on se contente de champlever le dessin sur toute la -surface du bronze ; puis on applique sur le fond de minces lames d'or ou d'argent qu'on fixe en rabattant par de petits coups de marteau les bords relevés du métal : les lames sont, pour ainsi dire, serties dans le bronze. Enfin, au moyen de burins et de ciseaux, on modèle les figures et les dessins sur les lames d'or ou d'argent.
DAMES (Jeu de), DAMIER. — Les seuls jeux de clames qui aient quelque valeur sont ceux dont le damier est en laque et les pions en ivoire ; ce sont des damiers chinois, qui sont loin de valoir le prix des échecs en ivoire. (Voy. Echiquiee.)
DANSE MACABRE, DANSE DES MORTS. — Suite de représentations, en peinture ou en sculpture en bas-relief, qui nous montrent la Mort s' attaquant indifféremment à toutes les classes de la société et entraînant avec elle dans sa course vertigineuse les individus de tout âge et de toute condition. Dans certaines danses macabres, les danseurs sont des squelettes et des cadavres décharnés. Une des plus anciennes danses macabres est celle de Minden en Westphalie, exécutée vers 1380. Le cimetière des Innocents à Paris possédait une danse macabre en bas-relief; elle avait été sculptée en 1424. Ce genre de composition n'é-' tait destiné dans le principe qu'à la décoration des lieux funèbres ; mais cette sorte de leçon d'égalité donnée par la mort ne tarda pas à pénétrer partout; on dessina des danses macabres non seulement sur les livres d'heures et sur les missels, sur les gardes d'épée, mais encore sur les murs des marchés, des ponts couverts, et jusque sur les murs des palais des rois. Parmi les danses de mort célèbres, nous citerons celle d'un cimetière de Dresde ; elle a été faite en bas-relief de grès vers 1534 ou 1535. Le Temple-Neuf de Strasbourg possède une danse macabre du milieu du xve siècle. Il faut rapporter à la même époque celle de la chapelle baptismale de Sainte-Marie à Lûbeck et celle de l'église de la Chaise-Dieu en Auvergne. = — Lucerne possède deux danses macabres, l'une dans la bibliothèque cantonale et l'autre sur le pont couvert des Moulins. La Suisse possédait aussi à Bâle la plus importante et la plus célèbre de toutes les danses des morts; elle a été détruite en 1806, mais il en existe des copies à la bibliothèque de l'Université et dans la salle du Concile ; la gravure l'a reproduite également. Nos figures 326 et 32.7 montrent deux scènes de cette célèbre danse; on y voit la Mort qui s'empare d'un peintre et d'un aveugle ; à l'un elle prend sa molette à broyer