ELECTRUM
religion , et sur les parois des sanctuaires et sur celles de la maison des prêtres on ne gravait que les mystères de la mythologie égyptienne. Un caractère constant de la sculpture égyptienne, c'est la reproduction toujours identique des mêmes types de figures humaines, divines et chimériques ; toujours elles sont présentées dans le même ordre et portant les unes et les autres les mêmes emblèmes, les mêmes symboles. Les statues des dieux, des déesses, des rois , des reines et des prêtres, les sphinx, les lions et les béliers ont constamment la même attitude, et cette invariabilité dans les types se conserve même après la conquête. Notre figure 355 montré une sculpture égyptienne en or du musée du Louvre ; elle représente Horus, Osiris et Isis. Horus et Isis sont debout , ils étendent la main en signe de protection vers Osiris, qui est accroupi sur un dé en lapis-lazuli sur lequel on lit les cartouches d'Osorkon II, roi de la vingt-deuxième dynastie. Ce prince avait le titre de prophète d'Ammon, comme le fait, du reste, pressentir Osiris dans un petit discours qu'il est censé lui adresser, discours inscrit sur la partie inférieure du socle et qui est ainsi conçu : « Discours d'Osiris Ounnoivrè {l'Être bon) : Je t'accorde des fêtes trentenaires très nombreuses. Je t'accorde toute puissance et toute victoire. Je t'accorde les années du dieu Atoum (nom du soleil couchant) ainsi qu'au Soleil ; ô roi de la haute et basse Egypte, maître des deux pays, Soleil , force et vérité, élu d'Ammon, fils du Soleil , seigneur des levers Ousorkon , aimé d'Ammon ! » — En ce qui concerne l'architecture, on reconnaît aujourd'hui qu'aucun peuple n'a laissé des monuments qui par leurs proportions imposantes puissent rivaliser avec ceux de l'Egypte. Quand on considère .ces grands et beaux monuments , on est très surpris de voir qu'un peuple qui possédait d'aussi puissants moyens et d'aussi grandes ressources pour bâtir des palais et des temples, des hypogées et des pyramides, n'ait laissé, pour ainsi dire, aucune trace de constructions privées. La raison en est cependant bien simple, nous la trouvons dans l'organisation même de la civilisation égyptienne. En effet, dans ce pays, malgré les subdivisions de la population en
castes, il n'en existait en réalité que deux : la caste des rois et des prêtres, et la plèbe ; ce qui, dans notre langage moderne, pourrait se traduire par l'aristocratie et le peuple. Or la classe élevée, composée d'un petit nombre d'individus relativement à la masse du peuple, ne pouvait maintenir sa domination et assurer sa propre sécurité qu'en inspirant au peuple un souverain mépris pour cette vie éphémère qui n'était jusqu'à la mort que le prélude de la vie éternelle. Aussi les Egyptiens, ne considérant leurs maisons que comme des demeures passagères, des meubles, pour ainsi dire, les construisaient-ils en matériaux légers et de peu de durée, en joncs, en roseaux, en terre glaise, tandis que leurs tombeaux, leurs habitations éternelles , étaient faits avec les matériaux les plus durs, les plus solides , les plus durables. C'est cette idée religieuse qui a présidé à la création des deux types si différents d'architecture : l'un, celui consacré au culte et à la mort, est d'une solidité à toute épreuve, et l'autre, celui de la vie terrestre, représente le type de la plus extrême fragilité.
ELECTRUM. — Nom de l'ambre ou succin dans l'antiquité. Au moyen âge ce terme servait à désigner toute imitation de pierreries en verre émaillé. (Voy. Ambee et le terme suivant.)
EMAIL. — Matière vitreuse, sorte de poudre très fine, cristalline et métallique , qui, délayée dans l'eau, forme une pâte qu'on pose sur divers métaux de différentes façons, comme nous allons le voir bientôt. Par le seul fait de l'eau qu'elle renferme, cette pâte métaUique adhère aux surfaces sur lesquelles on l'applique et, quand on la soumet dans un four à une haute température, elle fait corps avec le métal. Quand celui-ci est refroidi, si l'on ajoute sur sa surface une nouvelle couche de pâte et qu'on enfourne de nouveau , l'ancienne couche d'émail s'amollit sans se liquéfier cependant et fait corps avec la nouvelle couche ; dès lors on comprend que l'artiste émailleur puisse combiner ses opérations de façon à obtenir des effets et des colorations diverses, sans crainte de mélanger et de confondre ces diverses co- I lorations.
Historique. — Le mot émail est dérivé du latin maltha, qui se trouve dans Pline (XXXVI, 24), d'où l'on a fait malthum, smalïhum, en italien smalto, enfin esmail, émail.
Fig. 356. — Châsse byzantine émaillée.
L'Asie paraît avoir été le berceau de l'émaillerie ; de l'Inde cet art passa en Egypte, de là en Grèce, puis à Rome, puis dans les Gaules; de là l'émaillerie retourna à Rome, où cet art avait complètement disparu, jusqu'au siècle d'Auguste. Du IIe siècle au Ve, l'émaillerie fut presque délaissée en Europe, mais elle était encore prospère en Orient ; c'est même là que les Byzantins puisèrent les premières notions de leur fabrication, qui devait atteindre au
Fig. 357. — Émail grec.
ixc siècle à Constantinople un si haut degré de perfection. Notre figure 356 montre une châsse byzantine émaillée fond d'azur avec ornements verts et jaunes. Ce reliquaire en forme de sarcophage montre sur sa face principale les saintes femmes au tombeau du Christ. Haut. 0m,20; long. 0m,19; prof. 0m,85. Collection de M. C. R. Les Grecs fabriquèrent alors des émaux pour l'Occident, mais nous n'avons que fort peu d'émaillerie de la période
qui s'étend du xc au xivc siècle ; nous en possédons également fort peu du xme siècle ; ce n'est guère qu'à partir du xive siècle que les collections commencent à montrer des spécimens assez nombreux. Notre figure 357 fait voir un émail grec du cabinet des antiques de la Bibliothèque nationale; notre figure 358, une fibule romaine émaillée du musée du Louvre; notre figure 359, un émail du XIIIe siècle.
A partir de la fin du xv° siècle, l'émaillerie
Fig. 358. — Fibule romaine émaillée.
est en pleine faveur, au xvie siècle elle est dans toute sa prospérité , et c'est de cette belle époque de la renaissance que datent tous les progrès accomplis dans cet art. Notre figure 360 montre un superbe émail de cette époque, œuvre de Bernard Palissy (musée du Louvre ) ,
Fig. 359. — Émail du xmc siècle.
c'est une grande plaque rectangulaire qui représente « les Israélites devant le serpent d'airain. » Ce sujet est circonscrit dans un médaillon ovale encadré d'une ellipse ornée de canaux de couleur jaune contre lequel viennent s'appuyer les détails d'un cartouche enrichi de figures. Les entrelacs de ce cartouche sont de couleur brune et les émoulages de tons bistrés. Les coussins sur lesquels sont assis les génies des angles inférieurs sont émaillés vert,
ÉMAIL
le cartouche arrondi qui les sépare est jaspé de vert, de bleu pâle et de brun sur fond blanc terne. Toutes les figures sont émaillées de ce même
blanc ; les vêtements sont de couleur brune ou verte. Le fond de la plaque est bleu; sa hauteur totale est de 0m,55 ; sa largeur, de 0m,42.
Fig. 360. — Émail de Bernard Palissy (musée du Louvre).
Yoici quelques prix d'émaux du XVIe siècle ayant quelque analogie avec celui que nous venons de décrire :
Vente de M. M***, mai 1881, hôtel Drouot.
— N° 85. Grande plaque ovale, peinture en émaux de couleurs sur paillons, figures de sibylles et guerrier armé d'un glaive (xvie siècle). 1,970 francs. — N° 86. Coffret oblong à
jX,
couvercle de toit composé de treize plaques peintes en émaux de couleur sur fond bleu et représentant des jeux d'enfants (xvie siècle). 3,200 francs. — N° 97. Miroir rectangulaire, plaque peinte en émaux de couleurs et sur paillons par Jehan Courtois (xvie siècle). 3,000 francs. — N° 98. Suite de trois jolies plaques rectangulaires, peinture en émaux de couleurs et sur paillons par Jehan Court , dit Vigier. 7,200 francs. — N° 100. Deux plaquettes et quatre bossettes, peinture en grisaille sur ton fond noir par Léonard Limosin, figures de sibylles et femmes drapées. 5,900 francs. — N° 107. Plat ovale, peinture grisaille, chairs teintées sur fond noir. Attribué à Pierre Eaymond (xvie siècle). 4,200 francs.
Technique et classification des émaux.
— Nous diviserons les émaux en cinq classes ou catégories afin d'apporter un peu d'ordre dans les dénominations suivantes souvent mal appliquées : émaux cloisonnés, champlevés, en taille d'épargne, en basse-taille , émaux incrustés, émaux de plitte ou de pliques, etc. Voici nos cinq divisions : 1° émaux eu taille d'épargne et émaux de niellure ; 2° émaux cloisonnés; 3° émaux de basse-taille; 4° émaux mixtes ; 5° émaux peints. Enfin nous terminerons cet article en disant quelques mots sur la lave et la terre émaillées.
1° Emaux en taille d'épargne. — On désigne ainsi les émaux qui sont placés dans de petites cellules taiUées dans le métal ; on a donc épargné sur les bords des figures de petits filets qui retiennent l'émail clans les compartiments formés par ces filets. Voici comment l'artiste opère : il décalque son dessin sur la surface unie du métal ; puis , au moyen de burins , d'échoppes et de ciselets, il évide ce métal en ne réservant, en n'épargnant que les filets du contour : c'est une vraie gravure typographique. Les petits évidements sont remplis de pâte d'émail de diverses couleurs suivant l'effet que poursuit l'artiste. Ces émaux, portés dans le moufle, s'amollissent à une haute température et remplissent les alvéoles creusés dans le métal et aplanissent sa surface. On désigne également ce genre d'émail sous le terme d'émail champlevè. — Quand les émaux gravés en taille d'épargne sont émaillés en noir, on les
nomme émaux de niellure, parce que le nielle, c'est-à-dire un mélange d'argent, de soufre et de plomb, était toujours confondu avec l'émail noir.
2° Émaux cloisonnés. — Emaux faits au moyen de petites cloisons disposées sur la surface d'une plaque. Voici comment on procède : l'artiste, après avoir tracé sur sa plaque à l'aide d'une pointe le dessin qu'il désire exécuter, prend de petites lames de métal d'une hauteur proportionnée à la grandeur de la pièce (ces lames mesurent de 1 à 4 millimètres de hauteur) ; il fait suivre à ces lames les contours de son dessin, en ayant soin de les fixer sur la plaque avec de la cire. Quand la pose de lames est terminée, il les soude à la plaque ; celle-ci est alors dite cloisonnée. On voit que les cloisons remplacent dans ce procédé les cloisons d'épargne. Il distribue ensuite dans le réseau de la plaque autant de poudre d'émail qu'il en faut pour les emplir, puis il les enfourne afin d'opérer l'amollissement du fondant et des oxydes métalliques. Quand la plaque est refroidie , il en polit la surface et obtient ainsi un dessin dont tous les contours sont délimités par un filet métallique brillant, en cuivre, en argent, en or, suivant que les lames sont faites avec l'un ou l'autre de ces métaux.
3° Émaux de basse-taille. — Ce genre d'émaillerie est de beaucoup le plus artistique et le plus important, car l'art du graveur et du peintre s'y confondent pour obtenir les plus brillants effets. Voici comment on procède : l'artiste fixe une plaque d'or et d'argent assez solidement pour lui permettre de résister à l'impulsion de l'outil ; il trace sur cette plaque son dessin , puis il grave et cisèle la composition en relief en lui donnant ie plus de finesse possible. Ceci terminé , il étend sur sa plaque les pâtes d'émail par grandes teintes plates ; la chaleur du moufle fait entrer en fusion les émaux et leur donne le brillant et la transparence de pierres précieuses. Nous venons de dire que l'artiste n'emploie que des teintes plates ; mais la plaque, étant une sorte de basrelief, donne aux émaux plus ou moins de couleur suivant que ceux-ci se trouvent appliqués sur des portions plus creuses ou plus saillantes.
On voit par là combien un artiste peut obtenir de brillants résultats.
4° Émaux mixtes. — On désigne ainsi les émaux qui sont faits avec le concours de plusieurs procédés ; par exemple, certaines parties sont niellées, d'autres sont en basse-taille, d'autres champlevées , etc. Ainsi, par exemple, dans une plaque taillée en épargne, certaines .parties du vêtement, les ornements, si l'on veut, peuvent être cloisonnées , et les bijoux , les objets mobiliers, peuvent être exécutés en basse-taille.
5° Émaux peints. — Ces émaux sont faits absolument comme une peinture à l'huile, seu-
lement les procédés sont différents. Voici comment procède le peintre sur émail : après avoir arrêté sur sa plaque le dessin qu'il désire produire, il étale avec un pinceau les différents émaux, puis il enfourne sa plaque pour opérer leur fusion ; il peut même faire des retouches, c'est-à-dire placer après coup de nouvelles couches d'émail.
Lave émaillée. — Dès 1827, M. Mortelèque a eu l'idée de substituer aux plaques métalliques de la lave de Volvic pour étendre de l'émail. Celui-ci s'incruste parfaitement dans les petites cavités de la lave et y adhère fortement. Ce genre de peinture peut braver, pour ainsi
Kg. 361. — Terre cuite émaillée (art hindou).
dire, les intempéries de l'air. On peut donner en outre aux panneaux et aux bandes de lave, pour frises, de grandes dimensions, ce qui permet d'éviter des joints et des raccords fréquents. Un céramiste distingué, M. A. Jouve, fabrique dans ses ateliers du boulevard Saint- Jacques des panneaux de lave de très grandes dimensions. — Nous pouvons citer à Paris divers édifices dans lesquels la lave émaillée a été employée, notamment à l'église Saint-Leu, dans la cour de l'Ecole des beaux-arts, dans le porche de l'église de Saint- Vincent de Paul.
Terre cuite émaillée. — L'art d'émailler la terre cuite remonte à une très haute antiquité. Le petit panthéon égyptien est souvent représenté dans les collections par une série de petites figurines en terre émaillée, dont quelquesunes sont remarquables. Le plus souvent ces
DICT. DE L'ART
figurines sont faites avec des pâtes colorées en bleu, en vert tendre et d'autres codeurs ; elles sont enduites d'une couverte, comme la faïence, ou d'un bel émail. Elles semblent pour la plupart avoir servi d'amulettes ou de pendeloques à des colliers. Notre figure 361 reproduit une terre cuite émaillée hindoue.
Émail allemand. — Émail fabriqué en Allemagne ; mais ce pays n'a jamais eu une grande réputation pour son émaillerie.
Émail d'Angleterre. — Les orfèvres anglais, dès une date très reculée, appliquèrent l'émail à leur orfèvrerie ; ils firent même des œuvres remarquables dans ce genre ; mais pour la grande émaillerie, pour des plaques tombales notamment, ils s'adressaient à Limoges.
Émail d'Aragon. — Ce genre d'émail est peu connu ; il en est fait mention en 1380 dans