JADE
phonique, parce qu'on ne pouvait dire jacqueart ou jaquart. Ce mot art ou plutôt ard signifierait ardent par dérision, parce qu'en effet les paysans sont assez lourds, d'un naturel peu vif comme le jacquemard, qui sonne lentement et paisiblement les heures. D'autres étymologistes font dériver ce mot de l'allemand ou plutôt du flamand jacJcmann, homme revêtu d'une jacque ou cotte de mailles; en effet, très anciennement les hommes d'armes placés en observation au haut d'une tour étaient ainsi vêtus. L'origine des jacquemards est tout à fait septentrionale ; les premiers de ces bonshommes auraient été fabriqués à Courtrai. Souvent les jacquemards sont en famille : le père sonne les heures, la mère les demies et l'enfant les quarts. On voit une famille de jacquemards sur la tour de Notre- Dame de Dijon. Dans un poème de la fin du XVIe siècle, Ilariaige de Jaiquemart, attribué à Changenet, vigneron bourguignon, nous lisons des détails assez curieux sur le jacquemart dijonnais. L'auteur débute en annonçant que tout le monde accourt vers la poissonnerie pour voir Jacquemart et sa femme, car l'enfant n'a été placé que beaucoup plus tard ; puis le poète témoigne sa surprise de voir une sorte d'Hercule bien bâti au lieu d'un petit laideron, mal fait et bossu comme un Esope, qui était auparavant à l'horloge. Les vers de Changenet, en patois bourguignon, ne seraient peut-être pas entièrement compris par tous nos lecteurs ; aussi donnerons-nous en note une traduction littérale faite par M. Peignot (1).
(1) Compère, où courent ces gens,
Que je vois aller contre Saint-Jean,
Tirant à la poissonnerie?
C'est qu'ils vont voir les belles choses,
De la venue de Jacquemar,
Qui n'est ni sur terre ni sur mer.
Je ne sais si j'avais trop bu Ou si j'avais la berlue Quand je le vis, l'autre jour ; Mais je ne puis tomber d'accord Que c'est Jacquemart en personne.
Pour Jacquemart, c'était un homme De courte taille assez mal fait , Qui ressemble à ces Esopes Qui s'en vont serrant les épaules, Qu'il semble voir de pauvres diables ;
L'enfant de l'horloge de Dijon a été ajouté par un serrurier nommé Saunois, qui vivait au commencement du xvine siècle. Aimé Piron, le grand-père de l'auteur de la Mètromanie, nous fournit ce renseignement dans une pièce de vers datée de 1714. Nous la donnons en note avec la traduction (1).
JADE. — Pierre opaque semi-transparente d'un ton vert-olive, vert pâle, gris-vert, blanchâtre tirant sur le vert-, 'qui est susceptible d'un beau poli et dont on fabrique en Chine et au Japon des objets très divers. On l'emploie également en bijouterie. On la nomme pierre néphrétique (2), jade oriental. La structure du jade est si compacte que sa cassure ne présente ni lamelles, ni grains, ni fibres. On fait avec le jade, surtout en Orient, des poignées de sa-
Mais celui-ci, tout au rebours, Est là comme un homme bien fort, Comme un Rolland ou un Hercule.
Jacquemart de rien ne s'étonne.
Le froid de l'hiver, de l'automne ; Le chaud de l'été, du printemps, N'ont pu le rendre mécontent.
( 1 ) Sônoi ce moître ôvrei si digne : C'àt ein chèdeuvre qu'il è f ai.
Por ainsi, Messieu, sai vo glai, J'esperon dans la concluance De votre admirable prudance, Qui n'a pas de pairoisse ailei, Qu'on noisé bé ce sarrurei, Sarrurei qu'à tô pré de faire Po randre complaitte l'aif aire, Po chèque raipeâ ein hairai.
Saunois, ce maître ouvrier digne :
C'est un chef-d'œuvre qu'il a fait, Ainsi, Messieurs, s'il vous plaît, Nous espérons dans la conclusion De votre aimable prudence , Qui n'a pas sa pareille, Qu'on paiera bien ce serrurier, Serrurier qui est tout prêt à faire, Pour compléter cette affaire, Pour chaque rappel un enfant.
Cette requête était adressée par Piron aux échevins de la "ville.
(2) On désigne le jade sous ce nom parce que, dans l'antiquité , on lui attribuait la propriété de guérir radicalement des coliques néphrétiques.
JAMBIÈRES. — JAPONAIS (art).
bre, de poignard, ainsi que des coupes. Notre figure 478 montre une coupe de jade chinoise qui servait dans les sacrifices. Les Chinois nomment cette pierre yu, et surtout Mouan-tschin, qui signifie profonde vérité, parce qu'ils attribuent à cette pierre toute sorte de vertus curatives dans un très grand nombre de maladies.
A la vente Jacquemart (8 avril 81), un petit vase de jade vert (n° 258) s'est vendu 210 fr.
JAMBIÈRES. — Voy. Grèves.
JAPONAIS (Art). — Le Japon a été pendant fort longtemps un pays fermé ; personne
Fig. 478. — Coupe à sacrifices des empereurs chinois
n'y pénétrait, il n'avait donc aucun rapport avec les autres nations du globe. A la fin du XVIe siècle et au commencement du xvn% il fut un instant ouvert au commerce, puis tout à coup refermé, le mikado craignant pour son pays l'importation des idées européennes ; cependant les Hollandais possédèrent seuls un comptoir sur un point isolé de la côte : enfin,
Fig. 479. — Vase en bronze japonais.
depuis 1854, le Japon a établi de nouveaux rapports avec les autres peuples. Malgré ces communications, on ne connaît guère en France l'art japonais que depuis l'exposition
universelle de 1878. Avant cette époque, à part quelques érudits et quelques amateurs, on ignorait totalement l'existence de cet art ;
Fig. 480. — Porte-bouquet en bronze japonais.
bien plus, les quelques hommes de goût qui recherchaient et collectionnaient les belles œuvres de ce pays étaient considérés comme des maniaques s'occupant de japonisme. Les
temps ont bien changé ; en effet, l'exposition universelle de 1878 a démontré aux plus incrédules que non seulement il existait un art japonais, mais encore qu'il se trouve à la hauteur des arts des civilisations les plus avancées. Évidemment, l'art japonais n'est point classique ; l'artiste du Japon a horreur de la symétrie : c'est la dissymétrie, au contraire, qui fait le charme des œuvres japonaises , et celles-ci ont bien leur style propre et leur couleur locale. Les Japonais ne connaissent point les pendants identiques; leurs vases, qu'ils soient en bronze ou en porcelaine , sont toujours variés comme dessins d'ornementation, bien qu'ils
JAPONAIS (art).
ordinaires : par exemple, des objets en bois sont décorés sur leurs tons naturels sans couleurs ni vernis colorés d'aucune sorte. Mais aussi, quand le laqueur emploie sa laque, comme il sait admirablement s'en servir ! comme ses meubles sont brillants et leur glaçure unie et solide ! comme les ors mats sont pleins ! avec quelle vertigineuse vitesse tourbillonnent les poussières d'or ou d'argent sur les laques ! combien les nacres incrustées dessinent de belles formes ! Une des grandes habiletés de l'artiste japonais consiste à se servir des défauts, des veines naturelles de la matière, pour les utiliser et les faire concourir à former, à façonner l'objet
Fig. 481. — Va^e à libations japonais.
forment une seule et même paire de vases. La forme et les proportions sont les mêmes ; la décoration a bien aussi quelque analogie , mais elle est différente sur chaque vase. Du reste, dans toutes ses œuvres, l'artiste japonais sort des sentiers battus ; on dirait même que c'est chez lui un parti pris. S'il trace une courbe , même un cercle , les points de celui-ci ne sont pas également distants du centre ; s'il fait un carré , il en renfle légèrement les côtés ou bien il en abat les angles ; ou bien encore, si les côtés ne sont pas convexes, ils sont concaves. Les Japonais possèdent aussi d'autres qualités; ainsi ils ne craignent pas de laisser en évidence la matière, quand même celle-ci serait des plus
Fig. 482. — Vase à thé japonais.
qu'il désire représenter. A l'exposition universelle de 1878, nous avons vu un superbe paravent laqué, incrusté de nacre dont les pièces taillées imitaient à s'y méprendre les pétales d'une fleur et les tiges de la plante : ces dernières étaient sarmenteuses et contournées; les pétales des fleurs étaient tout plissés, froissés, et semblaient sortir de leurs enveloppes. Les artistes japonais excellent en tout, quand il s'agit d'interpréter la nature et de la prendre sur le vif ; aucun peuple ne sait rendre comme eux et avec autant de vérité la fleur et la plante : celles qu'ils représentent sont bien des pavots, des nélumbos, des nénufars, des lotus et des papyrus ; mais le végétal créé par l'artiste
JARDINIERE.
JASERAND.
paraît plus largement fait et plus beau que le produit naturel. Parlerons-nous des faïences, des porcelaines et des émaux cloisonnés ? Dans ce genre, personne ne peut rivaliser avec le Japon ; il faut voir ces objets, aucune plume, aucun crayon ne saurait en donner une idée, même imparfaite. Tout ce qui sort de la main du Japonais, même les objets les plus simples, les plus usuels, les passe-thé, les corbeilles tressées en jonc, les petits cabinets, tout cela est marqué d'un cachet inimitable. Si nous étudions la couleur des œuvres japonaises, si nous parcourons leurs collections de papiers peints, si nous feuilletons leurs albums, nous sommes tout émerveillés et charmés à la fois de voir la simplicité des moyens employés en regard de la riche et puissante coloration obtenue. Ce qui fait la force et la valeur de l'artiste japonais, c'est sa grande et inépuisable imagination, c'est son admirable manière d'interpréter librement la nature, c'est l'accentuation ferme des formes et de la personnification. Dans les compositions japonaises, l'homme est parfaitement caractérisé par un geste, par une simple attitude ; l'animal, par un mouvement : tantôt c'est un reptile souple et ondulant, tantôt c'est une bête avec une attitude sauvage et un air de férocité abominable. L'oiseau se montre avec un vol rapide et gracieux, plein de souplesse et de naturel ; d'autres fois il fend l'air, rapide comme l'éclair, ou bien il s'abandonne mollement au courant qui l'entraîne. En ce qui concerne la plante, ce n'est pas seulement à sa forme que nous la reconnaissons, c'est à sa manière d'être, à la façon dont elle est campée dans une composition. La plante aquatique , nous la reconnaissons à son feuillage épais et luxuriant , ou bien à sa feuille au vernis étincelant, ou enfin à sa tige quelquefois raide et droite comme une lame de sabre, quand c'est un iris pseudo-narcissus par exemple; la vigne sauvage, à ses vrilles et à la souplesse de ses feuilles rougies par les morsures des premiers frimas. Par ce qui précède, on voit que les caractères essentiels, primordiaux de l'art japonais sont l'imagination, la couleur, le style et l'infinie variété d'innombrables motifs toujours diversement reproduits, un sentiment profond de la couleur et des puissants effets que peut produire le con-
traste des couleurs. Avec tout cela, il n'est pas étonnant que les Japonais possèdent un art admirable que nos industries d'art commencent à utiliser pour leur plus grand profit.
Nos figures montrent quelques bronzes du Japon : un vase ancien (fig. 479); un portebouquet (fig. 480); un vase à libations (fig. 481); un vase à thé (fig. 482). (Yoy. Lampe, Laque, Porcelaine, etc.)
JARDINIÈRE. — Petit meuble qui sert à contenir des plantes, des pots de fleurs. Il existe des jardinières en cuivre repoussé, en fer, en faïence, en bois sculpté. — Vente San Donato. N° 1692. Jardinière en porcelaine de la Chine et bronze doré ; elle est formée d'un brûle-parfums de forme octogonale ; chaque face présente un médaillon représentant un paysage avec femme portant des emblèmes chinois : pierre sonore, biche, signe de longévité, etc. ; le tout couvert d'émaux polychromes. Monture en bronze style rocaille. Haut., 0m,24;larg., 0m,30. 2,500 lires. — Vente J. Jacquemart (hôtel Drouot (4-8 avril 1881). N° 231. Jardinière en porcelaine d'Imari. 425 fr.
JARRETIÈRE. — Objet d'habillement qui sous Louis XIV et sous Louis XV était considéré comme un objet d'ornement ; à cette époque, en effet, la jarretière était un ruban tissé en or avec boucle de diamants. Dans le commerce de la curiosité on n'achète que ces boucles, qui sont en argent, en vermeil, et parfois en or. Il est probable que dès le xne siècle on portait des jarretières, puisque les dames à cette époque portaient des bas de chausses.
JASERAND et JAZERAND. — Armure de maiUes de fer qui servait au cavalier ainsi qu'à son cheval. Par extension, ce terme désignait les anneaux de la maille. Quand une étoffe était revêtue de mailles, on la disait jazeqiiènèe. Ce terme était connu dès la seconde moitié du Xii° siècle, comme peut en témoigner ce passage de Parise la duchesse : ce Un habit jacerant li ont fait aporter. » Dans l'inventaire de Jacques le ïïutin, en date de 131 6, on trouve le terme jazequéné : « Item trois paires de cou-